Musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux

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Musée des arts décoratifs de Bordeaux
Musée des arts décoratifs de Bordeaux.jpg
L'hôtel de Lalande.
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Adresse
39 rue Bouffard
33000 Bordeaux, Gironde
Flag of France.svg France
Coordonnées

Le musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux est un musée situé dans l'hôtel de Lalande, à Bordeaux, en Nouvelle-Aquitaine. Les collections du musée, mobilier, meubles portuaires, céramique, verrerie, orfèvrerie, instruments de musique et de mesure, miniatures, arts de la table ou objets de l'intime constituent un exemple des arts décoratifs français, et en particulier bordelais, des XVIIIe et XIXe siècles, et un témoignage sur l'histoire de Bordeaux, ville des Lumières et grand port de négoce au XVIIIe siècle. Depuis 2013, le musée des Arts décoratifs et du Design, soutenue par l’équipe culturelle de la ville de Bordeaux, développe une programmation pour faire dialoguer arts décoratifs et design, et pour nourrir la diffusion culturelle et l'éducation en matière de design, associant économie et culture.

Historique[modifier | modifier le code]

Le musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux est installé dans un hôtel particulier, l'hôtel de Lalande[1]. Il fut bâti en 1778 par l’architecte Étienne Laclotte pour Pierre de Raymond de Lalande[2], conseiller au parlement de Bordeaux depuis 1747. Riche représentant de la noblesse de robe de Bordeaux, il possédait également, par son mariage avec Jeanne de Lalande-Gayon, dame d’Urtubie, de nombreux esclaves, et de vastes plantations de café et de canne à sucre, à Saint-Domingue. Les revenus de ces investissements plaçaient les Lalande parmi les premières fortunes de Bordeaux. En 1787, Pierre de Raymond meurt et son fils Jean de Raymond sera guillotiné le .

Sous le Consulat, les héritiers de Jean de Raymond de Lalande louent à la municipalité l'hôtel déserté depuis la Révolution. C'est tout d'abord l'administration centrale de l'octroi qui s'y installe. En 1808, lors du passage à Bordeaux de Napoléon sur la route de l'Espagne, l'Empereur est logé dans l'ancien palais de l'archevêché, tandis que son chef de cabinet et secrétaire d'état, Hugues Bernard Maret, duc de Bassano, est accueilli à l'hôtel de Lalande.

Mise en vente dès 1828, la propriété des héritiers Lalande changera plusieurs fois de mains au cours du 19e siècle. L'hôtel est tout d'abord acheté par une riche créole de la Martinique, Madame Marthe Gabrielle Budan Asselin, qui possédait également sucrerie, plantation et esclaves à Saint-Domingue. Puis en 1839 par le négociant Jean-Baptiste Duffour Debarbe, qui lèguera ensuite ce bien à son fils, Lodi-Martin Duffour Dubergier, maire de Bordeaux de 1842 à 1848. Curieusement, ces différents propriétaires ne s'installent jamais dans la belle demeure et la louent au gouverneur de la 11e division militaire. A la mort de Duffour Dubergier en 1860, c'est le négociant Antoine Dalléas qui en devient propriétaire, jusqu'à ce que la Ville de Bordeaux acquiert l'hôtel de Lalande en 1778 pour y placer les services de la police et des mœurs[3].

En 1885, à l'arrière de la parcelle, une prison municipale est construite sur l’emplacement du jardin de l’hôtel particulier selon les plans de l'architecte Marius Faget[4]. Ce dépôt de sûreté destiné « aux marins français et étrangers pour faits commis contre la discipline et aux filles qui commettent des infractions aux règlements sur la morale et les bonnes mœurs » est mis en service en juin 1886.

En 1924, le corps de logis principal de l'hôtel de Lalande est libéré pour la création d'un « musée d’art ancien »[3]. L'hôtel a alors été remeublé dans le goût de la fin du XVIIIe siècle, proposant ainsi un aperçu vivant de l'art de vivre d'une classe sociale privilégiée, au moment de la Révolution française. Quelques séries d'objets d'art appartenant à la ville y sont installées. Le premier conservateur du musée est l'historien Paul Courteault[5]. Le musée est fermé pendant la Seconde Guerre mondiale, puis réaménagé par le directeur des Archives municipales Xavier Védère et ouvert le sous le nom de « musée des Arts décoratifs[3]».

Les services de police, relégués dans l'aile des communs à l'ouverture du Musée d'Art ancien, quitteront définitivement l'hôtel de Lalande en 1964.

En 2013, Constance Rubini, alors nommée à la direction du musée, sollicite le Haut Conseil des musées de France pour faire évoluer le nom en "musée des Arts décoratifs et du Design", afin de rendre visible la volonté de l'institution de devenir un important lieu de diffusion de la culture du design en France.

Conservateurs et directeurs[modifier | modifier le code]

Conservateurs/directeurs du musée :

  • Paul Courteault, de 1924 à 1948 ;
  • Xavier Védère de 1955 à 1972 ;
  • Jacqueline Du Pasquier, de 1972 à 1999 ;
  • Bernadette de Boysson, de 2000 à 2012 ;
  • Constance Rubini, depuis 2013[6].

L'hôtel de Lalande[modifier | modifier le code]

La porte cochère en bois avec heurtoir s'ouvre sur une grande cour pavée inscrite dans une demi-lune.

L'hôtel présente une façade à cinq travées centrales et trois niveaux : le rez-de-chaussée est légèrement surélevé, les combles sont couvertes d'un toit à deux versants et croupes d'ardoises.

Deux extrémités latérales en avant-corps forment les pavillons où sont logés les escaliers. Ils sont décorés de chaînes d'angle à refends, de frontons triangulaires à denticules et de guirlandes de feuilles de chêne retenues par des nœuds de ruban plissé encadrées par deux consoles à imbrications terminées par un effet de passementerie.

Un perron de deux marches donne un effet théâtral de scène[7].

L'ancienne prison de la rue Boulan[modifier | modifier le code]

La municipalité de Bordeaux achète l'hôtel de Lalande, également appelé hôtel Dalleas, en 1878, dans le but de transformer l'hôtel de la rue Bouffard, en caserne municipale, d'y installer le service de sureté et des mœurs, et de construire sur l'emplacement du jardin "un dépôt de sureté destiné aux marins français et étrangers pour faits commis contre la discipline et aux filles qui commettent des infractions aux règlements sur la morale et les bonnes mœurs".

La prison, construite selon les plans de l'architecte de la ville Marius Faget est mise en service en juin 1886, et restera en activité jusqu'en 1964. En 1984, l'ancienne prison est réaménagée pour accueillir une salle d'animation, un service technique, et les réserves du musée avec notamment l'ajout de toitures métalliques sur les cinq anciennes cours. En 2016, l'espace de la prison est vidé de ses réserves afin d'étendre la surface du musée ouverte au public. En 2018 et après avoir été inscrit un première fois en 2016, l'hôtel de Lalande et l'ancienne prison municipale sont tous deux classés monuments historiques[8].

Galerie[modifier | modifier le code]

Legs et dons[modifier | modifier le code]

Legs et dons :

  • Ensemble légitimiste (objets relatifs à la dynastie des Bourbon au XIXe siècle, duchesse de Berry, duc de Bordeaux, etc.) réuni par Raymond Jeanvrot[9] ;
  • Don de Marcel Doumézy (faïence fine à Bordeaux au XIXe siècle) ;
  • Dation de céramique bordelaise du XVIIIe siècle (entrée en 1978)[10] ;
  • Legs Cruse-Guestier (Georges Guestier et sa femme Marguerite née Cruse, 1936)[11].

Galerie[modifier | modifier le code]

Les boiseries de l'hôtel[modifier | modifier le code]

À l'ouverture du musée d'Art ancien en 1924 le parti-pris muséographique choisi par le conservateur Paul Courteault fut de « restituer les intérieurs de l'époque à l'aide d'une importante collection de meubles et d'objets d'art »[12].
Les panneaux de boiserie de quatre salons d'hôtels particuliers bordelais du XVIIIe siècle qui avaient été démantelés, entassés et acquis par la ville de Bordeaux au début du XXe siècle, furent restaurés et réaménagés par l'architecte en chef Jacques D'Welles au premier étage de l'hôtel de Lalande.

Le salon Vert et le salon des Singeries proviennent de l'hôtel de Gascq, édifié en 1736 par le président au Parlement Blaise-Antoine de Gascq, rue du Serpolet dans le quartier Saint-Pierre. Il « a donné un très beau salon Régence vert et or et un petit cabinet avec dessus-de-porte décorés de peintures représentant des jeux de singes »[13]. La couleur verte d'origine a été retrouvée sous plusieurs repeints et badigeons. Les artistes anonymes qui ont réalisé meubles et boiseries ont réussi à reproduire dans le bois « la fluidité du mouvement des courbes et contre-courbes architecturales »[14] caractéristiques du style rocaille.

Les boiseries du salon Jaune proviennent de l'hôtel Dudevant, rue des Menuts, près de l'église Saint-Michel. De facture néoclassique et finement sculptées, elles présentent des allégories du Commerce, des Sciences, des Arts et de l'Amour. Elles furent exécutées entre 1779 et 1780 sur les plans de le négociant Yacinthe Dudevant par le menuisier Paul Lionais et le sculpteur Delabraise[15].

L'objectif est de proposer au public une véritable mise en situation en donnant « au visiteur une idée satisfaisante d'un intérieur bordelais à l'époque Louis XVI, qui a marqué l'apogée de l'art décoratif du XVIIIe siècle »[16].

Les céramiques maghrébines des legs Bonie (1895) et Périé (1945)[modifier | modifier le code]

Georges Périé (Bordeaux, 1867-1945), avocat à la Cour d’Appel, élu adjoint au Maire de Bordeaux de 1896 à 1900 et conseiller général de 1899 à 1919 fut un grand amateur d’art. Dans son catalogue se trouve une petite section intitulée « Arabie », regroupant des faïences marocaines. Quant au fonds Bonie, il a été constitué par un collectionneur bordelais pendant ses années à la poursuite d'Abd-el-Khader avec les armées de Bugeaud jusqu'aux frontières du Maroc et de la Kabylie : faïences de Fès, nommées dans son inventaire manuscrit « poteries en terre émaillée de couleurs du Maroc », poteries algériennes citées à plusieurs reprises : « double-gargoulette, lampes, vases destinés à renfermer l’eau... en terre peinte fabriqués par des Kabyles » etc.

Les céramiques, provenant de ces deux legs, comprennent des pièces de deux types datant du XIXe siècle : faïences stannifères attribuées au centre de Fès et poteries berbères de Kabylie[17].

Le legs Bonie[modifier | modifier le code]

Copie du testament du 8 janvier 1885.
Copie du testament Bonie du 8 janvier 1885.

Édouard Bonie, né à Marseille le et mort à Bordeaux le , est un avocat français, collectionneur. Il reçoit un héritage important au décès de son père en 1874 puis de sa mère en 1876 qui lui permettent d'assouvir sa passion et d'aménager une maison-musée au 39, rue d'Albret dont il fit don à la ville de Bordeaux par testament, legs accepté le .

Dans son testament rédigé le 8 janvier 1885, Édouard Bonie lègue à la ville sa maison et sa collection, à condition de ne pas les dissocier. Il propose son ouverture, payante, au public en limitant le nombre de visiteurs à six par jour. Il interdit l'installation du chauffage et toute reproduction de son œuvre et il demande l'affichage de son nom à l'angle des rues d'Albret et Dufau[18].
La ville accepte le legs le 28 mai 1895 et en prend possession le 1er août.

Après un afflux de visiteurs et de curieux les premières années, la maison-musée est finalement abandonnée, les collections dispersées et la maison détruite en août 1983 par des travaux d'urbanisation... dans la rue des Frères Bonie.

Sa collection est répartie entre trois musées, celui des Arts décoratifs et du design, celui d'Aquitaine et celui des beaux-arts. Quelques éléments sont également conservés dans les salons de la mairie de la ville, au musée Jean-Moulin, aux Archives municipales et au château du duc d'Épernon à Cadillac[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « L'hôtel de Lalande », sur Musee des Arts decoratifs et du Design de Bordeaux, (consulté le 12 novembre 2019)
  2. « Généalogie de Pierre de Raymond de Lalande », sur Geneanet (consulté le 12 novembre 2019)
  3. a b et c Mairie de Bordeaux, « L'histoire du musée des Arts décoratifs »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur bordeaux.fr (consulté le 28 juillet 2012).
  4. « L'hôtel de police et la prison », sur Musee des Arts decoratifs et du Design de Bordeaux, (consulté le 14 novembre 2019)
  5. Robert Coustet, « Musée des Arts décoratifs »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur musees-aquitaine.com (association Le Festin) (consulté le 28 juillet 2012).
  6. Christophe Loubes, « Nouvelles synergies », sur Sud Ouest, article du 28 novembre 2012.
  7. « L'architecture de l'hôtel de Lalande », sur bordeaux.fr (consulté le 15 janvier 2016).
  8. « Notice n°PA33000203 », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. Jacqueline Du Pasquier, Raymond Jeanvrot, une passion royaliste, Bordeaux, Ed. du Musée des arts décoratifs, , 223 p.
  10. « Histoire du musée des Arts décoratifs & du Design »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur bordeaux.fr (consulté le 15 janvier 2016).
  11. Bibliothèques municipales de Grenoble, « Exposition. Bordeaux, Musée des arts décoratifs. 2002 », sur catalogue.bm-grenoble.fr, .
  12. Action artistique de la Ville de Paris (Caroline François et Aloys Klaeylé, sous la dir. de Béatrice de Andia), Les musées parisiens : histoire, architecture et décor, Action artistique de la Ville de Paris, (ISBN 2-913246-49-4, notice BnF no FRBNF39162423).
  13. Paul Courteault, Le Musée d'Art Ancien de la Ville de Bordeaux, La Renaissance, juillet 1931, p. 205.
  14. Musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux (Bernadette de Boysson), Musée des arts décoratifs de Bordeaux : hôtel de Lalande, Somogy (Paris) et Musée des arts décoratifs de Bordeaux, (ISBN 2-85056-912-7, notice BnF no FRBNF40084933).
  15. Louis Desgraves, Evocation du vieux Bordeaux, Paris, Les Editions de Minuit, nc, 446 p.
  16. Au Musée d'art ancien, La France, 31 décembre 1936.
  17. Catherine Le Taillandier de Gabory 2002, p. 45.
  18. Hiénart, Patrimoines, p. 106.
  19. Magali Simon 1995, vol. I, p. 69.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Denis Picard, Musées : L'ère du renouveau, revue Connaissance des arts, numéro spécial Bordeaux, 1989, pages 34-35.
  • Anne Liénard, Une histoire du musée Bonie. Conception, destruction, restitution ? in patrimoines, revue de l'Institut national du patrimoine, 2014, no 10, pages 102-109.
  • Florence Barutel, Au fil de l'histoire des musées de Bordeaux. Des premiers antiques au musée d'Aquitaine. Éditions Entre-deux-Mers, 2015, pages 245-253.
  • Paul Courteault, Le musée Bonie, Bordeaux 1930
  • Gaston Chevrou et Paul Courteault, À la Mémoire du Saintongeais Élie Vinet, principal du collège de Guyenne, 1509-1587 : fête du quatre-centième anniversaire de la naissance d'Élie Vinet, célébrée à Barbezieux, le 16 mai 1909 : compte-rendu, mémoires et documents concernant Vinet et Barbezieux, vol. LXXVII, Barbezieux, , 247 p. (lire en ligne), chapitre V (pages 90-122).
  • E. Féret, Statistiques de la Gironde, 1878.
  • Jean-Yves Boscher (et al), Histoire et ethnographie régionale : l'Aquitaine de 1715 à nos jours, Bordeaux 1986.
  • Magali Simon (sous la direction de Robert Coustet), Le musée Bonie, une collection bordelaise au XIX° siècle : mémoire d'histoire de l'art, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III UFR Lettres et Arts, , en trois tomes. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Catherine Le Taillandier de Gabory, « La collection de céramiques maghrébines du musée des Arts décoratifs de Bordeaux », Sèvres, no 11,‎ , p. 43-51 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]