Maurice Gleize (résistant)

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Maurice Gleize
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Nîmes
Date de décès (à 96 ans)
Lieu de décès Gournay-sur-Marne
Nationalité Drapeau de la France France
Parti politique Parti communiste français
Profession imprimeur de la Résistance
poète
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Maurice Gleize, né à Nîmes le [1] et mort le à Gournay-sur-Marne, est un résistant et poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille ouvrière[2], Maurice Gleize entre en apprentissage dans une imprimerie dès l'âge de 12 ans. En 1920, âgé de treize ans[3], il se syndique à la CGT à l'occasion d'un mouvement de grève parmi les ouvriers du livre. Plus tard, il fréquente le soir l'École des beaux-arts de Nîmes, où il apprend le dessin, et le Conservatoire de musique, où il s'initie au violoncelle, qu'il pratique ensuite en orchestre. Marié, père d'un enfant, il exerce son métier d'imprimeur à Paris à partir de 1931, salarié successivement dans deux entreprises d'imprimerie. La seconde est l'imprimerie Gutenberg, dont les clients principaux sont des organisations syndicales CGT et communistes. Il est mobilisé en 1939, puis, démobilisé, il remet en marche l'imprimerie Gutenberg, dont il devient le patron.

La Résistance et la déportation[modifier | modifier le code]

Plaque commémorant le premier tirage de France d'abord, 17 rue des Cloÿs à Paris

À partir d'octobre 1940, il met ses connaissances de l'imprimerie au service de la lutte contre l'occupant allemand. Contacté en novembre de la même année par l'ancien conseiller municipal communiste de Paris Raymond Losserand, il rompt tout contact antérieur (prétextant « la peur de la répression » !) et imprime sous couvert d'éditions commerciales des tracts, des publications clandestines[4] dont L'Humanité, La Vie ouvrière et les Cahiers du communisme. En septembre 1941, son imprimerie, située 17 rue des Cloÿs dans le 18e arrondissement de Paris, tire le premier exemplaire de France d'abord, journal qui deviendra l'organe des Francs tireurs et partisans français (FTP). Il constitue un réseau d'entreprises qui assurent la linotypie, l'impression, le brochage éventuel, les liaisons et le transport des publications clandestines. Il adhère à ce moment là au PCF.

Il est arrêté le 4 mars 1943 alors qu'il venait de recevoir commande de deux brochures, l'une dénonçant l'étoile jaune, l'autre reprenant un discours de Fernand Grenier à la BBC sur les 27 qui vont mourir (l'exécution des otages de Châteaubiant). Son réseau est démantelé. Après avoir transité dans les prisons de la Santé, de Blois, puis au camp de Compiègne, il est déporté en 1944 au camp de concentration de Neuengamme, où il fait connaissance avec l'ancien chef d'état-major des FTP, Marcel Prenant[5]. Le 2 mai 1945, il est libéré du camp de Wöbbelin où il avait été transféré. Il retrouve à Paris son atelier, mais ne reprend le travail que « peu à peu », très affaibli par sa déportation et le typhus qu'il y a contracté.

Un communiste contestataire : imprimeur pour le groupe « Unir pour le socialisme »[modifier | modifier le code]

En 1945, il reprend son activité d'imprimeur et son activité militante. En 1956, son action pendant la guerre d'Algérie lui vaut la prison.

Militant communiste, secoué déjà par la rupture avec Tito en 1948, il rompt avec le Parti communiste à la suite de l'affaire Marty-Tillon. Avec son « franc-parler »[6], il refuse d'avaliser les accusations portés contre les deux militants[7]. Comptant parmi les animateurs du groupe oppositionnel interne « Unir pour le socialisme », créé en octobre 1952[8], il ne rompt pas avec le communisme mais avec la direction du PCF. En 1960, regroupés au sein d'une Amicale, les militants de ce groupe entreprennent d'écrire une Histoire du PCF. Chaque volume est tiré à 3 000 exemplaires[9]. Le premier tome (1920-1940) paraît à la fin de l'année 1960, mais c'est le tome 2 (1940-1944) qui suscite le plus d'intérêt, pour être le premier ouvrage de source interne au PCF à faire état des démarches entreprises en juin/juillet 1940 par des membres de la direction du parti, en vue d'une reparution des journaux L'Humanité et Ce soir, interdits de publication depuis septembre 1939[10]. Ce tome 2 paraît en février 1962[11], accompagné par la décision de militants d'Unir, exclus du PCF, de publier un organe public mensuel, Le Débat communiste. Maurice Gleize est membre du Comité directeur de ce mensuel de 30 à 40 pages, placé sous la direction du biologiste Marcel Prenant, et comptant dans ses rangs l'ancien « kominternien » et résistant Jean Chaintron[12]. Celui-ci en livrant ses mémoires n'oublie pas ses compagnons : « La cheville ouvrière des publications d' Unir était Maurice Gleize, artisan de l'imprimerie Gutenberg, rue des Cloÿs dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Sans son dévouement, sa compétence professionnelle et ses sacrifices financiers, Unir n'eût pu réaliser ses éditions. »

En 1964, Maurice Gleize fait publiquement partie d'un « Comité d'honneur pour la réhabilitation d'André Marty et des victimes de la calomnie », constitué de 100 militants historiques du PCF, notamment issus de la Résistance[13]. En janvier 1966, percevant quelques signes d'ouverture de la part de la direction du Parti communiste, il signe en compagnie d'une vingtaine de militants[14], une « Adresse à Waldeck Rochet demandant solennellement l'annulation des sanctions et exclusions du Parti, prises en l'encontre de militants injustement écartés ».

Ce n'est qu'en 1998 qu'une réponse positive est apportée, pour la plupart des cas de manière posthume[15]. Maurice Gleize est en vie, et c'est à lui, « premier imprimeur de L'Humanité clandestine », que Robert Hue envoie un courrier annonçant sa réhabilitation en même temps qu'il reconnaissait dans le samizdat « Unir pour le socialisme » le bien-fondé de son action contre le stalinisme à la française.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Pour son action dans la Résistance :

  • Croix de guerre avec étoile d'argent, attribuée en 1952
  • Légion d'honneur, décernée en 1983

Hommage[modifier | modifier le code]

En novembre 2008, la ville de Gournay-sur-Marne, où il s'était retiré, inaugure une « Place Maurice Gleize »[16]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'année 1909 livrée par (notice BnF no FRBNF11905170) est contredite par les autres sources qui font naître Maurice Gleize en 1907 : Archives nationales (voir lien externe), Jean Chaintron, et la notice « Maurice Gleize », in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, signée Jean Maitron et Claude Pennetier, qui se réfère à l'état civil
  2. Notes biographiques tirées du témoignage de Jean Chaintron. Voir les sources.
  3. Cahiers de la Résistance, p. 148, l'âge est donné par cette source : cf note suivante
  4. Cahiers de la Résistance, Imprimeurs et éditeurs dans la Résistance, AERI, 2010, « Maurice Gleize (1907-2003) », p. 148-150
  5. Marcel Prenant, Toute une vie à gauche, Encre éditeur, Paris, 1980. Dans cette autobiographie, Marcel Prenant consacre un long développement aux conditions de « vie » au camp de Neuengamme, p. 225-271. À propos d' Unir, il cite Maurice Gleize, « jadis déporté à Neuengamme », imprimeur du bulletin.
  6. Selon Jean Chaintron. Voir note suivante.
  7. Claude Pennetier, André Marty, Codhos éditions, Paris, 2005 ; Charles Tillon, Un procès de Moscou à Paris, Seuil, Paris, 1971.
  8. Voir l'historique de ce groupe dans le mensuel Le Débat communiste, n° 40, 15 juillet/15 août 1965. Voir aussi la thèse universitaire de François Chouvel, soutenue en 1984, sur le groupe « Unir pour le socialisme (1952-1974) », citée en sources
  9. F. Chouvel, op. cit., p. 390
  10. Histoire du Parti communiste français, t. II (de 1940 à la Libération), Éditions Unir, 314 p., s. d., p. 18-28. Cet épisode fait l'objet d'une littérature abondante depuis que ce morceau d'histoire est, théoriquement, dépassionné. Voir Roger Bourderon, La Négociation, été 1940 : crise au PCF, éditions Syllepse, Paris, 2001.
  11. Le tome 3 (de 1945 à nos jours) paraît en décembre 1964
  12. Jean Chaintron,Le vent souflait devant ma porte, Seuil/Mémoire, septembre 1993. La citation qui suit est dans la partie de cet ouvrage qui traite du groupe Unir, p. 383-393.
  13. La liste est publiée dans Le Débat communiste, n° 40, p. 19-23.
  14. « Annulez les sanctions, retirez les calomnies », Le Débat communiste, n° 45, janvier 1966. Les noms de Marcel Prenant et de Jean Chaintron voisinent avec celui de Maurice Gleize. Le texte est repris dans un petit article publié dans Le Monde, courant janvier 1966, sous le titre « Une vingtaine de communistes, parmi lesquels M. Marcel Prenant, demandent leur réintégration dans le PCF ». Maurice Gleize est présenté comme « imprimeur de L'Humanité et de France d'abord dans la clandestinité ».
  15. Article « Mémoire critique », L'Humanite, 2 octobre 1998.
  16. Le Parisien, édition de la Seine-Saint-Denis, 10 novembre 2008

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Chaintron, Le Vent soufflait devant ma porte, « Mémoire », Le Seuil, Paris, 1993 (ISBN 2-02-020807-5)
  • Le Débat communiste, mensuel publié par Unir, 55 numéros de mars 1962 à décembre 1966, directeur Marcel Prenant, imprimé par Gutenberg, entreprise de Maurice Gleize
  • Unir - Débat, mensuel paraissant de janvier 1967 jusqu'en juin 1974 , 90 numéros, directeur de la publication : Maurice Gleize
  • François Chouvel, Des oppositionnels dans le PCF. Genèse, structure et stratégie du groupe « Unir pour le socialisme » (1952-1974), Université de Clermont I, Faculté de droit et de science politique, 1984, 588 p.
  • « Mémoire critique », réponse de Robert Hue à Maurice Gleize, L'Humanité, 2 octobre 1998
  • Laurence Thibault (direction), Imprimeurs et éditeurs dans la Résistance, « Cahiers de la Résistance », AERI (Association pour les études sur la Résistance intérieure) et La documentation française, Paris, 2010. (Préface de Raymond Aubrac) (ISBN 978-2-11-007136-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]