Le Filarète

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le Filarète
Il filarete, autoritratto, recto 160 ca.JPG
Autoportrait sur une médaille
Naissance
Décès
Nom de naissance
Antonio di Pietro AverlinoVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Œuvres principales
Autoportrait et signature sur la Porte du Filarète de la Basilique Saint-Pierre

Antonio di Pietro Averlino ou Averulino ou Antonio Filarete dit le Filarète (en Grec « celui qui aime la vertu ») (Florence ~1400 – ~ 1469) est un architecte et sculpteur florentin, qui a été théoricien de l'architecture de la Renaissance italienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

La Tour du Filarète à Milan, inspirée d'un projet de l'artiste

« Le Filarète » – ainsi qu'il est généralement appelé – est probablement né à Florence et pourrait s'être formé auprès de Lorenzo Ghiberti. Exécutant une commande du Pape Eugène IV, Averlino met douze ans à réaliser les portes de bronze de l'ancienne basilique Saint-Pierre à Rome qu'il termine en 1445. Il y sculpte le Christ, la Vierge en majesté, saint Paul et saint Pierre, mais aussi les évènements marquants du règne du pontife, dont le concile de Florence et la réunion des Eglises grecque et romaine, prélude à la croisade[1]. Le Filarète espère rivaliser avec les portes de bronze exécutées par Ghiberti pour le baptistère Saint-Jean (Florence). Lorsque la basilique est détruite au siècle suivant, les portes du Filarète sont démontées, mises en lieu sûr, puis réinstallées sur la nouvelle basilique.

Le Filarète quitte Rome à l'invitation de Francesco Sforza pour Milan en 1451, munit d'une recommandation de Côme de Médicis. Le duc l'emploie sur les grands chantiers qu'il entreprend à Milan, Crémone et Bergame, mais ne parvient pas à l'imposer face à l'hostilité des maîtres lombards locaux[2].

Il construit l'Ospedale Maggiore (vers 1456). L'hôpital est conçu de façon géométrique avec une croix à l'intérieur d'un carré. La chapelle de l'hôpital est prévue pour occuper le centre de la croix. Il reste des pans de l'édifice original de ce bâtiment, maintes fois reconstruit, dont le style gothique typique de l'artisanat du quattrocento jure avec le projet à l'antique du Filarète[3]. Maître d'œuvre des projets architecturaux du duc, il travaille aussi au Castello Sforzesco et à la cathédrale de Milan[3]. Sforza le nomme, contre l'avis des fabriciens, adjoint de Giovanni Solari qui est à la tête du chantier de la cathédrale à partir de 1452. Le Filarete ne parviendra pas à s'y imposer face aux maîtres lombards, tout comme sur le chantier de l'Ospedale qu'il doit quitter au bout de cinq ans pour être aussi remplacé par des maîtres lombards[2].

Traité d'architecture[modifier | modifier le code]

Confronté à des frustrations répétées, vers 1465, le Filarète termine son Trattato di architectura (Traité d'architecture) en vingt-cinq volumes qu'il compose avec le soutien de l'humaniste Filelfo pour se faire le défenseur d'un style souvent rejeté en Lombardie[2]. Ce traité circule largement sous forme manuscrite. Vers 1465, apparaît le Codex Maglieabechiano, copie du traité richement illustrée et dédiée à Pierre Ier de Médicis. Cette dédicace semble indiquer que le Filarète était tombé en disgrâce à Milan peu de temps après la publication de son Traité. Le Filarète qualifie le nouveau style de moderne barbare — et qu'il encourage ses lecteurs à abandonner — correspond au gothique lombard.

Dédié à Francesco Sforza, le prologue raconte comment un architecte et son prince ont édifié deux villes, Sforzinda et Plousiapolis, « la ville riche » en grec[2]. La majeure partie du traité, selon la mode de l'époque, se présente sous forme de dialogue, ici entre le mécène et son architecte. Ce dernier, qui a le beau rôle, enseigne à son mécène comment bien construire dans un style basé sur l'adoption des formes classiques.[2] Il y décrit par le menu une cité imaginaire et quelque peu ésotérique, Sforzinda - ainsi nommée en l'honneur de son protecteur. La cité — qu'il compare à un corps humain idéal — s'inscrit dans l'étoile à huit branches de son enceinte fortifiée, dans le cercle circonscrit de ses douves[4].

C'est le premier plan de ville idéale en forme d'étoile, conçu en réaction à l'organisation anarchique et claustrophobique de la cité médiévale. Huit tours forment des bastions aux pointes de l'étoile et huit portes s'ouvrent sur des avenues rayonnant à partir du centre[4]. Chacune d'elles dessert une place publique où se tient un marché spécialisé dans certaines denrées. D'autres avenues rayonnantes possèdent leur église et leur monastère. Un système de canaux relie la cité avec le monde extérieur et sert à la circulation des biens. Au centre de Sforzinda se trouve la piazza, double carré d'un stade de long et d'un demi stade de large, avec au fond la cathédrale et son campanile.

Les bâtiments et leurs ornements hautement symboliques sont décrits avec minutie ; le traité fournit les calculs astrologiques nécessaires pour assurer l'harmonie de la cité, ainsi que des renseignements pratiques sur les fortifications et la découverte d'un livre d'or détaillant les bâtiments de l'antiquité classique.

L'engouement du Filarète pour le roman courtois de la fin du Moyen Âge qui transparaît dans ce traité d'architecture n'est pas du goût des penseurs plus rationnels qui lui succèdent ; Giorgio Vasari enterre le traité d'un le livre le plus ridicule et peut-être le plus stupide que j'ai jamais lu. Il faudra attendre 1894 pour que soit imprimé pour la première fois le Tractatus du Filarète, lorsque W. von Ottingen édite le Codex Magliabechiano.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ivan Cloulas, Les Borgia, Paris, Librairie Arthème Fayard/Pluriel, , 522 p. (ISBN 978-2-8185-0172-6), (page 35)
  2. a b c d et e Sophie Cassagnes-Brouquet, Bernard Doumerc, Les Condottières, Capitaines, princes et mécènes en Italie, XIIIe-XVIe siècle, Paris, Ellipses, , 551 p. (ISBN 978-2-7298-6345-6)
  3. a et b Murray (1963)
  4. a et b Description de la cité (Italien)