La Souricière (Agatha Christie)

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La Souricière
La façade du St Martin's Theatre, à Londres, où La Souricière est jouée sans interruption depuis le 25 mars 1974, après 21 ans de représentations à l'Ambassadors Theatre.
La façade du St Martin's Theatre, à Londres, où La Souricière est jouée sans interruption depuis le 25 mars 1974, après 21 ans de représentations à l'Ambassadors Theatre.

Auteur Agatha Christie
Genre Pièce de théâtre policière
Version originale
Titre original The Mousetrap
Langue originale Anglais
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Date de la 1re représentation 6 octobre 1952
Lieu de la 1re représentation Théâtre royal de Nottingham

La Souricière (The Mousetrap) est une pièce de théâtre policière d'Agatha Christie. C'est la pièce qui totalise le plus grand nombre de représentations consécutives au monde, plus de 23 000 depuis sa création dans le West End de Londres en 1952 où elle n'a jamais quitté l'affiche depuis, ce qui a rendu son petit-fils Mathew, qui a reçu les droits de la pièce en cadeau d'anniversaire pour ses 9 ans, millionnaire[1]. Adaptation théâtrale d'un mystère radiophonique écrit en 1947 pour les 80 ans de la reine Mary, elle est célèbre pour son dénouement à surprise que les spectateurs sont priés de ne pas révéler, comme le demande la dernière réplique de la pièce donnée par le policier : « Chers spectateurs, complices du crime, merci d'être venus. Et de ne pas révéler l'identité du meurtrier ».

Historique de la pièce[modifier | modifier le code]

Au départ, la pièce était une pièce radiophonique destinée à être diffusée le 30 mai 1947, sous le titre Three Blind Mice (Trois souris qui n'y voient mie), en l'honneur de la reine Marie, veuve du roi George V. Elle s'inspirait d'un fait divers, la mort d'un jeune garçon, Dennis O'Neill, décédé alors qu'il séjournait dans une famille d'accueil de fermiers du Shropshire en 1945.

À partir du texte radiophonique, Christie rédige ensuite une nouvelle qui, suivant les vœux de l'auteur, ne devait être publiée qu'après la dernière représentation théâtrale de la pièce, ce qui fait qu'elle est encore inédite à ce jour en Grande-Bretagne, bien qu'elle soit parue en 1950 aux États-Unis dans le recuil intitulé Trois souris et autres nouvelles.

Christie fit cadeau de ses droits d'auteur à son petit-fils, Mathew Pritchard, pour son anniversaire, au moment où elle rédigeait la pièce. Une seule version de celle-ci fut autorisée à être jouée hors du West End[2], et il fut stipulé de façon contractuelle qu'aucune adaptation cinématographique ne pourrait être réalisée tant que le spectacle originel n'aurait pas cessé depuis au moins six mois.

Peu avant la première, le titre de la pièce dut être modifié sur les instances d'Émile Littler qui avait mis en scène une pièce nommée Trois souris qui n'y voient mie dans le West End avant la Seconde Guerre mondiale[3]. L'idée du titre, La Souricière, est suggéré à l'auteur par son gendre, Anthony Hicks[4]. C'est une allusion à la pièce de William Shakespeare, Hamlet ; La Souricière est le nom que le héros éponyme prête au spectacle représenté devant la cour, en réponse à une question du roi Claudius (Hamlet, III, ii). En réalité, le nom de la pièce est Le Meurtre de Gonzague, mais la réponse d'Hamlet est une métaphore, puisque cette représentation est le piège qu'il tend au roi dans l'espoir qu'il se trahisse et révèle sa culpabilité.

L'incroyable longévité de la production originale en a fait une attraction touristique majeure et, en 1997, grâce au producteur Stephen Waley-Cohen, elle a contribué à la création d'une organisation d'aide scolaire qui permet aux jeunes de découvrir le théâtre à Londres.

Une pièce de Tom Stoppard, The Real Inspector Hound, reprend de façon parodique de nombreux éléments de La Souricière, notamment son dénouement inattendu, mais les producteurs se sont trouvés dans l'impossibilité de dénoncer le procédé sans révéler en même temps au public le dénouement de la pièce de Christie.

Une chaîne de télévision britannique a diffusé, le 6 avril 2007, un documentaire télévisé de 60 minutes[5], Mousetrapped, produit et réalisé par Dan Clapton, et centré autour de l'acteur Christopher Ellison en train de se préparer pour une représentation spéciale de la pièce – la 22 601e –, dans laquelle il joue le rôle du major Metcalf. Pendant le documentaire, enrichis d'images d'archives, apparaissent également Richard Attenborough et son épouse Sheila Sim qui, en 1952, ont été les premiers à interpréter les rôles du sergent Trotter et de Mollie Ralston.

Représentations théâtrales[modifier | modifier le code]

La pièce fut créée sur la scène du théâtre royal de Nottingham le 6 octobre 1952. Elle fut ensuite donnée à Oxford (Royal Court Theatre), Manchester (Opéra), Liverpool (Royal Court Theatre), Newcastle (Theatre Royal), Leeds (Grand Theatre) et Birmingham (Alexandra Theatre) avant d'ouvrir à Londres le 25 novembre 1952 au New Ambassadors Theatre. Elle se joua sans interruption dans ce théâtre jusqu'au 23 mars 1974, date à laquelle elle fut transférée au St Martin's Theatre voisin, où elle fut jouée dès le lundi 25 mars suivant. Le 10 avril 2008 elle comptait un total inégalé de 23 074 représentations. Elle se joue encore au St Martin's Theatre dans une mise en scène de David Turner.

La liste des acteurs qui ont créé la pièce à Londres inclut Richard Attenborough, dans le rôle du Sergeant Trotter, et son épouse Sheila Sim, dans celui de Mollie Ralston. Depuis le départ à la retraite de Mysie Monte et David Raven, qui se sont distingués en jouant le rôle de Mrs Boyle et du major Metcalf pendant plus de onze ans, la troupe est renouvelée tous les ans, la transition se faisant à la fin du mois de novembre à l'époque de l'anniversaire de la création de la pièce, et ce à l'initiative de Sir Peter Saunders, le producteur historique de la pièce. Il existe une tradition qui veut que l'actrice principale partage un « gâteau souricière » avec sa remplaçante.

La pièce remporte un autre record en ayant gardé un membre de la troupe originale depuis la première. La voix de feu Deryck Guyler est toujours celle que l'on entend aujourd'hui annoncer les nouvelles à la radio. Le décor a été changé en 1965 et en 1999, mais il a conservé un accessoire de la mise en scène originelle, la pendule sur la cheminée du salon.

Quelques dates mémorables :

Une mise en scène au Toronto Truck Theatre à Toronto, Ontario, dont la première eut lieu le 19 août 1977, devint la pièce la plus longuement jouée au Canada avant de se terminer le 18 janvier 2004 au bout de vingt-six ans et plus de 9 000 représentations.

La pièce est également jouée en 1971 à Paris au Théâtre Hébertot, avec Sady Rebbot et Christine Delaroche.

Intrigue et dénouement[modifier | modifier le code]

Mollie et Giles Ralston viennent de transformer le manoir de Monkswell en un nouvel hôtel. Ils se retrouvent bloqués dans la maison par une chute de neige avec quatre clients et un voyageur dont la voiture est arrêtée par la neige. Ils voient arriver le sergent Trotter, venu à ski les prévenir que le meurtrier présumé d'une demoiselle Lyon, à Londres, est soupçonné de vouloir se rendre dans l'hôtel. Plusieurs années auparavant, cette demoiselle Lyon aurait été agréée comme famille d'accueil pour trois jeunes enfants auxquels elle aurait fait subir de mauvais traitements.

Lorsque Mrs Boyle, une des clientes de l'hôtel, est retrouvée assassinée, les protagonistes comprennent que le meurtrier est déjà parmi eux. Les soupçons se portent d'abord sur Christopher Wren, jeune excentrique qui correspond à la description donnée de l'assassin. Mais il s'avère assez vite que le tueur peut être n'importe lequel des clients, voire l'un des propriétaires. Au dénouement de la pièce, les protagonistes apprennent que l'assassin n'est autre que le sergent Trotter, personnage dérangé voulant venger la mort de son frère. Le Major Metcalf étant quant à lui un détective sur les traces du meurtrier.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Maureen Lyon (n'apparaît pas dans la pièce) – est la première victime. Son vrai nom est Mrs Stanning et elle a fait de la prison pour avoir, ainsi que son mari, maltraité trois enfants qui avaient été placés chez elle. Mr Stanning est mort en prison et à sa libération, Mrs Stanning cherche à se refaire une nouvelle vie à Londres sous le nom de Maureen Lyon. C'est là qu'elle est assassinée.
  • Mollie Ralston – propriétaire du manoir de Monkswell, épouse de Giles. Elle parait au-dessus de tout soupçon jusqu'au moment où on apprend qu'elle s'est rendue inhabituellement et secrètement à Londres le jour même du meurtre de Maureen Lyon.
  • Giles Ralston – son époux, directeur de l'hôtel. Il est le premier à être soupçonné car il fait son entrée en scène vêtu de façon identique à celle du meurtrier. On découvre que Giles s'est lui aussi rendu en secret à Londres le jour de la mort de Maureen Lyon. Même Mollie commence à soupçonner son mari lorsqu'elle se rend compte que, le connaissant depuis un an seulement, elle ne sait pas véritablement grand chose sur lui.
  • Christopher Wren – le premier client de l'hôtel. Hyperactif, il se conduit d'une façon assez étrange. Il avoue qu'il est en fuite, mais refuse de dire devant qui ou quoi. Les spectateurs sont amenés à conclure qu'il a été un des trois enfants martyrs que les mauvais traitements ont rendu schizophrène et dangereux. Wren affirme qu'il a été baptisé en l'honneur du célèbre architecte Christopher Wren.
  • Mrs Boyle – vieille fille aigrie qui ne cesse de tout critiquer. Ancien magistrat, elle est responsable du placement des enfants chez Maureen Lyon. Sa mort l'élimine rapidement de la liste des suspects.
  • Le Major Metcalf – à la retraite, personnage mystérieux. Il devient à son tour suspect lorsqu'il s'avère que le père des trois enfants était dans l'armée au moment de la mort de sa femme, qui avait rendu nécessaire le placement des orphelins.
  • Miss Casewell – femme étrange et solitaire qui parle sans émotion apparente des expériences épouvantables qu'elle a vécues étant enfant. Elle en dit suffisamment pour que les spectateurs la soupçonnent d'être l'une des trois jeunes victimes de feu Maureen Lyon, désireuse de se venger.
  • Mr Paravicini – on ne sait pas d'où il vient. Il fait semblant d'avoir un accent étranger, et s'est vieilli artificiellement en se maquillant. Le mystère de ses origines demeure complet et il refuse de répondre aux questions, ce qui le rend très suspect. Les spectateurs peuvent facilement imaginer qu'il est le père des enfants, revenu sous un faux nom pour se venger.
  • Le Sergent Trotter – est un policier qui arrive au milieu de la tempête de neige pour protéger les clients et les propriétaires de l'hôtel.

Édition imprimée[modifier | modifier le code]

  • (en), Agatha Christie, The Mousetrap : A Play[6],[7], Samuel French Inc., New York, février 1954, 80 p., (ISBN 0573015228) ou (ISBN 978-0573015229). Le texte de la pièce a été repris ultérieurement dans plusieurs recueils composites de pièces de théâtre d'Agatha Christie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Léa Delpont, « Indétrônable Agatha Christie », sur Le Figaro,‎ 15 octobre 2007
  2. Haining, Peter. Agatha Christie – Murder in Four Acts (Agatha Christie, Meurtre en quatre actes). (Page 23). Virgin Books, 1990. ISBN 1-85227-273-2
  3. Saunders, Peter. The Mousetrap Man. (Page 118) Collins, 1972. ISBN 0-00-211538-7
  4. Morgan, Janet. Agatha Christie, A Biography. (Page 291) Collins, 1984 ISBN 0-00-216330-6.
  5. Source : fiche consacrée au documentaire Mousetrapped, sur l'Internet Movie Database.
  6. Fiche « The Mousetrap (Acting Edition) », sur le site Amazon.co.uk.
  7. Fiche « Mousetrap, The », sur le site samuelfrench.com.