Judaïsme messianique

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Un des symboles.

Le judaïsme messianique est un mouvement religieux chrétien, qui professe que Jésus est le Messie mais reprend des éléments du judaïsme et de la tradition juive ; il combine une théologie chrétienne avec des rites juifs. Ses fidèles se présentent souvent comme des juifs qui reconnaissent la messianité de Yeshoua (Jésus), mais peu d'entre eux ont des origines juives.

Le mouvement trouve son origine dans l'anglicanisme en Angleterre au début du XIXe siècle parmi des groupes assumant la promotion du christianisme parmi les Juifs. Sa forme actuelle est apparue dans les années 1960 et 1970, issue du mouvement missionnaire chrétien du christianisme évangélique.

Le 'judaïsme messianique' n'est pas reconnu comme un des courants du judaïsme. Il relève du christianisme, les historiens des religions en sont d'accord[réf. nécessaire]. Ses pratiquants ne doivent pas non plus être confondus avec les juifs qui se convertissent au christianisme, et seuls ses membres d'origine juive selon la Halakha sont reconnus comme juifs par le rabbinat.

Enfin ce mouvement religieux est fort mal considéré tant par les milieux juifs athées (dits 'laïcs') que 'croyants', et ce en diaspora aussi bien qu'en Israël, à cause de son intitulé qui prête à confusion (« judaïsme ») et à cause de ses tendances au prosélytisme.

Origine et développement au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Chapelle de l'Institut pour les convertis juifs de la Société londonienne pour la promotion du christianisme parmi les Juifs (en), à Varsovie en 1846.

Les origines du mouvement du judaïsme messianique apparaissent dans l'Angleterre du XIXe siècle. Les premières organisations officielles sont dirigées par des Juifs convertis comme à la Church's Ministry Among Jewish People, société anglicane de Londres pour la promotion du christianisme parmi les Juifs de Joseph Frey (1809)[1] qui a participé à la traduction du premier Nouveau Testament en hébreu en 1821[2]. Ces organisations rappellent les fondements hébraïques de la foi chrétienne[3]. Puis, la Hebrew-Christian Alliance voit le jour au Royaume-Uni en 1866, suivie par la Hebrew-Christian Aliance of America aux États-Unis en 1915. Cette dernière, en 1976, change de nom et devient la Messianic Jewish American Alliance.

L'IMJA (International Messianic Jewish Alliance) est fondée en 1925 et l'International Alliance of Messianic Congregations est fondée en 1979[4].

Communauté Rabinovitch[modifier | modifier le code]

Choqué par la vague de pogroms des années 1880 puis par la misère de la population juive de Palestine qu'il visitait, le publiciste juif moldave (ru) Joseph Rabinovich arrive à la conclusion que la solution à la « question juive » est la foi en Jésus-Christ en tant que Messie et décide de créer en Bessarabie, une communauté religieuse judéo-chrétienne nationale dans le sud de la Russie[5],[6],[7],[8],[9],[10],[11].

Temple des Israélites du Nouveau Testament, Chisinau, v. 1890

En 1883, il fonde l'Assemblée des Israélites du Nouveau Testament (Собрание израильтян Нового Завета) à Chisinau en Moldavie, qui ne rejoint aucune église historique mais Rabinovich lui-même se fait baptiser dans une église luthérienne de Leipzig en 1885 et se convertit au protestantisme[12],[13]. En décembre 1890, une « (en) maison de prière » de cette communauté est ouverte à Chisinau et Rabinovich rédige le programme du service du shabbat, combinant à la fois des éléments juifs et chrétiens. Selon le « London Times », 250 familles rejoignent son mouvement des Juifs messianiques[14]. On pense que la communauté judéo-chrétienne de Chisinau s'est effondrée après la mort de son fondateur en 1899.

Un peu plus tard, la maison de prière de la communauté est donnée à l'église baptiste, et la prédication du christianisme parmi les Juifs de Chisinau est poursuivie par le pasteur baptiste Lev Averbukh. En 1926, il ouvre la maison de prière Bethel à Chisinau, qui faisait partie de la confrérie baptiste. Les services se déroulaient en yiddish et la communauté elle-même se considérait comme le successeur de l'œuvre de Rabinovich[15].

Judaïsme messianique au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le mouvement messianique se développe aux États-Unis au début du XXe siècle, surtout à partir des années 1960 sur les campus américains, ainsi qu'en 1973 avec la fondation des « Juifs pour Jésus » par Moishe Rosen (en), un pasteur d'origine juive converti au christianisme en 1953[16],[17].

En 1926, le missionnaire James W. Clapham arrive à Haïfa en Palestine, en provenance de Nouvelle-Zélande, s'installe dans l'ancien moulin à farine de la colonie allemande (German Colony) et en fait le foyer de la communauté juive messianique (Beit Hassada)[18]. Dans son ouvrage Palestine, Land of My Adoption paru juste après la guerre, en 1946, il écrit : « Malgré tous les événements du passé et du présent, l'esprit juif est toujours impénitent, toujours aveuglé envers le Sauveur du monde »[18],[19].

Aumônier juif participant à un Seder de Pâque organisé par des messianiques américains (en Irak, 2007)

Après le développement du sionisme à la fin du XIXe, l'apparition du sionisme chrétien, puis la Seconde Guerre mondiale et la naissance de l’État d’Israël, il prend sa forme actuelle aux États-Unis à partir des années 1960[20],[21]. La victoire israélienne de 1967 et la réunification de Jérusalem sont perçues par les juifs messianiques comme « un « signe des temps » particulièrement fort. Cet événement précéderait la seconde venue de Jésus et l'instauration de son règne de mille ans à Sion, à l'issue de la guerre finale de Gog et Magog »[21].

En 1996, aux États-Unis, la Convention baptiste du Sud a fait de la conversion des juifs au christianisme évangélique une de ses priorités, allouant des sommes importantes à la poursuite de cet objectif. Comme les membres d'autres mouvements chrétiens, nombre de chrétiens born-again sont en effet persuadés que le retour du Christ est lié à la conversion des Juifs[22]. L'argent est notamment investi dans la création de « synagogues judéo-chrétiennes » destinées à accueillir, dans cette visée prosélyte, les Juifs hésitants[22]. D'après le rabbin Bentzion Kravitz, fondateur du mouvement Jews for Judaism (en) en réaction au mouvement Jews for Jesus[23], le nombre de ces « synagogues » s'élevait en 2006 à plus de 400 et le nombre de convertis à 275 000[22].

Une chercheuse canadienne constate : « Selon les convictions religieuses des [Juifs messianiques], le retour du Messie sera assuré une fois que son peuple élu (le peuple juif) aura reconnu Yeshua (Jésus-Christ) comme le Messiah d’Israël. La conversion de chaque Juif au messianisme (chrétien) constitue donc un pas vers le retour du Messie et la rédemption du monde. Dans ce contexte, nous avons constaté, parallèlement à l’accueil chaleureux reçu, de subtils mécanismes de pression pour nous influencer et tenter de nous convaincre d’accepter Yeshua comme notre sauveur. Ainsi, le rabbin a entretenu de longues discussions avec nous afin de démontrer que l’Ancien Testament parlait continuellement de Jésus dans un langage codé[20]. »

Mission en Israël[modifier | modifier le code]

Entrée de la Messianic Jewish Alliance fondée par James W. Clapham à Haïfa

« Comme pour de nombreuses dénominations chrétiennes, le travail missionnaire fait partie de la pratique messianique »[24].

Le nombre des ministères locaux se multiplie dans le pays par le biais de nombreuses initiatives : 70 congrégations messianiques existent dans tout Israël, selon Kehila (site d’information et plate-forme médiatique pour les messianiques du pays), dont une, Adonai Roi, dirigée par Dugit[25] (site « pour apporter la Bonne Nouvelle au peuple d'Israël ») et par Mizrachi à Tel Aviv où se trouvent la congrégation messianique, le café HaOgen (lieu extérieurement anonyme sis au nord de la place Dizengoff), une salle de prière, un service de Shabbat, une association caritative pour les pauvres, le site Internet de Dugit[25] - qui indique qu’il organise également une conférence annuelle pour les femmes et est impliqué dans une chaîne de télévision évangélique que l’autorité de diffusion israélienne a fermée en 2020[24].

Légalité et perception[modifier | modifier le code]

Contrairement à la croyance générale, le prosélytisme est légal en Israël ; seuls sont interdits l'offre de conversions religieuses en échange d'un cadeau matériel ainsi que le prosélytisme des mineurs sans le consentement de leurs parents[24].

Ainsi, l'illégalité du prosélytisme est une idée fausse largement répandue et semble-t-il entretenue par le gouvernement israélien. Le rapport 2010 sur la liberté religieuse dans le monde, émanant du département d’État américain, indique qu’Israël a « pris un certain nombre de mesures qui ont encouragé l’idée que le prosélytisme est contraire à la politique du gouvernement », comme détenir des missionnaires ou refuser la prolongation de certains visas[24]. Partant, les missionnaires pour le messianisme de Jésus prétendent être persécutés pour leur foi en Israël et ont tendance à masquer leurs activités[24].

Statistiques[modifier | modifier le code]

En 1999, le nombre total de croyants est d’environ 5 000[26].

La synagogue messianique Baruch HaShem à Dallas au Texas.

En 2012, ils seraient entre 175 000 et 250 000 fidèles aux États-Unis, pour un nombre total estimé de 350 000 fidèles dans le monde[27].

Selon les représentants de la communauté, le nombre de Juifs messianiques en Israël s'est multiplié, grâce aux efforts de mission et à l’immigration. Yonatan Allon, rédacteur en chef de Kehila indique qu'en 2020, ils représentent entre 10 000 et 20 000 fidèles en Israël, dont 5 000 sont russophones[26],[24]. Des congrégations s'adressent « spécifiquement aux Israéliens russophones et éthiopiens »[24].

Si la majorité des messianiques israéliens sont d'ascendance juive directe, ceux des États-Unis sont en fait des chrétiens évangéliques qui s'identifient comme Juifs messianiques[24].

La plupart des communautés messianiques sont regroupées au sein de l'IMJA (International Messianic Jewish Alliance), dont le siège est aux États-Unis. La branche française de l'IMJA est l’AFJM (Alliance francophone des juifs messianiques).

Doctrine[modifier | modifier le code]

Sur la base de leur interprétation du Nouveau Testament, leur croyance centrale est l'acceptation de Yeshoua (Jésus) en tant que Messie d'Israël annoncé par les prophètes. Ils soulignent l'importance de leur identité juive, ainsi que des traditions du judaïsme, pour autant qu'elles soient en accord avec l'Évangile. Ils se reposent sur la Bible et considèrent que Jésus-Christ est le « Berger ».

Nouage des tzitzit chrétiens

La foi du judaïsme messianique se fonde sur les bases suivantes :

Oppositions[modifier | modifier le code]

Les communautés juives témoignent une certaine méfiance vis-à-vis de ceux qui se disent Juifs messianiques, parce qu'elles estiment qu'ils ne sont pas réellement Juifs, et qu'elles désapprouvent leurs activités missionnaires prosélytes visant à convertir les Juifs au christianisme.

En Israël, au sein du Parlement israélien, le Comité d'amitié avec les chrétiens (Christian Allies Caucus) refuse même de travailler avec des Juifs messianiques parce qu'ils cherchent à convertir des Juifs. Josh Reinstein, son président, a déclaré : « Nous croyons qu'ils travaillent contre les intérêts de l'État d'Israël »[28].

Le groupe des Jews for Jesus est particulièrement controversé[21], notamment ses membres juifs convertis lorsqu'ils demandent à bénéficier de la nationalité israélienne dans le cadre de l'Alya. En 1970, un amendement à la Loi du retour en a exclu les Juifs ayant volontairement changé de religion. En , la Cour suprême israélienne, dans un arrêt faisant jurisprudence, a confirmé le rejet de la demande de naturalisation introduite par deux Juifs messianiques d'Afrique du Sud, Gary et Shirley Beresford[28].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Peter Hocken, The Challenges of the Pentecostal, Charismatic and Messianic Jewish Movements. The Tensions of the Spirit, Surrey (UK), Ashgate Publishing Ltd, , chapitre 5 : « The Messianic Jewish movement: New Current and old Reality ».
  • (en) Edward Kessler, « Messianic Jews », dans Edward Kessler & Neil Wenborn, A Dictionary Of Jewish-Christian Relations, Cambridge, England, Cambridge University Press, 2005, p. 292 (ISBN 9780521826921). LCCN 2005012923.
  • (en) Shoshanah Feher, Passing over Easter: Constructing the Boundaries of Messianic Judaism, Rowman Altamira, 1998 (ISBN 978-0-7619-8953-0), p. 140.
  • (en) Yaakov Ariel, « Judaism and Christianity Unite! The Unique Culture of Messianic Judaism », dans Eugene V. Gallagher & Michael W. Ashcraft, Jewish and Christian Traditions. Introduction to New and Alternative Religions in America 2, Westport, Conn, Greenwood Publishing Group, 2006, p. 191 (ISBN 978-0-275-98714-5). LCCN 2006022954. OCLC 315689134.
  • (en) Carol Harris-Shapiro, Messianic Judaism : A Rabbi's Journey Through Religious Change in America, Beacon Press, , 218 p. (ISBN 978-0-8070-1040-2, lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)CMJ history : « Frey and a group of his supporters founded the ‘London Society for promoting Christianity amongst the Jews’ (LSCJ) in 1809 », « CMJ’s mission-field soon spread across Europe, South America, Africa, and into Israel and CMJ became the biggest mission organisation in the world ».
  2. (en)WorldCatalog, « Narrative of the Rev. Joseph Samuel C. F. Frey: author of Hebrew grammar; Hebrew, Latin, and English dictionary; and editor of Vander Hooght's Hebrew Bible. »
  3. (en) Yaakov Ariel, « Introduction to New and Alternative Religions in America », Judaîsm and Christianity Unite!: The Unique Culture of Messianic Judaísm.
  4. Erwin Fahlbusch, Geoffrey William Bromiley, The Encyclopedia of Christianity, Volume 3, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2003, p. 35
  5. (en)« Rabinowitz was on a quest to resolve the sociopolitical tensions surrounding his beloved southern Russian Jewish community. Christianity provided him with what he thought was a resolution to that crisis ». Lire en ligne
  6. (ru) « Из истории восстановления еврейского мессианского движения », sur IESHUA.ORG — еврейский мессианский портал,‎ (consulté le )
  7. (en) « The Life And Times Of Joseph Rabinowitz By Dr », sur www.messianicassociation.org (consulté le )
  8. (ru) « Почему «община», а не «церковь»? Главный раввин Киевской Еврейской Мессианской Общины, Борис Саулович Грисенко, расширенно отвечает на вопросы и записки из зала. — Мессианский комитет » (consulté le )
  9. (en) Ellie R. Schainker, Confessions of the Shtetl: Converts from Judaism in Imperial Russia, 1817-1906, Stanford University Press, (ISBN 978-1-5036-0024-9, lire en ligne)
  10. (en) Benjamin Nathans, Beyond the Pale: The Jewish Encounter with Late Imperial Russia, University of California Press, (ISBN 978-0-520-24232-6, lire en ligne), p. 194-195
  11. (ru) « Соловьев В.С., Собрание сочинений. Том 9 », sur www.odinblago.ru (consulté le )
  12. (ru)Он был крещён в Берлине преподобным С. М. Мидом (rev. C. M. Mead), профессором Андоверской теологической семинарии, но так как это крещение не было признано в России, ему уже вместе с семьёй пришлось заново принять крещение в 1888 году в Одессе.
  13. (en) « Jos. Rabinowitz And His Mission To Israel », sur dabhar.org (consulté le )
  14. (ru) Anatoly Shtarkman, « Кишинёв. 6. Россия - предвестник катастрофы (Анатолий Штаркман) / Проза.ру », sur proza.ru,‎ (consulté le )
  15. Turlak O. P. « Souvenez-vous de tout le chemin ». Histoire de l'église de Chisinau des chrétiens-baptistes évangéliques "Bethel" 1908-2008. - Chisinau, 2008, 208 p.
  16. Timothy J. Demy Ph.D., Paul R. Shockley Ph.D., Evangelical America: An Encyclopedia of Contemporary American Religious Culture, ABC-CLIO, USA, 2017, p. 237
  17. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism: Revised and expanded edition, Baylor University Press, USA, 2004, p. 497
  18. a et b (en-US) « James W. Clapham », sur www.uplook.org, (consulté le )
  19. (en) Editor Maurice G. Dametz, Grace and Truth, vol. XXV, Denver Bible College Press (Denver, Colorado), (lire en ligne)
  20. a et b Grdu Montreal.
  21. a b et c Juifs messianiques, sur Akadem.
  22. a b et c Zidane Mériboute, Islamisme, soufisme, évangélisme : la guerre ou la paix, Labor et Fides, , 287 p. (ISBN 978-2-8309-1370-5, lire en ligne), p. 199-200
  23. (en) George Thomas Kurian et Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the United States, vol. 5, Rowman & Littlefield, , 2864 p. (ISBN 978-1-4422-4432-0, lire en ligne), p. 1494-1495.
  24. a b c d e f g et h Abby Seitz, « Dans ce café de Tel Aviv, on vous sert des espressos – et on vous parle de Jésus », sur fr.timesofisrael.com, (consulté le )
  25. a et b (en-US) « DUGIT - Fishers of Men in the Heart of Tel Aviv », sur DUGIT (consulté le )
  26. a et b Alec Goldberg, directeur pour Israël de l'organisation évangélique en Israël du Caspari Center, 2019, cité in Times of Israel du 8 octobre 2021.
  27. Sarah Posner, Kosher Jesus: Messianic Jews in the Holy Land, theatlantic.com, USA, 29 novembre 2012
  28. a et b (en)Aliyah with a cat a dog and Jesus (Alyah avec chat et chien et Jésus), Haaretz, 9 juin 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]