Iris Clert

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Iris Clert
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Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité
Française
Activité
Galeriste

Iris Clert, née Iris Athanassiadis à Athènes le 28 avril 1918 et morte à Cannes le 15 août 1986[2], est une galeriste d'art contemporain d'avant-garde française d'origine grecque.

Elle a largement participé à l'émergence du mouvement du Nouveau Réalisme. À travers ses nombreuses et spectaculaires expositions, Iris Clert a découvert et fait connaître certains artistes majeurs de l'avant-garde de la fin du XXe siècle.

Biographie et carrière[modifier | modifier le code]

Iris Athanassiadis est issue d’une famille bourgeoise grecque. Elle vit à Athènes jusqu’à l’âge de 5 ans, quand sa famille quitte son pays après la « Grande Catastrophe » de 1922. Au rythme des exils maternels, Iris découvre Vienne et Paris. Polyglotte et aventurière, elle s’engage pendant la Seconde Guerre mondiale dans la Résistance aux côtés de son mari, le producteur de cinéma Claude Clert.

En 1955, elle fait la rencontre décisive du sculpteur Takis[3], lors d’un voyage dans l'île de Mykonos. Elle se laisse vite persuader d’ouvrir une galerie à Paris. En juillet de la même année, elle organise sa première exposition, Galerie du Haut Pavé à Paris, dirigée par le Père Vallée. Y sont exposés deux artistes grecs : Takis et Tsingos.

Iris Clert ouvre sa première galerie, en février 1956, au 3, rue des Beaux-Arts à Paris, et y présente entre autres les artistes Camille Bryen, René Laubiès et Asger Jorn. En 1957, elle fait la rencontre d’Yves Klein et prend conscience d’un destin à accomplir : « faire jaillir l’étincelle qui allait faire exploser cet art à son déclin, reflet d’une civilisation qui périclite. » De 1957 à 1960, elle joue un rôle prépondérant, aux côtés de Pierre Restany, dans la promotion des Nouveaux Réalistes. De l’Exposition du Vide d’Yves Klein en 1958 à l’Exposition du Plein d’Arman en 1960, elle aide ces artistes à produire un art de rupture et sa galerie devient un lieu d’expérimentations et de collaborations internationales.

En 1962, Iris Clert transfère sa galerie rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans un espace plus prestigieux, et présente successivement Gaston Chaissac, Ad Reinhardt, Pol Bury, Lucio Fontana, Yolande Fièvre, Bernard Quentin et Raymond Hains. En 1964 elle crée l’événement avec sa "Biennale Flottante" à Venise. Elle conçoit l’Iris-Time, une revue artistique et pamphlétaire, qu’elle publiera jusqu’à l’aube des années 1980. Malgré l’échec financier de sa galerie qu’elle ferme en 1972, elle acquiert le Stradart, « Le Poids Lourd Culturel » (un camion Berliet dont le hayon, en plexiglas, fait office de cimaises ambulantes), se lance à son volant dans un tour de France et affirme ainsi son désir de démocratiser l’art contemporain, de le faire descendre dans la rue. En 1970, elle emménage dans une petite galerie en étage, rue Duphot, dans le quartier de la Madeleine.

En 1980, elle crée le C.A.R.A.T., Centre d’animation et de recherche artistiques transcendantales, à Neuilly-sur-Seine, dernière manifestation de son inclination pour l’ironie et l’anticonformisme.

Iris Clert a défendu, imposé et popularisé un art conceptuel alors marginal, voire violemment rejeté par la critique et le public. L’aventure de sa galerie n’a jamais emprunté les chemins balisés : chaque vernissage était ponctué d’une descente de police, chaque accrochage dénoncé par la presse, chaque démarche empêchée par la préfecture. Iris Clert a multiplié les fêtes et les expositions dans sa petite galerie de la rue des Beaux-Arts, puis rue du Faubourg-Saint-Honoré : Micro-Salon, avec 113 artistes exposés dans sa galerie de 12 m2 ; éclairage de l’Obélisque de la Concorde en bleu Klein (IKB) ; exposition du Vide d’Yves Klein, dans une galerie entièrement nue, et deux mille invités médusés, conviés à contempler, « de toute leur présence affective » un « pur espace de sensibilité » ; exposition du Plein d’Arman, avec plusieurs tonnes d’ordures remplissant la galerie ; organisation d’une Biennale sauvage et parallèle à Venise, dans un palais baroque, puis dans un bateau-galerie ; accrochage d’un tableau géant sur la tour Eiffel ; achat d’un poids lourd en plexiglas, transformé en galerie ambulante…

Anti-conformiste, provocatrice, Iris Clert a fait de chacune de ses expositions, chacun de ses vernissages un événement. Son sens du happening, sa manière très personnelle de vendre tableaux et artistes ont participé de l'évolution des rapports entre artistes et marchands.

Iris Clert a contribué à l'émergence de mouvements et accompagné certains artistes essentiels et singuliers de la seconde moitié du XXe siècle.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Mémoires sonores d'Iris Clert : Coffret de six cassettes audio, entretiens avec Ralph Rumney. Avec la participation de Takis, Pierre Restany, Harold Stevenson…
  • Iris-Time, L'Artventure, éditions Denoël, 1975, réédité en 2003

Revue Iris Time Unlimited[modifier | modifier le code]

46 numéros ont paru de 1962 à 1975. 36 numéros sont reproduits sur le site UbuWeb[4].

  1. Premier Salon, François Dallegret (octobre 1962)
  2. Oui à Brô
  3. Vœux d’Iris (décembre 1962)
  4. Harold Stevenson (en)
  5. Salon d’avril (avril 1963)
  6. Bill Copley (en) (mai 1963)
  7. Ad Reinhardt (juin 1963)
  8. Gaston Chaissac (juillet 1963)
  9. Klaus Geissler (octobre 1963)
  10. Pol Bury (novembre 1963)
  11. Van Hoeydonck (janvier 1964)
  12. Fontana (février 1964)
  13. Marcel Barbeau (mars 1964)
  14. Yolande Fièvre, Jean Paulhan (avril 1964)
  15. Leon Golub (mai 1964)
  16. Harold Stevenson (octobre 1964)
  17. Van Thienen (novembre 1964)
  18. Les Néo-Individualistes (mars 1965)
  19. Roy Adzak (mai 1965)
  20. Boris Vansier
  21. Raymond Hains (octobre 1965)
  22. Brô (novembre 1965)
  23. Geissler (décembre 1965)
  24. Habbah
  25. Pierre De Maria
  26. Spécial U.S.A (octobre 1966)
  27. Uriburu (en) (février 1967)
  28. Waldo Balart (en) (mars 1967)
  29. Boris Vansier (mai 1967)
  30. Toto Meylan (juin 1967)
  31. Vœux d’Iris (décembre 1967)
  32. Jean-Claude Fahri (février 1968)
  33. Harold Stevenson (mai 1968)
  34. Roy Adzak
  35. Jacques Mizrahi (novembre 1969)
  36. Patrick Mazery (février 1970)
  37. Jef Verheyen (de)
  38. Jacques Potin
  39. Coloretti
  40. Spécial Stradart
  41. L’Art-Science
  42. Georges Lauro
  43. Coloretti
  44. Les OPNI
  45. Chen Ying Teh
  46. Georges Lauro

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 1957, Galerie Iris Clert, 3 rue des Beaux-Arts, Paris 6e
    • 12 avril Micro-Salon d’Avril
    • 10 mai Propositions Monochromes d’Yves Klein
    • 1er juillet Peintures et collages de Mubin
    • 15 octobre Peintures de Geiger
    • 17 novembre Verticales de Van Haardt
  • 1958, Galerie Iris Clert, 3 rue des Beaux-Arts, Paris 6e
    • 15 janvier Le Dernier des Arcadiens, René Brô
    • 8 février Monoblacks paintings, Bemporad
    • 28 avril Le Vide, Yves Klein
    • 20 mai Les Olympiens, Arman
    • 9 juin Mes étoiles. Concert pour Sept peintures, Jean Tinguely
    • 17 novembre Vitesse pure et sensibilité monochrome, Yves Klein et Jean Tinguely
    • 6 décembre Instants Pétrifiés, Marc Boussac
  • 1959, Galerie Iris Clert, 3 rue des Beaux-Arts, Paris 6e
    • 29 mai Présentation de la maquette du nouvel Opéra et Théâtre de Gelsenkirchen. W. Runhau, N. Kricke, J. Tinguely, L. Dioerles, R. Adams et Yves Klein
    • 3 juin L’Evolution de l’Art vers l’Immatériel. Conférence d’Yves Klein à la Sorbonne
    • 15 juin Bas-reliefs dans une forêt d’éponges, Yves Klein
    • 1er juillet Méta-Matics, Jean Tinguely
    • 3 octobre Jesus Rafael Soto
    • 30 octobre Strip-tease, Eva Aeppli
    • 20 novembre Télémagnétiques, Takis
  • 1960, Galerie Iris Clert, 3 rue des Beaux-Arts, Paris 6e
    • 9 juin Mysticisme athée, Ad Reinhardt
    • 25 octobre Le Plein, Arman
    • Décembre L’Homme dans l’Espace, Takis
  • 1961, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 15 mai Inauguration de la galerie au 28, Faubourg Saint Honoré, avec Les 41 présentent Iris Clert
    • 13 octobre Le monde fabuleux de Gaston Chaissac
    • 9 novembre Concetti Spaziali, Luciano Fontana
    • 15 novembre Espaces de Silence, Van Hoeydonck
  • 1962, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 18 avril Entités érectiles. Pol Bury
    • 14 juin Piccola Biennale, Venise
  • 1963, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 10 juin Les Forces immobiles, Ad Reinhardt
    • 13 juillet Grand Bal Pop, Chaissac
    • 7 novembre Spectacle Pol Bury
  • 1964, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 19 février Les Œufs Célestes, Lucio Fontana
    • 27 avril Boîtes de Yolande Fièvre
    • 27 mai The Destruction of the hero, Leon Golub
    • 14 juin Biennale Flottante, Venise
  • 1965, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 25 février Hommage à Gaston Chaissac
    • 12 octobre Seita et Safa, Raymond Hains
  • 1966, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 18 mars Habbah, le sculpteur de Bagdad
  • 1968, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 13 octobre Inauguration du Club Artomic (1, rue Jacob) avec Pierre Cardin
  • 1971, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e
    • 5 mai Abstrels, sculptures électroniques, Jacques Potin
  • 1972, Galerie Iris Clert, 28 Faubourg Saint Honoré, Paris 8e, puis 3, rue Duphot, Paris 1er
    • 15 mai Acquisition du Stradart, Le Poids Lourd Culturel. Défilé de la « Nuit du Faubourg Saint-Honoré »
    • 29 septembre, fermeture de la galerie du faubourg Saint-Honoré avec le Conceptuel financier. La galerie déménage au 3 rue Duphot, Paris Ier
  • 1974, 3 rue Duphot, Paris 1er
    • 25 juin Grandes Femmes, Petits Formats. 99 exposantes chez Christofle
    • 18 novembre L’Unique Objet, exposition collective chez Christofle
  • 1978, 3 rue Duphot, Paris 1er
    • Mars Le PLURALISME ou le bon choix d’Iris Clert, rue Duphot
  • 1980, C.A.R.A.T., 19, rue Madeleine Michelis à Neuilly

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René Passeron, « Clert Iris (morte en 1986)», Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juillet 2015.
  2. Ces dates apparaissent dans la notice de la BNF. Selon les sources, la date de sa naissance est parfois indiquée comme non connue[1], parfois indiquée en 1917 ou en 1918.
  3. Takis.
  4. Voir sur ubu.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Servin Bergeret :
    • « Du STRADART d'Iris Clert au Centre Pompidou Mobile. Expositions et Nomadisme “institutionnel” », Histoire(s) d’exposition(s) – Exhibitions’ Stories, Hermann, Paris, 2016, pp. 211-221.
    • « Iris Clert : réseaux et territoires d’une femme montreuse d’art », communication lors de la journée d'étude « Territoires et réseaux de création au féminin : visibilité et reconnaissance des réseaux de femmes », organisée le 28 novembre 2014, université de Bourgogne, Centres Textes, Images, Langages et Centre Georges Chevrier.
    • « Les rires de la Galerie Iris Clert (1956-1986) », revue Transversales du Centre Georges Chevrier, 2014
    • « Iris Clert, l'artventure d'une “galerienne” », Création au féminin Volume 5 : Les Passeuses, Dijon, EUD, 2012
    • « La Révolte d'Iris ou Iris Clert l'Anar-chic », Sciences humaines combinées [en ligne], n° 9 - Résistance(s), révolte(s) et révolution(s), 16 février 2012
    • « Iris Clert et la mise en œuvre de soi. "Fictionalisation", mythification et mystification », Pour de faux ? Histoire et fiction dans l’art contemporain, Sociétés et Représentations n° 33, Paris, Publications de la Sorbonne, printemps 2012, p. 145-1564
  • Fonds d'archives de la galerie Iris Clert, déposé à la bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou à Paris

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]