Hypothèse anatolienne

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L'hypothèse anatolienne du foyer originel des Indo-Européens stipule que les locuteurs du proto-indo-européen vivaient en Anatolie, à l'époque néolithique, et associe la répartition des langues indo-européennes historiques à leur expansion lors de la révolution néolithique au cours des VIIe et VIe millénaires av. J.-C. La principale hypothèse alternative est l'hypothèse kourgane.

Hypothèse anatolienne[modifier | modifier le code]

L'un des principaux promoteurs de l'hypothèse anatolienne fut Colin Renfrew qui, en 1987, proposa une indo-européanisation progressive de l'Europe depuis l'Anatolie au VIIe millénaire av. J.‑C., avec l'avancée de l'agriculture. En conséquence, la plupart des habitants de l'Europe néolithique auraient parlé des langues indo-européennes et les migrations ultérieures auraient tout au plus remplacé ces variétés indo-européennes par d'autres variétés indo-européennes[1].

La principale force de cette hypothèse vient de ce qu'elle associe la propagation des langues indo-européennes à un événement archéologique connu (la diffusion de l'agriculture), qui est souvent considéré comme pouvant impliquer d'importants changements dans la population.

Controverses[modifier | modifier le code]

Cette hypothèse de la migration d'un peuple paysan est restée controversée chez les linguistes et les comparatistes, dont certains rappellent que la tradition formulaire des Indo-Européens n'a rien à voir avec un peuple de paysans, mais montre au contraire l'image d'un peuple guerrier, dont les idéaux se rapprochent de ce qu'on appelle la société héroïque de l'âge du bronze. De plus, plusieurs éléments de vocabulaire posent problème pour valider cette hypothèse. Ainsi, par exemple, le substantif désignant le cheval est présent dans les différentes langues indo-européennes, alors que le cheval n'a été introduit que beaucoup plus tard en Anatolie.

Pour Bernard Sergent, Colin Renfrew a substitué un « modèle » moyennant « déformations » et « choix arbitraires » aux réalités observables et aux acquis scientifiques qui fondent l'hypothèse kourgane[2].

Pour Jean Haudry, l'hypothèse anatolienne est peu probable car les données du vocabulaire hérité permettent d'exclure les régions au climat méditerranéen dont la végétation caractéristique serait « totalement absent[e] du lexique indo-européen »[3].

Hypothèse balkanique[modifier | modifier le code]

Plus récemment, Renfrew s'est rallié à la proposition d'Igor Diakonov (en)[4] qui propose le sud-est de l'Europe comme berceau des Indo-Européens[5]. La région balkano-danubienne aurait selon lui l'avantage d'être le centre des différentes voies d'une immigration progressive des Proto-Indo-Européens[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Colin Renfrew (trad. Michèle Miech-Chatenay), L'énigme indo-européenne : Archéologie et langage [« Archaeology and Language: The Puzzle of the Indo-European Origins »], Paris, Flammarion, coll. « Champs », (1re éd. 1987) (ISBN 9782082111850)
  2. Bernard Sergent, « Colin Renfrew, L'énigme indo-européenne, archéologie et langage [compte rendu] », Annales ESC, vol. 47, no 2,‎ , p. 388-394 (lire en ligne)
  3. Jean Haudry, Les Indo-Européens, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? » (réimpr. 1985) (1re éd. 1981), p. 114
  4. Igor Diakonov, « On the Original Home of the Speakers of Indo-European », Journal of Indo-European Studies, 1985, vol. 13, p. 92.
  5. Colin Renfrew, « The Tarim basin, Tocharian, and Indo-European origins: a view from the west », in The Bronze Age & Early Iron Age Peoples of Eastern Central Asia, t. I : Archeology, migration and nomadism, linguistics, sous la dir. de Victor H. Mair, Washington, D.C., Institute for the Study of Man / University of Pennsylvania Museum Publications, 1998, p. 202-214.
  6. (en) Dienekes Pontikos, « Indo-European in Southeast Europe »,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]