Elite Model Management

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Elite

Création 1971
Fondateurs Alain Kittler
John Casablancas
Personnages clés Gérald Marie De Castellac
Bernard Hennet
Siège social Elite Model Management Luxembourg S.A. Voir et modifier les données sur Wikidata
Direction Stefania Valenti
Vick Mihaci (France)
Actionnaires Pacific Global Management (91 %)[1]
Activité Mannequinat, Mode
Produits Agence de mannequins
Société mère Elite Management Worldwide
Sociétés sœurs Elite Talent, Elite Model Look, Elite Licensing
Site web (en) Site officiel

Chiffre d’affaires 65 millions d'euros (2013)[1]
en augmentation

Elite Model Management, plus couramment appelé Elite, est une agence de mannequins fondée en 1971 à Paris par John Casablancas et Alain Kittler. Depuis sa création, le centre névralgique d'Elite est basé à Paris. Au cours de son existence puis des cessions successives, l'entreprise devient une division de la maison mère, Elite Management Worldwide ou Elite World.

Le groupe gère les carrières de plusieurs centaines de mannequins sur une quarantaine de pays. La marque se décline depuis plusieurs décennies sur un ensemble de produits proches de l'univers de la mode.

Histoire[modifier | modifier le code]

Début[modifier | modifier le code]

Elite Model Management est fondée à Paris en 1972 par John Casablancas (1942-2013) et Alain Kittler son copain rencontré lors de leurs études communes en Suisse[2]. L'idée d'ouvrir une agence de mannequins est alors inspiré par l'épouse de Casablancas, Jeanette Christjansen, un ancien modèle et Miss Danemark pour qui il a quitté sa femme puis fondé une première éphémère agence en 1969[2]. Homme de marketing sans grandes connaissances de la mode, Casablancas crée l'agence avec des fonds qu'il a mis de côté alors qu'il travaillait pour Coca-Cola au Brésil sur une idée simple : « trouver de jolies filles et les imposer sur le marché[2]. »

Quand Elite Model ouvre ses portes, l'agence compte plusieurs mannequins très connus comme Ingmari Lamy (en), Ann Schaufuss, Lynn Kohlman (en), Paula Brenken, et Emmanuelle Dano[3], ainsi que Christjansen un temps. Cette liste prestigieuse de modèles vedettes fait immédiatement le renom de l'agence Elite, mais c'est pourtant cette particularité qui sera à l'origine de premières difficultés, après la mort d'Emanuelle Dano et Paula Brenken, toutes deux décédées dans des conditions troubles[4], Casablancas réalise qu'il doit changer son business model.

Développement[modifier | modifier le code]

À l'époque, les agences de mannequins de Paris et Milan sont en disgrâce auprès des modèles à cause de problèmes de paiement. À Milan par exemple, des agences retiennent les émoluments de certaines mannequins pour les contraindre à revenir y travailler, souvent en toute illégalité[5]. Parallèlement, les franchises basées en Angleterre ou aux États-Unis offrent aux modèles une sécurité financière. Bloquées sur les ancestrales habitudes du métier, les agences gèrent les choses de façon archaïque ; Casablancas va renouveler les méthodes pour « ses » mannequins, se définissant lui-même comme un « briseur de règles », n'hésitant pas à « les prendre à d'autres agences » comme le souligne Carol Alt qui débute alors chez Elite[2].

Elite Models à New York (Elite NYC) ouvre en 1977 sous la responsabilité de Monique Pillard ; cette ouverture va entrainer des remous[2]. Pendant les années 1980, New York verra les agences se mener une guerre sans merci, la « model war[2] ». Même si d'autres agences comme Wilhelmina Models sont impliquées dans ces conflits, la bataille principale se dispute entre Elite et Ford Models[6]. Des modèles quittent Elite pour la concurrente. Casablancas affirme alors qu'Eileen Ford, fondatrice de Ford Models, veut sa peau. Mais Ford réplique avec une plainte en justice réclamant 10 millions de dollars en dommages[7] ; en effet, avant 1977, Ford était affilié avec Elite pour les USA jusqu'à ce que celle-ci ouvre ses propres bureaux à New York et commence à lui prendre ses modèles. Casablancas est alors considéré comme un « pirate »[2]. Depuis la mort en 1980 de Wilhelmina Cooper, les modèles sont paniqués et passent constamment d'une agence à une autre. Par exemple, Beverly Johnson, le modèle noir le plus payé du moment, quitte Elite pour Ford, pour revenir chez Elite une semaine plus tard[6]. Certains modèles, tels que Christie Brinkley, transfuge de Ford, et Anna Andersen, poursuivent Elite en justice après leur départ. Cette guerre juridique durera plusieurs années[8] mais renforcera considérablement la notoriété de l'agence[2].

En 1981, Elite Models forme un partenariat avec l'agence britannique Models 1 (en) qui durera huit ans. Créé en 1983, Elite Model Look devient le plus prestigieux concours de mannequins au monde sous l'impulsion, entre autres, de Gérald Marie (nl), directeur Europe d'Elite de 1986 à 2011[9],[n 1]. Ce concours appelé « The Look of the Year » rivalise avec le Supermodel of the World de Ford.

Dans la première moitié des années 1980, la société installe des bureaux partout aux États-Unis dans les plus grandes villes américaines. Elite fusionne avec Paris Planning en 1986[9]. Lors de la décennie suivante, l'entreprise compte plus d'une vingtaine de bureaux dans le monde. Les plus importants mannequins du monde sont sous contrat avec l'agence : Naomi Campbell, Cindy Crawford, Stephanie Seymour, Karen Mulder, Christy Turlington bien plus tard venue de chez Ford[11], Claudia Schiffer tardivement ; les tarifs des supermodels grimpent à des niveaux stratosphériques[11]. En 1994, Elite cède des droits pour la Grande Chine à Michel Lu avec l'ouverture d'Elite Hong Kong & China. En 1996, Lu inaugure Elite à Singapour, qui servira de bureau régional pour l'Asie du Sud-Est.

Avant les années 2000, l'agence est numéro un mondial depuis un moment déjà, avec plusieurs activités diversifiées. Outre son cœur de métier qu'est le mannequinat, Elite propose des prestations publicitaires, écoles de maintien[n 2], produits dérivés estampillés de la marque, lignes de cosmétiques ou de parfums[12],[13]. Cette diversification est indispensable pour maintenir le chiffre d'affaires de l'entreprise qui voit de nombreux contrats publicitaires passer des mannequins aux actrices, domaine que l'agence ne maitrise pas[1].

Crise[modifier | modifier le code]

Mais la diffusion fin 1999 d'un reportage sur la BBC démontrant le racisme de l'agence[14], la présence de drogue, ainsi que les débordements sexuels sur des mineures, fait grand bruit dans les médias mondiaux et particulièrement en France ; c'est le scandale de trop et la « descente aux enfers »[13]. Gérald Marie, PDG d'Elite Europe, ex-mari d'Evangelista est décrit comme un dragueur invétéré et l'ensemble de l'agence mise à mal[13]. Pourtant, même si le mal est fait, le reportage controversé se révèle au bout de plusieurs mois finalement « bidonné », au détriment de la réputation de l'agence[13],[15] et les excuses de John Casablancas n'y changeront rien[16].

Les cessions se succèdent au cours des décennies : Nicholas Farrae entre au capital en 1990, Casablancas décide de revendre l'agence en 2000 après le scandale, tout en restant salarié, Elite New York est acquise par Eddie Trump en 2004, le français Bernard Hennet rachète la maison mère en 2006[17] après la banqueroute de l'agence[2]. Certains bureaux américains datant des années 1980 se scindent de la maison mère pour fonder l'agence Factor Women (en). En 2011, Elite World est acquise par les italiens de Pacific Global Management qui investissent[1].

Après la multiplication de produits sous licence entamée les années passées, parfois sans discernement, une sélection est effectuée afin d'en réduire le nombre[1]. La société mère Elite Manegement Worldwide se recentre en poursuit l'élargissement des activités directement liées au mannequinat, avec Elite Model Look, Elite Licensing ou Elite Talent qui gravitent autour de Elite Model Management[18] ou l'ouverture d'une agence à Manhattan, The Society Management (en), dédiée au médias numériques[19],[20], ainsi qu'un département pour les hommes[1],[21]. Les défilés représentent encore un quart de chiffre d'affaires de l'agence[1].

De nos jours, l'agence, qui est passée en quatre décennie d'une entreprise artisanale à un empire, compte Liu Wen, Fei Fei Sun (en) ou Cara Delevingne dans ses books[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gérald Marie, marié un temps à Linda Evangelista[10].
  2. Dès 1979, Casablancas ouvre en franchise des écoles Casablancas Modeling and Acting Career Centers.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Thiébault Dromard, « Elite s'est refait une beauté à l'échelon mondial », Challenges, no 387,‎ , p. 42 à 43 (ISSN 0751-4417)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Olivier Joyard, « John Casablancas : tireur d'élite », Lui, no 6,‎ , p. 122 à 128 (ISSN 2269-5699)
  3. (en) Michael Gross, Model: The Ugly Business of Beautiful Women, Warner, 1996 (ISBN 0-4466-0346-5)
  4. La chute des tops - Julie Huon et Michel Verlinden, Le Soir, 15 janvier 2000
  5. (en) A History of Marlowe Press: 1965 - 1990 - The Model Archives of Marlowe Press
  6. a et b (en) The Fashion World Is Rocked by Model Wars, Part Two: the Ford Empire Strikes Back - Salley Rayl, Harriet Shapiro et Lee Wohlfert, People, 4 août 1980
  7. (en) John Casablancas obituary: Agent whose company, Elite, ushered in the era of the supermodel - The Independent, 26 juillet 2013
  8. (en) Marcia Vickers, « Not A Pretty Picture At Elite - Businessweek », sur businessweek.com, (consulté le 14 novembre 2014)
  9. a et b Interview de Gérald Marie, chairman de l’agence de mannequinat Oui Management - Blog Lifestyle, 12 décembre 2012
  10. Harriet Quick, Défilés de mode : Une histoire du mannequin [« Catwalking - A History of the Fashion Model »], Courbevoie, Éditions Soline, , 174 p. (ISBN 2-87677-280-9), « Les top models », p. 156
  11. a et b (en) Harold Koda, Kohle Yohannan et Metropolitan Museum of Art, The Model as Muse : Embodying Fashion, New York, Yale University Press, , 223 p. (ISBN 9781588393135), « Supermodels », p. 137
  12. « Comment Elite défend sa marque », sur strategies.fr, Stratégies, (consulté le 14 novembre 2014)
  13. a, b, c et d Renaud Revel, « Qui veut la peau d'Elite? », sur lexpress.fr,
  14. (en) Audrey Gillan, « Race bias attack on top model agency », sur the Guardian, (consulté le 14 novembre 2014)
  15. (en) Lisa O'Carroll, « BBC admits MacIntyre film was 'unfair' », sur the Guardian, (consulté le 14 novembre 2014)
  16. (en) Matt Wells, « Sex, lies and unused tape: How the BBC's model inquiry went wrong », sur The Guardian, (consulté le 14 novembre 2014)
  17. « L'agence Elite développe des produits sous licence », sur strategies.fr, (consulté le 14 novembre 2014)
  18. « L'agence Elite créée Elite Talent », sur strategies.fr, (consulté le 14 novembre 2014)
  19. (en) « A New Model Modelling Agency - The Business of Fashion », sur The Business of Fashion, (consulté le 14 novembre 2014)
  20. Article et interview in : (en) James Lim, « The New Modeling Agency Taking Top New York Models », sur The Cut, New York Magazine, (consulté le 14 novembre 2014)
  21. AFP, « Mode: l'agence de mannequins Elite Paris crée une division Homme », sur Le Point.fr, (consulté le 14 novembre 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]