Dyab Abou Jahjah

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Dyab Abou Jahjah
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Biographie
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Voir et modifier les données sur Wikidata (48 ans)
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Militant politique, homme politiqueVoir et modifier les données sur Wikidata
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Prix des Gueux (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Dyab Abou Jahjah, né à Hanin (en) (Liban) le , est un militant politique belge d'origine libanaise, fondateur de la Ligue arabe européenne, puis du parti belge Be.One.

Jeunesse au Liban[modifier | modifier le code]

Son père, Khalil Abou Jahjah, est professeur à l'université libanaise de Saïda, spécialiste de la littérature arabe et titulaire de deux doctorats à l'université Saint-Joseph de Beyrouth. Il est musulman chiite. Sa mère, Nanette Younes, est une institutrice chrétienne maronite. Dyab Abou Jahjah est né au Liban sud, dans une ville proche de la frontière libano-israélienne. Après des études de droit à l'université de Saïda, Dyab Abou Jahjah s'engage dans la résistance contre Israël [1].

Fondateur de la Ligue arabe européenne[modifier | modifier le code]

Dyab Abou Jahjah est arrivé clandestinement en Belgique où il a demandé et obtenu l’asile politique. Il fonde une association politique nationaliste arabe, la Ligue arabe européenne, qui prend comme modèles les mouvements noirs américains du type Black Power des années 1960. Il est décrit dans un article du New York Times de 2003 comme « This is the man known as Belgium's Malcolm X »[2]. Dans une interview au magazine américain Time en 2002 il déclare qu'il n'est pas anti-américain, qu'en fait il admire les lois antidiscriminatoires en Amérique: « Les lois raciales d'Amérique sont plus avancées qu'ici. J'ai des membres de ma famille à Détroit et ils sont arabes-américains mais ils se sentent américains. Je ne me sens pas européen. L'Europe a besoin de rendre son concept de citoyenneté inclusif de toutes les cultures et religions. Je suis un musulman pratiquant mais je ne suis pas un monstre. Je ne suis pas un fondamentaliste. »[3].

Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt déclare, en 2002, à la suite de manifestations qui ont dégénéré à Anvers après un crime raciste : « Cette organisation est un danger pour notre société surtout parce qu'il ne veut pas créer une cohabitation pacifique entre les communautés religieuses dans notre pays. Il est très clair que l'on cherche par des confrontations, des provocations à créer des troubles dans la vie des quartiers. »[4]. Cinq ans plus tard, Dyab Abou Jahjah et un autre responsable de la L.A.E. sont condamnés à un an de prison pour incitation à des actes de violence, mais l'année suivante ils sont acquittés en appel[5],[6].

Le professeur de sociologie des religions Felice Dassetto, spécialiste de l'islam en Belgique, écrivait fin 2002: « on peut se demander si Abou Jahjah et ses amis ne sont pas de bons enfants de Flandre (qui parlent d'ailleurs correctement le français, comme pas mal de jeunes d'origine marocaine de Flandre). Ils sont enfants du nationalisme flamand, qu'il soit légitime et orthodoxe, ou qu'il soit illégitime comme celui du Vlaamse Blok. À ce nationalisme-là (légitime ou illégitime), ils en opposent un autre, arabe (ou arabo-musulman). À l'ethnisme flamand, un autre, arabe également. (...) à Borgerhout comme en Flandre, l'identité flamande aime aussi séparer, n'aime pas non plus ce café au lait qu'est la Belgique. Sa seule catégorie est la séparation, la différenciation, l'identification claire du lait et du café. Des jeunes flamands arabes prennent l'idée de la séparation à leur compte. Ils ne font que prendre au sérieux leur être flamand. (...) si Abou Jahjah est l'occasion de remettre sur le tapis la question des intégrations des immigrés, il y met aussi la question du nationalisme et du culturalisme comme catégorie fondatrice du politique »[7].

Initiateur de la liste RESIST et du Parti démocratique musulman[modifier | modifier le code]

La L.A.E. de Dyab Abou Jahjah participe aux élections législatives fédérales de 2003 sur la liste RESIST, commune avec le Parti du travail de Belgique (PTB), une organisation marxiste-léniniste prochinoise, mais cette liste aboutit à un échec électoral (0,43 % dans la circonscription flamande au Sénat), même par comparaison aux scores habituels du PTB (0,62 % en 1999 pour la même circonscription). Aux élections régionales flamandes de 2004, la L.A.E. présente deux listes sous la dénomination Moslim Democratische Partij (MDP, Parti démocratique musulman) dans les circonscriptions d'Anvers et de Flandre-Orientale, elles obtiennent respectivement 0,27 % et 0,14 %.

Malgré ces résultats électoraux médiocres en juin 2004, le magazine américain Time le met encore en avant en février 2005 et en décembre 2005 comme un dirigeant politique musulman important[8].

Après-politique belge[modifier | modifier le code]

En juillet 2006, Dyab Abou Jahjah part au Liban pour y apporter son soutien durant la guerre opposant son pays natal à Israël. En septembre 2013, il annonce son retour en Belgique[9].

Il a obtenu un master en science politique à l'Université catholique de Louvain[10].

Retour en Belgique[modifier | modifier le code]

En septembre 2013, il rentre en Belgique en raison de la situation tendue au Liban. Certaines personnalités politiques s'émeuvent de son retour notamment André Gantman, président du groupe N-VA au conseil communal d’Anvers qui demanda à la ministre de la justice Annemie Turtelboom de procéder à son arrestation. Pour André Gantman, « Lors de son départ au Liban, Abou Jahjah avait indiqué qu’il comptait rejoindre le Hezbollah, une organisation terroriste. Abou Jahjah doit être arrêté afin d’être questionné sur ses activités au sein du Hezbollah. Je demande à la ministre de la Justice de faire usage de son droit d’injonction positive une fois qu’il foule le sol belge »[11].

À partir de janvier 2014, il écrit une chronique hebdomadaire dans le quotidien flamand de référence De Standaard. Il est considéré par l'hebdomadaire flamand Knack comme étant le quatrième Belge allochtone le plus influent.

Pour le chercheur controversé Montasser Alde'emeh[12], Dyab Abou Jajah est une mauvaise publicité pour tous les musulmans. Selon lui, Dyab Abou Jajah incite les jeunes musulmans à se victimiser ce qui nuit gravement à leur réussite[13].

En janvier 2017, Dyab Abou Jajah est licencié du journal De Standaard pour avoir estimé sur son blog qu’un attentat commis par un Palestinien contre un groupe de soldats israéliens présents à Jérusalem-Est, faisant quatre morts, ne pouvait être qualifié d’acte de terrorisme, puisque la résistance des peuples vivant sous occupation étrangère est reconnue par le droit international[14]. Trente intellectuels du Nord et du Sud du pays prennent alors sa défense dans une carte blanche publiée dans les journaux De Morgen[15] et La Libre Belgique[16]. À la suite de cet événement, le journal Pan s'étonne de ce soutien compte tenu des écrits d'Abou Jahjah qu'il décrit comme antisémites, négationnistes, et homophobes[17].

En février 2018, il fonde Be.One, un nouveau parti politique[18] avec l'ex-sénatrice Groen Meryem Kaçar. Be.One entend garantir une égalité radicale à tous les citoyens, quel que soit leur genre, leur classe sociale, ou leur appartenance ethnique ou religieuse. Pour Bruxelles, ce parti adopte une position régionaliste et souhaite que la capitale jouisse d'une autonomie similaire à celle de la Flandre et de la Wallonie, ce qui implique la régionalisation des compétences communautaires.

Citations[modifier | modifier le code]

Extrait d'une tribune publiée en ligne le 7 novembre 2001 à propos du 11 septembre, intitulée "Notre dommage collatéral, et le leur" :

« La plupart d'entre nous [les Arabes, que nous vivions à l'étranger ou dans notre pays] - sauf un petit pourcentage d'exceptions qui confirment la règle - ont ressenti ce jour-là quelque chose qui ne peut être décrit comme de la joie ou de la bonne humeur, mais plutôt comme un sentiment de douce revanche. Nous avions tous - à part cette petite minorité - une position de « on ne récolte que ce qu'on sème ». Voir des gens sauter par les fenêtres du WTC était une vision très dérangeante pour nous tous, nous nous sommes tous sentis mal pour ça, et désolés pour ces gens. Ce sentiment de tristesse était également très présent à chaque fois qu'on essayait de penser à comment ça avait dû être pour les pauvres passagers de ces avions.». Mais il ajoute que « maintenant, deux mois après les événements de septembre, on voit les choses plus clairement. C'est terrible comment des criminels, par leurs actes, créent le malheur de tellement de gens, gens de leur propre peuple et ennemis présumés. Comment la violence produit plus de violence, qui elle-même produit encore plus de violence[19]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Swyngedouw, « Dyab Abou Jahjah, au-delà des préjugés. Un personnage enfin dévoilé », Le Soir, 3 avril 2003
  2. Marlise Simmons, « An Outspoken Arab in Europe: Demon or Hero? », New York Times, 1er mars 2003
  3. John Miller, « The Many Faces Of Islam », Time, 8 décembre 2002
  4. « « Compte-rendu du communiqué »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 26 mars 2015) », RTBF, 4 décembre 2002
  5. « Un an de prison pour les leaders de la LAE », Le Soir, 21 décembre 2007
  6. « Abou Jahjah acquitté par la cour d'appel », Le Soir, 20 octobre 2008
  7. Felice Dassetto, « Abou Jahjah, fils de Flandre », La Libre Belgique, 15 décembre 2002
  8. Vivienne Walt, « Life On The Front Lines », Time, 20 février 2005
  9. http://www.dhnet.be/actu/belgique/abou-jahjah-revient-en-belgique-5236bc7f3570b0befbe1ec17
  10. « Dyab Abou Jahjah, MA - Israeli-Palestinian Conflict - ProCon.org », sur israelipalestinian.procon.org
  11. « "Arrêter Abou Jahjah à son arrivée en Belgique" », sur flandreinfo.be (consulté le 19 avril 2016).
  12. « Qui se cache derrière Montasser Alde'Emeh, expert en déradicalisation ? », RTBF Info,‎ (lire en ligne, consulté le 7 février 2018).
  13. KVE, « Montasser Alde'emeh: "Dyab Abou Jahjah is slechte reclame voor alle moslims" », sur HLN (consulté le 19 avril 2016).
  14. http://www.lalibre.be/culture/medias-tele/le-quotidien-de-standaard-ne-publiera-plus-la-chronique-du-sulfureux-abou-jahjah-5873af1ecd708a17d55ea479
  15. (nl) Collectif, « In onze ogen is het ontslag van Jahjah volkomen onterecht », De Morgen,‎ (lire en ligne, consulté le 23 mars 2017).
  16. Collectif, « "Je suis Charlie": même pour le conflit israélo-palestinien?" », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le 23 mars 2017).
  17. « Exclu. Les écrits antisémites, révisionnistes et homophobes d’Abu Jahjah, défendu par Alexis Deswaef (LDH). », Pan,‎ (lire en ligne, consulté le 22 avril 2018).
  18. « Be.One, le nouveau parti de Dyab Abou Jahjah », levif.be,‎ (lire en ligne).
  19. Dyab Abou Jahjah, « Our Collateral damage, and theirs! », Media Monitors Network, (consulté le 27 mars 2009)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]