Drôle de drame

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Drôle de drame
Réalisation Marcel Carné
Scénario Jacques Prévert
d'après le roman His First Offence de Joseph Storer Clouston
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie
Durée 105 minutes
Sortie 1937

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Drôle de drame est un film français de Marcel Carné, réalisé et sorti en 1937. Le scénario et les dialogues sont de Jacques Prévert, à partir d'une adaptation du roman His First Offence de l'auteur britannique Joseph Storer Clouston. Cette comédie, dans laquelle on peut entendre la célèbre réplique « Bizarre, bizarre... », a pour interprètes principaux Michel Simon, Louis Jouvet, Françoise Rosay et Jean-Louis Barrault.

Synopsis[modifier | modifier le code]

À Londres, l'évêque Soper (Louis Jouvet) donne une conférence dénonçant la littérature licencieuse, dont il cite pour exemple le livre Le Crime modèle, écrit par un certain Félix Chapel. Dans la salle, une assistance clairsemée composée de membres de ligues de vertu et de quelques autres. Parmi ceux-ci, le cousin de l'évêque, le botaniste Irwin Molyneux (Michel Simon), que l'évêque invite à s'exprimer. Après avoir bredouillé quelques mots, il est interrompu par l'évêque, puis par un jeune homme qui raconte sa tragique histoire : devenu assassin après avoir lu Le Crime modèle . Considérant que Chapel est responsable de sa situation, il jure de le tuer. Ce jeune homme se révèle être l'ennemi public n° 1 du moment : William Kramps (Jean-Louis Barrault). Des policiers déguisés tentent de l'arrêter, mais Kramps parvient à s'enfuir. La conférence prend fin dans la confusion. L'évêque Soper s'invite à venir chez Molyneux le soir-même pour déguster un canard à l'orange, une spécialité de la cuisinière.

Pendant ce temps, la cuisinière en question, Mme Pencil, confie au valet de chambre, James, qu'elle s'ennuie au service des Molyneux. Ses seules distractions sont les visites du laitier Billy (Jean-Pierre Aumont) qui leur raconte des histoires de crimes. Justement, celui-ci arrive, chargé de bouteilles de lait. À la demande de la cuisinière, il reprend le fil d'une histoire interrompue. Dans son salon, la maîtresse de maison, Mme Margaret Molyneux (Françoise Rosay) – femme attachée aux apparences et fort collet-monté –, sonne la cuisinière, qui reste sourde à ses appels. Excédée, elle envoie Éva, la jeune secrétaire de son mari, pour que celle-ci rappelle à l'ordre la cuisinière. Lorsqu'Éva arrive dans la cuisine, Billy interrompt son histoire pour lui déclarer sa flamme, mais Éva le rabroue gentiment. À bout de patience, Mme Molyneux se décide à descendre en cuisine où, surprenant la secrétaire répéter les « Je vous aime » de son prétendant, elle se méprend et renvoie Billy. Elle reproche ensuite à la cuisinière de recevoir des visites, mais la discussion s'envenime, au point que Mme Pencil et James ne tardent guère à donner leur démission.

Tandis qu'Irwin Molyneux rentre chez lui, il croise, quelque peu étonné, sa cuisinière et son valet de chambre valises à la main. Il raconte ensuite à son épouse comment Félix Chapel a été traîné dans la boue par l'évêque Soper, et c'est alors que l'on apprend que Félix Chapel et lui, Irwin Molineux, ne font qu'un. Il informe par ailleurs son épouse que l'évêque viendra dîner le soir-même, ce qui contrarie grandement Mme Molyneux, qui songe au départ des domestiques : que va penser l'évêque ? qu'ils n'ont pas les moyens de se payer des domestiques ?… Elle décide alors de faire croire à l'évêque qu'elle est en visite chez des amis et de préparer elle-même le repas, et elle demande à Éva, la secrétaire, de servir à table.

Durant le dîner, l'évêque interroge Molyneux sur l'absence de son épouse et, devant les explications embarrassées de ce dernier, commence à concevoir un soupçon, exprimé par la célèbre réplique « Bizarre, bizarre ». Comme Molyneux lui affirme que son épouse doit rentrer bientôt, Soper décide de s'inviter à passer la nuit dans la maison et d'attendre le retour de Margaret. Molyneux se précipite alors à la cuisine pour en informer sa femme.

Celle-ci imagine alors un stratagème qui va accroitre encore les soupçons de l'évêque. Surprenant plus tard son cousin, valise à la main, sortant par la porte du jardin il est persuadé que Margaret a été assassinée par Irwin et téléphone à Scotland Yard...

L'inspecteur arrive, déduit que Molyneux a dû empoisonner sa femme, que les innombrables bouteilles de lait présentes dans la maison en sont la preuve, car le lait serait le contre-poison, et « qui dit contre-poison dit poison ». Il attrape Eva, veut lui tirer les vers du nez, mais elle ne révèle rien. Billy fait son entrée, mais est arrêté par la police comme complice.

Pendant ce temps, M. et Mme Molyneux se cachent dans un hôtel de quartier chinois dont l'une des chambres est occupée par William Kramps.

Tout Londres se passionne pour l'affaire et Irwin, sous l'identité de Chapel, accepte d'enquêter pour le compte d'un journal. Molyneux avoue son secret : les intrigues de ses romans lui sont données par Eva. Mais celle-ci confie qu'elle les tient du laitier Billy. Lequel est en prison, mais on le fera libérer.

A l'hôtel, Mme Molyneux rencontre William Kramps, qui lui déclare son amour. Avant de se précipiter chez les Molyneux où se trouve Chapel. Alors qu'il s'apprête à tuer celui qui est pour lui Chapel, Molyneux révèle son identité et dit avoir tué Chapel et son épouse. Entre assassins le courant passe immédiatement et ils se saoulent.

Fins saouls, les deux compagnons de fortune descendent au domicile de Kramps pour qu'il présente à son amie son grand amour, Daisy, alias Margaret, l'épouse de son ami... Finalement, ils s'en retournent chez les Molyneux, où Kramps tombe dans le bassin de la serre. Pendant ce temps, le dormeur est revenu, et un autre personnage s'introduit dans la maison, qu'il surprend : ce n'est autre que l'évêque qui; moins inquiet pour sa vie que pour sa réputation, a revêtu un costume traditionnel écossais pour venir chercher incognito la brochure qu'il a perdue. Molyneux et le dormeur parviennent à l'enfermer dans une chambre, et son cousin s'empare du combiné téléphonique pour appeler Scotland Yard, comme l'évêque l'avait lui-même fait plusieurs jours auparavant...

Le lendemain, la foule déchaînée se presse à la porte des Molyneux pour pendre le révérend qu'on accuse d'avoir lui-même tué Mme Molyneux. Celle-ci essaie de se frayer un chemin parmi les hurleurs, mais doit finalement passer par la porte du jardin, et par la serre, dans laquelle elle trouve Kramps nu, séchant au bord du bassin, qu'elle repousse finalement. Lorsqu'elle arrive dans la maison, on entend la tante arriver et elle doit se cacher dans le placard. La vieille femme entend refaire son testament, car elle révèle à Molyneux, qu'elle prend pour Félix Chapel, qu'elle ne veut pas céder son immense héritage à toute cette famille qui s'entretue – l'évêque, les Molyneux – et qu'elle a de toute manière toujours détestée. Billy, qui fait son apparition parce qu'il a reçu une pierre à la tête et qu'il veut tirer les oreilles de quelqu'un en retour — ce sera l'évêque — est bientôt suivi par Eva, qui sort elle aussi de son grenier. Tous les personnages sont donc réunis lorsque le dormeur se réveille et annonce qu'il sait où se trouve le cadavre de Mme Molyneux : il a vu en rêve qu'il était dans le placard. En sort une Margaret tout à fait vivante. L'inspecteur propose alors à la montrer à la foule, qui commence à défoncer la porte. Celle-ci, agacée de finalement n'avoir personne à pendre, est excitée par le balayeur qui sort une preuve contre l'évêque, la fameuse brochure : il l'accuse alors d'avoir assassiné avec la complicité de Margaret Irwin, puisqu'on ne l'a pas montré à la fenêtre.

Alors que tous se retrouvent pris au piège et que la foule s'apprête à les attaquer, William Kramps, bicyclette à la main, fait son apparition : il prétend avoir tué par erreur Molyneux, dont il a jeté le cadavre dans la Tamise, là où personne ne pourra jamais le retrouver. La prétendue veuve Molyneux — son mari se tient à côté d'elle, se faisant toujours passer pour Chapel — se met alors à simuler une peine extrême, car si on découvrait la vérité, l'héritage de la tante leur échapperait. Kramps est alors emmené par la police, ayant auparavant assuré à Margaret qu'il saurait s'en sortir comme à chaque fois, suivi par une foule peu rassasiée et déchaînée.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Barrault écrivait à propos du film en 1974 : « Il me paraît, à trente-sept ans de distance, que l'originalité profonde de Drôle de drame a été caractérisée par une liberté totale d'expression et la synthèse de l'humour et de la poésie. Et c'est peut-être cela qui a surpris le public, mais c'est grâce à ce film que Prévert et Carné ont imposé au monde du cinéma la poésie burlesque, la qualité du verbe poétique, l'humour et la liberté totale dans les associations d'idées du montage. C'est ce qui me semble donner toute sa valeur moderne et future à Drôle de drame. »
  • Voici comment Danièle Gasiglia-Laster présente le film dans Jacques Prévert, celui qui rouge de cœur :

«  Jacques Prévert adapte pour Marcel Carné le roman de l'anglais Storer Clouston : His first offence . [...] Le thème de l'identité et du double, qui réapparaîtra dans les scénarios de Prévert, est ici poussé à ses limites : Margaret Molyneux est aimée sous un faux prénom par William Kramps (tueur de bouchers, qui ne lui dit pas tout de suite qui il est), l'évêque de Bedford se déguise en Écossais pour sauver l'honneur de sa famille et, surtout, Irwin Molyneux qui écrit des romans policiers sous le nom de Félix Chapel mais qui emprunte ses idées à sa secrétaire, qui elle-même les tire d'histoires racontées par un jeune laitier, se verra forcé de garder à vie fausse barbe et faux nom[2].  »

  • Dans Jacques Prévert, portrait d'une vie, Carole Aurouet analyse les dialogues écrits par Jacques Prévert :

«  Ce qui frappe d’emblée dans ce film, c’est le sens percutant de dialogues qui détournent les lieux communs. Ceux-ci sont parfois présents sous la forme de leitmotiv tels que « A force d’écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver » (Michel Simon/M. Molyneux) ou encore « Vous lisez les mauvais livres écrits avec la mauvaise encre du mauvais esprit » (Archibald Soper, l’évêque de Bedford/Louis Jouvet). Les effets recherchés sont évidemment comiques – la répétition y contribue – et corrosifs, servant le propos général du film. Prévert se fait plaisir, et son plaisir est communicatif. Il n’en dit pas moins dans un registre apparemment léger des choses essentielles, au service d’une thématique libertaire. Il écorne la morale bien pensante des milieux bourgeois. On retiendra aussi de Drôle de drame, l’une des répliques les plus célèbres du cinéma français d’avant-guerre : « Moi, j’ai dit bizarre… bizarre ? Comme c’est étrange…Pourquoi aurais-je dit bizarre… bizarre… » (Bedford/Jouvet).  »

  • Les deux acteurs principaux (Louis Jouvet et Michel Simon) se détestaient cordialement, rendant l'ambiance du tournage électrique. La légende veut ainsi qu'un jour où Jouvet lui dit : « Votre rôle est admirable », Simon lui répondit : « Je sais, j'ai refusé le vôtre ». Au cours de la scène Bizarre, bizarre[3], chacun teste l'autre en essayant de le faire chuter sur les répliques, d'autant plus que leurs verres sont remplis de véritable alcool, si bien qu'après plusieurs prises, ils finissent un peu éméchés.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Danièle Gasiglia-Laster, Jacques Prévert, celui qui rouge de cœur, Séguier, 1994.
  • Guylène Ouvrard, L'insuccès de Drôle de drame : un mythe ?, dans CinémAction, n°98, 1er trimestre 2001.
  • Danièle Gasiglia-Laster, Double jeu et je double. La question de l'identité dans les scénarios de Jacques Prévert pour Marcel Carné, dans CinémAction, dirigé par Carole Aurouet, n°98, 1er trimestre 2001.
  • Carole Aurouet, Jacques Prévert, portrait d'une vie, Ramsay, 2007.
  • Carole Aurouet, Le Cinéma dessiné de Jacques Prévert, Textuel, 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans une interview donnée à Bernard Pivot, Jean Marais a précisé n'avoir jamais fait de figuration dans Drôle de drame et avoir été remplacé à la dernière minute. On ne peut toutefois que reconnaître Jean Marais (ou sinon son sosie) dans le rôle du second passant se faisant assommer par l'homme de main de l'hôtelier du quartier chinois à la recherche de fleurs.
  2. Danièle Gasiglia-Laster, Jacques Prévert, celui qui rouge de cœur, Séguier, 1994, p. 128-129.
  3. Scène du film