Diaspora vietnamienne

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La diaspora vietnamienne représente environ 4,5 millions de personnes au monde en 2018[1]. La moitié environ vit aux États-Unis, qui recensent 2,1 millions de Vietnamiens[2].

Le terme de « Vietnamiens résidant à l’étranger » (người Việt Nam định cư ở nước ngoài) est plus représentatif pour décrire la diaspora vietnamienne. Elle est notamment utilisée dans l’article 3 de la Loi sur la nationalité de la République socialiste du Vietnam de 2009[3]. L'appellation Việt Kiều, qui désigne les Vietnamiens vivant à l’extérieur de leur pays, a une connotation plutôt négative, car elle fait référence aux exilés politiques qui s'opposaient au régime communiste.

Historique[modifier | modifier le code]

Avant 1975, la diaspora vietnamienne se retrouve localisée en Thaïlande, au Cambodge et au Laos, et représente environ 150 000 personnes[4]. Le groupe de réfugié en Thaïlande se compose de catholiques vietnamiens au début du XVIIIe siècle et leur nombre s’accroît à partir de 1945 avec des groupes de la résistance qui soutiennent les communistes de Hô Chi Minh. Ils utilisent la Thaïlande comme lieu stratégique pour combattre les colonisateurs français. Les réfugiés au Cambodge et au Laos sont un regroupement de fonctionnaires envoyés par les colonisateurs français qui a pour but de gérer l’administration de l’Union indochinoise.

En dehors de l’Asie du Sud-Est, seule la France compte alors un une importante minorité vietnamienne, qui représente environ 30 000 personnes[réf. nécessaire]. Ce nombre s’explique par la mobilisation des Vietnamiens envoyés en France pour soutenir les alliés dans la Première Guerre mondiale.

Après la chute de Saïgon en 1975, la répartition des Vietnamiens à l’étranger s'élargit vers d’autres pays. Plusieurs facteurs en sont la cause, dont l’excès d’autorité exercé par le Parti communiste vietnamien, la situation économique faible et le déclenchement de guerres avec le Cambodge et avec la Chine en 1979[5]. Ce n’est qu'au milieu des années 1990 que le flux d’émigrants se tarit.

Le début du nationalisme transnational[modifier | modifier le code]

Après la réunification du Viêt Nam en 1976, les Việt Kiều sont considérés comme des ennemis de la République communiste vietnamienne. Selon les dirigeants, fuir le pays après la victoire du communisme est un acte de trahison envers la patrie. Cette mise à l’écart perdure pendant 10 années et ce n’est qu’au 4e congrès du Parti communiste vietnamien que Hoàng Bích Sơn, le président du Comité central des Việt Kiều, affirme dans son discours que « la communauté vietnamienne de l’étranger fait partie intégrante du peuple vietnamien »[6]. La politique du renouveau (đổi mới) engage le Parti communiste à renouer ses liens avec les Vietnamiens à l’étranger.

La concrétisation de l’Union nationale[modifier | modifier le code]

Le décret gouvernemental no 74-CP[7] en 1994, habilite le Comité central des Việt Kiều et lui donne plus de responsabilités sur des projets en lien avec le message de l’Union nationale et de la politique de rapprochement. En 2004, le Bureau politique (politburo) du Parti communiste vietnamien promulgue sa vision et sa mission dans sa directive no 36-NQ/TW[8] qui véhicule le texte suivant « Tout Vietnamien, quelles que soient son origine ethnique, religieuse, familiale, sociale et la raison de son expatriation, s’il désire apporter sa contribution à la réalisation de l’objectif ci-dessus, est bienvenu dans le bloc de la Grande Union nationale »[9]. Cette affirmation démontre l’importance qu’accorde le Parti Communiste de mobiliser les Vietnamiens de l’étranger, et peu importe les raisons de leur départ.

Retour de personnages symboliques[modifier | modifier le code]

En 2004 marque le retour de Nguyễn Cao Kỳ[10], vice-président du Sud-Vietnam de 1967 à 1971 et figure symbolique durant du mouvement anticommuniste. Suit le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh[11] en 2005, exilé depuis 1966 pour ses critiques envers le gouvernement communiste sur les droits de l’homme. La permission accordée par le Parti communiste pour ces deux personnages de revenir dans leur pays natal témoigne de l’ouverture et de la tolérance de sa politique de rapprochement.

Loi sur la nationalité[modifier | modifier le code]

Avant 2008, la loi vietnamienne n’autorise pas la double nationalité. La loi sur la nationalité de 2009 permet la possession de deux citoyennetés, sous certaines conditions[12]. De plus, cette loi accorde l’accès à la propriété pour les Vietnamiens de l’étranger.

Rôle dans l'économie du Vietnam[modifier | modifier le code]

Au début des années 1990, bien que les transferts de fonds représentent un montant négligeable de l'économie nationale, le Parti communiste comprend l’importance des remises monétaires qui permettent aux familles des ressortissants à l’étranger d’améliorer leurs conditions de vie et qui contribuent directement à l’économie du Vietnam par la consommation des biens et de services.

Entre 1993 et 2014, le Vietnam reçoit un montant total de 96,66 milliards de dollars américains, soit une moyenne de 4,4 milliards de dollars américains par année, ou 6,8 % de son PIB[13].

En 2015, le Vietnam se classe au 11e rang[14] des pays destinataires de fonds par leur diaspora, avec 12,3 milliards de dollars américains. En 2018, ce montant atteint 15,9 milliards de dollars américains[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Overseas remittances to Vietnam continue increasing », sur Sài Gòn Giải Phóng (en), (consulté le 6 janvier 2019).
  2. (en) U. S. Census Bureau, « American FactFinder - Results : Total Asian alone or in any combination population », sur Bureau du recensement des États-Unis (consulté le 6 janvier 2019).
  3. (en) « Hệ thống thông tin VBQPPL Tiếng anh », sur Ministère de la justice du Vietnam (consulté le 27 mai 2017).
  4. Chiffre retenu par les statistiques officielles de Hanoi citées par Nguyên Ngoc Ha, op. cit. p. 14. Les statistiques de la Croix rouge française et de l’O.F.P.R.A. (Office français de protection des réfugiés et apatrides).
  5. Stephane Dovert et Benoît de Tréglodé, Viêt Nam contemporain, Paris, IRASEC, Institut de Recherche sur l'Asie du Sud Est Contemporaine, , 570 p., p. XIX - XX.
  6. Extrait du discours de Hoang Bich Son, représentant de la section des Relations internationales du Parti, no 11856, .
  7. (vi) « Hệ thống pháp luật Việt Nam », sur hethongphapluatvietnam.com
  8. (en) « Resolution no 36 », sur lamdong.gov.vn
  9. Christophe Vigne, Mobiliser les Vietnamiens de l'étranger, Thaïlande, IRASEC, Institut de Recherche sur l'Asie du Sud-Est Contemporain, , 98 p., p. 20
  10. (en) « Return To Saigon », sur CBS News, (consulté le 6 janvier 2019).
  11. (en) « Monk leads thousands praying for Vietnam war dead », sur Reuters, (consulté le 6 janvier 2019).
  12. (en) « Decree Detailing and guiding a number of articles of the law on Vietnamese nationality », sur Ministère de la justice du Vietnam, (consulté le 6 janvier 2019).
  13. (en) « City remittances hit $4.4b », sur Việt Nam News (en), (consulté le 6 janvier 2019).
  14. (en) Global Knowledge Partnership on Migration and Development (en) (KNOMAD), « Migration and remittances factbook 2016 » [PDF], sur Banque mondiale, (consulté le 6 janvier 2019).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Christophe Vigne, Mobiliser les Vietnamiens de l'Étranger : Enjeux, stratégies et effets d'un nationalisme transnational, IRASEC, 2012, 98 p. (ISBN 9786167571102)
  • Stéphane Dovert et Benoît de Tréglodé, Viêt Nam contemporain, IRASEC, 2004, 570 p. (ISBN 2846540454)

Article connexe[modifier | modifier le code]