David Cage

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
David Cage
[[Fichier:Virtual Actors and Emotion in Games|frameless|upright=1.2]]
David Cage à la Game Developers Conference de 2012.
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (50 ans)
MulhouseVoir et modifier les données sur Wikidata
Période d'activité
À partir de Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
Domaine
Metteur en scène (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction

David Cage, de son véritable nom David De Gruttola, est un créateur de jeux vidéo français né le à Mulhouse.

Le studio dont il est le fondateur et PDG, Quantic Dream, fondé en 1997, a développé les jeux The Nomad Soul, Fahrenheit, Heavy Rain, Beyond: Two Souls et Detroit: Become Human.

Carrière[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Durant son enfance et son adolescence, il développe une passion pour la musique et souhaite en faire son métier. David Cage grandit en même temps que l’explosion du marché du jeu vidéo et voit la démocratisation des consoles de salon durant son adolescence. Il jouera pour la première fois à un jeu vidéo sur un Oric 1 avant d’en devenir, aux côtés de son frère, un fervent adepte. Il passe des heures sur les jeux de son Amstrad 6128 et de sa Sega Master System[1].

Il entame des études d’économie à la faculté de Strasbourg mais choisit d’abandonner son cursus en cours de route avant de tout plaquer pour se consacrer à sa première passion : la musique[2]. Lorsqu’il pose ses valises à Paris dans les années 1990, David Cage commence par travailler dans une maison de disques et compose des musiques pour des jeux vidéos[3]. Il rachète en 1993 un studio privé, qu’il baptise Totem Interactive et qui fournira des compositions aussi bien aux milieux de la publicité, de la télévision mais aussi du jeu vidéo[4].

Ses premiers travaux (sous son véritable nom ou du nom de son studio, Totem) incluent les compositions musicales des jeux vidéo Super Dany (1994), Cheese Cat-Astrophe starring Speedy Gonzales (1995), Timecop (1995) et Hardline (1997).

Quantic Dream[modifier | modifier le code]

Au début des années 1990 il décide d’écrire un scénario de jeu vidéo en parallèle de ses autres activités. David forme autour de lui une petite équipe composée de 5 amis et se concentre sur l’écriture de son premier script de jeu-vidéo, qu’il envisage de porter sur PC et PlayStation. Son élaboration leur demandera 1 an de travail. Le script final compte plus de 250 pages et des centaines de croquis et autres idées[1]. Il présente son projet aux grands éditeurs de jeu vidéo d’alors qui démontrent de l’intérêt tout en refusant de s’engager en l’absence de structure claire de développement. En 1997, David Cage créé alors Quantic Dream, un studio entièrement focalisé sur le développement de jeu vidéo. Une fois la structure finalisée et sous l’impulsion de David Cage, Quantic Dream signe son premier contrat avec Eidos Interactive pour le développement du jeu Omikron - The Nomad Soul[4].

Depuis 1997, David Cage est le scénariste, réalisateur et Game Director des jeux produits par son studio. Il est le directeur créatif des cinq productions du studio que sont :

Au cours de sa carrière, il collabore avec différents éditeurs (Eidos Interactive, Vivendi, Atari, Microsoft, puis finalement Sony Computer Entertainment avec une exclusivité de douze ans). Il travaille également avec de nombreux talents venant du cinéma et de la musique, dont David Bowie, Ellen Page et Willem Dafoe[5], Hans Zimmer[6], Clancy Brown et Lance Henriksen[7].

La collaboration avec David Bowie lui permettra de créer les tout premiers concerts virtuels dans un jeu en 3D temps réel, avec la composition de l’album « HOURS », composé à Paris pour le jeu[8].

Nomad Soul proposera trois concerts en Motion Capture en temps réel[9], douze chansons originales et deux heures trente de compositions originales instrumentales créées par Bowie et Reeves Gabrels[10].

Chaque opus lui demande un travail d’écriture conséquent en raison de la complexité des intrigues imaginées ainsi qu’un titanesque travail de développement le script d’Heavy Rain fait plus de 2 000 pages, celui de Detroit : Become Human a nécessité plus de 4000 pages de script.)[4],[11]. Pour son premier jeu, Nomad Soul, David Cage créé une des premières villes ouvertes en 3D. Le jeu est également pionnier dans l’usage de la Motion Capture et de certains concepts de gameplay, comme le contrôle de personnages multiples et le mélange de composantes action, aventure et RPG[12].

David Cage occupe plusieurs fonctions au sein de Quantic Dream : il collabore à l’élaboration des scénarios et participe parfois au développement et au game-design de ses jeux tout en assumant ses fonctions de PDG[4].

Prises de positions[modifier | modifier le code]

Style de ses jeux vidéos[modifier | modifier le code]

Très tôt, David Cage a vu dans le jeu vidéo un moyen de raconter des histoires dont le joueur serait le héros. A travers ses actions, le joueur est confronté à des dilemmes et prend des décisions qui vont avoir un impact sur l’histoire.Le joueur devient donc l’acteur, mais aussi le co-scénariste de son expérience[13].

Cette technique d’écriture interactive mise au point par Cage depuis vingt ans a évolué au cours du temps, passant de la notion d'« histoire élastique »[4] au concept plus complexe de « narration 3D » et d’ « espace narratif » : le joueur se déplace dans un espace narratif tridimensionnel (temps, lieux, comme dans un film, auquel s’ajoute l’interactivité), et raconte sa propre histoire par ses choix. L’espace narratif est un espace défini par le scénariste interactif qui décrit le champ des possibles dans la narration, concept que Cage affine jeu après jeu[14].

Sa vision, considérée comme utopique par de nombreux acteurs de l’univers vidéoludique et mal comprise par les éditeurs du secteur de la fin des années 1990, s’est avérée extrêmement pionnière et a depuis inspiré de multiples jeux vidéo. La narration interactive, la place centrale de l’émotion, sont devenus au fil du temps sa marque de fabrique.

David Cage défend un jeu vidéo tourné vers l'émotion et proposant une mise en scène proche du cinéma[15]. En octobre 2017, le magazine L'Express le surnomme le « Godard du pixel »[15].

Une partie de la presse spécialisée le critique très sévèrement[16],[17],[18],[19] , estimant que ses productions délaissent l'interactivité au profit des cinématiques[20],[21].Un avis loin d’être partagé par tous, puisque nombre de critiques de la presse vidéoludique et de testeurs encensent souvent la richesse des intrigues et du gameplay des opus développés par Quantic Dream[22],[23],[24], point de vue qui semble partagé par les joueurs au regard du succès commercial de Detroit : Become Human[25]. Ses jeux ont également remporté depuis vingt ans la plupart des récompenses internationales, dont notamment 2 BAFTA[26].

Le motion capture[modifier | modifier le code]

David Cage et son studio font partie des tout premiers à avoir utilisé la technologie de capture de mouvement optique (Motion Capture) afin de créer des acteurs réalistes convaincants. Le studio dispose de son propre plateau de tournage motion capture[27].

Quantic Dream est également un des pionniers des acteurs virtuels, en créant des personnages basés sur des acteurs réels dès Nomad Soul en recréant David Bowie et sa femme, le top model Iman[28]. Ce travail se poursuivra et s’affinera jeu après jeu, avec Heavy Rain, puis Beyond : Two Souls (Ellen Page, Willem Dafoe), et enfin Detroit : Become Human (Bryan Dechart, Valorie Curry, Jesse Williams)[29].

Controverses[modifier | modifier le code]

En janvier 2018, Quantic Dream est l'objet d'une enquête menée conjointement par Le Monde, Mediapart et Canard PC. Ceux-ci dénoncent les méthodes de management de l'entreprise : « une culture d’entreprise toxique, une direction aux propos et attitudes déplacés, des employés sous-considérés, des charges de travail écrasantes et des pratiques contractuelles douteuses »[30],[31],[32]. David Cage est notamment accusé de racisme, de misogynie et d'homophobie[33]. Le créateur s'en est défendu en faisant valoir qu'il a travaillé avec l'actrice Ellen Page qui défend les droits LGBT et l'acteur Jesse Williams qui se bat pour les droits civils aux États-Unis[34]. En avril 2018, Quantic Dream porte plainte en diffamation contre Le Monde et Mediapart[35]

Distinctions[modifier | modifier le code]

David Cage est Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres depuis le 21 décembre 2007, par décision de la ministre de la culture et de la communication de l’époque, Christine Albanel[36].

Il est le premier développeur de jeu vidéo à avoir reçu la Légion d'honneur le 13 mars 2014 pour ses travaux et notamment grâce au jeu vidéo Beyond: Two Souls[37].

Il a animé le 15 décembre 2014 une conférence lors de l'inauguration des nouveaux locaux de l'ENJMIN, École Nationale du Jeu et Médias Interactifs Numériques à Angoulême, sous le patronage de Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Il y a évoqué son parcours et sa vision du jeu vidéo depuis la création de Quantic Dream jusqu'à la sortie de Beyond: Two Souls.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Marilys Vallet, « Quantic Dream : David Cage, le maestro de la console », sur lepoint.fr, (consulté le 10 janvier 2020)
  2. Benoît Jacobo, « David Cage, l'Alsacien qui a fondé Quantic Dream, fleuron du jeu vidéo », sur francebleu.fr, (consulté le 10 janvier 2020)
  3. Vincent Jolly, « David Cage, le Français qui révolutionne le jeu vidéo », sur lefigaro.fr, (consulté le 10 janvier 2020)
  4. a b c d et e « Portrait : David Cage - Visage de la "méthode Quantic" », sur jeuxvideo.com, (consulté le 10 janvier 2020)
  5. (en) Matt Kamen, « Beyond gaming with Willem Dafoe and Elllen Page », sur theguardian.com, (consulté le 10 janvier 2020)
  6. « Hans Zimmer et Lorne Balfe à la BO du jeu "Beyond : Two Souls" », sur allocine.fr, (consulté le 10 janvier 2020)
  7. Julien Foussereau, « Avec “Detroit : become human”, les androïdes ne nous ont jamais paru aussi beaux », sur telerama.fr, (consulté le 10 janvier 2020)
  8. (en) Frank Allegra, « David Bowie's one and only gaming role, remembered », sur polygon.com, (consulté le 14 janvier 2020)
  9. (en) « Remembering David Bowie and The Nomad Soul », sur sandboxstrat.com, (consulté le 14 janvier 2020)
  10. Stéphane Jarno, « “The Nomad Soul”, le jeu vidéo dans lequel “David Bowie s'était impliqué à fond”, est téléchargeable gratuitement », sur telerama.fr, (consulté le 14 janvier 2020)
  11. « David Cage : « Avec Detroit : Become Human, nous voulions créer un jeu porteur de sens » », sur cnc.fr, (consulté le 14 janvier 2020)
  12. « Omikron, The Nomad Soul: l'oeuvre initiatrice de David Cage », sur gameblog.fr, (consulté le 14 janvier 2020)
  13. « David Cage : "Depuis 21 ans, on essaye de trouver comment raconter une histoire dont le joueur est le héros" », sur europe1.fr, (consulté le 16 janvier 2020)
  14. Stéphane Jarno, « David Cage : “Les jeux vidéo peuvent aussi avoir du sens et un propos” », sur telerama.fr, (consulté le 16 janvier 2020)
  15. a et b Sébastien Julian, David Cage, le Godard du pixel, 28 octobre 2017, L'Express.
  16. (en) Terence Wiggins, David Cage's Message Is That David Cage Is a Bad Writer, 11 juillet 2017, Paste.
  17. Florent Deligia, Test de Beyond Two Souls : mauvais jeu, mauvais film sur PS3, 8 octobre 2013, Lyon Capitale.
  18. (en) Ben Kuchera, David Cage wants you to believe his games have no meaning, 22 juin 2017, Polygon.
  19. (en) Martin Robinson, David Cage on Detroit and its depiction of domestic violence, 31 octobre 2017, Eurogamer.
  20. (en) Kyle Orland, Beyond: Two Souls review: Beyond awful, 10 août 2013, Ars Technica.
  21. Gaël Fouquet (Poischich), Test : Heavy Rain, 23 février 2010, Gamekult.
  22. « Test de Detroit : Become Human », sur jeuxvideo.com (consulté le 20 janvier 2020)
  23. Carole Quintaine, « TEST de Beyond : Two Souls / Heavy Rain PS4 : un lifting réussi ? », sur gameblog.fr, (consulté le 20 janvier 2020)
  24. « Test Beyond Two Souls : une expérience sublimée sur PC ? », sur jeuxactu.com (consulté le 20 janvier 2020)
  25. Gianni Molinaro, « Detroit Become Human : Un nouveau chiffre de ventes, gros succès pour Quantic Dream », sur gameblog.fr, (consulté le 20 janvier 2020)
  26. (en) « BAFTA Awards Search », sur awards.bafta.org (consulté le 20 janvier 2020)
  27. (en) Matt Martin, « Quantic Dream opens new motion capture studio », sur gamesindustry.biz, (consulté le 16 janvier 2020)
  28. « Pourquoi fait-on appel à de vrais acteurs dans le jeu vidéo ? », (consulté le 17 janvier 2020)
  29. « Quand les acteurs se prennent au jeu », sur senscritique.com (consulté le 17 janvier 2020)
  30. William Audureau, Quantic Dream, un fleuron du jeu vidéo français aux méthodes de management contestées, 14 janvier 2018, Le Monde.
  31. Mathilde Goanec et Dan Israel, Les errements de Quantic Dream, pépite française du jeu vidéo, 14 janvier 2018, Mediapart.
  32. Maria Kalash, Drôle d’ambiance à Quantic Dream : Rififi au cœur d’un grand studio parisien, 14 janvier 2018, Canard PC.
  33. Quantic Dream et David Cage, accusés de harcèlement et de discrimination, 16 janvier 2018, Radio-Canada.
  34. (en) Paul Tamburro, David Cage Responds to Accusations of Homophobia and Racism Against Quantic Dream, 14 janvier 2018, Game Revolution.
  35. Steeve Mambrucchi (Jarod), Quantic Dream a porté plainte contre Le Monde et Mediapart, 23 avril 2018, Gamekult.
  36. « Nomination ou promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres janvier 2008 », sur www.culture.gouv.fr, (consulté le 21 janvier 2020)
  37. Guillaume Champeau, « Vidéo : La Légion d’honneur pour David Cage, créateur de jeux vidéo », sur numerama.com, (consulté le 21 janvier 2020)