Culture du poignard de bronze

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La culture du poignard de bronze se développe d'abord au Liaoning, puis en Corée. C'est un complexe archéologique de la fin de l'âge du bronze situé dans l'espace qui recouvre les actuelles Mandchourie et Corée, entre environ 800 avant notre ère et 200 de notre ère. De nombreux objets en bronze tels que des bijoux, des instruments de musique et des miroirs ou des armes caractérisent cette culture, mais les épées, les épées courtes, les dagues (environ 30 cm. de long, sans poignée mais avec une partie, à la base, qui permet de fixer une poignée) et les poignards sont les plus caractéristiques. L'état actuel des découvertes archéologiques permet de distinguer les deux régions en raison de caractères spécifiques à l'une comme à l'autre.

Cadre général[modifier | modifier le code]

Selon LEE Chung-kyu (1996)[1], cette période se divise en cinq phases : les phases I et II sont caractérisées par des dagues « en forme de violon », les phases IV et V par des dagues effilées tandis que la phase III est une phase de transition. Les phases IV et V n'ont laissé des traces que dans la péninsule coréenne. En effet, selon YI Yundae (2009), deux phases culturelles se développent et se répandent en Corée entre le IVe siècle et le IIe siècle depuis le centre, dans la province de Chungcheong, et vers le Sud-ouest dans la province de Cholla[2]. Ensuite, entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIe siècle, le déclin de cette culture va en parallèle avec le développement de la technologie du fer et l'émergence d'une société nouvelle où se réalisent les premières confédérations, correspondant à la période Samhan. Ce dernier état des recherches permet de faire la distinction entre la culture du Liaoning et la culture coréenne[3]. En effet peu d'objets du Liaoning, « à taille de guêpe », ont été découverts dans la péninsule ; ils témoignent seulement d'échanges régionaux. Les dagues effilées sont, par contre, spécifiques à la péninsule.

Le bronze du Liaoning est plus riche en zinc que celui des régions avoisinantes et à cette époque les échanges se faisaient sur un espace qui débordait largement la péninsule coréenne et la Mandchourie. Mais le royaume de Gojoseon avait la mainmise sur les circuits commerciaux entre la Chine et le reste de la péninsule. La période d'activité la plus intense de cette culture correspond à une période de production massive d'objets en bronze dans le sud de la péninsule et de tout un réseau commercial actif depuis le Liaodong jusqu'au sud de la péninsule. Avant l'établissement de la commanderie de Lelang, des relations avec la cour des Han est attestée dans le sud de la péninsule. D'autre part, en ce qui concerne la culture du fer[4], on distingue deux phases. Du IVe au IIe siècle av. J.-C., la culture du fer des populations Yan est transmise à la péninsule ; cette période correspond à la période des Royaumes combattants chinois. Ce sont des fers obtenus par moulages, comme des faucilles, des houes... Ensuite, à la fin du IIe siècle et au début du Ier siècle l'essentiel est en fer forgé, avec la production et le commerce de nombreuses armes.

Les dagues en forme de violon[modifier | modifier le code]

La première phase marque le début de la fabrication d'objets en bronze mais sans que poignards ou dagues ne soient produits. Ces armes n'apparaissent qu'aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C.. Les premiers objets correspondant à cette période, dont les dagues en forme de violon, n'ont été trouvés qu'au Liaoning et ils ne se sont répandus en Corée que graduellement, ensuite. Leur dernière phase ne se retrouve qu'en Corée, mais il ne s'agit plus de formes en violon, ce sont alors des dagues en forme élancée. Dans une seconde période, une forme distinctive de poignards crantés apparaît dans le sud de la Corée, ce qui suggère que la production de bronze commence alors dans cette région à se faire au niveau local.

Dans la phase initiale de cette culture sur la péninsule coréenne les objets de bonze montrent une forte influence de la culture du bronze du Liaoning[5]. On trouve, comme au Liaoning, des épées, des dagues, des miroirs au décor simple et des objets qui semblent être des boucliers.

La céramique montre qu'à cette époque la culture du poignard de bronze inclut plusieurs groupes culturels différents. Quatre styles de céramique différents ont été identifiés, centrés respectivement sur la vallée du Taedong, sur les régions de Chungcheong, du Sud et du Nord et sur la vallée du Geum, sur le nord-est de la Chine et enfin sur le sud de la péninsule coréenne, incluant l'île-province de Jeju-do.

Les dagues effilées[modifier | modifier le code]

La dernière phase de la culture du poignard de bronze est souvent désignée sous le nom de « culture du poignard de bronze de Corée » car elle se restreint essentiellement à la Corée. À ce moment, les objets représentant la culture du Liaoning commencent à disparaitre du nord-est de la Chine. Une nouvelle forme de dague se répand en Corée, droite et effilée.

La plus grande concentration de ces dagues en bronze se trouve dans la vallée du Geum dans la province du Chungcheong du Sud ce qui semble indiquer que la plupart des dagues a été fabriqué à cet endroit et que les autres régions les ont obtenues essentiellement par des échanges commerciaux. Ces échanges se sont aussi produits par la mer, puisque des objets de cette dernière phase ont été retrouvés au Japon.

Cette période est subdivisée en deux phases, l'une datant du IVe – IIIe siècle AEC, dominée par la production de dagues effilées et l'autre datant du IIe siècle AEC où les dagues sont accompagnés par des miroirs de bronze avec des décors géométriques et par des hallebardes et des pointes de lance influencées par celles de l'état de Qin dans le centre de la Chine. Dans la première phase, une seule culture céramique caractérisée par l'applique d'une bande d'argile se retrouve dans toute la péninsule coréenne mais dans la seconde phase, des types distinctifs apparaissent suivant les régions. C'est globalement une période d'expansion de cette culture qui se distingue aussi par la multiplication des objets dédiés aux rituels comme des sortes de crécelles et les miroirs de bronze au décor fin et linéaire en étoile[6].

Disparition[modifier | modifier le code]

L' État de Jin et le royaume de Gojoseon, à la fin de la culture du poignard de bronze

La disparition progressive de la culture du poignard de bronze en Chine peut être mise en relation avec la conquête de la péninsule du Liaodong par l'état de Yan. Vers l'an - 300, Qin Kai parvient à infliger une sévère défaite au royaume coréen de Gojoseon et conquiert les côtes nord et ouest de la baie du Liaodong. L'état de Yan disparait lui aussi, conquis, en 222 av. n. ère, par l'État de Qin. La première mention incontestée de Gojoseon correspond à la conquête par l'empereur Wudi de la dynastie Han, entre 109 et 106. En effet la fondation de l'empire Han avait provoqué l'installation en Corée d'opposants chinois, installation qui a mené finalement à cette invasion. S'ensuit, alors, l'implantation de quatre commanderies qui subsisteront en partie (la commanderie de Lelang jusqu'en 313), malgré le retrait de Wudi en 126.

D'autre part, en l'état actuel des connaissances ( 2009 ), Jin (Chin) serait une confédération[9] composée d'entités politiques individuelles, représentées, du point de vue archéologique, par la « culture du poignard de bronze » dans sa phase finale, et reliés entre eux par les pratiques religieuses et le réseau des échanges d'objets en bronze. Cette confédération de Jin, établie sur une partie du Sud-ouest de la péninsule, représente alors un pouvoir politique qui pratique des échanges avec la Chine et Gojoseon (Chonson), à la fin du IIe siècle. La pétition, datant de cette époque, qu'il soumet afin d'obtenir une audience auprès de l'empereur de la dynastie Han, chinoise, est rejetée en raison de l'opposition du roi Ugeo (Ugō), petit fils de Wiman de Gojoseon (Wei Man). Gojoseon, qui contrôle les circuits d'échange entre les coréens du Sud de la péninsule et la Chine, utilise ce pouvoir comme moyen de pression dans son affrontement avec Jin. Ce qui provoque le déclin de la production du bronze et, en conséquence, la dislocation de cette confédération.


La phase de déclin de la culture du bronze va du IIe siècle av. J.-C. au IIe siècle[5], au moment où se développe le travail du fer centré sur l'ancienne région de Yōngnam (Yeongnam (en))[10] (approximativement la région de Gyeongsang, au sud-est de la péninsule, qui devient ensuite la confédération de Jinhan - future Silla - et la confédération de Gaya). C'est la période pendant laquelle les miroirs et les crécelles disparaissent et où se rencontrent les dépôts rituels d'armes, comme les pointes de lances et les hallebardes portant des inscriptions.

Dans sa dernière phase, la culture du bronze de Corée est suivie, sur le plan politique, par la période Samhan (IIIe siècle av. J.-C.-IIIe), qui en a hérité des mêmes bases ethniques et culturelles[11]. C'est une période où les villes commencent à être fortifiées, où une structure politique hiérarchisée se met en place, et qui s'oppose au système tribal qui était de règle auparavant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lee Chung-kyu, « The bronze dagger culture of Liaoning province and the Korean peninsula », Korea Journal 36(4), 17-27, 1996.
  2. Yi Yunhae, Hallym University dans : Early Korea 2, 2009, p. 64
  3. Yi Yunhae, Hallym University dans : Early Korea 2, 2009, p. 62
  4. Yi Yunhae : Early Korea 2, 2009, p. 69-70
  5. a et b Yi Yunhae : Early Korea 2, 2009, p. 64
  6. Ils sont semblables, en cela, aux miroirs de type « steppique » produits par la culture de Qijia, et datés vers 2000 av. n. ère. L'un de ces miroirs, Trésor national, fait l'objet d'une étude détaillée sur le site de Koreana : a Quaterly on Korean Art & Culture
  7. À comparer avec un autre, présentant une forme plus « complexe » : muni de deux passants décentrés et de hachures en léger relief plus nombreuses et plus fines : Corinne Debaine-Francfort 1995, p. 323 et Kim won Yong: Recent archaeological discoveries in the Republic of Korea, The centre for the East Asian Studies, Unesco, 1983, p. 23. Lequel miroir a été trouvé par des paysans dans une tombe (site de Namsongni, à 90 km au sud de Séoul) accompagné de dagues de 30 cm env., dagues effilées avec une « taille de guêpe » résiduelle, sur 4 cm, vers l'emmanchure. L'ensemble n'a pas été daté précisément. L'introduction de l'article permettrait d'estimer ce type de dague vers 300 AEC.
  8. Reproduit dans Lee Jaehyun : The interregional relations and developmental processes of the Samhan culture : Early Korea 2, 2009, p. 66. Les dimensions n'y sont pas indiquées. Le décor reprend le schème de l'« étoile » rayonnante, dont le motif remonte aux premiers bronzes découverts dans le Nord-ouest de la Chine, dans la culture de Qijia.
  9. Yi Hyunhae, : Early Korea 2, 2009, p. 22
  10. Early Korea 2, 2009, p. 64
  11. Yi Yunhae : Early Korea 2, 2009, p. 22
  1. Catalogue L'art coréen au musée Guimet, 2001, (ISBN 2-7118-4027-1), notice p. 174 : ces objets, sans doute d'usage cérémoniel, honorifique ou commémoratif, se trouvent dès le Néolithique. Mais à la fin de l'Âge du bronze, comme ici au IVe siècle, leur foyer se situe au Nord et en Mandchourie. À l'âge du fer, ils disparaissent au profit d'armes nouvelles, à pointe fine, spécifiques à la Corée. La pierre était choisie pour sa couleur et ses veines.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mark E. Byington (éditeur scientifique), Early Korea 2 : The Samhan Period in Korean History, Korea Institute, Harvard University, , 208 p. (ISBN 097958003X). Yi Yunhae : The formation & development of the Samhan, pages 17-59.

Articles connexes[modifier | modifier le code]