Chapelle Notre-Dame-des-Fontaines de la Brigue

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Chapelle Notre-Dame-des-Fontaines de la Brigue
Canavesio - Tradimento di Giuda.jpg

Canavesio, La trahison de Judas

Présentation
Type
Construction
XVe siècle
Destination initiale
chapelle
Propriétaire
Commune
Statut patrimonial
Site web
Localisation
Situation
Coordonnées

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La chapelle Notre-Dame-des-Fontaines est une chapelle catholique située en France sur le territoire de la commune de La Brigue, dans le département des Alpes-Maritimes en région Provence-Alpes-Côte d'Azur[1].

L'importance et la qualité de son décor peint sur ses murs par Giovanni Canavesio et Giovanni Baleison l'ont fait surnommer (un peu abusivement, voir plus bas) la « chapelle Sixtine des Alpes-Martimes ».

Elle fait en outre l’objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 22 mai 1951.

Localisation[modifier | modifier le code]

La chapelle est située dans le département français des Alpes-Maritimes, sur la commune de La Brigue, à 4,5 kilomètres du chef-lieu. Elle a été construite sur l'ancien chemin muletier qui reliait La Brigue à Triora.

Historique[modifier | modifier le code]

La chapelle remonte au XIIe siècle.

Une légende est rattachée à la construction :

À une époque lointaine, un jour de décembre, la montagne s'est mise à trembler. Toutes les sources se sont alors taries. Alors, la comtesse Eudoxie de Tende annonce, le jour de Noël, que les sources couleraient de nouveau si une chapelle expiatoire était construite. La chapelle est d'abord construite près du village, mais elle est détruite la nuit. La comtesse désigne le site en face des sources. Les sources se remirent à jaillir et on construisit la chapelle. Une des sources donne du vin pendant les travaux, mais qui se change en eau si on l'amène à la maison. Les sources ont un fonctionnement intermittent leur donnant un caractère merveilleux.

Le pèlerinage est cité en 1375 dans un acte daté du 17 novembre qui cite deux religieux bénédictins Garino Berardo et Gandolfo Bellone, gouverneurs et administrateurs de la chapelle[2].

Un document de l'évêché de Vintimille indique, en 1475, l'évêque G. B. de Giudici s'interroge sur l'usage des aumônes qui sont abondantes. Il fallait les utiliser aux réparations de l'« église de la Madone » et la construction de petites maisons pour recevoir les pèlerins. Cet acte donne comme explication au succès du pèlerinage à « la sortie, récemment, d'une nouvelle source, à côté de la dite église, survenue plus par faveur divine, à ce qu'on croit, que de toute autre manière ». La chapelle se trouve alors à la croisée de plusieurs routes muletières. Le duc de Savoie Louis reconnaît, en 1457, Briga comme inaliénable mais a obtenu le droit de nommer les consuls. Le duc souhaitait améliorer les routes reliant Nice au Piémont. Une de ces routes passait par La Brigue et la chapelle de la Madone des Fontaines puis Bens et le Pas du Tanarel ou du Tanarello (2045 m) avant de descendre vers la vallée du Tanaro et rejoindre Mondovi. La section de cette route commençant à Menton a été améliorée à partir de 1448. En 1513, des lettres patentes décident d'élargir la section vers le pas du Tanarel. Après l'achat du comté de Tende par le duc de Savoie, en 1581, c'est la route passant par Tende qui va être choisie pour relier Nice au Piémont en passant par le col de Tende (1871 m). Cette route muletière croisait la route conduisant à Realdo, à Triora et en Ligurie[3].

Elle a dû être reconstruite au XVe siècle suivant un plan très simple, comprenant une nef rectangulaire de 16 mètres sur 10, sur lequel est ajouté un petit chœur lui aussi rectangulaire.

Les circonstances ayant conduit à la réalisation de cette œuvre majeure, les fresques de la Passion et du Jugement dernier, sont obscures et compliquées. En 1474, le comte de Tende, Honoré, de l'illustre famille Lascaris, fut empoisonné par son intendant. Sa veuve, Marguerite, accusa ses cousins, seigneurs de La Brigue, Pietrino et Barthélémy, d'être les commanditaires du crime. En 1483, elle réussit à mettre la main sur Pietrino qui fut emprisonné et torturé. Les Brigasques demandèrent humblement la libération de leur seigneur que Marguerite leur accorda en principe contre 800 florins d'or, somme exorbitante pour cette modeste communauté. Soudainement, et pour des raisons mystérieuses (certains pensèrent qu'elle n'était au fond pas fâchée de la disparition de son mari, voire qu'elle n'en était pas tout à fait innocente…), elle renonça à la rançon à condition que la paroisse embellisse la chapelle pour une somme équivalente. Le doyen du chapitre de la collégiale Saint-Martin, Don Bernardino, réunit la somme nécessaire (sans doute moins que les 800 florins !) par souscription et avec l'aide de la Banque de Gênes.

Cartouche sous la scène de la Crucifixion donnant la date de 1492 pour la fin de la réalisation des fresques de la Passion du Christ par Canavesio

Cette thèse n'a pas pu être confirmée par des textes. L'historienne Sophie Kovalesky a fait des recherches dans les archives de la banque San Giorgio de Gênes et du fonds d'État. Dans son étude, elle a conclu « en l'absence actuelle de ces documents nous mettons en doute l'idée d'une commande passée par les Lascaris à Canavesio »[4]. Dans ce cas, les fresques de la chapelle auraient été exécutées grâce aux aumônes recueillies pendant les pèlerinages. Au moment de la restauration des peintures, en 1583, une inscription a été ajoutée sous la scène de la Crucifixion donnant le nom du peintre, PRESBYTERO IOANES CANAVESIO PICTORE, et la date d'achèvement, le 12 octobre 1492.

Les peintures du chœur, réalisées à la détrempe, sont en général attribuées, mais sans preuve, à partir des critères de style, à Giovanni Baleison. Giovanni Baleison et Giovanni Canavesio ont collaboré sur le décor de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Étienne-de-Tinée. Ces peintures auraient été exécutées avant celles de la nef, après 1481, date à laquelle Giovanni Baleison termine les peintures de la chapelle Saint-Sébastien de Venanson. Cette hypothèse pourrait être contradictoire avec la chronologie de la vie de la Vierge qui commence sur le mur oriental de la nef et l'arc triomphal, mais un indice archéologique montre que ce mur a été repeint à fresque en supprimant la peinture faite par Baleison[5]. Au XIXe siècle, les peintures du chœur ont été recouvertes par un badigeon. Elles ont été dégagées en 1959. Certaines sont très abîmées[6].

On a fit appel à un peintre déjà connu, un Piémontais là encore, Jean ou Giovanni Canavesio, qui réalisa entre 1490 et 1492 l'incomparable décor, de l'arc triomphal (longtemps attribué à Giovanni Baleison[7] - mais l'intervention d'un collaborateur inconnu est probable) consacré à la vie de Marie, de la nef, dévouée à la Passion du Christ, et du revers de la façade représentant le Jugement dernier. La surface peinte totale est d'environ 220 m2.

La fresque du Jugement dernier se trouvant sur le mur occidental a dû être réalisée après celle de la Passion.

Le décor de la voûte du porche-oratoire

En 1605, le notaire Claude Alberti finance la construction du porche. Les sources écrites locales indiquent qu'il aurait été conçu pour servir d'oratoire et abriter un autel pour les fidèles n'ayant pu entrer dans la chapelle les jours d'affluence, permettant des messes en plein air. Grâce au don fait en 1705 par Jacques Spinelli, fondateur de la chapelle Saint-Michel, quatre docteurs de l'Église ont été peints sur les voûtains de la croisée d'ogives. Ces peintures ont été réalisées en rappelant celles de la voûte des Évangélistes dans le chœur par l'usage des phylactères qui n'étaient plus représentés à cette époque dans les tableaux. Il est encadré par deux petites portes très basses dont les percements ont entraîné la détérioration d'une partie des peintures de la fresque du Jugement dernier.

Décoration de la voûte de la nef

La peste fait environ 10 000 victimes à Tende entre 1630 et 1631 mais a épargné La Brigue. Pendant la guerre Gallispane, entre la France à la Maison de Savoie, de 1744 à 1748, la ville a évité toute exaction des armées. En reconnaissance, les habitants ont décidé d'embellir la chapelle. Celle-ci avait jusqu'alors une couverture en charpente. La chapelle est exhaussée et la nef couverte d'une voûte stuccée ornée de fresques de Gaetano Ruffi. C'est ce qu'explique une inscription : « IN HONOREM DEIPARAE VIRGINIS / POPULUS BRIGENSIS AB IMMINENTI / HOSTIU / CALISPANORUM INVASIONE MIRABILITER / EREPTUS ANNO MDCCXXXXV &C / TEMPLUM HOC PRO GRATIARUM ACTIONE / IN PERENNE TANTI BENEFICII MONUMETUM / AUXIT ET DECORAVIT / ANNO MDCCL » (« En l'honneur de la Vierge, le peuple brigasque miraculeusement préservé de l'invasion imminente des ennemis gallispans l'an 1745, a en action de grâces agrandi et décoré cette église témoignage de tant de bienfaits permanents, l'an 1750 »).

Certains peuvent trouver que ce décor rococo un peu facile cadre mal avec les splendides réalisations gothiques et Renaissance du reste de l'église mais un monument historique, comme son nom l'indique, est le résultat d'une « histoire » dont nous ne devons rien rejeter a priori, contrairement à ce que pensait Viollet-le-Duc.

Les peintures du chœur réalisées par Giovanni Baleison ont été dégagées en 1959. Auparavant, le chœur croulait sous les ex-votos dissimulant une moulure de plâtre. C'est par accident (comme souvent) qu'un ouvrier « maladroit » cassa le plâtre révélant l'œuvre de Baleison qui fut soigneusement restaurée.

Plusieurs petites sources se rejoignent comme un ruisseau juste en dessous du sanctuaire de Notre-Dame des Fontaines.

La place des fresques de Canavesio dans l'histoire de l'art reste une question discutée. Elles relèvent sans doute plus du gothique tardif, très évolué, que de la Renaissance mais les mots demeurent impuissants à rendre toutes les nuances voulues. La culture humaniste de Canavesio était sans doute réelle, même si l'on ne suit pas entièrement le père Avena dans ses audacieuses interprétations. L'expression « Chapelle Sixtine des Alpes méridionales » relève plus du marketing touristique, efficace, que d'une volonté de bien situer l'œuvre. À tout prendre, Notre-Dame des Fontaines évoque plutôt Giotto et la chapelle des Scrovegni à Padoue, avec deux siècles d'évolution des techniques picturales en plus. Mais les influences sont multiples et la formation de Canavesio sans doute complexe. La scène, rarement représentée dans l'art catholique, de la Descente du Christ aux enfers (et pratiquement jamais avec cette sève, cette vigueur, ce pittoresque pourrait-on presque dire), montre des démons qui font irrésistiblement penser à Jérôme Bosch, contemporain presque exact de Canavesio. Enfin, l'œuvre n'est pas isolée. De très nombreuses chapelles des Alpes-Maritimes possèdent des décors contemporains et similaires (Venanson, Lucéram, Saint-Étienne-de-Tinée, Roure, etc.) dans lesquels Baleison et Canavesio sont, parfois, intervenus. Un ensemble de fresques équivalent à celui de la chapelle peut être vu dans l'église San Fiorenzo de Bastia Mondovì daté de 1472[8].

Une restauration de l'édifice a été exécutée en 1973-1978 sous la direction de François Enaud, inspecteur-général des Monuments historiques, par l'atelier Ten Kat.


L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 22 mai 1951[1].


Les sources possibles de l'œuvre de Giovanni Canavesio[modifier | modifier le code]

Il est possible de rapprocher certaines des scènes représentées d'œuvres d'autres peintres. Ainsi, on peut rapprocher le squelette placée au-dessus du Léviathan de la fresque du Jugement dernier de celui peint par Jan van Eyck dans le tableau du Jugement dernier se trouvant au Metropolitan Museum of Art de New York. Ce thème a été repris par Petrus Christus dans le Jugement dernier de la Pinacothèque de Berlin peint en 1452. Des scènes de la Passion - Ecce Homo, Lavement des mains - peuvent rapprochées de gravures réalisées vers 1480 par Israhel van Meckenem pour sa Grande Passion, d'une fresque peinte vers 1430 par Giacomo Jaquerio dans la sacristie de l'abbaye Sant'Antonio di Ranverso. Canavesio a réutilisé ces thèmes dans la Chapelle Notre-Dame-des-Douleurs de Peillon.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Chapelle Notre-Dame-des-Fontaines », notice no PA00080680, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Léo Imbert, La chapelle de la Madone des Fontaines à La Brigue et les fresques de Canavesio, Nice-Historique, janvier-mars 1950, no 1]
  3. Luc Thévenon, La Brigue, son patrimoine artistique et celui de ses hameaux, p. 14
  4. Luc Thévenon et Sophie Kovalesky, Arts et monuments, La Brigue, Serre éditeur, Nice, 1990 ; p. 94
  5. Luc Thévenon, La Brigue - Chapelle Notre-Dame des Fontaines, p. 258-263, dans Congrès archéologique de France. 168e session, Nice et les Alpes-Maritimes. 2010, Société française d'archéologie, Paris, 2012 (ISBN 978-2-901837-42-8)
  6. Paul Roque, Les peintres primitifs niçois. Guide illustré, p. 153, Serre éditeur, Nice, 2006 (ISBN 2-86410-458-X)
  7. C'est Mme Giovanna Galante Carrone, de la Surintendance des biens artistiques du Piémont qui, en 1986, attribue avec des arguments pertinents l'essentiel du travail à Canavesio.
  8. Associazione culturale San Fiorenzo : Gli Affreschi

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léo Imbert, La chapelle de la Madone des Fontaines à La Brigue et ses fresques, p. 104-105, Nice Historique, 1997, no 269 Texte
  • Luc Thévenon, Giovanni Canavesio décorateur de Notre-Dame des Fontaines à La Brigue. Sources et influences, p. 106-114, Nice Historique, 1997, no 269 Texte
  • Jean Arrouye, La fontaine de sang de Notre-Dame des Fontaines, p. 115-120, Nice Historique, 1997, no 269 Texte
  • Germaine-Pierre Leclerc, Chapelles peintes du pays niçois, Édisud, Aix-en-Provence, 2003 (ISBN 2-7449-0397-3) ; p. 176
  • Paul Roque, Les peintres primitifs niçois. Guide illustré, p. 153-183, Serre éditeur, Nice, 2006 (ISBN 2-86410-458-X)
  • Philippe Beauchamp, L'art religieux dans les Alpes-Maritimes, p. 29-34, Édisud, Aix-en-Provence, 1993 (ISBN 2-85744-485-0)
  • Luc Thévenon, L'art du Moyen Âge dans les Alpes méridionales, p. 24-26, Éditions Serre, Nice, 1983 (ISBN 2-86410-047-9)
  • Jea-Louis Roux, Le sacré dans les Alpes, p. 173-174, Éditions Glénat, Grenoble, 2011 (ISBN 978-2-7234-8536-4)
  • Père Benoît Avena, Lionello Sozzi, Pierre Barucco, Notre-Dame des Fontaines. La chapelle Sixtine des Alpes méridionales, Borgo San Dalmazzo-Cuneo, edizioni Martini, 1989
  • Nouvelle édition de l'ouvrage précédent, avec la collaboration de Gabriella Cavallo Zampedri, Henri Costamagna, Gianni Carlo Sciolla, Centre d'études franco-italien des Universités de Turin et de Savoie, 2006.
  • Christian Corvisier, Le Brigue - Chapelle Notre-Dame-des-Fontaines, p. 258-263, dans Congrès archéologique de France. 168e session (2010). Monuments de Nice et des Alpes-Maritimes, Société française d'archéologie, Paris, 2012 (ISBN 978-2-901837-42-8)
  • Paul Roque, En suivant la route du sel. Nice, Peillon, Lucéram, Sospel, La Brigue. Retables & peintures murales, p. 63-107, Serre éditeur, Nice, 2012 (ISBN 978-2-86410-587-9)
  • Véronique Plesch, Painter and Priest: Giovanni Canavesio’s Visual Rhetoric and the Passion Cycle at La Brigue. University of Notre Dame Press, Notre-Dame, 2006 (ISBN 978-0-268-03888-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]