Château des Ravalet

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Château des Ravalet
Image dans Infobox.
Le château et la cour d'honneur.
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Le château des Ravalet, connu aussi sous le nom de château de Tourlaville, est une demeure, du XVIe siècle, remanié en 1859[1] par le vicomte de Tocqueville, qui se dresse sur la commune déléguée de Tourlaville au sein de la commune nouvelle de Cherbourg-en-Cotentin dans le département de la Manche, en région Normandie. Il est connu pour avoir servi de cadre aux amours interdits de Julien et Marguerite de Ravalet.

Le château fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par arrêté du [2]. Le site, et plus largement la vallée du Trottebec d'une surface de 1 400 hectares est « site naturel inscrit » par arrêté du [3].

Localisation[modifier | modifier le code]

Le château des Ravalet est situé près de la rivière Trottebec, à 1 kilomètre au sud-sud-est de l'église Notre-Dame de Tourlaville, dans le département français de la Manche.

Historique[modifier | modifier le code]

Un château primitif aurait été fondé dès le VIIIe siècle (c. 780) comme l'évoque Charles de Gerville. Un peu plus tard une seconde forteresse lui succéda, et à son emplacement on construisit le château actuel en style Renaissance. Bâti en schiste bleu, entre 1562 et 1575, et restauré en 1859, il est aujourd'hui la propriété de la ville de Cherbourg-en-Cotentin[1].

Dans un vidimus de 1369, probable copie d'une charte de Guillaume le Conquérant, il est dit que Tourlaville (Torlachvilla) est la possession de Thorlac[note 1] et précise l'existence au XIe siècle d'un personnage important nommé Turgot (Turgotus de Turlacvilla). Au XIIe siècle, dans Les Grands Rôles de l'Échiquier de Normandie, sont cité les premiers seigneurs du lieu : en 1195, Guillaume de Tourlaville, fils de Hugues, puis en 1198, Walter de Tourlaville[4].

Le domaine de Tourlaville, jusqu'au milieu du XVIe siècle était partagé en deux fiefs : la fiefferme possession du roi qui est en 1443 entre les mains de Guillaume du Fou, et le fief Aubert-Hermite, possession en 1450 de Martin Anquetil[5].

Le manoir médiéval appartenant au domaine royal, est vendu par François Ier en mal de finances dans les guerres qui l'oppose à Charles Quint et Henri VIII. C'est un certain Jean de la Guette, receveur général des finances, qui en fait l'acquisition, et qui aurait pu lui échapper sans le recours de sa femme. En 1555, un contrôle fiscal révéla un trou de 236 305 livres dans sa comptabilité. Afin de conserver le domaine sa femme abandonna au roi Henri II sa terre de Monceaux, en région parisienne, en échange. En 1557, un neveu de Jean Laguette, Gilles Dancel qui en avait hérité, et à la suite de problèmes avec le fisc royal, cède le domaine à la duchesse Adrienne d'Estouteville, dame de Bricquebec[1],[5].

Jean de Ravalet, abbé d'Hambye, vicaire général de la cathédrale de Coutances, conseiller de la duchesse d'Estouteville, reçoit la fiefferme le [6] de la duchesse Marie de Bourbon, fille d'Adrienne, devenant ainsi seigneur de Tourlaville avec son frère Jacques[5]. Jean II procureur du roi des Eaux et Forêts du Cotentin, fait construire sur le manoir ruiné, ne conservant que le donjon, le sous-sol de la salle des gardes et des prisons, dés août 1562, le château Renaissance qui est terminé en 1563[5]. En 1575[7], Jean III de Ravalet, à la suite de son mariage avec Madeleine de La Vigne de Hennot dame d'Emondeville, reçoit de son père Jean II et de l'abbé Jean de Ravalet son parrain, le manoir[5].

Madeleine et Jean III donnent naissance à dix enfants, dont Julien, né en 1582[7], et Marguerite, née en 1586[7], mariée en à l'âge de 13 ans à Jean Lefèvre, sieur de Haupitois, âgé de 45 ans[note 2], receveur des tailles à Valognes. Les amours incestueux de Julien et Marguerite de Ravalet, leur valurent d'être décapités en place de Grève, à Paris, le . Ils seront inhumés en l'église de Saint-Jean de Grève. L'abbé d'Hambye, après la mort de ses neveux, se démettra de sa charge et revient à Tourlaville et fait découronner la tour qui abritait la chambre de Julien et y édifie une chapelle expiatoire[8]. Jean IV après un accord de partage du , hérite de Tourlaville. Il meurt le , suivit trois jours plus tard par sa femme[9].

À la suite de graves problèmes financiers, le domaine est adjugé, en 1653[1], à Charles de Franquetot qui améliore l'aménagement intérieur[note 3] avant d'être assassiné dans la nuit du au , sous les coups de son valet de chambre. C'est son frère, Robert de Franquetot qui hérite de la seigneurie et la conservera jusqu'à sa mort en 1708, sans alliance et sans descendance, en son château. Il achèvera la construction des communs[9].

Le domaine, devenu une ferme en 1661, passe aux Boudet de Crosville, en 1713, avec Hervé Boudet, fils de Jean Boudet troisième mari de Catherine de Varroc, elle-même veuve en secondes noces d'Antoine de Franquetot. À sa mort en 1714, c'est son fils aîné qui lui succède, et à sa mort sans postérité (après 1723) à sa sœur Marie-Madeleine Boudet de Crosville épouse depuis 1694 de François Fouquet[note 4], fils du seigneur de Réville. C'est leurs fils, Hervé-François Fouquet, résidant à Valognes, qui au décès de sa mère en 1743, prend possession de Tourlaville. De 1755 à 1762, le château sert de logement à 160 hommes des canonniers gardes-côtes affectés à la défense de Cherbourg à la suite de la menace anglaise. Hervé-François décède en 1777, le château passe entre les mains de son cousin, Hervé-Louis-François-Bonnaventure Clérel de Tocqueville, qui a pour tuteur , son cousin, André de Hennot[9].

Hervé Clérel de Tocqueville, père d'Alexis de Tocqueville, en prend possession en 1777. À la Révolution française, le château en partie abandonné, qui est devenu une exploitation agricole, ne sera ni saisi ni dégradé. À la mort d'Hervé Clérel, c'est son fils Édouard Clérel qui hérite du château de Tourlaville, qui est dans un triste état, ce que constate en l'écrivain Théophile Gautier, à la suite d'une visite, et qu'il rapporte dans son « Voyage en Normandie » « un manoir demi-ruiné… une ruine légendaire… des chambres délabrées… des parquets qui baillent… [un logis où] l'abandon règne en maître »[10]. Édouard restaurera le château[note 5] en 1859, et en 1860 le donne à son fils aîné Hubert Clérel de Tocqueville. À sa mort en 1864, la veuve d'Hubert cède la château à son beau-frère, le vicomte René Clérel de Tocqueville[12], maire de la commune, qui rénove alors le bâtiment, rebâtir la tour ronde de l'ouest, aménage le parc et les jardins (dont une grotte), creuse les étangs, aménage une turbine à eau afin de produire de l'électricité, et fait construire, en 1872[13], une grande serre.

En 1910[14], ruiné et brisé par le décès de sa fille il vend le château à Valentin Lenavettier qui décèdera en 1916.

Utilisé comme hôpital durant la Première Guerre mondiale, le château est revendu en 1922 par les héritiers de M. Lenavettier. C'est un marchand de biens qui s'en porte acquéreur et le revend un mois plus tard à Paul Gosse, industriel parisien. En 1930, le château est inscrit à l'inventaire des monuments historiques. En 1935[13], la veuve de Paul Gosse, avec une douzaine d'hectares cède le château à la ville de Cherbourg, pour la somme de 200 000 francs de l'époque[14].

Durant la Seconde Guerre mondiale, le château est occupé, d'abord par l'amiral Abrial avec son état-major, puis par l'armée allemande et à la Libération, par les troupes américaines, entraînant encore de graves dégâts. La ville dès 1946, le nettoie et restaure le parc et les serres. Les travaux interrompus reprirent de 1962 à 1971

Description[modifier | modifier le code]

Le château des Ravalet est une demeure caractéristique de la Renaissance cotentinoise avec ses fenêtres à meneaux, portes à moulures, lucarnes à volutes, comme celle de Chanteloup. Il se présente sous la forme d'un bâtiment massif et rectangulaire, que cernent plusieurs tourelles d'angles circulaires. Deux niveaux de combles, ont été ajoutés dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sur l'arrière, une tour porte le nom des « Quatre-Vents ». Le décor se compose de lucarnes et de pilastres corinthiens[15]. C'est Augustin-René de Tocqueville qui dès 1871, avec l'aide de son architecte, Gabriel Malençon a donné au château son aspect actuel. Ils restaurent notamment, toute la façade ouest, avec la tour ronde et la tour carrée au nord, et sur la façade est, la tour du pignon est, carrée, crénelée à son sommet avec mâchicoulis et échauguette, réminiscence du Moyen Âge, mode très en vogue au XIXe siècle[16]. On peut voir ses armes, « d'argent à la fasce de sable accompagnée en chef de trois merlettes de sable et de trois tourteaux d'azur (alias de gueules) en pointe, 2 et 1  » qu'il fit graver sur la tour ronde accompagnées de celles de sa femme Marie-Augustine Crombez, « d'or au chevron d'azur accompagné en chef de deux flèches au naturel posées en pal, et en pointe d'un pin de sinople » qu'il a épousé en 1863[17].

Donnant sur la cour d'honneur, la face sud est ornée de deux tours cylindriques. La face nord, surplombant l'étang, est moins homogène avec des tours et des ouvertures sans aucune logique. L'ensemble est bâti en pierre de schiste bleue, à l’exception des encadrements des portes et fenêtres qui sont en pierre de Valognes, calcaire extrait dans les carrières d'Yvetot-Bocage.

À l'intérieur, au premier niveau, on peut voir la salle des gardes et la salle à manger. Le grand escalier d'honneur, logé dans la tour des vents[note 6], doté d'une ornementation représentant un cœur percé d'une flèche et ses colonnes d'art toscan, dessert les trois étages. Le premier étage abrite le grand et petit salon, ainsi que la « chambre bleue » qui passe pour avoir été la chambre de Marguerite de Ravalet, avec notamment un portrait posthume de Marguerite entourée de petits amours. Les murs et le plafond sont décorés de saynètes champêtres et romantiques[16].

De l'édifice médiéval il subsiste : le donjon, deux tours rondes ainsi que la porterie et un système de douves[18].


Parc et jardins[modifier | modifier le code]

Alors qu'existait un parc Renaissance avec ses douves, le parc est redessiné vers 1870 avec deux étangs et une grotte. Il est orné d'une serre construite entre 1872 et 1875 et de nombreuses plantes exotiques. Ce parc, acquis par la ville de Cherbourg est devenu jardin public en 1935. La tempête de 1987 a provoqué de gros dégâts. Le site, classé, est inscrit au pré-inventaire des jardins remarquables[19].

C'est René de Tocqueville, ancien officier qui après avoir servi en Afrique et en Asie, aménage à partir de 1864 le parc et fait venir des plantes exotiques : eucalyptus, bambous, palmiers, fougères arborescentes, camélias, géranium, etc.. Il dessinera également le réseau hydrographique du parc avec ses rivières, étangs et bassins et installera, sur le Trottebec, une usine électrique lui permettant d'illuminer les réceptions qu'il donne sur la pelouse du parc, où ses invités peuvent en été déguster des ananas et bananes provenant des serres toutes proches[20].

En 2004, le parc est labellisé Jardin remarquable.

Protection[modifier | modifier le code]

Sont classés[2] :

  • le château, y compris les vestiges de l'ancienne tour ;
  • le parc tel qu'il est délimité sur le plan joint au dossier, et comprenant notamment : les éléments de décor (la grotte, les deux arcades, vestiges des anciens communs, les deux vasques en fonte situées devant la serre) ;
  • la serre ;
  • l'ancienne avenue d'accès ;
  • le système hydraulique : les douves bordant la cour d'honneur et les communs à l'ouest, l'étang au nord, le bassin rectangulaire à l'est, le bief d'amenée d'eau avec ses ouvrages, y compris l'étang des Costils situé en amont ;
  • l'ancienne turbine du château et les vestiges du moulin situés en contrebas devant l'entrée de la cour d'honneur du château.

Liste des possesseurs du fiefferme et château[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive.

  • Famille de Tourlaville
  • Turgot de Tourlaville ?
  • Guillaume de Tourlaville (1195)
  • Walter de Tourlaville (1198)
  • Guillaume du Fou (1443)
  • Jean de la Guette (1544)
  • Famille de Ravalet
  • Jacques de Ravalet (1562 coseigneur avec son frère)
  • Jean de Ravalet (1562 coseigneur avec son frère)
  • Jean III de Ravalet (1575)
  • Jean IV de Ravalet (1612- 1650)
  • Famille de Franquetot
  • Charles de Franquetot (1653- 1661), petit-neveu du précédent
  • Robert de Franquetot (1661- 1708)
  • Famille Boudet de Crosville
  • Hervé Boudet de Crosville (1713- 1714)
  • Jean-Baptiste Boudet de Crosville (1714-  ap. 1723), fils aîné du précédent
  • Marie-Madelaine Boudet de Crosville, sœur du précédent (ap. 1723- 1743)
  • Hervé-François Fouquet (1743- 1777), fils de la précédente
  • Famille Clérel de Tocqueville
  • Hervé-Louis-François-Bonnaventure Clérel de Tocqueville, cousin du précédent (1777- 1856)
  • Édouard Clérel de Tocqueville (1856-1860), fils du précédent
  • Hubert Clérel de Tocqueville (1860- 1864), fils aîné du précédent
  • René Clérel de Tocqueville (c.1864-1910), frère du précédent
  • Valentin Lenavettier (1910- 1916)
  • Michel Delaune (1922)
  • Paul Gosse (1922-c. 1935)
  • ville de Cherbourg (depuis 1935)

Visite[modifier | modifier le code]

Depuis 1960[13], le parc est ouvert au public, le château, lui, est ouvert à certaines périodes, notamment en été lors des visites guidées qu'organise l'Office de tourisme de Cherbourg et lors des Journées du patrimoine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il est cité comme vivant en 933.
  2. Hébert donne le nom de Jean Le Fauconnier.
  3. Il fait réaliser le grand portrait de Marguerite, et décorer les plafonds de « la chambre bleue ».
  4. Il portait : de gueules à la croix d'argent alésée et pommetée d'or.
  5. Au XIXe siècle, la recherche d'un prétendu trésor entraîna la destruction de certains murs défensifs[11].
  6. Cette grande tour centrale de la façade nord compte cinq pans et porte le nom de « tour aux 4 vents », en raison des nombreuses fenêtres par lesquelles elle s'éclaire dans les quatre directions.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Hébert et Gervaise 2003, p. 146.
  2. a et b « Domaine du château de Tourlaville », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. « Arrêté d'inscription du  ».
  4. Michel Pinel (photogr. Patrick Courault), Châteaux et Manoirs de la Manche, Rivages de France, coll. « Lumières et histoire », , 320 p. (ISBN 978-2-9534030-6-0), p. 7.
  5. a b c d et e Pinel 2016, p. 7.
  6. Norbert Girard et Maurice Lecœur, Trésors du Cotentin : Architecture civile & art religieux, Mayenne, Éditions Isoète, , 296 p. (ISBN 978-2-9139-2038-5), p. 16.
  7. a b et c Hébert et Gervaise 2003, p. 148.
  8. Pinel 2016, p. 10.
  9. a b et c Pinel 2016, p. 13.
  10. Pinel 2016, p. 14.
  11. Guy Le Hallé, Châteaux forts de Basse-Normandie, t. II, Louviers, Ysec Éditions, , 160 p. (ISBN 978-284673-215-4), p. 110.
  12. « Secrets de châteaux et manoirs - Cotentin - Saint-Lô - Coutances », La Presse de la Manche, no Hors-série,‎ , p. 10 (ISBN 979-1-0937-0115-8).
  13. a b et c Hébert et Gervaise 2003, p. 147.
  14. a et b Secrets de châteaux et manoirs, 2008, p. 10.
  15. Girard et Lecœur 2005, p. 136.
  16. a et b Secrets de châteaux et manoirs, 2008, p. 11.
  17. Collectif, Blasons armoriés du Clos du Cotentin, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, , 214 p. (ISBN 2-85480-543-7), p. 187.
  18. Le Hallé 2015, p. 110.
  19. « Parc du château de Tourlaville », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  20. Secrets de châteaux et manoirs, 2008, p. 12.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]