Caroline Herschel

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Caroline Herschel
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Caroline Lucrecia Herschel en 1829

Naissance
Hanovre (Allemagne)
Décès (à 97 ans)
Hanovre (Allemagne)
Nationalité Allemande
Champs Astronomie
Diplôme Astronomie
Renommée pour avoir découvert des comètes et des nébuleuses et avoir créé la première représentation de La Voie Lactée telle que la verrait un observateur extérieur à cette structure.
Distinctions Médaille d'or de la Royal Astronomical Society (1828)
Prussian Gold Medal for Science (1846)

Caroline Lucretia Herschel (16 mars 17509 janvier 1848) est une astronome britannique d'origine allemande. Elle a travaillé avec son frère Sir William Herschel. Sa principale contribution à l'astronomie est la découverte de nouvelles comètes, en particulier la comète périodique 35P/Herschel-Rigollet, qui porte son nom[1].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Elle est la huitième enfant et quatrième fille d'Isaac Herschel et sa femme Anna Ilse Moritzen. Devenu chef d'orchestre militaire chez les Gardes, Isaac part en campagne avec son régiment pour une longue période mais en revient en mauvaise santé après la bataille de Dettingen en 1743 ; quoique habile musicien, pour subvenir aux besoins de sa famille il entretient aussi des jardins, mais son talent musical lui procure un poste de musicien d'orchestre dans l'armée prussienne [2]. À l'âge de dix ans, Caroline est atteinte du typhus, ce qui limitera sa taille à moins d'1,40 mètre. Supposant qu'elle ne trouvera jamais de mari[3], sa mère envisage pour elle un rôle de Cendrillon, servante de la maison. Isaac, qui a déjà encouragé ses aînés à étudier les mathématiques, la musique et le français[4], s'émeut du sort de Caroline et, à l'insu de sa femme, l'encourage à étudier. Il profite de la moindre absence de sa femme pour l'instruire lui-même ou la joindre aux leçons dispensées à ses frères. Il l'incite à apprendre à filer, à coudre, à faire des vêtements, à réaliser divers petits travaux, en vue d'être autonome plus tard[1],[2].

Carrière musicale[modifier | modifier le code]

En 1757, son frère William (Wilhelm Friedrich est son nom de baptême) émigre à Bath en (Angleterre) et s'y établit comme organiste et enseignant de la musique. Lors du décès de leur père Isaac en 1767, Caroline devient contre son gré la ménagère responsable de la maison paternelle, car son frère William lui a proposé de le rejoindre en Angleterre. Heureusement, lorsque Wilhelm revient séjourner à la maison en 1772, il l'invite à l'accompagner pour y tenir sa maison et apprendre le chant ; elle accepte immédiatement et quitte finalement Hanovre le . William, qui est un musicien accompli nommé depuis 1766/1767 au poste d'organiste et chef de chœur titulaire de la "Octagon Chapel" de Bath, lui donne des leçons de chant vocal et fait d'elle la chanteuse vedette de ses concerts et oratorios. Sa réputation est telle qu'elle est invitée à se produire au festival de Birmingham, mais elle décline l'invitation car elle ne veut être dirigée que par son frère, ne fréquente pas la société locale et se fait peu d'amis. Et William, passionné d'astronomie, réclame constamment son assistance, ce qui nuit à sa carrière d'artiste. À ce moment, Caroline ne partage pas encore la passion de son frère pour la science. L'intérêt de William pour l'astronomie démarre comme un hobby de nuit dont il relate par un discours impromptu, au repas du petit matin, tout ce qu'il a appris. Caroline s'y adonne petit à petit comme William, déclarant être « fort empêchée de me consacrer à mon travail, à cause de l'aide permanente sollicitée pour le maniement des divers dispositifs astronomiques ». William abandonne son travail de musicien enseignant et chef de chœur[5].

Contributions à l'astronomie[modifier | modifier le code]

Réplique d'un télescope semblable à celui qui a permis à William Herschel de découvrir Uranus.
William et Caroline Herschel polissant une lentille de télescope, Lithographie 1896.

William lui enseigne les mathématiques, mais elle reste sa ménagère et pas encore son apprentie. Il ambitionne d'observer l'univers de plus en plus lointain et aidé de Caroline, construit dans ce but beaucoup de télescopes très puissants qu'il vend aisément. Sa notoriété de fabricant de télescopes de bonne qualité s'étend à toute l'Angleterre[2],[5]. Caroline consacre beaucoup d'heures à polir des miroirs et monter des télescopes dans le but de piéger la plus grande quantité de lumière possible[6]. Elle apprend à copier les tables astronomiques et d'autres publications empruntées par William. Elle apprend aussi à enregistrer et extraire l'essentiel des données, elle prépare les observations astronomiques de son frère. Elle admet que ce travail demande célérité, précision et exactitude[7].

En 1777, William (jusqu'en 1782) et Caroline (jusqu'en 1784) occupent une maison récemment construite - qui a gardé son cachet d'époque et est devenue en 1981 le musée d'astronomie Herschel - au 19 New King Street à Bath, Somerset, Angleterre. Le , William y devient célèbre grâce à sa découverte d’une nouvelle planète gravitant derrière Saturne et qu'il nomme Georgium Sidus, mais qui portera finalement le nom d'Uranus, père de Saturne dans la mythologie romaine. Cette découverte d'Uranus le propulse, l'année suivante, au poste d’astronome privé du roi George III. Il quitte la maison de Bath et emménage à Datchet, laissant le soin à sa sœur - qui à 32 ans est devenue son apprentie - de tenir la maison, répondre aux visiteurs, etc. Elle a appris les fondements du métier et a récupéré la confiance en soi perdue depuis la période de servitude passée auprès de ses parents[1]. En 1784, elle emménage auprès de son frère et, par la suite, dans la maison voisine de l'observatoire de Slough Berkshire) qu'elle va construire avec William.

La nouvelle fonction de William s'avère être une opportunité mitigée : bien qu'elle lui laisse beaucoup de temps libre pour les observations astronomiques, elle entraîne une baisse de revenus et l'expose à répondre à n'importe quel moment au bon plaisir royal. À cette époque, William et Caroline perfectionnent leur télescope, fabriquant une série de dispositifs de plus en plus grands, jusqu'à obtenir le fameux instrument de 40 pieds[8]de distance focale. Caroline l'assiste en permanence pendant ses observations, résolvant aussi avec lui les calculs compliqués.

Dès 1782, William suggère à Caroline d'observer seule, et elle occupe ses heures de loisirs à observer le ciel elle-même au moyen d'un télescope de Newton de 27 pouces de distance focale [9]avec lequel, de 1783 à 1787, elle observe beaucoup d'objets célestes comprenant notamment la découverte, qui lui est attribuée, de Messier M110 (NGC 205), second compagnon de la galaxie d'Andromède.

De 1786 à 1797, elle découvre aussi huit comètes, la première le et redécouvert la fameuse comète périodique d’Encke en 1786 et 1795 [10],[11]. Elle a le mérite incontestable d'avoir été la première à découvrir cinq des comètes [12],[13].

En 1787, le roi Georges III lui attribue une pension annuelle de 50 £ pour son travail au titre d'assistante de William [14].

En , elle doit encore déménager, sans William cette fois, car celui-ci, alors âgé de 50 ans, vient d’épouser la jeune veuve d’un marchand londonien, dénommée Mary Pitt. C'est une dure épreuve pour Caroline, mais elle continue tout de même son partenariat avec son frère et est même conquise par la gentillesse de sa nouvelle belle-sœur.

En 1797, les observations ont montré qu'il y a vraiment beaucoup de décalages entre les positions des étoiles telles qu'observées par William et celles répertoriées dans le catalogue publié par John Flamsteed. Au surplus, ce catalogue divisé en deux volumes est difficile à consulter : il y a le catalogue proprement dit et le volume des observations d'origine. William réalise qu'il lui faut un index croisé proprement dit pour examiner ces décalages, mais renonce à y consacrer du temps, aux dépens d'activités purement astronomiques bien plus intéressantes. Il confie à Caroline le soin d'entreprendre cette lourde tâche. Le Catalogue d'étoiles qui en résulte, publié en 1798 par la Royal Society, offre un index de chaque observation de chaque étoile faite par Flamsteed, une liste d'errata et une liste de plus de 560 étoiles qui n'y étaient pas répertoriées [14]. En 1822, de retour à Hanovre, Caroline y poursuit ses études astronomiques afin de vérifier et confirmer les découvertes de William.

En 1828, elle complète le catalogue de nébuleuses et d'amas stellaires Zones of all the Star Clusters and Nebulae Observed by Sir William Herschel entamé par son frère, afin d'aider son neveu l'astronome John Herschel.

Représentation de la Voie lactée selon Caroline Herschel. C'est la première représentation connue de notre galaxie dans l'histoire. À noter les deux erreurs importantes : le Soleil y figure comme une grosse étoile et est placé au centre de notre galaxie

On doit également à Caroline Herschel la première tentative de représenter notre galaxie La Voie Lactée[réf. nécessaire], si nous avions la possibilité de l'observer de l'extérieur. La représentation - ci-dessus - qu'elle en fait est d'ailleurs erronée car elle place le Soleil au centre de la Voie Lactée, ce qui on le sait aujourd'hui n'est pas sa place. Elle montre le soleil comme une grosse étoile alors qu'on sait aujourd'hui qu'elle est de taille assez réduite. En outre, lors de ses recherches relatives à la Voie Lactée, elle est découragée devant la difficulté de se représenter notre galaxie alors que nous sommes situés à l'intérieur d'un bras spiral de celle-ci.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Quand William abandonne progressivement son travail de musicien pour s'adonner à l'astronomie, Caroline l'y encourage. Elle avoue amèrement dans ses mémoires « Je ne faisais rien d'autre pour mon frère que ce qu'un chien de compagnie bien drillé aurait fait, c'est-à-dire que je faisais ce qu'il me commandait de faire ». Il apparaît clairement cependant, au vu du travail autonome qu'elle a fourni du vivant et après la mort de son frère, à la lecture de l'intérêt pour l'astronomie affiché dans ses écrits durant toute sa vie, qu'elle éprouve le même intérêt que lui pour l'astronomie[2]. Elle est devenue elle-même une astronome remarquée par suite de sa collaboration au travail de son frère[1]. À travers ses écrits, elle répète clairement comme une antienne qu'elle veut être financièrement autonome et subvenir ainsi à ses besoins. Quand elle est payée comme assistante de son frère, elle devient la première femme rétribuée pour services rendus à la science, l'astronomie de surcroît, alors que même les hommes sont rarement rétribués pour des travaux scientifiques. Quand William épouse une riche veuve, Mary Pitt (née Baldwin) en 1788, cette union cause de la tension dans la relation frère-sœur. Caroline est jugée comme une femme glaciale, jalouse, entièrement dévouée à son frère et n'aimant pas ceux qui s'immiscent dans leur bulle domestique[15].

Dans son livre The Age of Wonder, Richard Holmes est plus compatissant envers l'attitude de Caroline, expliquant que ce changement est négatif pour Caroline à maints égards. Avec l'arrivée de l'épouse de William, Caroline perd ses responsabilités ménagères et sociales et son statut d'accompagnante. Dans ses mémoires, elle écrit qu'elle a aussi quitté leur maison pour des domiciles extérieurs, y revenant quotidiennement pour travailler avec son frère. Elle ne détient plus les clés d'accès à l'observatoire et à l'atelier, où elle a tant travaillé. Puisqu'elle a détruit ses journaux couvrant la période 1788-1798, ses sentiments sur cette période ne sont pas bien connus. Barthélemy Faujas de Saint-Fond mentionne qu'elle et son frère ont bien poursuivi leur travail pendant cette période. Quand son frère et sa famille s'absentent, elle retourne souvent là-bas pour veiller à leur place sur leur domicile. Plus tard, elle et Lady Herschel échangeront des lettres affectueuses et elle sera toujours profondément attachée à son neveu, l'astronome John Herschel[2].

Le mariage de William aide Caroline à être plus indépendante vis-à-vis de lui et à exprimer sa personnalité[16]. Caroline fait beaucoup de découvertes indépendamment de William, et continue à travailler seule sur de multiples sujets, dans le domaine de l'astronomie, qui contribuent à l'épanouissement de sa renommée.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Tout son travail a été fructueux [17],[7],[2],[18]:

  • elle reçoit en 1828 la Médaille d'or de la Royal Astronomical Society, « pour sa récente recension, jusqu'en , des 2 500 nébuleuses découvertes par son illustre frère, ce qui peut être considéré comme le complément probablement sans égal d'une suite d'efforts, autant en ampleur qu'en importance dans les annales du travail astronomique ». Cette récompense n'a été attribuée à une autre femme, Vera Rubin, qu'en 1996
  • en 1835, elle est élue avec Mary Somerville membre honoraire de la Royal Astronomical Society : ce furent les premières femmes élues
  • en 1838, Sir William Hamilton, astronome royal à Dublin, lui notifie son élection en tant que membre honoraire de la Royal Irish Academy à Dublin
  • en 1846, à l'âge de 96 ans, elle est récompensée par le roi de Prusse de la médaille d'or de la science, qui lui est apportée par Alexander von Humboldt « en reconnaissance des précieux services rendus par vous à l'astronomie, au titre de compagne de travail de votre frère, Sir William Herschel, immortalisé par ses découvertes, ses observations et ses calculs ardus »
  • l'astéroïde (281) Lucretia, découvert en 1888, a été nommé d'après son deuxième prénom
  • le cratère lunaire C. Herschel dans le Sinus Iridium rappelle sa contribution à l'astronomie
  • le poème d'Adrienne Rich celèbre la vie et les réalisations scientifiques de Caroline Herschel Planetarium
  • L'oœuvre The Dinner Party de Judy Chicago exposée au Brooklyn Museum de New York fait une place à Caroline Herschel

Vieux jours[modifier | modifier le code]

Caroline Herschel à 92ans

Après la mort de William à l’Observatory House de Slough en 1822, elle est accablée de chagrin et retourne dans sa région natale de Hanovre, en Allemagne. Elle meurt à Hanovre le à l'âge de 97 ans et 10 mois. Elle est inhumée au 35 Marienstrasse à Hanovre, au cimetière du Gartengemeinde Il faut préciser qu’elle est restée alerte et bien portante jusqu’à la fin de ses jours.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Nysewander, Melissa. Caroline Herschel. Biographies of Women Mathematicians, Atlanta: Agnes Scott College, 1998
  2. a, b, c, d, e et f Caroline Lucretia Herschel et John Herschel, Memoir and Correspondence of Caroline Herschel, London, John Murray,‎
  3. Cette prédiction se réalisera.
  4. Langue diplomatique à l'époque.
  5. a et b The Inimitable Caroline, J. Donald Fernie, American Scientist, November–December 2007, pp. 486–488
  6. Wilhelm Ashworth, "Untitled Review." The British Society for the History of Science Vol. 37 No. 3, 2004: 350–351.
  7. a et b Warner, Deborah. "Review, Untitled." Chicago Journal, 2004: 505.
  8. 12 mètres.
  9. 690 millimètres.
  10. Ainsi, elle fit huit observations, et ce n'est qu'en 1819 que Johann Franz Encke publie un article sur cette comète à courte période et montre que les observations de 1786 et 1795 portaient sur le même objet.
  11. Caroline Herschel avait redécouvert en 1795 la comète de Encke, initialement repérée par Pierre Méchain. Cette comète est d'ailleurs la comète ayant la période la plus courte puisqu'elle repasse à proximité du soleil tous les 3,3 ans.
  12. Brock, Claire. "Public Experiments." History Workshop Journal, 2004: 306–312.
  13. « Obituary of John Francis Encke », Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 26,‎ , p. 129–134 (lire en ligne)
  14. a et b Women in Science: Antiquity through the Nineteenth Century, MIT Press,‎ , 97–98 p. (ISBN 0-262-65038-X)
  15. (en) John Donald Fernie, « The Inimitable Caroline », American Scientist,‎ , p. 486–488
  16. The Age of Wonder par Richard Holmes, pages 182–196.
  17. Place Settings. Brooklyn Museum. consulté le 06-08-2015
  18. « Obituary of Miss Caroline Lucretia Herschel », Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 8,‎ , p. 64–66 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Melissa Nysewander, Biographies of women mathematicians : Caroline Herschel, Atlanta, Agnes Scott College,‎ , 2 p. (lire en ligne)
  • (en) Richard Holmes, The Age of Wonder, New York, Harper Collins,‎ , 554 p. (ISBN 978-0-00-714952-0)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Comètes découvertes par Caroline Herschel

Articles connexes[modifier | modifier le code]