Célibat sacerdotal

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La portée du célibat sacerdotal dépend de l'interprétation des religions au sujet du mariage et des relations sexuelles.

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

Dans toutes les formes du bouddhisme, aussi bien Hinayana, Mayana que Vajrayana, le moine fait vœu de célibat et de chasteté. Néanmoins dans le Vajrayana du Tibet, la secte des Bonnets Rouges, les Nyingmapa, accepte dans ses rangs des lamas mariés. Ce ne sont pas des moines au sens propre mais des pratiquants du bouddhisme tantrique qui vivent intensément une vie spirituelle tout en étant mariés et en ayant des enfants. leur épouse est choisie telle qu'elle soutient et aide son mari dans son cheminement spirituel. En général elle-même est une femme de grande spiritualité. Il existe de nombreux saints mariés dans le bouddhisme tantrique qui ont réalisé l'état d'arhat. Mais d'une façon générale, dans le bouddhisme le moine est un homme ou une femme qui renonce à tous les aspects de la vie terrestre pour atteindre l'Éveil. Pour ce faire il renonce également à la vie de couple et fait vœu de célibat et de chasteté.

Christianisme[modifier | modifier le code]

La surestimation du célibat fait l'objet d'un débat dans le christianisme à partir du moment où on surestime la virginité pour les hommes comme pour les femmes ; cela se situe vers le IVe siècle, c'est-à-dire en un temps où la fin du monde semble proche notamment du fait des Grandes Invasions[1]

Église catholique romaine[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'au XIe siècle que le célibat, qui était jusque là la règle monastique, fera partie explicite de la règle de vie du prêtre séculier en Occident. Cependant, l'abstinence sexuelle a été encouragée très tôt chez les clercs, sans exclure la possibilité du mariage. La première prescription connue en la matière serait[2] un canon du Concile d'Elvire, tenu en Espagne, vers 306, qui interdit aux membres du clergé de prendre une épouse dans un souci d'élévation morale [3]. Cette décision locale est étendue lors du premier concile œcuménique, le concile de Nicée, en 325, qui leur interdit de plus de cohabiter avec une femme[4]. La discipline ecclésiastique a ensuite connu une évolution différente dans les églises d'Orient et d'Occident : pour l'historienne Odette Pontal, « Le célibat ecclésiastique qui, du Ier au IVe siècle, avait été en honneur sans être obligatoire, tomba du IVe au XIIe siècle sous le coup de lois très précises et beaucoup plus rigoureuses en Occident qu’en Orient : tout l’Occident reste en effet très ferme à proclamer que les évêques, prêtres et diacres mariés doivent s’abstenir de tous rapports conjugaux. Le mariage est interdit aux clercs déjà engagés dans les ordres ». [5].

Les prêtres catholiques, le jour de leur ordination, font promesse de célibat et d'obéissance à leur évêque, tandis que les moines suivent les trois conseils évangéliques en faisant vœu d'obéissance, de pauvreté et de chasteté. Cependant, ce serait une erreur grossière d'opposer en quelque sorte l'obligation de célibat et le vœu de chasteté. Un célibat qui ne serait pas chaste n'aurait aucun intérêt spirituel, ce serait une incitation à des fautes graves, et ce serait un scandale et un sacrilège : cette obligation du célibat est une conséquence de l'obligation de chasteté parfaite ou continence parfaite. Le Code de droit canonique de 1983 précise : "Can. 277 – § 1. Les clercs sont tenus par l’obligation de garder la « continence parfaite et perpétuelle » à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s’unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s’adonner plus librement au service de Dieu et des hommes. § 2. Les clercs se conduiront avec la prudence voulue dans leurs rapports avec les personnes qui pourraient mettre en danger leur devoir de garder la continence ou causer du scandale chez les fidèles. »

Toutefois, cette consigne est peu respectée jusqu'au XIIe siècle. L'église recrute ses prêtres parmi des hommes déjà mariés et de nombreux papes comme Félix III ont des enfants. La réforme grégorienne, soucieuse de préserver le patrimoine de l'Église et de soustraire les clercs mariés à la tentation de s'enrichir pour transmettre un bon héritage à leurs enfants, impose une nouvelle législation canonique qui menace d'excommunier tous les prêtre mariés : les synodes célébrés de Léon IX à Urbain II promulguent cette législation, le pape Grégoire VII réitère le caractère obligatoire du célibat des prêtres et condamne en 1079 toutes les tentatives de justifier historiquement et théologiquement le mariage des prêtres[6].

François-René de Chateaubriand décrit le célibat des prêtres dans son Génie du christianisme[7].

La vertu du célibat a été notamment été défendue dans l'encyclique Sacerdotalis Caelibatus de Paul VI.

Le dévouement qui conforme le prêtre au Christ et l’offrande exclusive de lui-même pour le Règne de Dieu trouvent une expression particulière. Le fait que le Christ lui-même, prêtre pour l’éternité, ait vécu sa mission jusqu’au Sacrifice de la croix dans l’état de virginité constitue le point de référence sûr pour recueillir le sens de la tradition de l’Église latine sur cette question. Il n’est donc pas suffisant de comprendre le célibat sacerdotal en termes purement fonctionnels. En réalité, il est une conformation particulière au style de vie du Christ lui-même, écrit Benoît XVI[8].

Églises orthodoxes et christianismes orientaux[modifier | modifier le code]

Le célibat n'est obligatoire que pour les moines et les membres de l'épiscopat. C'est pourquoi les évêques sont fréquemment choisis parmi les moines.

Le concile in Trullo au VIIe siècle fait apparaître au jour la divergence qui s'était installée entre les pratiques des églises d'Orient et d'Occident en matière de continence et de célibat des clercs. Convoqué par l'empereur d'Orient, il ne rassemble que des évêques orientaux. Les décrets adoptés en matière de discipline ecclésiastique sont rejetés par le pape Serge Ier et ses successeurs comme contraires aux usages de Rome.

Protestantismes[modifier | modifier le code]

L'une des premières actions de Luther, qui fut moine avant d'être réformateur, fut de se marier. Il croyait en la sanctification de la vie conjugale. Se fondant sur cet exemple, les ministres (hommes et femmes) protestants[9] sont généralement mariés.

Pourtant, lors de l'accession au ministère de Mademoiselle Elisabeth Schmitt, en 1961, le synode de l'Église réformée de France lui demanda de rester célibataire. La raison que le pasteur Claudette Marquet évoque est la possible difficulté pour les hommes à s'imaginer alors un pasteur(e) en chaire et enceinte[10].

Aujourd'hui néanmoins, les femmes et les hommes peuvent se marier et avoir des enfants.

Monachisme protestant[modifier | modifier le code]

Le protestantisme connaît un petit courant monachique, le plus souvent féminin. Il s'agit de sœurs apostoliques à vocation hospitalières ou enseignante. Ces sœurs, les Diaconesses, sont répandues de part et d'autre du Rhin en des congrégations autonomes. On leur doit la professionnalisation du métier d'infirmière comme l'indique le mot allemand qui désigne les professionnelles du soin infirmier : Schwester.

Le cinéma a donné une fugace représentation de ces moniales dans un film tiré des Destinées sentimentales de Jacques Chardonne : Diaconesses de Reuilly

Islam et judaïsme[modifier | modifier le code]

L'islam et le judaïsme ont en commun de réprouver le célibat.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Peter Brown, La Société et Le Sacré dans l'antiquité tardive, éd. Point Seuil, 1985
  2. Il est difficile pour les juristes romanistes de savoir si ce canon est authentique, un apocryphe ou une interpolation.
  3. (en) The Council of Elvira, ca. 306
  4. Canons du Concile
  5. Odette Pontal, Histoire des conciles mérovingiens, Cerf, 1989, p. 265
  6. Joseph Coppens, Sacerdoce et célibat : études historiques et théologiques, Duculot,‎ 1971, p. 524
  7. Génie du christianisme - Chapitre VIII
  8. Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, voir le texte sur le site du Vatican.
  9. Antoine Firn est le premier prêtre de Strasbourg qui se maria. La bénédiction nuptiale eut lieu le 9 novembre 1523 dans la Cathédrale. Firn fut le premier d'entre les prêtres passés à la Réforme qui dit la messe en langue allemande. Il mourut en 1530 comme pasteur de Saint-Nicolas de Strasbourg. (Source : Le livre de bourgeoisie de la ville de Strasbourg 1440-1530, tome II, p.683 - de Ch. Wittmer et J.Ch. Meyer - Strasbourg 1954)
  10. entretien avec la pasteur Claudette Marquet, dans Évangile et Liberté[réf. nécessaire]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peter Brown, Le renoncement de la chair. Virginité, célibat et continence dans le christianisme primitif, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Histoires »,‎ (présentation en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]