Bataille du Mans (1871)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bataille du Mans.
Bataille du Mans
Description de cette image, également commentée ci-après
Le général Chanzy à la bataille du Mans, tableau de Maurice Orange.
Informations générales
Date 11 -
Lieu Champagné
Issue Victoire prussienne
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de la Prusse Royaume de Prusse
Commandants
Antoine ChanzyFrédéric Charles de Prusse
Forces en présence
150 000 hommes67 000 hommes
318 canons[1]
Pertes
7 000 morts ou blessés
22 000 prisonniers
50 000 déserteurs
557 morts
1 470 blessés
135 disparus[1]

Guerre franco-allemande de 1870

Batailles

Chronologie de la guerre franco-prussienne de 1870 · Sarrebruck (08-1870) · Wissembourg (08-1870) · Forbach-Spicheren (08-1870) · Wœrth (08-1870) · Bitche (08-1870) · Borny-Colombey (08-1870) · Mars-la-Tour (08-1870) · Toul (08-1870) · Gravelotte (08-1870) · Metz (08-1870) · Strasbourg (08-1870) · Beaumont (08-1870) · Noisseville (08-1870) · Sedan (08-1870) · Montmédy (09-1870) · Soissons (09-1870) · Siège de Paris et Chronologie du siège (09-1870) · Bellevue (10-1870) · Châteaudun (10-1870) · Dijon (10-1870) · Belfort (11-1870) · La Fère (11-1870) · Bouvet et Meteor (navale) (11-1870) · Coulmiers (11-1870) · Thionville (11-1870) · Villers-Bretonneux (11-1870) · Beaune-la-Rolande (11-1870) · Champigny (11-1870) · Orléans (12-1870) · Loigny (12-1870) · Longeau (12-1870) · l’Hallue (12-1870) · Bapaume (01-1871) · Villersexel (01-1871) · Le Mans (01-1871) · Héricourt (01-1871) · Saint-Quentin (01-1871) · Buzenval (01-1871)

Coordonnées 48° 00′ 32″ nord, 0° 22′ 32″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Bataille du Mans

Géolocalisation sur la carte : Pays de la Loire

(Voir situation sur carte : Pays de la Loire)
Bataille du Mans

Géolocalisation sur la carte : Sarthe

(Voir situation sur carte : Sarthe)
Bataille du Mans

La bataille du Mans eut lieu les 11 et , à une dizaine de km à l'est du Mans dans la Sarthe, essentiellement sur le site du camp militaire d'Auvours à Champagné (d'où le nom parfois attribué de bataille d'Auvours), ainsi qu'à Changé[2]. Ce fut une défaite décisive de la France contre la Prusse dans le cadre de la guerre franco-allemande de 1870.

Après la bataille d'Orléans, du 2 au , le général Chanzy prit le commandement de l'armée de la Loire et regroupa les forces françaises vers Le Mans. Trois de ses corps lui sont alors retirés pour renforcer l'armée de l'Est.

Contexte[modifier | modifier le code]

Premier mouvement vers Le Mans[modifier | modifier le code]

Après la bataille de Coulmiers (9 novembre 1870), le Ier corps bavarois avait fait sa jonction avec le groupe d'armée du Grand-duc de Mecklembourg. L’État-major français, à Versailles, avait décider de stationner le gros des forces françaises dans la région du Mans. Cette décision malheureuse s'explique entre autres par les combats livrés autour de Dreux. Le Grand-duc dirigea donc son armée vers Le Mans, mais au lieu d'y trouver des troupes de ligne, il se heurta à des franc-tireurs qui retardèrent efficacement sa progression. Les régiments d'infanterie de ligne regroupés autour du Mans (XXIe corps d'armée et recrues de Bretagne) évitèrent le combat. L’Armée de la Loire demeura quant à elle presque tout le mois de novembre en couverture autour d'Orléans en poursuivant la formation de ses soldats. À la fin de novembre, l’armée du Grand-duc pouvait reprendre sa progression vers le sud et la vallée de la Loire. Elle atteignit l'objectif juste à temps pour prendre part à la bataille d'Orléans. Le XXIe corps d'armée français se maintint au Mans et ne prit donc pas part à ces combats.

Le prince Frédéric-Charles de Prusse

Marche d'Orléans vers Vendôme[modifier | modifier le code]

Au terme de la bataille d'Orléans et de la chute de cette ville (4 décembre), le général de Paladines fut démis de son commandement et l’armée de la Loire, divisée en deux pour reformer l'Armée de l’Est de Bourbaki et constituer la « seconde armée de la Loire » du général Chanzy. Bien que les Prussiens eussent tenté de poursuivre l'ennemi[3], l’armée de la Loire parvint à se reformer pour prendre la route du Mans, retenant les poursuivants prussiens par une série de combats de repli : d'abord à Meung (ou plus précisément Nevoy près Gien) le 7 décembre, puis le 8 décembre avec une contre-attaque d'ampleur limitée à Beaugency ; cependant elle se trouva contrainte d'évacuer car le IXe corps d’armée de von Manstein menaçait de leur couper toute retraite[4]. À Beaugency, les troupes fuyant Orléans firent leur jonction avec l'armée envoyée vers Le Mans, reformant ainsi une armée de 100 000 hommes. Mais le dégel, accompagné d'une pluie continue, interdisait toute manœuvre d'ampleur. Les Allemands mirent ce contretemps à profit pour réorganiser leurs unités[5]. L'armée du Grand-duc de Mecklembourg continuait d'harasser les Français ; elle s'empara après quelques combats de Blois le 13 décembre, puis de Vendôme le 17 décembre, faisant plusieurs prisonniers dont les francs-tireurs[6].

À ce point elle dut cependant interrompre sa progression, car ses troupes, décimées par les escarmouches et épuisées, n'étaient plus en état de poursuivre. Ainsi, jusqu'à la fin de décembre, le Ier corps bavarois de général von der Tann était rattaché à l'armée du Grand-duc, mais après trois mois de combats pratiquement ininterrompus, il en fut détaché pour être affecté au siège de Paris.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le général A. Chanzy

À la fin du mois de décembre, les 150 000 combattants du général Chanzy se regroupèrent autour du Mans. On poursuivit encore leur formation militaire, et on les arma ; mais c'était un armement dépareillé et souvent vétuste, comportant essentiellement des fusils à chargement par la bouche.

Cette armée était censée mener une attaque coordonnée sur Paris. Autour d'un noyau formé des XVIe, XVIIe et XXIe corps étaient venues s'agréger des unités de la première armée de la Loire puis, au fil des jours, plusieurs brigades de volontaires. De ces 150 000 hommes, un tiers, au début du mois du mois de janvier, n'avaient aucune expérience du feu, et le XXIe corps n'avait pas combattu à Orléans.

Les Prussiens décidèrent le 1er janvier 1871 de marcher contre le Mans avant que la réorganisation de cette seconde armée de la Loire ne soit achevée, afin d'abattre définitivement l'ennemi sur ce front. Pour cela, ils regroupèrent le 6 janvier la IIe armée du prince Frédéric-Charles de Prusse autour de Vendôme. Au début du mois de janvier 1871, cette unité, formée du IIIe corps de von Alvensleben, du Xe corps de von Voigts-Rhetz, du XIIIe corps du Grand-duc Frédéric-François de Mecklembourg, de la 18e Division d'Infanterie du IXe corps (von Manstein) et de quatre divisions de cavalerie (1re, 2nde, 4e et 6e), comptait 58 000 fantassins, 15 000 cavaliers et 324 canons.

La marche de la 2e armée allemande fut gênée par les pluies continuelles, rendant les chemins boueux, et une région vallonnée favorable aux embuscades. Il fallut faire progresser les colonnes côte à côte, ce qui représentait un front de 100 km, avec au centre le IIIe et le IXe corps, à droite le XIIIe et à gauche le Xe corps, venu de Tours au sud. Cette formation était censée permettre l'encerclement de l'ennemi en cas de rencontre ; mais l'étirement considérable des colonnes allemandes compromettait la coordination des différents corps d'armée. Le 7 janvier ils atteignaient Sargé-sur-Braye et le 9 janvier, Ardenay-sur-Mérize[7]. Les premiers engagements eurent lieu tout près du Mans, sur l'Huisne.

11 janvier[modifier | modifier le code]

Au soir du 10 janvier, le prince Frédéric-Charles établit son quartier-général au château d'Ardenay, qu’il partagea avec le chef d'Etat-major de la IIe armée allemande, le général von Stiehle, pour poursuivre les mouvements rapides du IIIe corps d'armée. L'attaque fut lancée à 9 heures le 11 janvier : le Xe corps d'armée allemand (Voigts-Rhetz) à l'aile gauche se trouvait encore à Grand Luce. Le IXe corps (von Manstein) suivit par St. Hubert à la droite du IIIe corps et attaqua avec l'avant-garde de la 18e division la place de Champagne. Vers 11 heures, la brigade brandebourgeoise de la 4e division s'empara de Champagne (Eure-et-Loir) et poursuivit vers Le Mans en suivant la voie ferrée. Les Allemands se heurtèrent à une forte résistance du XVIe corps de l'amiral Jauréguiberry autour des fermes de Landière et du Tertre, et ce n'est que par l'intervention de la 5e Division, venue du sud, que les Français furent délogés de leurs positions et abandonnèrent le faubourg de Pontlieue, laissant l'Huisne ouverte au sud-est du Mans. La 20e division du général Alexander von Kraatz-Koschlau venait du sud par Mulsanne et renforça l'attaque allemande. La 36e brigade du IXe corps s'empara du village de Champagne en venant des collines d'Auvours, puis de Villers. En fin de journée le général Chanzy donna l'ordre d'abandonner la rive de l'Huisne : son aile gauche devait se replier au nord jusqu'à Alençon[8], le centre et l'aile droite prendre position à l'ouest de la Sarthe.

12 janvier[modifier | modifier le code]

La percée obtenue la veille au centre est élargie jusqu'au faubourg de Pontlieue, et la prise d'Yvré-l'Évêque. La bataille s'achève par des combats de rue jusque tard dans la nuit dans la ville du Mans. Les affrontements pour la maîtrise du pont et la barricade de Pontlieue sont menés par la 19e et la 5e division allemande : les 17e et 91e régiments d'infanterie s'engouffrent par la grande-rue, tandis que le 56e régiment d'infanterie occupe la gare. Sur le cours amont de l'Huisne, Montfort se rend au XIIIe corps d’armée allemand ; les 17e et 22e divisions font irruption devant Saint-Corneille et La Croix et forcent au repli le XXIe corps français du capitaine de vaisseau Jaurès à Lombron. LA 35e brigade du IXe corps d’armée allemand, couvert par le XIIIe corps d’armée, s'empare de la rive nord de l'Huisne et prend position sans combat le long du ruisseau de la Parence.

Le repli des Français au Mans tourne à la déroute, l'ordre de l’armée de la Loire est rompu et une multitude de soldats désertent : on observe toutefois de ce point de vue une grande différence entre les milices et l'armée régulière.

Bilan[modifier | modifier le code]

L’armée de la Loire était défaite. La IIe armée allemande avait perdu au cours des sept derniers jours 200 officiers et 3200 hommes, mais elle avait fait 20 000 prisonniers, et pris à l'ennemi 17 canons et 2 drapeaux. Les chevauchées de la 6e Division de cavalerie (général von Schmidt) grossirent encore ce bilan. Près d'un tiers de l’armée de la Loire avait déserté, 29 000 soldats étaient tués, blessés ou faits prisonniers. Le reste de l'armée se repliait vers Laval (qu'elle rallia le 16 janvier), abandonnant derrière elle l'essentiel de son train et de son artillerie.

Dans la nuit 13 janvier, la 20e Division allemande s'empara du camp de Conlie[9], où les réservistes levés en Bretagne étaient stationnés. Après de telles pertes, l’armée de la Loire ne représentait plus une menace sérieuse pour les Prussiens. La perspective de libérer Paris s'éloignait, mais il semble que Chanzy n'envisageait même plus de réorganiser l’armée ni de poursuivre la guerre : jusqu'à l'armistice du 29 janvier, l’armée de la Loire ne livra plus aucun combat.

L'armée bretonne de Conlie[modifier | modifier le code]

Cinquante à soixante mille mobilisés bretons, formant l'armée de Bretagne, d'abord sous les ordres du général comte de Kératry puis du général de Marivault, furent rassemblés dans le camp de Conlie. Mal vêtus, contraints de monter leurs tentes dans un terrain récemment labouré, devenu bientôt fangeux, sans aucun approvisionnement, tant alimentaire que d'ordre militaire, ils furent bientôt la proie de maladies (fièvre typhoïde, variole…). Gambetta les considérant comme des Chouans potentiels, il n'équipa qu'une infime fraction des troupes avec à peine plus de 4 000 vieux fusils à percussion de types divers, parfois rouillés, dont les plus modernes étaient des Springfield datant de la guerre de Sécession. De plus, ils furent dotés de munitions hétéroclites qui, parfois, ne correspondaient pas à leurs armes, ou dont la poudre avait été « délavée » par l'humidité et se révélaient incapables de faire feu. Dans le pire des cas, certaines de ces armes explosaient au moment du tir, s'avérant plus dangereuses pour leur utilisateur que pour l'ennemi. Indigné par le sous-équipement de ses troupes et les conditions sanitaires déplorables qui leur étaient imposées, et n'obtenant pas de réponse satisfaisante du Gouvernement de Défense nationale, Keratry demanda à être relevé de son commandement.

Déplacés à la Tuilerie dans un saillant, et portés à la pointe de la défense française, alors qu'ils ne devaient former qu'une armée de réserve, ils furent rapidement obligés de reculer, après la déroute des forces régulières françaises, le .

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, Volume 66, 1957, p.92.
  2. La bataille du Mans sur loire1870.fr.
  3. L'existence d'une manœuvre de poursuite a été mise en cause entre autres par Engels, car les Bavarois ne firent aucun prisonnier à ce stade de l'invasion.
  4. Le IXe corps d'armée allemand avait pris position sur la rive sud de la Loire autour de Blois, à 30 km environ en aval.
  5. Permutation du Ier corps Bavarois et du Xe corps d'armée prussien.
  6. Cf. à ce propos les articles parus dans Provinzial-Correspondenz. No. 51 du 21 décembre 1870 (8e année).
  7. environ 10 km à l'est du Mans, en longeant l'actuelle N157.
  8. Au nord du Mans, à environ 40 km à vol d'oiseau
  9. Le commandant du camp, le général Lalande, reprocha ensuite à Chanzy d'avoir pour ainsi dire livré le camp à l'ennemi, en ne fournissant pas d'armes aux recrues bretonnes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Colonel Rousset, Histoire générale de la Guerre franco-allemande, tome 2, édition Jules Tallandier, Paris, 1911.
  • Frédéric Beauchef, 1871, Le Mans une bataille oubliée, éditions Libra Diffusio, Le Mans, 2010, (ISBN 978-2844924735).
  • (en) Michael Howard, The Franco-Prussian War: German Invasion of France, [EO 1962], Routledge, 2001, (ISBN 978-0415266710).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]