Yves Roucaute

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Yves Roucaute

Yves Roucaute est un philosophe français, né en 1953[1] à Paris. Il est professeur des universités à la faculté de droit de l’université de Paris-X Nanterre, ex-directeur des Cahiers de la Sécurité[2] et Président du conseil scientifique de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ). Il situe ses travaux en opposition à la modernité dans la mouvance chrétienne et humaniste[3]. Ses activités politiques et certains ses écrits en philosophie politique conduisent à la classer dans la mouvance politique néo-conservatrice[4].

Écrivain, il travaille en philosophie politique, en épistémologie, en théologie et en relations internationales. Il a notamment publié sur la modernité, l'histoire de la philosophie[5], sur la relation entre individu, marché et État, sur le Nouvel ordre mondial[6], la sécurité et la défense, et sur l’influence des religions dans la construction et le développement des espaces politiques[7],[8].

Collectionneur d'œuvres d'art moderne et contemporain, ancien directeur de France Télévisions, il est copropriétaire de divers médias[9],[10] et intervient parfois dans certains médias comme Le Figaro, The Wall Street Journal. Intervenant dans la compagne présidentielle de 2012, il est l'auteur d'une tribune sur la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, qu'il défend face à Régis Debray[11] et d'une autre, en octobre 2013, contre la direction de l'U.M.P. pour protester contre l'abandon du droit du sol.[12]

Parcours philosophique[modifier | modifier le code]

Après avoir été dans sa jeunesse structuraliste , Président de l'Institut Gramsci de Paris, rédacteur dans le revue "Dialectiques"[13], il a fait sa thèse en philosophie sur Aristote, Smith et Ricardo, le statut de l'économique et du politique et sur le système politique et les partis, en science politique. Proche de Louis Althusser, qui était un ami de sa famille (son oncle, Charles, avait fait adhérer Althusser au parti communiste), et qui l'avait fait intervenir à normal sup Ulm sur Marx et Aristote, il entretenait des relations amicales avec Michel Foucault, Jean-François Lyotard, Félix Guattari et Jacques Derrida dans des soirées animées mais aussi dans des campagnes sur les prisons en France et la répression en Europe de l'Est[14]. Il rompt avec le structuralisme et le marxisme italien ainsi qu'avec les courants postmodernes en 1979. Il commence alors une reconstruction qui l'éloigne plus particulièrement de Jacques Derrida avec lequel il se fâchera au point de changer de table lors d'un déjeuner donné par les éditions Galilée en l'honneur de Jean-François Lyotard. De 1980 à 1988, il poursuit ses travaux de science politique tout en retournant à la métaphysique par Aristote et les théologiens chrétiens. Accusé de "trahison" par ses anciens amis, il répond ironiquement par son dernier ouvrage de jeunesse, "Éloge de la trahison"[15]. Il a théorisé depuis, contre la modernité et les postmodernes, l'idée d'une entrée dans les "Temps contemporains" et la nécessité de conjuguer la morale, la métaphysique et la théologie, avec les sciences et la politique. Ses travaux se sont développés sur la Cité de la compassion, le développement durable et la paix d'humanité qui seraient les trois orientations des Temps contemporains après l'effondrement des idoles de l'État, du Marché et de la Raison qui caractériseraient les temps modernes. Il a ainsi développé un système philosophique influencé par le christianisme, en particulier saint Augustin et saint Thomas d'Aquin [16],. Il est partisan du retour du courant moraliste en science politique et d'une vision humaniste du sens de l'Histoire par ses thèses sur la convergence des grandes spiritualités, contre l'idée d'un "conflit des civilisations"[17]. Lié à divers instituts internationaux, dont l'Hudson Institute, l'Institut Turgot, Atlantis institute, ami de Norman Podhoretz, il a théorisé une vision morale réaliste en relations internationales, prônant plus particulièrement le droit d'intervention humanitaire, théorisant le néoconservatisme [14] humaniste, développant un paradigme autour de la notion de "sécurité globale" et de la sécurité humaine utilisé par l'ONU. Il participe à diverses organisations internationales caritatives.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Yves Roucaute est issu d’une vieille famille française. Son ancêtre, Pierre de Roucaute, est enterré en 1020 dans la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor de Nîmes, et le château de Roucaute, qui aurait accueilli Blanche de Castille, fut l'objet d'un affrontement sanglant entre les Bourguignons et les Armagnacs[18]. Après les guerres de religion, sa famille paternelle, protestante, s’est réfugiée dans les Cévennes et a abandonné sa particule.

Élevé par son père Marcel, sa famille paternelle eut une grande influence dans ses engagements de jeunesse. Son père fut membre des Organisations Spéciales dès 1940. Il lui a été décerné la médaille de la résistance, la Croix de guerre avec palme et la Légion d’honneur et il a préféré quitter l'armée à la libération pour devenir PDG du journal agricole La Terre [19]. Le jeune frère de son père, Raoul, a été emprisonné puis tué par la Gestapo. Son oncle, Gabi Roucaute, a été député dans l'Assemblée nationale constituante à la Libération. Roger Roucaute, alias le général Lazard, était le chef militaire des FTP dans le Sud de la France et a libéré Lyon dont son père Marcel, alias "Commandant Yves", était le chef militaire. Ils ont créé "France d'abord" [20]. Son grand-père, Élie, était l'un des fondateurs de la Bourse du travail d'Alès et un dirigeant du syndicalisme révolutionnaire. Son grand-père maternel, d'origine catholique, suivit la deuxième division blindée du général Leclerc. Mais passé la période de jeunesse, l'influence prépondérante fut celle, morale et théologique, de sa grand-mère Esther, qui l’a élevé en partie. Une chrétienne puritaine austère, allergique au stalinisme et méfiante envers le pouvoir politique, qui faisait partie du groupe des femmes qui protégèrent des enfants juifs dans les montagnes de la région de Saint-Étienne, et qui lui disait la Bible, Nouveau et Ancien Testament, ainsi qu'aux gens du village de Saint-Paul-la-Coste et de ses environs.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Il est agrégé de philosophie (1981) et de sciences politiques (1987), docteur d’État en science politique et docteur en philosophie.

Yves Roucaute a commencé sa carrière universitaire comme enseignant à l'Université de Vincennes (Paris 8), où il suivait les séminaires de Jacques Lacan, et assistant à la faculté de droit de l'université d’Amiens, en droit constitutionnel. Il est ensuite devenu professeur des universités à la faculté de droit de l’université de Poitiers, où il a dirigé un séminaire de droit comparé sur les décisions du Conseil constitutionnel, du Conseil d'État et de la Cour de cassation. Il est aujourd’hui en poste comme professeur à l’université de Paris-X Nanterre où il dirige le Master de Management du Risque.

Il tient un cours de philosophie politique et de philosophie du droit en licence de droit sur la crise de la modernité et un cours sur les problèmes stratégiques contemporains. Il anime un séminaire sur la sécurité, la défense et la gestion des crises.

Il a participé à de nombreux journaux et aux comités scientifiques de nombreuses revues, dont les revues Philosophie politique dirigée par son amie Blandine Barret-Kriegel, et Crises, qu’il a dirigée et qui comprenait Jean-Pierre Faye, Ali Magoudi, Dominique Desanti, Raymond Boudon, Marc Fumaroli, Guy Hermet, René Major, Daniel Sibony, Guy Sorman, Alexandre Adler, Françoise Gaillard, Gérard Rabinovitch, Jean-Jacques Roche, Thomas Stern, Marek Halter, Gérard Haddad, Jean-Jacques Moscovitz, Luce Perrot. Il a par ailleurs été membre des comités de rédaction de Clarté, Vendredi, Maintenant, Non, L'Événement du jeudi et Alternances (journal de la communauté juive).

Activités politiques[modifier | modifier le code]

Yves Roucaute a été arrêté à Cuba pour avoir défendu des prêtres et des défenseurs laïcs des droits de l'Homme. Ami du commandant afghan Ahmed Chah Massoud, il a été invité à Kaboul. Lors de la libération de Kaboul par l'Alliance du Nord, il a été réinvité pour assister à la libération de la capitale : arrivés avec Alain Madelin par le Tadjikistan, logés dans un camp tadjik, transportés par un hélicoptère de feu le commandant Massoud qui faillit s'écraser sur l'Hindu Kush (il s'écrasera le lendemain), ils arrivèrent au milieu des combats et occupèrent l'ancienne télévision d'Etat sous les tirs des Talibans[21]. En Irak, en 1991, il a appelé l'opinion à défendre les droits de l'Homme, en particulier ceux des Chiites arabes et des Kurdes et a demandé une intervention au nom du droit d'ingérence humanitaire. En 2004, il a été invité à Bagdad pour fêter la défaite de Saddam Hussein, logé chez le ministre des droits de l'homme, un an après l'intervention des forces conduites par les Etats-Unis. Au Viêt Nam, il a défendu des bonzes et participé à des manifestations à Paris de solidarité.

Ancien dirigeant de l'UNEF, dont il a été vice-président, de l'Union des étudiants communistes, qu'il a dirigée à la Sorbonne, de la tendance "italienne" (Fondateur et Président de l'Institut Gramsci), il a expliqué sa rupture avec la gauche française par une vision compassionnelle, chrétienne et libérale, dans un ouvrage[22]. Ami d'Otelo de Carvalho qu'il avait soutenu lors de la révolution des œillets, il a organisé avec l'Institut Gramsci, à la Mutualité, à Paris, le premier rassemblement où le leader vint exprimer son projet tandis que lui-même rappelait leur proximité par l'eurocommunisme et la nécessaire défense des Droits de l'Homme[23].

Il a été appelé comme conseiller technique dans les cabinets d'Alain Madelin, ministre de l'Industrie, des PTT et du Tourisme en 1986–1988 dans le gouvernement Chirac II ; de Alain Carignon puis de Jacques Toubon, ministre de la Culture et de la Francophonie en 1993–1994 dans le gouvernement Balladur ; d'Alain Madelin, ministre de l’Économie et des Finances en 1995 dans le gouvernement Juppé I ; et de François Loos, ministre délégué à l'Enseignement supérieur et à la Recherche en 2002 dans le gouvernement Raffarin I. Il a fait partie du groupe des intellectuels qui ont soutenu Nicolas Sarkozy.

Yves Roucaute a confirmé au journal Le Monde être l'auteur du discours de Claude Guéant tenu devant l'UNI le 4 février 2012[24]. Claude Guéant avait affirmé que « Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ». L'information avait été publiée par le site internet d'Europe 1 le 8 février 2012[25].

Autre[modifier | modifier le code]

Il est collectionneur d'œuvres d'art contemporaines. Il est membre du comité consultatif de Artkabinett.

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

En philosophie

Dans des ouvrages collectifs

  • « La Menace archaïque dans les républiques contre le devoir de mémoire et de silence », dans La Mémoire entre silence et oubli, Presses universitaires de Laval, Laval, 2006
  • Articles dans l'Encyclopédie universelle philosophique, vol. 2 et vol.3, 1992 : « Nicos Poulantzas », « Georges Sorel »
  • Dans le Dictionnaire des œuvres politiques, PUF, 1986 « Montaigne »
  • Dans le Dictionnaire des Philosophes, PUF, 1984 : « Poulantzas », « Gramsci », « Trotsky », « Proudhon », « Destutt de Tracy », « Saint-Just », « Zwingli », « Jansenius », « Marc Aurèle », « Molina ». Articles de moindre importance : « Criton », « Les cyniques », « Diogène le cynique », « Antisthène », « Eudème », « Eudore », « Hermias », « Hermippos », « Hermodore de S. », « Hermodore de E », « Hermotime », « Musonius Rufus », « Varron »
  • « Rawls en France », dans L’Évolution de la philosophie du droit en Allemagne et en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale, Paris, PUF, 1991
  • « Jean-Louis Seconds, théoricien de la Terreur », dans Les Déclarations de l’An I, Paris, PUF, 1995
  • « L’Abject », dans La Xénophobie est-elle une norme psychique, Université de Nice, 1994.
  • « L’Individualisme électronique à l’heure du numérique et du virtuel », in Médias-pouvoirs, n°45, 1997, p.40-51.

En science politique

  • Le Parti socialiste, Paris, Huisman, 1985
  • Histoire des socialistes, de 1871 à nos jours, 1983
  • Le PCF et l’armée, Paris, PUF, 1981.
  • Le PCF et les sommets de l’État, PUF, Paris, 1979
  • Éloge de la trahison, avec Denis Jeambar, Seuil, Paris, 1986
  • Discours sur les femmes qui en font un peu trop, Plon, 1993
  • Splendeurs et misères des journalistes, Paris, Calmann-Lévy, 1991

Articles dans des ouvrages collectifs et des revues

  • « Guerre froide : le déséquilibre de la Terreur ou l’échec des paradigmes réalistes en relations internationales », dans Relations internationales, Peter Lang, Berne, 2006.
  • « Cuba : géopolitique de l’insularité » in Annuaire de Relations Internationales, Paris, Belayt, 2001, 2004.
  • « Le Transnationalisme comme programme de transition en épistémologie des relations internationales », dans Le Trimestre du monde, 3e trimestre, 1991.
  • « La Nouvelle Donne internationale », in Outre-Terre, revue de géopolitique, Paris, 2003.
  • « La Séparation des pouvoirs », dans Les Juges contre la république, Crises, 4/94.
  • « Différence, intégration, assimilation : le défi républicain », dans Être Français, Cises, 2/1994
  • « Énergie, le désordre européen », in Les Nouveaux Chemins de l’énergie, Paris, Alphares, 2003, p.39-52

Articles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Testard, « Yves Roucaute, le « néocon » de Claude Guéant », nonfiction.fr,‎ 8 février 2012 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. notice sur BnF.fr
  2. Cahiers de la Sécurité, revue de l'Institut national des hautes études de sécurité. Site : http://www.cahiersdelasecurite.fr
  3. Yves Roucaute, "La Puissance d'Humanité, du néolithique aux Temps contemporains, sous titre : le génie du christianisme", François-Xavier de Guibert, 2011
  4. P. Testard, Yves Roucaute, le "néocon" de Claude Guéant, nonfiction.fr 8/2/2012; voir aussi le titre du livre de Roucaute: Le néo-conservatisme est un humanisme, Presses universitaires de France, 2005, 150 p. (ISBN 2-13-055016-9).
  5. Yves Roucaute, « Rawls en France », dans L'Évolution de la philosophie du droit en Allemagne et en France, PUF ; nombreux articles dans le Dictionnaire des œuvres philosophique (PUF), dans le Dictionnaire des philosophes (PUF) et dans l'Encyclopédie des Sciences Philosophiques (PUF) ainsi que l'article « Jean-Louis Segonds, théoricien de la terreur », dans les Déclarations de l'An I, PUF)]
  6. Yves Roucaute, Le Néoconservatisme est un humanisme, PUF, 2006
  7. Yves Roucaute, « Cuba : géopolitique de l’insularité » in Annuaire de relations internationales, Paris, Belayt, 2001
  8. Yves Roucaute, Vers la paix des civilisations, Alban, 2009
  9. Le Bavar, hebdomadaire du Golfe de Saint Tropez et Dragignan
  10. Il est actionnaire d'un important groupe de presse
  11. « La "ligne Sarkozy" a fait sortir la France du relativisme et de ses lâchetés », Le Monde,‎ 15 mars 2012 (lire en ligne)
  12. « L'impensable abandon du droit du sol », Le Monde,‎ 25 octobre 2013 (lire en ligne)
  13. J.Baudoin, Les phénomènes de contestation au sein du parti communiste français, Revue Française de Science Politique, année 1980, vol 30,n°1, pp.78-11, Paris, 1980
  14. a et b Yves Roucaute, Le Néoconservatisme est un humanisme, PUF, 2005
  15. D. Jeanbar et Yves Roucaute, Éloge de la trahison, Seuil, 1988
  16. Yves Roucaute, La Puissance de la liberté, PUF, 2004
  17. Yves Roucaute, Vers la paix des civilisations, le retour de la spiritualité, Alban, 2009
  18. Provost, M, carte archéologique de la Gaule, vol. 30, ed.MSH, 1999 ANACR
  19. ANACR, http://www.wat.tv/audio/anacr-3-marcel-roucaute-2-e18z_2j9sj_.html
  20. Guerres et Associations Institut d'Etupes Politiques de Lyon, 2003
  21. La Puissance de la Liberté, PUF. 2003
  22. Le néoconservatisme est un humanisme, PUF. 2005
  23. Diana Johnstone, « Otelo de Carvalho is Fighting to Save Democracy », In These Times, 30 avril 1980
  24. « Yves Roucaute est l'auteur du discours de Claude Guéant sur les civilisations », Le Monde,‎ 8 février 2012 (lire en ligne)
  25. [1]