Terrorisme sioniste en Palestine mandataire

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Le Terrorisme sioniste en Palestine mandataire englobe l'ensemble des actes terroristes perpétrés par des milices sionistes (Lehi, Irgoun et Haganah) à l'encontre des civils arabes ainsi que des autorités et forces de l'ordre britanniques durant la période allant de 1920 à 1948, soit celle du mandat britannique sur la Palestine[1],[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Article connexe : Palestine mandataire.

La première organisation armée juive, Bar-Guiora, est créée le 29 septembre 1907, l'objectif de cette organisation est à la fois de développer des fermes collectives et de les protéger. Jusqu’à cette période la protection des communautés juives était assurée par des gardiens arabes. Les membres de Bar-Guiora] étaient issus des groupes juifs d’autodéfense constitués dans les communautés juives en Russie après les Pogroms de Kichinev ayant immigré en Palestine mandataire. En 1909, cette organisation s’intègre dans le mouvement Hashomer qui après la fin de la première guerre mondiale compte environ 200 hommes. Ils constitueront le noyau de la Haganah[3],[4]. L'un de ses dirigeants, Joseph Trumpeldor, un ancien officier de l’armée russe, est tué ainsi que sept autres personnes à Tel Hai, un village juif de Galilée proche de frontière libanaise lors d'une incursion de plusieurs centaines de bédouins en provenance du Liban qui pillent et incendient le village qui est détruit et abandonné par ses habitants[5]. Cet incident est selon Idith Zertal, le premier incident violent du conflit israélo-arabe[6].

Entre 1920 et 1948, le Royaume-Uni administre l'ancien territoire ottoman de la Palestine dans le cadre d'un mandat confié par la Société des Nations. La revendication pour la création d'un État juif des Juifs palestiniens est confrontée à l'opposition du nationalisme arabe palestinien. Arabes et Juifs mènent en parallèle des actions hostiles contre les autorités mandataires et le colonialisme britanniques qui s'inscrivent dans le cadre d'une montée progressive de la violence réciproque[7],[8],[9].

En 1921, après la destruction de Tel Hai surviennent les premières émeutes arabes anti-juives qui conduisent à la constitution de la Haganah, Défense en hébreu. Entre 1920 et 1930 son rôle consiste à protéger les Juifs de Palestine contre les émeutiers ; dans le même temps, à la suite de l'escalade des attaques arabes, une polémique commence à se développer dans le Yishouv sur la politique à adapter face à ces violences, en particulier après le massacre de Jérusalem de 1920 et de massacre de Jaffa de 1921. La Haganah s'oppose aux actions de représailles, aux embuscades et attaques préventives et aux actes de terrorisme[4].

Face à l'escalade des attaques arabes qui culminent avec le massacre d'Hébron de 1929 et la Grande Révolte Arabe de 1936-1939, des sionistes radicaux au sein de la Haganah contestent son approche et créent en 1931 une faction dissidente, la Haganah B, qui devient en 1936 l'Irgoun. Cette organisation adopte une politique de représailles violentes contre les Arabes. En 1939 l'Irgoun se scinde elle aussi en deux groupes, sa frange la plus radicale fonde le Lehi qui lance une vague d'attentats contre les britanniques[4]. A partir de 1936, la Haganah abandonne progressivement sa politique d'auto-retenue qu'elle abandonne en 1940. Elle forme des unités de guérilla contre les arabes sous le commandement d'Yitzhak Sadeh qui obtiennent le soutien des britanniques grâce à un général de son armée favorable au sionisme, Orde Wingate . Ces unités, les Special Night Squads tout particulièrement, s'engagent dans des attaques préventives brutales contres les milices arabes. La même année, l'Irgoun commence ses actions de représailles contre les Arabes impliqués dans les attaques anti-juives. En 1937, ces attaques se transforment en une campagne de terrorisme d'envergure ayant pour objectif d'intimider la population arabe dans son ensemble[4].

Ces événements s'inscrivent dans le contexte de la naissance du nationalisme arabe, qui donnent lieu à des actions violentes visant les Juifs palestiniens, tandis que la montée du nazisme en Europe puis la Seconde Guerre mondiale et la Shoah influencent la situation en Palestine.

Avec la naissance de l'État d'Israël, le sionisme atteint son objectif principal. La Haganah et le Palmach fusionnent au sein de l'armée israélienne dont elles deviennent l'armature en juillet 1948 tandis que leurs branches politiques siègent à la Knesset. La situation géopolitique évolue également avec le début du conflit israélo-arabe et l'évolution du conflit israélo-palestinien.

Attentat de l’hôtel King David à Jérusalem[modifier | modifier le code]

Hôtel après l'explosion du 22 juillet 1946

L'Irgoun est notamment responsable de l'attentat de l'hôtel King David de Jérusalem le 22 juillet 1946, à midi. Cet hôtel abritait alors le secrétariat du gouvernement britannique de Palestine. Une attaque, initialement commanditée par la Haganah à l'Irgoun, fut planifiée par Menahem Begin, qui était à la tête de l'organisation (il deviendra premier ministre d'Israël à la fin des années 1970. Il conclura alors une paix avec l'Égypte et recevra également le prix Nobel de la paix)[10],[11]. Ben Gourion demande l'annulation de l'attaque initialement prévue, lorsqu'il apprend la potentialité de victimes civiles, Begin refuse et poursuit le plan[12]. L'attaque est menée par Yosef Avni, qui participera au massacre de Deir Yassin, et Yisrael Levi[13]. L'hôtel est planté avec six charges représentant 350 kg d'explosifs. Un message téléphonique avertit le consulat français et le journal Jerusalem Post 25 minutes avant l'explosion. Un autre message d'avertissement est donné à l'hôtel peu de temps avant l'explosion, ce que nieront longtemps les autorités britanniques. 91 personnes périrent, la plupart civiles, dont 28 Britanniques, 41 Arabes, 17 Juifs, et 5 d'autres nationalités. Il y eut aussi 45 blessés. L'Irgoun revendiqua immédiatement l'attentat et Mehahem Begin relate cet épisode dans un livre autobiographique paru en 1978[14].

Actions terroristes durant le conflit de 1947-1948[modifier | modifier le code]

Au début des confrontations inter-communautaires et durant les combats avec les armées arabes, des milices juives organisent plusieurs attentats à la bombe. Le 12 décembre 1947, l’Irgoun fait exploser une voiture piégée en face de la porte de Damas, provoquant la mort de 20 personnes[15]. Le 4 janvier 1948, le Lehi fait exploser un camion devant l’hôtel de ville de Jaffa abritant le quartier général d'al-Najjada, tuant 15 personnes et en blessant 80 dont 20 gravement[16],[17],[18]. La nuit du 6 au 7 janvier, à Qatamon dans la banlieue de Jérusalem, la Haganah fait exploser l’hôtel Semiramis dont les services de renseignement avaient signalé qu’il abritait des miliciens arabes. 24 personnes sont tuées[19]. Le 7 janvier, à Jérusalem, des membres de l’Irgoun lancent une bombe à un arrêt de bus, tuant 17 personnes[20]. Le 18 février, une bombe de l’Irgoun explose dans le marché de Ramla, provoquant la mort de 7 personnes et en blessant 45[21]. Le 28 février, le Palmach commet un attentat à la voiture piégée dans un garage de la Haïfa arabe faisant 30 morts et 70 blessés dans le camp arabe[22].

Le massacre de Deir Yassin du 9 avril 1948 commis par l'Irgoun et le Lehi fit entre 100 et 120 morts[23] et est resté, jusqu'à nos jours, le plus célèbre de l'historiographie de l'époque bien que d'autres massacres de Juifs ou d'Arabes, parfois faisant plus de victimes, se soient déroulés pendant cette période[24]. Pour de multiples raisons, l'impact de celui-ci fut néanmoins beaucoup plus important[25].

Dénonciations de ces violences[modifier | modifier le code]

L'Irgoun a été considérée comme une organisation terroriste et combattue par les autorités britanniques[26]. Plusieurs membres de l'Irgoun furent capturés et certains furent condamnés à mort et exécutés[27].

David Ben Gourion et les autorités juives représentant le Yichouv ont désapprouvé les actions et méthodes des organisations Irgoun et Lehi (voir histoire du sionisme). Entre 1945 et 1947, plusieurs membres de l'Irgoun furent livrés aux autorités britanniques par la Haganah[28].

L'expression terrorisme juif est encore utilisée dans ce contexte par des médias juifs (comme le site de l'UPJF, par exemple), comme par des médias non-juifs (Le journal Libération, par exemple).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Liverpool University Press
  2. Sussex Academic Press.
  3. (he)רהם יערי, זכרונות ארץ ישראל, הוצאת המחלקה לענייני נוער שלההסתדרות הציונית, תש"ז, חלק שני, עמ' 835
  4. a, b, c et d (en)Ian.S Lustick,Terrorism in Context, Penn State University Press, Edited by Martha Crenshaw,ISBN: 978-0-271-01014-4, pp.520,524,525
  5. (en)Cohen, Aharon Israel and the Arab World. W.H. Allen, 1970, ISBN 0-491-00003-0. p.178
  6. (en)Idith Zertal, Israel's Holocaust And The Politics Of Nationhood, Cambridge University Press, 2005 p.5
  7. Michel Abitbol, Le passé d'une discorde - Juifs et Arabes du VIIe siècle à nos jours, Perrin 1999, p. 513
  8. (en) Howard Sachar, A History of Israel: From the Rise of Zionism to our Time, Knopf, 3e édition, 2007, p. 122-125.
  9. (en) Tom Segev, One Palestine, Complete., Partie 1, chap. 6, Nebi Musa, 1920 - section 2, p. 128-139.
  10. (en) L'attaque de l'hôtel King David, sur le site de l'Irgoun
  11. (en) Point de vue britannique de l'attaque de l'hôtel King David
  12. Paul Johnson, A History of the Jews, Weidenfeld & Nicolson, 1987, p. 523 (édition de 2001)
  13. (en)L'attaque de l'hôtel King David sur wikipédia anglophone
  14. (en) Menahem Begin, The Revolt, Dell Books, New York NY, 1978
  15. Karsh (2002), p. 32.
  16. Yoav Gelber, Palestine 1948, p. 20.
  17. Walid Khalidi cite le chiffre de 25 civils tués en plus des cibles militaire dans Before Their Diaspora, 1984. p. 316 et photos p. 325.
  18. (en) Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, p. 46.
  19. Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem revisited, p. 123.
  20. Dominique Lapierre et Larry Collins, Ô Jérusalem, p. 200-204.
  21. Site internet de l’Ambassade d’Israël à Londres se référant à Zeez Vilani, Ramla past and present.
  22. Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem revisited, p. 221.
  23. Le chiffre de 254 fut rapporté à l'époque mais a été revu depuis - voir massacre de Deir Yassin.
  24. Massacre du convoi de l'hôpital Hadassah (en), massacre de Kfar Etzion, massacre de Lydda (en), ...
  25. Voir Yoav Gelber, Palestine 1948, Propaganda as history, what really happened at Deir Yassin p. 307-318
  26. Freedom of Information releases in March 2006, concernant la Palestine britannique, ainsi que le terrorisme
  27. « L'Irgoun », sur site de Tsahal
  28. Voir Biographie de Ben Gourion sur wikipedia.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]