Victor Adler

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Victor Adler

Victor Adler (écrit également Viktor), était un médecin et homme politique autrichien, né le 24 juin 1852 à Prague (actuelle République tchèque), mort le 11 novembre 1918 à Vienne. Fondateur, en 1888, du Parti social-démocrate d'Autriche (SPÖ), il le présida jusqu'à sa mort. Il participa en 1889 à la création de la IIe Internationale, dont il resta un des membres les plus influents.

Années de jeunesse[modifier | modifier le code]

Victor était l'aîné des cinq enfants du négociant juif Salomon Markus Adler et de sa femme Johanna (née Herzl). Salomon, originaire du shtetl (Lipnik) en Moravie où son père était tailleur, étudia à Prague, puis déménagea (lorsque Victor eut 3 ans) dans le quartier juif de Vienne, Leopoldstadt. Ses entreprises devinrent florissantes et il acquit de nombreux biens immobiliers. Victor fit ses études au Schottengymnasium, collège catholique qui ne comptait qu'un petit nombre d'élèves d'origine juive.

Il étudia ensuite la chimie, puis la médecine 1872-1881 à l'Université de Vienne ; il devint l'assistant du psychiatre Theodor Meynert qui milita pour améliorer les conditions des malades dans les asiles psychiatriques.

En 1878, Victor Adler épousa Emma Braun (1858-1935), la sœur du publiciste Heinrich Braun, et leur premier fils, Friedrich Adler, naquit en 1879.

Du nationalisme pangermaniste à la démocratie sociale[modifier | modifier le code]

Comme étudiant, Adler, influencé par les écrits de Friedrich Nietzsche, s'inscrit à la Burgenschaft Arminia dont le nom renvoie au chef germain Arminius (Hermann) et annonce la tendance Deutsch National (national-allemand) de cette confrérie.

En 1882, au Congrès de Linz, Victor Adler (avec ses amis Engelbert Pernerstorfer, Heinrich Friedjung) secondera Goerg von Schönerer, figure charismatique du mouvement pangermaniste, à structurer la politique de ce mouvement qui tendait à allier l'aspiration à la démocratie, un anticapitalisme violent et la défense des intérêts allemands.

Adler se détachera du mouvement de von Schönerer lorsque l'antisémitisme de celui-ci se déclara trop ouvertement.

Dans sa pratique de médecin, Adler choisit de soigner les plus démunis dans la maison héritée de son Père, 19 Berggasse (où Sigmund Freud emménagera en 1891).

S'intéressant aux conditions des travailleurs et au système d'assurances dans les entreprises, Adler demanda à devenir inspecteur du travail à Vienne, et fit des voyages d'étude en Allemagne, Suisse et Angleterre. Il rencontra Friedrich Engels, August Bebel et Karl Liebknecht et resta lié toute sa vie par une profonde amitié aux deux premiers.

Victor Adler fonda en 1886 le journal Gleichheit d'inspiration marxiste et en 1889, le journal Arbeiter-Zeitung qui deviendra quotidien en 1895. Il fut emprisonné à diverses reprises entre 1887 et 1900 pour ses activités politiques.

Fondation du parti social-démocrate[modifier | modifier le code]

Les ouvriers commencèrent à s'organiser dans l'Empire austro-hongrois pendant la Révolution de 1848 et divers mouvements socialistes émergèrent ensuite, stimulés par la modernisation et le développement de l'industrie (en particulier, en Bohême). Ces premières associations furent davantage influencées par le socialisme allemand et les idées de Ferdinand Lassalle que par celles de Karl Marx. Elles obtinrent le droit de grève en 1870. Ensuite, une scission eut lieu entre la tendance libérale (die Gemässtige) et la tendance radicale marxiste (die Radikale), cette dernière rejetant le parlementarisme.

Victor Adler réussit à concilier ces deux tendances au Congrès de Hainfeld en 1888 et devint officiellement le leader incontesté du parti social-démocrate (SPÖ) jusqu'à sa mort en 1918. Le mérite essentiel du nouveau parti, confronté au problème d'un État multinational, fut de rechercher, dans le cadre du régime impérial de François-Joseph Ier, une solution respectant la culture de chaque État.

En 1905, Adler devint député du parlement autrichien à Vienne où il fut un des principaux promoteurs du suffrage universel (acquis en 1907).

Adler fut soucieux de maintenir la “flamme révolutionnaire” dans les masses mais il fit le choix d'une politique attentiste (Politik des Abwarten) ce qui lui fut parfois reproché. En juillet 1889, à Paris, à l'initiative de Friedrich Engels, la IIe internationale fut fondée. Victor Adler en deviendra un des dirigeants influents.

Montée du nationalisme en 1914[modifier | modifier le code]

Le problème du maintien de la paix fut une constante préoccupation des démocraties sociales et de la seconde Internationale. La déclaration de guerre, signa la fin de l'internationalisme maçonnique et de l'internationalisme socialiste. L'allégeance à la nation allemande l'emporta sur les convictions internationalistes de Victor Adler, et comme la plupart des membres de la Seconde Internationale, il vota les crédits de la guerre.

Une dernière réunion de l'Internationale à Bruxelles (juillet 1914) opposa la majorité des dirigeants aux pacifistes comme Jean Jaurès et Friedrich Adler. Ce dernier qui avait été un des secrétaires du parti de son père, préféra donner sa démission.

En octobre 1916, Friedrich Adler assassina, en tirant à bout portant, le ministre-président comte Stürgkh responsable selon lui de la poursuite de la guerre et du muselage du parlement. Le Parti social démocrate condamna cet acte de terrorisme individuel totalement étranger à l'idéologie marxiste dont le mouvement se réclamait. Victor Adler tenta, en vain de persuader le tribunal que cet acte avait été commis dans un moment de folie (la mère de Friedrich, Emma, avait souffert de troubles psychiatriques et sa sœur était internée à l'hôpital psychiatrique Am Steinhof de Vienne).

Friedrich fut jugé par un tribunal d'exception et condamné à la peine de mort. L'empereur Charles, ayant succédé à François-Joseph (qui s'éteignit le 22 novembre 1916) commua la peine en 18 ans de prison. Il fut amnistié en 1918.

Première République d'Autriche[modifier | modifier le code]

Les défaites militaires de 1918, amenèrent les différentes nationalités de l'Empire à constituer des gouvernements provisoires reconnus par les Alliés, fondations des futurs États correspondants.

Adler participa aux fondations de la future République en Autriche et devint ministre des Affaires extérieures du gouvernement provisoire. Il préconisa le rattachement à l'Allemagne (Anschluss).

Cardiaque, Victor Adler s'éteignit le 11 novembre 1918. La première République d'Autriche fut présidée par le social-démocrate Karl Renner.

Bibliographie et sources diverses[modifier | modifier le code]

  • Jacques Le Rider : Les juifs viennois à la belle époque (1867-1914), Éditeur : Albin Michel, 2013, ISBN 2226242090
  • Braunthal Julius, Victor und Friedrich Adler,. Verlag der Wiener Volksbuchhandlung, WIEN,1965
  • Ardelt Rudolf G, Friedrich Adler, OBV, 1984.
  • Béranger Jean, Histoire de l'Empire des Habsbourg, Fayard, 1990
  • Fejtö François, Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, EDIMA/Lieu Commun,1988.
  • Droz, Jacques, Histoire générale du Socialisme, Quadrige/ PUF, 1974
  • Article de Trotsky sur La social-démocratie autrichienne (1915)
  • Article Victor Adler, sur la Wikipedia en langue allemande