Syndrome de Stein-Leventhal

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Syndrome de Stein-Leventhal
(ovaires polykystiques)
Classification et ressources externes
Echographie pelvienne, aplio toshiba ssa 700 5 2004 03 detail.jpg
Échographie d'ovaires polykystiques
CIM-10 E28.2
CIM-9 256.4
OMIM 184700
eMedicine med/2173  ped/2155radio/565
MeSH D011085
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Le syndrome de Stein-Leventhal, ou « ovaires polykystiques (SOPK) » ou « polykystose ovarienne » ou "OMPK", est une maladie encore mal connue touchant les ovaires et dont les effets sont nombreux.

Le syndrome est causé par un déséquilibre hormonal chez les femmes qui se traduit par des cycles menstruels irréguliers avec des règles peu abondantes ou absentes, une acné persistante et une pilosité importante (hirsutisme). Tous ces symptômes ne sont pas toujours présents, ce qui rend le diagnostic assez difficile.

Il semble exister une relation entre l'exposition aux perturbateurs endocriniens au cours de la vie utérine et ovaires polykystiques[1].

Mécanisme[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une maladie assez commune, qui touche 3 à 10 % des femmes[2],[3], et de mécanisme encore mal élucidé. Elle a été décrite pour la première fois en 1935[4] et se caractérise par un déséquilibre de la glande hypophyse et de l'axe hypophyse-hypothalamus, engendrant entre autres une anomalie de sécrétion d'une hormone hypophysaire gonadotrope, l'hormone lutéinisante (LH). La sécrétion de LH se comporte comme si elle était hyper-sensible à la stimulation par la LH-RH (Luteinizing Hormone Releasing Hormone) ou la GnRH (Gonadotrophin Releasing Hormone), hormone secrétée par l'hypothalamus.

Aspects cliniques[modifier | modifier le code]

Les signes fonctionnels comportent :

L'examen clinique permet de retrouver de gros ovaires lisses à la palpation.

Le déséquilibre hormonal induit, dans 40 % des cas, une surcharge pondérale aggravant la surabondance des règles[5].

Malgré les problèmes méthodologiques liés à la détection du syndrome (et donc à la délimitation de la population concernée[6]), on estime que:

  • 60 % des femmes touchées par ce syndrome sont fertiles (avant un an), bien que le temps de fécondation soit sensiblement plus long,
  • 90 % des cas d'infertilité associés à ce syndrome sont accompagnés d'une surcharge pondérale
  • 70 % à 95 % des cas d'infertilité qui sont liés à l'anovulation sont accompagnés de ce syndrome[7].

En cas de grossesse, ces dernières s'avèrent souvent compliquées (diabète gestationnel, pré-éclampsie, prématurité, mortalité et morbidité péri-natale...)[8],[9]

Les ovaires des personnes atteintes présentent de nombreux follicules (d'où le nom), mais la maturation est souvent interrompue avant l'ovulation.

Les femmes atteintes de ce syndrome ont sept fois plus de chances de développer le diabète de type 2 que les femmes non atteintes. Des tests de dépistage sont donc recommandés, car des symptômes pré-diabétiques peuvent être détectés cinq à six ans avant que le diabète lui-même ne se manifeste. L’insulinorésistance peut constituer un facteur de diabète, et ce quelle que soit la corpulence de la femme.

Explorations paracliniques[modifier | modifier le code]

Dosages hormonaux[modifier | modifier le code]

La LH a un taux sanguin très augmenté (avec un rapport LH/FSH supérieur à 2) et très variable (hyperpulsatilité) avec une réponse explosive au test de stimulation par la LH-RH

Le taux sanguin de FSH est normal, celui de la progestérone quasi nul. Il existe une hyperœstrogénie relative avec des androgènes (delta-4-androsténédione, testostérone)augmentés.

Le dosage du cortisol et de la prolactine dans le sang sont normaux (diagnostic différentiel).

Examens morphologiques[modifier | modifier le code]

L'échographie pelvienne montre des ovaires augmentés de volume avec un stroma épaissi. La cœlioscopie montre de gros ovaires lisses

Diagnostic[modifier | modifier le code]

L’European Society for Reproduction and Endocrinology et l’American Society of Reproductive Medicine définissent la maladie comme l'association de deux des trois critères suivants[10], en l'absence de cause nette :

– ovulations rares ou absentes ;
– signes d'hyperandrogénie (virilisation) clinique ou biologique ;
– ovaires polykystiques.

Traitement[modifier | modifier le code]

Le syndrome de Stein-Leventhal n'a pas de traitement curatif. On ne peut traiter que quelques symptômes. Le traitement de l'hyperandrogénie est basé sur la prescription de progestatifs (acétate de cyprotérone - Androcur®), qui peut être associé à un œstrogène dans le cadre d'une contraception.

Traitement de l'infertilité ou de l'hypofécondité[modifier | modifier le code]

Plus d'un tiers des femmes aux ovaires touchés peuvent concevoir naturellement. Certaines femmes atteintes du SOPK n’ovulent pas du tout (naturellement) mais la majorité ovulent de façon irrégulière, ce qui réduit leurs chances de tomber enceinte.

L'utilisation des tests d’ovulation urinaires pour détecter le pic de LH qui précède l’ovulation n’est généralement pas très efficace pour les patientes atteintes du SOPK. En effet, ils donnent en général des résultats positifs tout au long du cycle menstruel sans identifier l’ovulation. Cela s’explique par le taux de LH souvent trop élevé chez les patientes ayant des ovaires polykystiques, ce qui fait donc réagir les tests même en période non-ovulatoire. Les tests utilisant la courbe de température basale obtiennent de bons résultats dans 40 % des cas.

La mise en place d'un régime alimentaire induit une amélioration globale des symptômes (hyperandrogénie, infertilité et aménorrhée). Un tel amaigrissement (de l'ordre de 15 % et d'au moins 5 %) diminue le taux des androgènes, en particulier la testostérone libre, et suffit à entraîner des cycles ovulatoires dans plus de la moitié des cas. La pratique d'un sport régulier aide à stabiliser les taux d'hormones anormaux dans le corps, à éliminer les graisses (où est principalement stocké entre-autres le Bisphénol A), entraînant une réduction de la pilosité et de l'acné.

Suivre un régime à index glycémique faible régule le taux d'insuline. Les glucides sont alors apportés par les fruits, les légumes et les céréales complètes et non raffinées.

En cas d'échec, une induction de l'ovulation par citrate de clominophène (Clomid®) et une prise en charge dans un centre spécialisé pour fécondation in vitro peuvent être proposées. Des interventions chirurgicales (résection et drilling) ovariens sont souvent nécessaires.

La prise d'un traitement pour « stabiliser » la résistance à l'insuline, tel que la metformine, peut aider l'ovulation.

Résistance à l'insuline[modifier | modifier le code]

Il a été suggéré que le syndrome de Stein-Leventhal puisse être dû à une résistance à l'insuline. En effet, bon nombre de patientes ont des taux d'insuline élevés[11] : ainsi le traitement à la metformine peut être efficace pour régler les symptômes, et réduire le taux d'insuline. Une perte de poids est souvent conseillée pendant le traitement pour le rendre plus efficace; cependant l'un des symptômes de ce syndrome étant l'obésité, il est très difficile d'obtenir une perte de poids significative. La LH et/ou la testostérone peuvent être assez élevées chez ces femmes. Cette hausse du niveau de LH est directement liée à l'excès d'insuline présent dans le corps, et a un effet direct sur les troubles ovulatoires. La mise en place d'un régime à index glycémique faible peut aider les patientes à réguler leur taux d'insuline, les glucides sont alors apportés par les fruits, les légumes et les céréales complètes et non raffinées (millet, quinoa, amarante...)[12].

Les perturbateurs environnementaux endocriniens[modifier | modifier le code]

Certains perturbateurs endocriniens favoriseraient la maladie, des études mettent en cause chez les rongeurs le bisphénol A[13],[14], les femmes atteintes auraient plus de BPA dans le plasma sanguin[15],[13], mais ce point reste contesté[16]. Il pourrait néanmoins favoriser la stéatose du foie chez les sujet obèses et atteinte de SOPK[17]. Un autre perturbateur endocrinien, l'octyphénol, pourrait être directement lié au risque de SOPK[18].

Thérapeutiques complémentaires[modifier | modifier le code]

Parmi les thérapeutiques non pharmacologiques, l'intérêt de l'acupuncture[19],[20] et de l'herboristerie de la médecine traditionnelle chinoise[20] sont à l'étude, notamment dans leur modulation du système nerveux sympathique, du système endocrinien et du système neuroendocrine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Réseau Environnement Santé : communiqué de presse (16 mai 2012) – La prévention des maladies chroniques : c’est maintenant ! Lien : [1]
  2. Legro RS, Driscoll D, Strauss JF 3rd, et al. Evidence for a genetic basis for hyperandrogenemia in polycystic ovary syndrome. Proc Natl Acad Sci U S A 1998;95:14956–14960
  3. Dunaif A. Insulin resistance and the polycystic ovary syndrome: mechanism and implications for pathogenesis. Endocr Rev 1997;18:774–800
  4. Stein I, Leventhal M, Amenorrhea associated with bilateral polycystic ovaries, Am J Obstet Gynecol, 1935;29:181-5
  5. Goldzieher JW, Axelrod LR, Clinical and biochemical features of polycystic ovarian disease, Fertil Steril, 1963;14:631-53.
  6. Dans une étude récente, il est apparu que 70 % des femmes n'avaient pas été diagnostiquées. Voir Teede H, Deeks A, Moran L. Polycystic ovary syndrome: a complex condition with psychological, reproductive and metabolic manifestations that impacts on health across the lifespan. BMC Med. 2010;8:41
  7. Voir sur ces trois points, Teede et al., idem et Brassard M, AinMelk Y, Baillargeon JP., Basic infertility including polycystic ovary syndrome, Med Clin North Am. 2008 Sep;92(5):1163-92, xi.
  8. Boomsma CM, Eijkemans MJ, Hughes EG et al. A meta-analysis of pregnancy outcomes in women with polycystic ovary syndrome, Hum Reprod Update, 2006;12:673-83
  9. Roos N, Kieler H, Sahlin L et al. Risk of adverse pregnancy outcomes in women with polycystic ovary syndrome: population based cohort study, BMJ, 2011;343:d6309
  10. The Rotterdam ESHRE/ASRM-sponsored PCOS consensus workshop group, Revised 2003 consensus on diagnostic criteria and long-term health risks related to polycystic ovary syndrome (PCOS), Hum Reprod, 2004;19:41-7
  11. Puder J, Pralong F. « Syndrome des ovaires polykystiques et résistance à l’insuline (Polycystic ovary syndrome and insulin resistance) » Rev Med Suisse 2009;5(198):779-82. PMID 19418980
  12. (en) Marsh K, Brand-Miller J. « The optimal diet for women with polycystic ovary syndrome? » Br J Nutr. 2005;94:154–65. PMID 16115348.
  13. a et b http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21193545
  14. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20413367
  15. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15118266
  16. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15860277
  17. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22805002
  18. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22027783
  19. (en) Stener-Victorin E, Jedel E, Mannerås L. « Acupuncture in polycystic ovary syndrome: current experimental and clinical evidence » J Neuroendocrinol. 2008;20(3):290-8. PMID 18047551
  20. a et b (en) Raja-Khan N, Stener-Victorin E, Wu X, Legro RS. « The physiological basis of complementary and alternative medicines for polycystic ovary syndrome » Am J Physiol Endocrinol Metab. 2011;301(1):E1-E10. PMID 21487075 DOI:10.1152/ajpendo.00667.2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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