Syndicalisme jaune

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Le « syndicalisme jaune » (connu également sous les appellations de mouvement jaune, syndicats jaunes, les jaunes ou « droite prolétarienne[1] ») est un mouvement syndicaliste français, connu également sous cette dénomination dans d'autres pays, tant francophones qu'anglophones (« yellow unions »).

Cette forme de syndicalisme (constitué en opposition aux syndicats « rouges », c'est-à-dire socialistes ou communistes) refuse certains modes d'action comme la grève et l'affrontement avec le patronat. Pour les grévistes, les jaunes sont les non-grévistes. Ce qualificatif, en se généralisant, a pris un sens péjoratif, désignant les « traîtres ».

Histoire[modifier | modifier le code]

La dénomination de « syndicalisme jaune » vient du mouvement créé par Pierre Biétry, le , la Fédération nationale des Jaunes de France.

Origine du mot « jaune »[modifier | modifier le code]

Le premier syndicat jaune est officiellement[2] fondé le 8 novembre 1899 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) par un petit groupe de mineurs qui refusent de participer aux mouvements de grève[3]. Les grévistes s'en prennent alors à leur lieu de réunion (le Café de la mairie), leur jetant des pierres qui brisent les vitres ; les anti-grévistes décident alors de remplacer les vitres brisées par du papier jaune[4] trouvé à la hâte ; à partir de là les ouvriers anti-grève sont appelés « jaunes[5] ».

Dès 1900, des anarchistes analysent aussi la volonté d'utiliser le jaune, couleur pontificale[6], par les catholiques voulant investir le monde social[7]. Mais, l'appellation pourrait aussi remonter jusqu'à la Californie des années 1870, quand les patrons faisaient venir de Chine une main d'œuvre bon marché (parfois servile) pour casser les salaires et briser les syndicats[8].

On peut enfin noter qu'une tradition vieille de plusieurs siècles attribue à la couleur jaune un caractère infamant. Ainsi, sur des peintures religieuses, on voit Judas drapé de jaune. La porte des personnes condamnées pour parjure ou faux monnayage était jadis repeinte en jaune. Et quand, pour les discriminer, on impose aux Juifs le port d'un insigne, tel que la rouelle, il est de couleur jaune[9], etc.

L'ère Lanoir puis Biétry[modifier | modifier le code]

Le mouvement s'organise à partir de décembre 1901 avec la création de l'Union fédérative des syndicats et groupements ouvriers professionnels de France et des colonies (aussi appelée Fédération nationale des Jaunes de France) qui se veut l'organisation nationale des jaunes, fondée par Paul Lanoir et dirigée par lui jusqu'en avril 1902 où il est évincé par Pierre Biétry[5].

Le mouvement est antisémite et d'extrême droite dès sa création. Paul Lanoir affirme son slogan dès mars 1902 qui se résume en trois mots : « Travail, Famille, Patrie », devise qui sera reprise plus tard par Pétain et le régime collaborationniste de Vichy[10]. Selon Biétry lui-même, dans son ouvrage Le Socialisme et les jaunes, son but est de « réaliser la renaissance nationale en créant la réconciliation des classes sur un programme de justice sociale. »

Dans les faits, ce mouvement s'oppose vigoureusement au mouvement socialiste et il cesse d'y faire référence en 1904. Il est alors soutenu par les nationalistes jusqu'à certains organes radicaux qui pensent tenir là une force nouvelle capable de faire face à la gauche marxiste. Financièrement, il est soutenu par de grands industriels, le duc d'Orléans ou la duchesse d'Uzès. Présent vers l'Est, le Nord de la France ou à Paris, on estime que le mouvement a atteint les 100 000 adhérents.

En mai 1908, Biétry scinde son mouvement en un parti politique, le Parti propriétiste, et un syndicat, la Fédération syndicaliste des Jaunes de France. Aux socialistes, Biétry oppose la participation des ouvriers à la propriété des moyens de production (le « propriétisme »). À la lutte des classes, les jaunes opposent la collaboration des classes au sein de « la grande famille du travail », unie dans une « inséparable communauté d'intérêts[11] ». Extrêmement violent, le mouvement jaune rêvait, en 1909, de « clouer la charogne de Jaurès vivante contre une porte[5]. »

Les jaunes après 1945[modifier | modifier le code]

Les syndicats héritiers des Jaunes sont dispersés et changent souvent de nom : Confédération générale des syndicats indépendants (CGSI), Confédération française du travail, Confédération des syndicats libres, Union française du travail, etc.

Au nom de la productivité, la CGSI s'oppose aux nationalisations. Cette logique l'a poussée à dénoncer les fonctionnaires assimilés parfois à « une bureaucratie fainéante et gaspilleuse » (Travail et liberté, 29 octobre 1949) et à proclamer la nécessité de l'économie de marché et du libéralisme.

En décembre 1974, la CFT préconise « la concertation permanente à tous les niveaux en instituant une décentralisation et une large délégation des pouvoirs. »

D'une manière générale, les « jaunes » ont rejeté toute référence au fascisme, mais continuent à montrer une opposition frontale à la gauche et à la CGT. Cependant, selon leur pratique de cogestion, il leur arrive de cogérer des comités d'entreprise avec la CFTC, la CFE-CGC ou la CFDT.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

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L'expression « syndicat jaune » est le nom donné par les syndicats appelant à la grève à ceux qui n'y appellent pas, accusé d'être opposé aux conflits de classe et d'être conciliant avec le patronat.

Ces accusations sont formulées, par exemple, lors d'un appel à ne pas faire grève lorsque la plupart des autres syndicats y appellent, ou lors de la signature d'accords de branche auquel la plupart des syndicats sont opposés.

Individuellement, un « jaune » peut aussi désigner un travailleur engagé par un patron pour briser une grève ou lors d’une grève, un travailleur qui compromet son efficacité en refusant d’y participer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sternhell 1978, p. ?
  2. Des mouvement similaires s'étant déjà produits au cours de l'année 1899 au Creusot.
  3. Jean-Yves Mollier, Jocelyne George, La Plus longue des Républiques : 1870-1940, Fayard,‎ 1994, p. 351
  4. La couleur pourrait venir du fait que le papier avait été huilé.
  5. a, b et c Rioux 1978, p. 77 à 79
  6. Drapeau du Vatican.
  7. Brochure de l'union des anarchistes européens , « programme de 1900 » (écrit entre 1894 et 1899) : chapitre sur « nos couleurs ».
  8. Maurice Tournier, « Les jaunes : un mot-fantasme à la fin du XIXe siècle », Mots, mars 1984, no 8, numéro spécial. L'Autre, l'Étranger, présence et exclusion dans le discours, p. 126-127.
  9. « Pourquoi était-il très mal vu de s’habiller en jaune ou en vert au Moyen Âge ? »
  10. Maurice Tournier,« Les mots fascistes, du populisme à la denazification », Mots, juin 1998, n° 55, pp. 157-158.
  11. Paul Lanoir, « Discours au premier banquet des Jaunes », L'Union ouvrière, 1902.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleJean-Pierre Rioux, « Prolétaires de droite : les syndicats jaunes », L'Histoire, no 4,‎ septembre 1978, p. 77-79
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleZeev Sternhell, La Droite révolutionnaire (1885-1914), les origines françaises du fascisme, Le Seuil,‎ 1978, 441 p. (présentation en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Personnes[modifier | modifier le code]

Organisations[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]