Royaume de Sardaigne

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Royaume de Sardaigne
Regno di Sardegna (it)

17201861

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Le royaume de Sardaigne en 1815


Informations générales
Capitale Turin
Cagliari (1798-1814)
Langue Italien, sarde, français, piémontais, occitan
Religion Catholicisme romain
Histoire et événements
Fondation
1796-1797 Invasion napoléonienne
Congrès de Vienne
Constitution
Traité de Zurich
Unification à l'Italie
Roi
(1er) 1720-1730 Victor-Amédée II
(Der) 1849-1861 Victor-Emmanuel II

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le royaume de Sardaigne, attribué en 1720 aux ducs de Savoie, fut le précurseur du royaume d'Italie et donc de l'Italie unifiée actuelle, dirigée par la maison de Savoie. Dans l'historiographie traditionnelle française, ce royaume est souvent désigné sous le nom de Piémont-Sardaigne, pour identifier les deux parties séparées du royaume et surtout parce que la capitale en était Turin.

Histoire[modifier | modifier le code]

Du Moyen Âge au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Le Regnum Sardiniae et Corsicae (« royaume de Sardaigne et de Corse ») est créé en 1297 par le pape Boniface VIII afin de résoudre les conflits entre les maisons d'Anjou et d'Aragon au sujet du royaume de Sicile, conflits déclenchés par les fameuses Vêpres siciliennes. C'est donc un royaume de compensation, attribué à Jacques II le Juste d'Aragon.

La Sardaigne reste toutefois soumise à de puissants seigneurs portant le titre de judex (« juge », d'où le nom de « judicats » donné aux quatre principales principautés installées sur l'île depuis la fin de l'Empire byzantin), elles-mêmes sous l'influence des cités de Pise et de Gênes. En 1323, Jacques II forme une alliance avec le juge d'Arborée, d'origine catalane, et la ville de Sassari, et contrôle les judicats de Cagliari et de Gallura, éliminant de l'île les Pisans. Le contrôle royal n'est toutefois définitif qu'au début du XVe siècle, quand Martin le jeune, roi de Sicile et procureur de Sardaigne pour le compte de son père le roi d'Aragon Martin le Vieux défaites les derniers juges d'Arborée, dont Éléonore d'Arborée, célèbre pour sa novatrice charte appelée Carta de Logu, et il achète les droits sur le Royaume. La Corse n'est pas conquise et les rois d'Aragon cessent d'y prétendre en 1479, après que la mention et Corsicae est retirée de l'appellation officielle du royaume. La Sardaigne, rattachée à la couronne d'Aragon, passe avec cette dernière, dans la monarchie espagnole au XVIe siècle.

XVIIIe siècle : attribution à la maison de Savoie[modifier | modifier le code]

Le royaume reste dépendant de l'Espagne jusqu'à la guerre de Succession d'Espagne, qui se termine en 1714, date à laquelle il passe dans les possessions des Habsbourg de Vienne, qui l'échangent en 1718 contre la Sicile avec le duc de Savoie. Les ducs de Savoie portent le titre de « roi de Sardaigne » depuis le jusqu'à la proclamation du royaume d'Italie le . Leurs sujets piémontais regrettent d'ailleurs le fait que la partie la plus pauvre des possessions des Savoie, la Sardaigne, soit honorée du titre de royaume, alors que le riche Piémont, où se trouve la capitale, Turin, n'a que le titre de principauté.

La Révolution française de 1789[modifier | modifier le code]

Le , le « ci-devant duché de Savoie » est incorporé à la République française et constitué en « un quatre-vingt-quatrième département, sous le nom de département Mont-Blanc ».

Le , c'est au tour du « ci-devant comté de Nice » d'être incorporé à la République française. Le 4 février 1793, il est constitué en « un quatre-vingt-cinquième département, sous le nom des Alpes-Maritimes ».

Le , la « ci-devant principauté de Monaco » est à son tour incorporée à la République française et au département des Alpes-Maritimes.

Victor-Amédée III est battu par Napoléon Bonaparte en 1796 et avec l’armistice de Cherasco, il perd ses possessions au Piémont et meurt peu après. Son fils Charles-Emmanuel IV de Sardaigne, époux de Clotilde de France, sœur du défunt Louis XVI, lui succède.

En 1793 a lieu l'invasion par la France révolutionnaire, qui mène à deux défaites, une à La Maddalena et l'autre près de Quartu Sant'Elena, dont la première est une des premières défaites du jeune Bonaparte. À la suite de ces victoires extraordinaires, les nobles sardes formulent plusieurs requêtes au Roi. Mais suite à son refus le une véritable rébellion éclate, qui a d’abord pour conséquence d’expulser les fonctionnaires savoyards de Cagliari. Au retour du vice-Roi, les seigneurs du nord de l'île, notamment de Sassari, exploitent l'occasion pour réclamer l'autonomie du sud. Alors que les nobles de Cagliari suscitent la révolte populaire dans le nord et que sous la menace qu'elle ne dégénére, les Savoie décident d'envoyer Giovanni Maria Angioy, un officier qui avait déjà battu les Français, avec le titre de "Alternos" c'est-à-dire représentant du Vice-Roi, à Sassari. Angioy essaye en vain de réconcilier les différentes factions, mais en étant conscient de l'absence de soutien de Cagliari et du gouvernement, tente de convaincre les Français d'envahir l'île, alors que l’arrivée des troupes françaises au Piémont en 1796, fait apparaître une révolte piémontaise républicaine. Perdu tout espoir d'un soutien extérieur français après l'Armistice de Cherasco du 26 avril, il essaye alors de provoquer une révolte anti-féodale, mais est abandonné par ses partisans près d’Oristano, le Roi ayant accepté les demandes formulées en 1794. Angioy se trouvant sans partisans, s'enfuit à Paris pour persuader la France d'envahir ("libérer") l'île.

Le trône de Cagliari et les Français à Turin[modifier | modifier le code]

Le est constituée à Turin la République piémontaise, reconnue par les Français qui avaient occupé la ville. La famille de Savoie, avec toute la cour, se réfugie à Cagliari, qui devient l'unique capitale du royaume jusqu'à la restitution définitive des États de terre ferme (les possessions continentales du royaume). Le , les troupes austro-russes reconquierent Turin et rétablissent Charles-Emmanuel IV sur son trône, mais un an après, les Français occupent à nouveau Turin et créent la République subalpine.

Cette république, émet des monnaies selon le système décimal adopté pour le franc français — ce qui sera à l'origine de l'Union latine (une union monétaire). Plus précisément, fut émise une monnaie en or de 20 francs pour commémorer la bataille de Marengo.

Le (24 fructidor an X), le Sénat français prend un « sénatus-consulte organique, portant réunion des départements du Pô, de la Doire, de Marengo, de la Sésia, de la Stura et du Tanaro, au territoire de la République française ». Le Piémont est ainsi annexé à la France, par suppression de la République subalpine.

La Restauration[modifier | modifier le code]

Les dix provinces du Royaume de Sardaigne (1839)

Par le traité de Paris, le 30 mai 1814, la Maison de Savoie est rétablie dans ses droits. Le , avec le congrès de Vienne, Gênes et la Ligurie sont annexées au royaume, de façon à ce qu'il constitue un État tampon capable de s'opposer à la France.

Charles-Emmanuel IV de Sardaigne ayant abdiqué à la mort de sa femme pour se retirer dans un cloître, son frère et successeur, Victor-Emmanuel Ier de Sardaigne, mène une politique conservatrice et est obligé d'abdiquer, suite aux mouvements révolutionnaires libéraux de 1821, prémices du Risorgimento, en faveur de son frère Charles-Félix; celui-ci n'en est pas moins conservateur que ses prédécesseurs mais meurt sans descendance en 1831. La couronne passe à la branche de Savoie-Carignan en la personne de Charles-Albert, libéral, qui concède une constitution, le Statut albertin, suite aux mouvements insurrectionnels de 1848.

La même année, Charles-Albert entre en conflit armé avec l'Autriche. Après quelques succès initiaux, la guerre est défavorable aux Savoie et Charles-Albert est contraint d'abdiquer en faveur de son fils Victor-Emmanuel II de Savoie, le , qui continue, avec l'aide de son premier ministre Cavour, le processus d'unification de l'Italie à son profit.

La population du royaume, en 1838, se compose de 4 650 368 individus dont 524 633 sur l'île de Sardaigne[1].

La densité, une des plus fortes d’Europe, est de 274 individus au mille carré. À titre de comparaison, on en compte alors 224 en France.

Vers le royaume d'Italie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne d'Italie (1859).

Avec le soutien de la France de Napoléon III, la Sardaigne s'engage dans une nouvelle guerre contre l'Autriche qui aboutit, en 1860, par la conquête militaire suivie de plébiscites et malgré le retrait de la France, à l'unification du royaume d'Italie par l'intégration de Milan, Modène, Parme, de la Toscane, de Naples et de la Sicile, de l'Ombrie et des Marches, seules manquent à l'appel Venise et Rome. L'unification de Naples et de la Sicile est en grande partie l'œuvre de l'expédition des Mille organisée par Giuseppe Garibaldi qui est, avec Camillo Cavour, un des grands protagonistes de l'unité italienne.

Délaissant Turin, désormais excentrée, Victor-Emmanuel II installe sa cour et son gouvernement à Florence et le , le royaume de Sardaigne change définitivement son nom en Royaume d'Italie. Seuls le Latium avec Rome, sous la souveraineté du pape et la protection des troupes françaises ainsi que la Vénétie (sous domination autrichienne) ne rejoignent pas le royaume.

En 1866, à la suite de sa défaite après la guerre austro-prussienne, l'Autriche donne par le traité de Vienne, la Vénétie à la France, qui la rétrocède aussitôt à l'Italie après un plébiscite auprès de la population.

La chute de l'empire français en 1870 voit le départ des troupes françaises et la conquête des États pontificaux par l'Italie, après la prise de Rome, celle-ci devient alors la capitale du royaume d'Italie.

Les deux guerres mondiales donnent à l'Italie le Trentin, l'Istrie (entre les deux guerres, rétrocédée à la Yougoslavie après la défaite dans le second conflit mondial) et Trieste mais sont fatales à la monarchie. La Sardaigne qui a donné pendant près d'un siècle et demi son titre royal à la maison de Savoie reste une des régions les plus pauvres d'Italie.

Territoire[modifier | modifier le code]

Le royaume de Sardaigne comprenait :

Politique[modifier | modifier le code]

Les présidents du Conseil des ministres du royaume de Sardaigne[modifier | modifier le code]

Periode Nom
Cesare Balbo
Gabrio Casati
Cesare Alfieri di Sostegno
Ettore Perrone di San Martino
Vincenzo Gioberti
Agostino Chiodo
Claudio Gabriele de Launay
Massimo d'Azeglio
Massimo d'Azeglio
Camillo Cavour
Alfonso Ferrero La Marmora
Camillo Cavour

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Manno, Storia di Sardegna, Turin, 1825-1827
  • G. Manno, Storia moderna della Sardegna dal 1793 al 1799, Turin, 1842
  • G. Casalis, V. Angius, Dizionario geografico, storico, statistico, commerciale degli stati di S. M. il Re di Sardegna, Turin, 1855
  • A. La Marmora, Itinerario dell'isola di Sardegna, F.lli Bocca, Turin, 1860
  • P. Tola, Codex Diplomaticus Sardiniae, Turin, 1861-1868, in Historiae Patriae Monumenta, Tomes X-XII
  • C. Baudi Di Vesme, Codex Diplomaticus Ecclesiensis, Fratelli Bocca, Turin, 1877, in Historiae Patriae Monumenta, Thome XVII
  • A. Boscolo, Il feudalesimo in Sardegna, Cagliari, 1967
  • M. Le Lannou, Pastori e contadini di Sardegna, Della Torre, Cagliari, 1979
  • G. Sorgia, La Sardegna spagnola, Chiarella, Sassari, 1982
  • F.C. Casula, Profilo storico della Sardegna catalano-aragonese, CNR, Cagliari, 1982
  • B. Aatra, J. Day, L. Scaraffia, La Sardegna medievale e moderna, UTET, Turin, 1984, in AAVV. (direction G. Galasso), Storia d'Italia, 1979-1995, vol. X
  • M. Tangheroni, La città dell'argento. Iglesias dalle origini alla fine del Medioevo, Liguori, Naples, 1985
  • J. Day, Uomini e terre nella Sardegna coloniale. XII-XVIII secolo, Einaudi, Turin, 1987
  • B. Anatra, A. Mattone, R. Turtas, L'età moderna. Dagli aragonesi alla fine del dominio spagnolo, Milan, Jaca Book, 1989, III vol. de la collection Storia dei sardi e della Sardegna, de Massimo Guidetti
  • B. Fois, Lo stemma dei quattro mori. Breve storia dell'emblema dei sardi, G. Delfino, Sassari, 1990.
  • D. Turchi, Maschere, miti e feste della Sardegna, Newton-Compton, Rome, 1990

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Royale Commission supérieure des statistiques 1839.

Voir aussi[modifier | modifier le code]