Reine-sorcière (Disney)

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Reine-sorcière
Personnage Disney
La Reine au côté de Jafar à Disneyland Paris
La Reine au côté de Jafar à Disneyland Paris

Nom original Queen-Witch
Espèce humain
Sexe féminin
Conjoint(e)/Fiancé(e) le Roi
1re apparition
dans
21 décembre 1937
Blanche-Neige et les Sept Nains

La Reine-sorcière est un personnage de fiction, principal antagoniste du long métrage d'animation Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), adapté du conte éponyme des frères Grimm paru en 1812[1].

Description[modifier | modifier le code]

La Reine-sorcière[n 1] est la seconde épouse du roi, belle-mère de Blanche-Neige dont la mère, la précédente reine, est morte en couche.

Première méchante de l'histoire du cinéma et à prendre une apparence humaine dans un film d'animation de Walt Disney, la Reine de Blanche Neige et les Sept Nains reste encore aujourd'hui l'une des plus grandes méchantes créées par les studios.

D'une beauté certaine mais très narcissique, Femme vêtu d'une somptueuse robe bleu a ceinture rouge avec une cape a capuchon noir avec une couronne en or, la Reine a pour seule ambition d'être la femme la plus belle sur terre, et est prête à tout pour le rester. Interrogeant chaque jour son miroir magique pour savoir qui a beauté parfaite et pure, elle reste satisfaite tant que celui-ci lui répond que c'est elle. Mais un jour, le miroir répond qu'une jeune fille vêtue de haillons est encore plus belle que la Reine, et que cette fille n'est autre que Blanche Neige, dont la Reine est la belle-mère.

Folle de jalousie, la Reine décide de supprimer Blanche Neige afin de redevenir la plus belle, et charge son plus fidèle serviteur, un chasseur, de tuer la jeune princesse. Incapable d'accomplir la tâche, l'homme trompera la Reine en lui ramenant le coeur d'une biche. Découvrant la trahison, la souveraine se charge alors de supprimer elle-même Blanche Neige.

Elle est néanmoins représenté dans Mickey, le club des méchants ont où la voit assise au côtés de Lady Trémaine, Belle-mère de Cendrillon.


Conception du personnage[modifier | modifier le code]

Joan Crawford en 1928, modèle de la Reine.

La version créée par les studios Disney diffère des autres adaptations du conte. Un script daté de septembre 1934 ajoute des éléments spécifiques :

  • elle ne se déguise plus en vendeuse mais se transforme en sorcière ;
  • il n'y a plus qu'une seule tentative de meurtre par le chasseur et une d'empoisonnement avec la pomme.

D'après une fiche de production datée du 22 octobre 1934 (montrant que les animateurs chargés de la conception du personnage étaient déjà à l'ouvrage)[2], la Reine présente les caractéristiques suivantes : un mélange de Lady Macbeth et du Grand méchant loup[2],[3], une beauté sinistre, mûre, plein de courbes. Elle se transforme en une sorcière laide, vielle et menaçante après avoir mélangé ses potions magiques. Ses propos et actions sont emphatiques, proches du ridicule.

Le personnage de la Reine-sorcière est un de ceux qui ont le plus évolué au fil de la production. Elle passe d'une personne enrobée et pas très jolie selon les premiers concepts, à une femme belle mais au tempérament glacial[4]. Graphiquement l'aspect de la sorcière est très proche de celle du court-métrage de la série Silly Symphonies Les Enfants des bois (1932)[5].

Pour Walt Disney, le principal moteur de l'histoire est et reste la relation entre la Reine jalouse et l'innocente Blanche-Neige[6]. Certains éléments du conte sont de ce fait supprimés et d'autres créés de toutes pièces par le département des scénarios, créé en 1931. Parmi ceux rejetés, on peut citer les multiples tentatives d'assassinats fomentés par la reine, parmi les ajouts l'individualisation des nains[7].

Apparence[modifier | modifier le code]

Pour imaginer la silhouette et le visage de la Reine, Walt Disney s'est inspiré de l'actrice Joan Crawford[3],[8]. Lucille La Verne a été choisie pour prêter sa voix au personnage dans la version originale. Connue pour ses interprétations de sorcières dans Les Deux Orphelines (1921) ou Le Marquis de Saint-Évremont (1935), elle a aussi servi de modèle vivant pour les animateurs[9]. Bill Cottrell se souvient[10] qu'« elle était si convaincante lors des enregistrements que lorsqu'elle déclama, en lisant le script : “Une verre d'eau, s'il vous plaît... un verre d'eau”', qu'un assistant se précipita pour aller en chercher un. » Joe Grant indique qu'il a pris un croquis l'actrice après qu'elle a retiré son dentier pour s'inspirer du personnage de la sorcière[11].

Pour l'aspect « normal » de la Reine, les dessinateurs se concentrent sur une approche réaliste afin de la rendre la plus crédible possible. Elle devait être « froide, cruelle, malicieuse et extrême »[12]. Pour Allan, la Reine se rapproche de la tradition des sorcières, belle et sans âge, peuplant la mythologie et les contes européens depuis Circé en passant par la fée Morgane. De la première, elle a la magie des poisons, de la seconde le pouvoir sur les éléments[3]. Pour lui, « elle représente la femme redoutée par les hommes dans une société dominée par les hommes. Elle est à la fois la femme fatale et un personnage inquiétant issu d'un monde plus ancien »[3]. Sean Griffin décrit la Reine comme une femme asexuée avec des vêtements couvrant l'intégralité de son corps, dotée d'un visage aux traits forcés et acérés (à l'opposé de la rondeur et la douceur de ceux de Blanche-Neige), soulignés par du maquillage et des ombres autour des yeux, caractéristiques qui seront reprises et accentuées pour Maléfique de La Belle au bois dormant (1959)[13].

Pour Thomas et Johnston, la Reine est la première véritable « méchante » de l'histoire de l'animation car instigatrice de la première véritable tentative de meurtre (le Grand méchant loup ne réussissant pas à capturer les trois petits cochons)[14]. La source de sa méchanceté réside dans sa volonté d'être la plus belle du royaume[15]. Autre élément relevé par Thomas et Johnston, le fait que la Reine observe Blanche-Neige sans être vue, ajoute un élément « encore plus terrible que si elle était en sa présence [...] cet usage de l'intimité ajout[ant] de l'antipathie et de la froideur » au personnage[16].

Les scènes de « méchanceté » ne s'inspirent pas du style traditionnel du vaudeville ou de l'opérette mais ont plutôt des liens avec les films d'horreur[17]. Bruno Girveau associe la séquence de la transformation de la Reine en sorcière, animée par Joe Grant et Art Babbitt, à Docteur Jekyll et M. Hyde (1931) de Rouben Mamoulian, alors que Grant indique lui s'être servi comme modèle de la version de 1920 réalisée par John Stuart Robertson[18]. Pour justifier son point de vue, Girveau précise que la version de Mamoulian est plus allusive que démonstrative, à l'image de la transformation dans Blanche-Neige, contrairement à celle de Robertson[18].

Toutefois, la Reine-sorcière semble, pour Girveau, « être l'un des personnages antipathiques les plus réussis et les plus populaires »[19]. Parmi les personnages féminins de Disney créés par la suite, la Reine-sorcière est la seule mêlant femme fatale, sorcière (comme Maléfique dans La Belle au bois dormant en 1959) et marâtre (comme Lady Tremaine dans Cendrillon en 1950), sans aller jusqu'à l'outrance de Cruella d'Enfer dans Les 101 Dalmatiens (1961)[19].

Transformation[modifier | modifier le code]

Leonard Maltin détaille et analyse la scène de la métamorphose de la Reine en sorcière. L'horreur provient non pas de la sorcière elle-même (sa métamorphose ayant lieu « hors champ ») mais est portée par les réactions de son entourage, à savoir un corbeau terrorisé[20]. Maltin qualifie cette scène de « merveille de réalisation et de montage ainsi que d'animation »[9]. Leonard Maltin note par exemple qu'après sa transformation, « elle quitte son laboratoire-donjon par un escalier en colimaçon, passe devant des cachots, ignorant un squelette tendant une main à travers les barreaux », sous les yeux jaunes d'une énorme araignée[21].

Ces éléments associés aux peurs primales sont disséminés tout au long de l'action et contrastent avec la douceur de Blanche-Neige et le comique des nains, donnant au film un rythme « modéré mais constant », « jamais trop lent, ni trop rapide » à l'opposé des courts métrages, ce qui crée, pour Leonard Maltin, un « enchaînement de séquences d'une précision et d'une harmonie parfaites, comme si l'histoire [originale] avait toujours été conçue ainsi »[21],[n 2].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Interprètes (voix)[modifier | modifier le code]

  • Drapeau des États-Unis États-Unis : Lucille La Verne (la reine-sorcière)
  • Drapeau de l'Allemagne Allemagne :
    • 1er doublage (1938) : Dagny Servaes (la reine-sorcière)
    • 2e doublage (1966) : Gisela Reißmann (la reine-sorcière)
    • 3e doublage (1994) : Gisela Fritsch (la reine-sorcière)
  • Drapeau du Brésil Brésil :
    • 1er doublage (1938) : Cordélia Ferreira (la reine) / Estephana Louro (la sorcière)
    • 2e doublage (1965) : Lourdes Mayer (la reine) / Estelita Bell (la sorcière)
  • Drapeau de la Finlande Finlande :
    • 1er doublage (1962) : Rauni Luoma (la reine-sorcière)
    • 2e doublage (1993) : Terhi Panula (la reine) / Seela Sella (la sorcière)
  • Drapeau de l'Espagne Espagne : (2001) : Lucía Esteban (la reine) / Maria Luisa Rubio (la sorcière)
  • Drapeau de la France France :
  • Drapeau de la Hongrie Hongrie :
    • 1er doublage (1962) : Margit Lukács (la reine) / Ilus Vay (la sorcière)
    • 2e doublage (2001) : Éva Szabó (la reine-sorcière)
  • Drapeau du Mexique Mexique :
  • Drapeau de l'Italie Italie :
    • 1er doublage (1938) : Tina Lattanzi (la reine) / Dina Romano (la sorcière)
    • 2e doublage (1972) : Benita Martini (la reine) / Wanda Tettoni (la sorcière)
  • Drapeau du Japon Japon : Tanieda Kitabayashi (la reine) / Kyōko Satomi (la sorcière)
  • Drapeau du Portugal Portugal : Cláudia Cadima (la reine) / Cucha Carvalheiro (la sorcière)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Dans le film, son nom n'est pas cité ; en revanche, dans les livres Disney sortis dans les années 1930, elle est appelée reine Grimhilde[réf. nécessaire].
  2. Une autre scène de « peur » est celle de la fuite de Blanche-Neige dans la forêt. Prise de panique, sa peur de l'inconnu modifie la réalité : les arbres prennent vie et tentent de l'attraper, devenant de vrais méchants, le tout étant souligné par les expressions de terreur sur son visage. Plus l'imaginaire des spectateurs qui assistant à la scène est fort, plus ils s'identifient à l'héroïne et ressentent les émotions que les auteurs et artistes ont tenté de leur transmettre. Cf. Frank Thomas et Ollie Johnston, The Disney Villain, p. 32-3.
Références
  1. (en) Leonard Maltin, The Disney Films : 3rd Edition, p. 25
  2. a et b (en) Christopher Finch, The Art Of Walt Disney, p.66.
  3. a, b, c et d (fr) Robin Allan, Il était une fois Walt Disney : Aux sources de l'art des studios, p. 144
  4. Harry Arends, Making of de « Blanche-Neige et les Sept nains » disponible sur le 1er disque de l'édition DVD collector du film.
  5. (en) Frank Thomas et Ollie Johnston, The Disney Villain, p. 57
  6. (en) Frank Thomas et Ollie Johnston, Disney Animation : The Illusion of Life, p. 233
  7. (fr) Robin Allan, Il était une fois Walt Disney : Aux sources de l'art des studios, p. 178
  8. (fr) Robin Allan, Il était une fois Walt Disney : Aux sources de l'art des studios, p.200.
  9. a et b (en) Leonard Maltin, The Disney Films : 3rd Edition, p. 30
  10. (en) Frank Thomas et Ollie Johnston, Disney Animation : The Illusion of Life, p. 467
  11. (en) Pierre Lambert, Walt Disney, l'âge d'or, p. 51
  12. (en) Frank Thomas et Ollie Johnston, Disney Animation : The Illusion of Life, p. 418
  13. (en) Sean Griffin, Tinker Belles and Evil Queens, p. 73
  14. (en) Frank Thomas et Ollie Johnston, The Disney Villain, p. 51
  15. (en) Frank Thomas et Ollie Johnston, The Disney Villain, p. 19
  16. (en) Frank Thomas et Ollie Johnston, The Disney Villain, p. 101
  17. (en) Leonard Maltin, The Disney Films : 3rd Edition, p. 28-29
  18. a et b (fr) Bruno Girveau, Il était une fois Walt Disney : Aux sources de l'art des studios, p.198.
  19. a et b (fr) Bruno Girveau, Il était une fois Walt Disney : Aux sources de l'art des studios, p.201.
  20. (en) Leonard Maltin, The Disney Films : 3rd Edition, p. 31
  21. a et b (en) Leonard Maltin, The Disney Films : 3rd Edition, p. 29