Rayon N

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Les rayons N sont d'hypothétiques rayons découverts par le physicien français René Blondlot. L'erreur, de bonne foi, n'a duré qu'un an et a été révélée par Robert Williams Wood dans la revue Nature en septembre 1904.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1903, le physicien René Blondlot (1849-1930) commet l'une des plus grandes erreurs du XXe siècle en physique expérimentale.

Alors que Wilhelm Röntgen vient de découvrir les rayons X en 1895 et Henri Becquerel les rayons uraniques en 1896, René Blondlot commence à travailler sur les rayons de Röntgen en 1901. Il annonce en février 1903 la découverte de nouveaux rayonnements qu'il baptise « rayons N » (de l'initiale de sa ville, Nancy).

Blondlot jouissant d'une excellente réputation à la suite à ses précédentes recherches sur la polarisation des champs magnétiques, cette découverte est accueillie avec enthousiasme. L'Académie des sciences publie de nombreuses notes dans ses comptes rendus. Blondlot continue ses recherches et accumule les « découvertes », comme celles de nouveaux rayons N1 » en février 1904.

Deux scientifiques allemands, Rubens et Lummer, remettent vivement en cause la découverte, mais la rivalité entre la France et la Prusse en fait une question d'honneur national[1]. En juillet 1904, La Revue scientifique publie tout de même un article critique d'un chercheur italien[2]. Puis en septembre 1904, la revue Nature[3] publie un article de Robert Williams Wood, traduit un mois plus tard dans La Revue scientifique[4].

Wood y raconte sa visite au laboratoire de Blondlot : Les expériences, basées sur l'observation de la flamme d'une bougie, se déroulent dans la pénombre. À l'insu des expérimentateurs, Wood perturbe les expériences : enlèvement par ses soins du dispositif déclencheur et simulations diverses. Or imperturbablement, les expérimentateurs continuent à « observer » les effets attendus.

La Revue scientifique écrit : « Bien qu'en France on n'entende guère de voix qui s'élèvent contre la légitimité fondamentale de ces recherches, on ne peut (pas) ne pas être frappé par l'écho d'une rumeur qui ne cesse de grossir à l'étranger, rumeur de scepticisme et d'étonnement ». À la fin de l'année 1904, l'Académie des sciences attribue tout de même à Blondlot le prix Leconte, d'une valeur de 50 000 francs, « pour l'ensemble de ses travaux ».

Blondlot perd peu à peu ses soutiens, l'illusion de l'existence des rayons N a en effet duré à peine une année. Gustave Le Bon, adhérant à la thèse de l'autosuggestion, conclut « le public à l'avenir saurait (...) à quel point un grand corps savant peut être victime de ses plus lamentables erreurs. »

Blondlot a entraîné dans son entreprise plusieurs autres chercheurs[5] :

  • Charpentier « recherches sensationnelles sur l'émission des rayons par le système nerveux... » ;
  • Adolf Bernard Meyer, sur l'émission par les végétaux « note sur l'étude de l'émission pesante [les rayons N] provenant de l'organisme »;
  • Fred Dayton Lambert, sur l'émission par les ferments solubles ;
  • Bichat, sur « l'explication de la transmission des rayons par des fils »
  • Jean Becquerel, fils du découvreur de la radioactivité, qui présenta ses communications à l'Académie des sciences ;
  • André Broca, agrégé de physique à la faculté de médecine, lui-même fils de Paul Broca ;
  • Colson, professeur de chimie à l'École polytechnique ;
  • Bagard, professeur à la Faculté des sciences de Dijon.

Analyse[modifier | modifier le code]

Les expériences décrites par Blondlot étaient, à postériori, extrêmement peu fiables. Basées sur l'observation d'une flamme dont l'éclat varie déjà naturellement de 25 % (d'après Wood), les observations nécessitaient, d'après Blondlot « d'éviter toute contrainte de l’œil, tout effort de vision, d’accommodation ou autre » sur la source lumineuse dont on voulait mesurer l'éclat. D'après des physiologistes de l'époque, comme le docteur Weiss, « le relâchement de l'accommodation est accompagné d'une dilatation de la pupille et par suite d'une pénétration plus grande de lumière dans l'œil ».

À décharge, l'époque était propice à la découverte de nouveaux rayons. De plus, l'impossibilité de reproduire une expérience ne prouve pas la fausseté de celle-ci, comme l’ont prudemment invoqué des chercheurs interrogés à ce sujet (enquête de La Revue scientifique à la fin 1904). De même, la vérité scientifiques ne peut pas s'établir sur une simple majorité d'opinions. Si des chercheurs ont remis en cause ses résultats, d'autres ont prétendu avoir réussi à les reproduire.

Cette affaire a apporté d'importants enseignements sur les processus cognitifs, et est depuis souvent citée dans ce cadre. Elle a incité à plus de précautions dans les expérimentations et à réaliser dans certains cas des tests en double aveugle, limitant ainsi le biais de confirmation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Thuillier, Le Petit Savant illustré : La triste histoire des rayons N, p. 63. ISBN 2-02-005699-2
  2. « La subjectivité dans l'observation des rayons N », Revue scientifique, vol. 2, 5e s., no 5,‎ juillet 1904, p. 152-153 (lire en ligne).
  3. (en) Robert W. Wood, « The n-Rays », Nature, vol. 70, no 1822,‎ 29 septembre 1904, p. 530–531 (ISSN 0028-0836, DOI 10.1038/070530a0, lire en ligne).
  4. « La question de l'existence des rayons N », Revue scientifique, vol. 2, 5e s., no 17,‎ 22 octobre 1904, p. 536–538 (ISSN 0370-4556, lire en ligne).
  5. [Pierre Thuillier, "le petit savant illustré"], "La triste histoire des rayons N", p. 62|ISBN=2-02-005699-2

Sources[modifier | modifier le code]