Ramanuja

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Rāmānuja (10771157) était un mystique, philosophe et théologien de l’Inde. Il est considéré par les hindous comme le plus grand commentateur du viśiṣṭādvaita, un texte du Vedānta. Il est considéré comme le troisième plus important Ācārya par les Sri Vaishnavas. Il fut l’adversaire de la philosophie de Shankara.

Dates de naissance et de décès controversées[modifier | modifier le code]

Les biographies donnent généralement pour date de naissance et de décès 10171137, ce qui correspondrait à une vie de 120 ans. Pour cette raison, il est parfois estimé que sa naissance a en fait eu lieu 20 à 60 ans plus tard et sa mort 20 ans plus tôt. La correction acceptée par plusieurs érudits est 1077 – 1157.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Aux environs du VIIe siècle, la crainte des hindous que le bouddhisme et le jainisme puissent les supplanter a produit une renaissance de l’hindouisme qui n’a pas déclinée depuis. L’aspect le plus populaire de cette résurgence s’est manifesté dans les mouvements dévotionnels (bhakti) représentés par les Vaishnavas et les 12 Alvars (littéralement les "plongés" en Dieu). Ces derniers provenaient de toutes les castes et leurs textes poétiques, insistant sur le fait que le sexe ou la caste n’étaient pas une barrière à la communion avec le divin, étaient inhabituels dans la pensée védique classique.

C’est à la même période qu’est apparu le Vedānta et un de ses commentateurs les plus réputés, Adi Shankara. La position de Shankara était directement opposée à celle qui caractérise le mouvement de la Bhakti. D’un côté, le Brahman est la seule réalité et de l’autre, l’adoration des divinités est la norme. Le projet de Rāmānuja a consisté alors à démontrer la validité d’une divinité personnelle et les disciples de Shankara sont alors devenus des cibles de cette polémique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rāmānuja s’appelait Ilaya Perumal, il est né dans une famille de brâhmanes du village de Perumbudur dans le Tamil Nadu. Son père s’appelait Asuri Keshava Somayaji Deekshitar et sa mère Kanthimathi. Ils étaient de la secte des Vadama. Après son mariage à un jeune âge et le décès de son père, sa famille déménagea à Kanchipuram. Il y rencontra son premier guru, Yadavaprakasha, un enseignant de la philosophie du Vedānta en vogue à cette époque, dans la tradition moniste de Shankara (Advaita Vedānta). Son professeur le trouva très habile avec les concepts philosophiques abstraits, mais il s’inquiétait de sa tendance à préférer la Bhakti.

À cause d’un complot qui aurait visé à le faire tuer (le roi shivaïte de l'époque voyait en lui un représentant redoutable du vishnouisme, forme de l'hindouisme que ce roi particulièrement intolérant rejetait [1]), Rāmānuja quitta Yadavaprakasha et rejoignit un autre maître Yamunacharya, philosophe de l’école Vishishtadvaita.

C’est alors que Rāmānuja eut la conviction que sa vie d’homme marié était une interférence à sa quête spirituelle. Il renvoya sa femme à sa famille et devint un sannyasin (un renonçant). Il commença alors à débattre au sein des temples vishnouite et son talent oratoire lui valut de nombreux disciples. Il commença à écrire ses livres à cette période.

Vishishtadvaita[modifier | modifier le code]

La philosophie de Rāmānuja est appelée Vishishtadvaita parce qu’elle combine les principes de l’advaita Vedānta (non-dualité) avec veux de Vishesha (les attributs de dieu)

Les principes[modifier | modifier le code]

Shankara enseignait que toutes les manifestations et les qualités, toutes les différences étaient irréelles et transitoires (des reflets du Brahman, mais sans existence propre), résultat de l’ignorance. Rāmānuja pensait lui qu’elles étaient réelles et permanentes, bien que sous le contrôle du Brahman. Selon lui, les divinités n’existaient pas indépendamment du Brahman, elles en étaient les Prakara, les modalités, ou les Sheshas, les accessoires, ou encore les Niyama, ou aspects contrôlés. Dans la philosophie de Rāmānuja, Dieu (Narayana) possède deux Prakara (modes d’expression), le monde et les âmes. Les deux sont liés à Dieu, comme le corps humain serait lié à l’âme. La matière du monde et les âmes constituent, dans cette philosophie, le corps de Dieu. Ce dernier contrôlant leur existence.

Selon Rāmānuja, et en opposition aux adeptes de l’Advaita Vedānta, la connaissance du Brahman ne peut pas provenir de la connaissance des textes ou de l’intelligence, mais par la méditation. Toujours en contradiction avec Shankara, Rāmānuja déclarait qu’il n’existait aucune source de connaissance qui défendait le fait que le Brahman, la réalité ultime et unique, ne possède pas d’expressions multiples. Les sources de la connaissance selon lui, et l’expérience empirique révèlent que tous les objets sont distincts.

La question d’Avidya[modifier | modifier le code]

Rāmānuja décrivait ce qu’il percevait comme les failles de la philosophie de Shankara. La question d’Avidya, était centrale à ce débat. Les adeptes de l’Advaita proclament qu’Avidya (littéralement, non-connaissance : ’ignorance de la nature de la vie) n’est ni réelle, ni irréelle, mais incompréhensible. Selon Rāmānuja, Avidya ne peut être que réelle ou irréelle. Il ne peut y avoir d’autres possibilités. Mais si avidya est réel, alors la non-dualité devient duelle. Si Avidya est irréel, cela conduit à un cercle vicieux mental. Selon Rāmānuja, les advaitin fuient la réalité de l’expérience directe. Par ailleurs, Rāmānuja soutenait que la connaissance directe n’était pas établie par la perception, ni par la déduction, et encore moins par le témoignage des textes sacrés.

Production littéraire de Rāmānuja[modifier | modifier le code]

Rāmānuja a écrit 9 ouvrages, appelés aussi les “neuf précieux joyaux”, les Navaratnas[2] :

  • Sri Bhashya ou Brahma Sutra Bhashya, commentaire des Brahma Sutra.
  • Vaikuntha gadyam
  • Sriranga Gadyam
  • Saranagati Gadyam, un dialogue imaginaire entre Rāmānuja et Narayana
  • Vedartha Sangraha, un condensé du Vedānta.
  • Vedanta Sara
  • Vedanta Dipa
  • Gita Bhashya, commentaire de la Bhagavad Gita.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les maîtres spirituels de l'hindouisme, Alexandre Astier, éditions Eyrolles.
  2. http://sanskrit.inria.fr/DICO/34.html#navaratna

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rāmānuja et la mystique vishnouite Anne-Marie ESNOUL, éditions du Seuil, 1964
  • (en) The Theology of Rāmānuja: Realism and religion, Bartley, C. J, Routledge Curzon 2002
  • (en) The Life of Rāmānuja, Govindacharya A, S. Murthy 1906
  • (en) Vishishtadvaita Vedānta: A study, Heritage publishers Sharma, Arvind, New Delhi, 1979