Plan Colombie

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Le Plan Colombie (en espagnol : Plan Colombia) est un plan né en partie avec les discours électoraux d’Andrés Pastrana Arango proposant un Plan Marshall pour la Colombie, en même temps que des stratégies nouvelles de lutte contre le narcotrafic[1]. Ce plan a donné lieu à une aide des États-Unis pour ce qui est de la lutte contre le trafic de drogues, ainsi qu'à une aide militaire des États-Unis à la Colombie, ces deux aspects représentant près de 70 % des transferts financiers réalisés dans le cadre du Plan Colombie[réf. nécessaire].

Création du Plan Colombie[modifier | modifier le code]

L'idée initiale d'Andrés Pastrana[modifier | modifier le code]

Lorsque Andrés Pastrana est élu président de la République de Colombie en juin 1998, il souhaite engager un plan de développement économique et social qui sortira la Colombie de la violence et du narcotrafic : « Partant du constat que la violence dans le pays est profondément enracinée dans l'exlusion économique et politique et dans une vie démocratique qui ne résout pas les inégalités et la pauvreté, et que cette violence se voit dynamisée par les cultures illicites ; l'investissement, public comme privé, doit contribuer à créer les conditions pour construire la paix, tout en construisant et en renforçant la démocratie »[2].

Cette première version du Plan Colombie prévoyait d’engager des négociations de paix avec les guérillas et cherchait surtout à mettre en place un programme de développement social suffisamment structuré qui devrait permettre d'offrir aux paysans une alternative concrète à la culture de la coca, via d'importants investissements dans la production, l’infrastructure et le développement social. Ces investissements se seraient notamment concentrés sur les régions qui présentaient un haut niveau de violence et d'économie illégale[2] .

Objectifs et financement du plan finalement mis en œuvre[modifier | modifier le code]

Colin Powell lors d'une visite en Colombie pour appuyer le Plan Colombie.

L’administration Clinton et Andrés Pastrana ont décidé en 1999 de mettre en œuvre conjointement un « plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l’État »[3]. Cette version effectivement mise en œuvre du Plan Colombie était prévue pour durer six ans (1999-2005) et avait, selon le gouvernement colombien, quatre objectifs principaux [4] :

  • lutte contre la production de drogues et le crime organisé,
  • aide aux paysans et encouragement aux cultures de substitution,
  • renforcement des institutions,
  • désarmement et réinsertion des acteurs armés.

Le financement devait être assuré par les gouvernements des États-Unis et de la Colombie ainsi que d'autres partenaires, en particulier l'Union européenne. Les stratégies proposées pour atteindre ces objectifs se fondaient essentiellement sur une augmentation de la capacité militaire de lutte contre le narcotrafic et sur la fumigation par agents biologiques des champs de coca[réf. nécessaire], afin de réduire l’étendue de ces cultures. Le plan prévoyait également le financement d’actions sociales (programmes d’éducation, mise sur pied d’infrastructures), mais 70 % des fonds ont été alloués aux dépenses militaires.[réf. nécessaire]

Position de l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Lorsque les États-Unis et le gouvernement colombien ont mis en place le Plan Colombie, il était prévu que l’Union européenne prenne part largement au volet social de ce plan. L'Union européenne s'est retrouvée prise entre, d'un côté, les États-Unis, le gouvernement Pastrana, certains pays européens qui soutenaient individuellement le Plan Colombie (notamment l’Espagne et les Pays-Bas) et, d'un autre côté, sa propre réticence à contribuer à un plan comprenant un important volet militaire. Le Parlement européen a finalement refusé de financer le volet social du Plan Colombie dans une résolution critiquant avec force ce plan[5], en particulier pour son aspect fortement militariste et pour « la priorité (donnée) à des aspersions aériennes et à l’utilisation d’agents biologiques » pour la lutte contre les cultures illicites. L'Union européenne a finalement proposé un « programme européen substantiel de soutien socio-économique et institutionnel au processus de paix en Colombie », soit 105 millions d’euros pour la période 2000-2006 avec comme objectif fondamental de promouvoir le processus de paix, le respect des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des libertés[5].

Critiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs gouvernements européens et latino-américains, ainsi que les principales organisations internationales de défense des droits de l'homme, reprochent au Plan Colombie sa trop grande militarisation. Il ne ferait, en effet, que déplacer les conflits et les trafiquants d'une région vers une autre ou les repousser hors des frontières du pays.[réf. nécessaire]

Par ailleurs, les détracteurs du Plan Colombie lui reprochent essentiellement de prendre uniquement pour cible la guérilla marxiste, et de n'exercer aucun contrôle sur les paramilitaires. L'élément le plus critiqué est l'intensification de la destruction des cultures de coca : l'épandage par avion de glyphosate, herbicide puissant et hautement toxique, affecte aussi l'agriculture légale. La fumigation aurait ainsi pour conséquence de contraindre les familles au déplacement parce que leurs champs sont anéantis et qu'elles sont en situation d'insécurité.

Résultats[modifier | modifier le code]

L’arrivée massive d’avions de fumigation en 2000 a entraîné l’augmentation du nombre de maladies, des déplacements de population et la destruction massive des cultures légales[6],[7].

Par ailleurs, le Plan Colombie comprenait aussi des programmes de développement alternatif dans le Putumayo. À travers ces projets, l’objectif était de persuader les paysans de passer des cultures de coca à des cultures légales. Dans le cadre de ce que l’on appelle des « pactes sociaux », les paysans ont une année pour se débarrasser de leur coca en échange d’aides financières. Ils peuvent remplacer leur coca par des cultures légales qui sont supposées être achetées et transportées dans des usines de traitement. Ils peuvent aussi participer à des projets locaux mis sur pied par plusieurs agences internationales. Toutefois, le Plan Colombie a accordé beaucoup moins d’importance aux programmes de ce type qu’aux fumigations aériennes. Par conséquent, presque la totalité des projets alternatifs mis en œuvre dans le Putumayo ont échoué, souvent avant même qu’ils aient pu avoir un impact positif sur les communautés locales[réf. nécessaire].

Pour prendre la suite du Plan Colombie, le gouvernement des États-Unis a mis en marche l'Initiative Régionale Andine, rejetée par le Venezuela.[réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Andrés Pastrana et Camilo Gómez, La Palabra bajo Fuego, Bogotá, Editorial Planeta Colombiana S.A.,‎ 2005, p. 48–51
  2. a et b « The original Plan Colombia », sur ciponline.org,‎ mai 1999 (consulté le 30 octobre 2009)
  3. Maurice Lemoine, « Plan Colombie, passeport pour la guerre », Le Monde diplomatique,‎ août 2000 (lire en ligne)
  4. (es) BALANCE PLAN COLOMBIA 1999 – 2005,‎ septembre 2006, 43 p. (lire en ligne)
  5. a et b Parlement européen, « Résolution du Parlement européen sur le plan Colombie », sur monde-diplomatique.fr,‎ février 2001 (consulté le 1er novembre 2009)
  6. (fr) Coca et pluies empoisonnées, fléaux de la Colombie
  7. (es) Fumigación aérea con glifosato es una locura: Bellé (publié le 25/02/2007)

Liens externes[modifier | modifier le code]