Piotr Skarga

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Le père Piotr Skarga

Piotr Skarga (de son vrai nom Piotr Powęski), né le 2 février 1536 à Grójec, au sud de Varsovie (Pologne) et décédé le 27 septembre 1612 à Cracovie (Pologne), était un prêtre jésuite polonais, orateur et écrivain de renom et prédicateur à la cour de Pologne. Il est une des figures majeures de la Contre-Réforme en Pologne et Lituanie, au temps de la république des deux nations.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et sacerdoce[modifier | modifier le code]

Membre de la famille Powęski, Piotr Skarga étudie dans sa ville natale et à l’académie de Cracovie (1552-1555), où il obtient son diplôme de bachelier. Il est d’abord directeur d’une école dépendant de la cathédrale Saint-Jean de Varsovie (1555-1557) avant d’être employé comme précepteur particulier du fils ainé d’André Tenczynski, seigneur de Cracovie.

C’est à Vienne où il accompagne son pupille, admis en 1560 comme interne au collège jésuite, que Skarga rencontre pour la première fois des jésuites, membres d’un ordre religieux approuvé depuis à peine une dizaine d’années. À la mort de son protecteur André Tenczynski (en 1561), Skarga quitte le service de la famille et se prépare a une carrière ecclésiastique. Il est ordonné prêtre en 1564 à Lviv (Ukraine). Après son ordination il est nommé chanoine au chapitre de la cathédrale de Lviv. Ses sermons attirent les foules.

Entrée chez les jésuites[modifier | modifier le code]

En 1568, il se rend à Rome et, l’année suivante, demande son admission dans la Compagnie de Jésus. Il commence son noviciat à Saint-André-du-Quirinal le 2 février 1569 tout en poursuivant des études de théologie au Collège Romain tout proche et en assurant un confessionnal (par nomination papale) à la basilique Saint-Pierre. Skarga est de retour en Pologne en 1571. Il y est professeur à Pultusk (1571-1573), mais est de plus en plus sollicité comme prédicateur : ainsi il visite Lviv, Jaroslaw et Plock. Il a le soutien de Anna Jagellon, reine de Pologne et Lituanie.

En Lituanie[modifier | modifier le code]

De 1573 à 1584 il se trouve à Vilnius, en Lituanie. Son ministère est de plus en plus orienté vers la prédication et la lutte contre les idées calvinistes (de tendance zwingliste) qui se répandent dans le grand-duché de Lituanie. Au départ il seconde un autre jésuite, Stanislas Warszewicki. Quand ce dernier quitte la Lituanie pour être délégué apostolique en Suède (1574) Skarga devient le prédicateur principal de l’église jésuite de Vilnius.

Parmi les nombreux propriétaires terriens et aristocrates lituaniens dont il obtient le retour au catholicisme on note les trois princes Radziwiłł (en 1574) : Albert, Stanislas et Jerzy (ce troisième deviendra évêque de Vilnius et cardinal) tous trois récemment rentrés d’universités allemandes. Ils étaient les frères cadets de Mikołaj Krzysztof Radziwiłł, dit ‘l'Orphelin’, qui passé au catholicisme en 1567, était devenu très actif dans la diffusion de livres catholiques. Il avait acheté une imprimerie pour y publier les écrits de Skarga.

L’opuscule ‘Sacratissima Eucharistia’ de Skarga est une défense de la foi et doctrine catholique de l'Eucharistie contre les partisans de Zwingli. Contre André Wolan, autre zwingliste, il écrit ‘Siedem filarów’(‘Sept piliers’) et l’Artes duodecim sacramentariorum’. Skarga cherche à réconcilier les Ruthènes avec l’Église de Rome en publiant pour eux (en 1577) ‘O jednosci Koscciolà Bozego’ (‘Sur l'unité de l'Église de Dieu’).

Recteur de l’Académie de Vilnius[modifier | modifier le code]

Quand le roi Étienne Báthory élève le collège jésuite de Vilnius au rang d’Académie (universitaire), Skarga en est nommé le premier recteur: il le sera de 1579 à 1584. Il a encore le temps d’écrire ‘Zywoty swietych’ (‘Vies de saints’) qui est longtemps resté populaire. Conseiller personnel du roi Étienne Báthory il l’encourage et le soutient dans sa fondation des collèges jésuites de Polotsk (aujourd’hui en Biélorussie), Riga (Lettonie) et Tartu (Estonie).

En 1584, Skarga est nommé supérieur de la résidence annexe de l'église Sainte-Barbe, à Cracovie. Il y continue son apostolat de la prédication tout en étant très actif et créatif dans l’aide aux plus démunis. Il fonde ainsi plusieurs associations charitables telles la ‘Confrérie de la Miséricorde’ pour l’aide aux pauvres, la ‘Caisse de Saint-Nicolas’ pour doter les jeunes filles pauvres cherchant à se marier et la ‘Fraternité de Saint-Lazare’ pour couvrir les frais de funérailles des victimes de la peste et autres calamités. Il ouvre même une banque qui prête de l’argent sans intérêt.

Prédicateur à la cour de Cracovie[modifier | modifier le code]

En janvier 1588, par nomination du roi Sigismond III Vasa, Skarga est fait ‘prédicateur de la cour’, un poste qui sera le sien durant 23 ans. Chaque dimanche et jour de fête il donne un sermon. Ces sermons seront rassemblés en collections et publiés par la suite. Il prêche également aux sessions de la diète dans la cathédrale de Wawel, et à celle de la cathédrale Saint-Jean, à Varsovie. Ses ‘Sermons pour le Parlement’ (‘Kazania sejmowe’) sont des pièces d’anthologie et font partie des plus belles pages de la littérature polonaise.

Politiquement il est en faveur d’un pouvoir royal fort, protégeant le peuple contre les abus et exactions de l'aristocratie et des propriétaires terriens qu'il critique sévèrement. Dans ses sermons, aussi bien à la cour qu’au parlement, il tente de mettre ordre dans la vie politique de la Pologne et prêche vigoureusement contre les libertés individuelles excessives de certains qui causent du tort à beaucoup.

Religieusement il est très en faveur de l'Union de Brest', un accord interreligieux signé à Brest (Biélorussie) en 1596 permettant à de nombreux orthodoxes de la république des deux nations s'unir à l'église catholique tout en gardant leurs coutumes et rites liturgiques orientaux.

Sa santé se détériorant il est libéré de sa fonction royale et, fin avril 1612, donne son dernier sermon devant le roi. Il se retire au collège jésuite de Cracovie où il meurt cinq mois plus tard, le 27 septembre 1612. Piotr Skarga Powęski est enterré dans l’église Saints-Pierre-et-Paul.

Sarcophage de Skarga, à Cracovie (toujours fleuri)

Reconnaissance publique[modifier | modifier le code]

  • Étant donné le témoignage éminemment religieux de sa vie personnelle allié à un zèle apostolique evident au service de l’Évangile et de l’Église, quelques tentatives furent faites pour ouvrir sa cause de béatification, mais sans succès à ce jour.
  • En 2004, pour célébrer le 425e anniversaire de l’université de Vilnius les services postaux de Lituanie émirent un timbre ayant en médaillons les portraits du roi Étienne Báthory et du jésuite Piotr Skarga, les cofondateurs de l’Académie de Vilnius, ancêtre de l’université.

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Skarga a fort à cœur l’unité de l'Église, brisée au temps de la Réforme. Ses écrits contribuent à la restaurer. Il fait toujours la différence entre l’hérésie, qui est mauvaise et condamnable, et les personnes qui sont foncièrement bonnes.
  • Des quelque vingt-neuf livres publiés, plusieurs ont connu de nombreuses réimpressions. Mais tout particulièrement son ‘Kazania Sejmowe (Sermons pour le parlement) a trouvé une place d’honneur dans la littérature polonaise.
  • Son très populaire Zywoty swietych (Vies de saints) est théologiquement riche et littérairement fort élégant: on le réimprime encore après quatre siècles.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Berga: Un prédicateur de la cour de Pologne sous Sigismond III: Pierre Skarga (1536-1612), Paris, 1916.
  • G.M. Godden: P. Skarga, Priest and patriot, London, 1947.
  • G.W. Williams: Peter Skarga (1536-1612) in Shapers of religious traditions in Germany, Switzerland and Poland (1560-1600), ed. by J. Ratt, New Haven, 1981.

Lien externe[modifier | modifier le code]