Pinceau de calligraphie

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Différents pinceaux à lavis chinois, le plus en haut est en plumes de poule (鸡毛)

Le pinceau de calligraphie, ou pinceau à lavis (ct:毛筆 cs:毛笔 py:máobǐ, japonais: 筆 fude), est l'un des Quatre trésors du lettré chinois (et par extension du monde chinois: Chine, Corée, Japon et Vietnam). Il s'agit en fait d'un pinceau à lavis, qui sert non seulement à la calligraphie mais aussi à la peinture.

« Parmi les instruments humains, il en est un qui se distingue parmi les autres comme symbole d’art et de beauté : c’est le pinceau. Il permet à l’homme de communiquer, d’exprimer ses rêves et ses pensées. »[1]

En Europe, le pinceau à aquarelle, aussi appelé 'mouilleur' ou 'pinceau à lavis', est assez proche du pinceau de calligraphie de par sa forme et conserve les mêmes propriétés que certains pinceaux à lavis. Il est généralement constitué de poil de petit-gris (un écureuil nordique) qui a de très bonnes propriétés de rétention d'eau, ou parfois de poney, moins absorbant.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le plus ancien pinceau retrouvé en Asie date du IVe siècle avant notre ère mais il est probable qu’on l’utilisait déjà depuis au moins 500 ans. Son manche est généralement en bambou et sa touffe en poil de chèvre. Mais il existe aujourd'hui des pinceaux dans divers autres matériaux. Les poils doivent avoir pour propriété une bonne absorption de l'eau et de l'encre, capital pour les techniques de lavis.

Dans l'écriture de tous les jours, les stylos à bille ou feutre ont remplacé les pinceaux dans ces pays.

Les quatre vertus du pinceau[modifier | modifier le code]

Selon la tradition, les conditions nécessaires pour avoir des pinceaux de haute qualité sont les suivantes :

  • sen 尖 : l’extrémité de la touffe est pointue.
  • sei 斉 : lorsque l’on aplatit tous les poils, leurs extrémités sont alignées. Dans le cas des pinceaux en poils de chèvre, plus l’extrémité de la touffe est transparente, meilleure est la qualité.
  • en 円 : chacune des parties (la pointe, la gorge, le ventre, les hanches) trempée dans l’eau ou dans l’encre, peut être tournée et retournée sans problème.
  • ken 健 : les poils sont bien équilibrés et répondent parfaitement aux mouvements qui leur sont donnés.

Composition des pinceaux[modifier | modifier le code]

Les poils[modifier | modifier le code]

Les poils des pinceaux sont principalement des poils d’animaux avec trois principaux types :

yángháo 羊毫 : poils de chèvre, relativement souple.
lángháo 狼毫 : poils de Putois de Sibérie (huángshǔláng 黄鼠狼 Mustela sibirica), relativement ferme.
xuǎnháo 选毫 : poils de belette ferme au centre puis une couronne de poils de chèvre pour sa souplesse.

Au Japon, les pinceaux jûmô 柔毛 sont souples, les pinceaux gômô 岡毛 sont en poil rigide, et les pinceaux kengô 兼毫 mélangent les deux types de poils.

On utilise le plus souvent des poils de chèvre, de cheval, de tanuki (chien viverrin), de belette, de martre, de lièvre, d’écureuil, de chat, de cerf… Mais aussi, plus rarement, de renard, de singe, de buffle… Il existe également des pinceaux fabriqués à base de plumes (zh: 鸡毛 jī máo) donnant un pinceau long et très pointu une fois mouillé, ou à base de fibres végétales. On peut trouver en général sur un même animal des poils durs, et des poils fermes.

Il existe un rituel selon lequel les parents confectionnent un pinceau avec les cheveux de leur nourrisson afin de leur adresser des vœux de bonheur : ces pinceaux fins et souples sont particulièrement appréciés des calligraphes[réf. nécessaire].

« Ainsi le pinceau que l’on appelle “le grand nuage blanc“ est composé d’un tiers de martre, un tiers de chèvre, un tiers de chat sauvage. On a parlé aussi, mais c’est plus ou moins légendaire, de cheveux d’enfants, de moustaches de chat, de rat, de tigre… Le pinceau idéal serait fait “de queue de martre sauvage mâle tuée en automne, par une nuit de pleine lune, dans les montagnes du nord de la Chine“. »[2].

Les formes[modifier | modifier le code]

On distingue deux types de pinceaux :

  • les pinceaux aux poils réunis et durcis (katame-fude 固め筆 ou mizu-fude 水筆), qui ont des poils assez peu vigoureux au niveau des hanches, ce qui permet de ne les utiliser que jusqu’au ventre: ils sont plutôt destinés aux personnes de niveau supérieur;
  • les pinceaux aux poils séparés (sabaki-fude 捌き筆, sanmô-hitsu 散毛筆 ou santaku-hitsu 散卓筆).


Autres pinceaux :

« pinceau en forme de feuille de saule », ryûyô-hitsu 柳葉筆 

Les poils de ces pinceaux peuvent contenir beaucoup d’encre et conviennent aux longs tracés; l’épaisseur des traits est facilement variable. C’est la forme la plus commune.

« pinceau en forme de tête de moineau », jakutô-hitsu 雀頭筆 

Ce type de pinceau est destiné aux petits caractères, ses poils sont courts et ses hanches flexibles.

« pinceau pour le tracé du visage », mensô-hitsu 面相筆 

Ses poils sont très fins et le diamètre de sa base ne mesure que 2 à 4 mm, pour une longueur de 2 à 3 cm. Il est utilisé dans la peinture traditionnelle, pour les tracés qui demandent beaucoup de précision.

« pinceau aux poils roulés autour du cœur », engui-hitsu 延喜筆, shinmaki-fude 芯巻筆 ou makishin-fude 巻心筆

Ce type de pinceau convient à la calligraphie de sô-gana. Ses poils sont très souples et faciles à tourner sur le papier.

Longueur et diamètre[modifier | modifier le code]

On peut classer les pinceaux en cinq catégories selon le rapport entre le diamètre et la longueur des poils :

« très longs poils », chô-chôhô 超長鋒 

Le diamètre de la base des poils est au moins 6 fois plus petit que la taille des plus longs poils.

« longs poils », chôhô 長鋒 

Le rapport est de 1 contre 5 à 6. Ces deux catégories de pinceaux n’ont pas de hanches très fortes et réclament une certaine maîtrise. Ils permettent de réaliser des tracés longs, dynamiques et variés.

« poils d’une longueur moyenne », chûhô 中鋒 

Le rapport est de 1 contre 3 à 4.

« poils courts », tanpô 短鋒 

Le rapport est de 1 contre 2 à 3. Il est conseillé aux débutants de commencer avec des pinceaux de ces deux dernières catégories.

« poils très courts », chô-tanpô 短超鋒 

Le rapport est de 1 contre 0,8 à 2. Les pinceaux jakutô-hitsu font partie de cette catégorie. Pour calligraphier des sutras, on utilise des pinceaux tanpô et chô-tanpô.

Remarques complémentaires[modifier | modifier le code]

En général les pinceaux japonais ont des ventres solides pour que la pointe puisse tracer de manière efficace. Alors que les pinceaux chinois présentent en général une pointe plus arrondie et plus épaisse. La plupart du temps les pinceaux japonais possèdent 2 ou 3 poils plus longs au milieu de la touffe, ce sont les “poils de vie“, inochi-ge 命毛.

La plupart du temps le manche des pinceaux est fait de bambou, mais on en trouve de toute sorte, allant du plastique à l’ivoire et même l’or.

Il est important de bien entretenir ses pinceaux. Lorsqu’ils sont neufs, enduits de colle, il faut laver la pointe à l’eau claire. Et après chaque utilisation, il faut délicatement laver les poils à l’eau claire et froide et les essuyer en douceur ; puis les laisser sécher la tête en bas.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Edoardo FAZIOLI, Caractères chinois : du dessin à l’idée, Flammarion, 1987, 252 p.
  2. Claude DURIX, Écrire l’éternité - L’art de la calligraphie chinoise et japonaise, Les Belles Lettres, 2000, 146 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude DURIX, Écrire l’éternité- l’art de la calligraphie chinoise et japonaise, Les Belles Lettres, 2000, 146 p.
  • Yuuko SUZUKI, Initiation – Calligraphie japonaise, Fleurus, 2003, 80 p.
  • Edoardo FAZIOLI, Caractères chinois : du dessin à l’idée, Flammarion, 1987, 252 p.
  • Introduction à la calligraphie chinoise, (traduction du chinois) E100 (éditions du centenaire), 1983, 88 p.