Passage de la Bourse

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Passage de la Bourse
Image illustrative de l'article Passage de la Bourse
Présentation
Période ou style néoclassique
Architecte Edmond Legraive
Date de construction 1890-1893
Protection Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1990, 2011, la verrière et les façades de la galerie, en ce compris les façades du corps d'entrée donnant sur la rue de Marchienne, no 52011-CLT-0079-01)
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Province Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Commune Drapeau de la Ville de Charleroi Charleroi
Localisation
Coordonnées 50° 24′ 26″ N 4° 26′ 26″ E / 50.407342, 4.440467 ()50° 24′ 26″ Nord 4° 26′ 26″ Est / 50.407342, 4.440467 ()  

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Passage de la Bourse

Le Passage de la Bourse est une galerie couverte de la ville de Charleroi, en Belgique.

Il est implanté dans un îlot de la Ville Basse cerné par la place Albert Ier au nord, la rue Puissant d'Agimont à l'est, la rue Léopold au sud, et les rues du Collège et de Marchienne à l'ouest.

Il a été édifié à la fin du XIXe siècle par l'architecte Edmond Legraive. D'inspiration néo-Renaissance flamande pour les bâtiments extérieurs, il est de style néoclassique pour les façades intérieures de la galerie. Il est classé depuis 1990, classement modifié en 2011.

Histoire[modifier | modifier le code]

Urbanisation de la Ville Basse[modifier | modifier le code]

La Ville-basse de Charleroi vers 1770 (carte de Ferraris).

La Ville Basse de Charleroi est créée en 1673 sur ordre de Louis XIV qui occupait alors les lieux, pour étendre la place forte et défendre le passage de la Sambre[réf. nécessaire]. Afin de peupler la forteresse, le roi accorde des privilèges, dont l'exemption d'imposition[1]. L'activité économique s'y développe. La carte de Ferraris de la fin du XVIIIe siècle indique un bâti relativement dense, sauf le vaste îlot à l'ouest, occupé en grande partie par le couvent des Capucins, construit en 1681, dont les jardins s'étendent jusqu'aux remparts[2].

À la Révolution française, en 1796, le couvent est vendu comme bien national puis acheté en 1803 par l'Administration communal qui y installe la Maison de ville[3] et en 1845 un collège communal[4]. L'église conventuelle, qui devient église paroissiale en 1804, est remplacée en 1830 par un nouvel édifice érigé par Jean Kuypers[5]. Une nouvelle voie, la rue du Collège, est percée en 1837 à travers les anciens jardins du couvent[6].

Rue du Collège, Hôtel de ville, collège et église vers 1865

Après la rectification du canal de dérivation de la Sambre en 1843, les remparts qui étaient établies en ce lieu laissent la place à de nouveaux îlots urbanisés situés le long de la voie d'eau[7]. La bourgeoisie d'affaires, organisée en chambre de commerce dès 1827[8], s'y installe[9]. La création de la voie ferrée et la gare en 1843 au sud du canal[10], intensifie la vocation commerciale de la Ville Basse. Ville qui est située au cœur d'une région en pleine effervescence industrielle : l'extraction de la houille, la sidérurgie, la verrerie et la chimie[11].

C'est donc logiquement là que l'on songe à établir une bourse de commerce.

La bourse de commerce et le passage couvert[modifier | modifier le code]

La bourse de commerce, établie en 1875, fut provisoirement hébergée dans la salle des fêtes l'ancien Hôtel de Ville[12] abandonné par l'administration qui déménage à la Ville Haute en 1887[13],[3].

Dès 1888, le Conseil communal de Charleroi examine plusieurs projets pour aménager l'emplacement de l'ancien Hôtel de Ville. Il donne finalement son accord à une projet de l'architecte Edmond Legraive, originaire d'Ixelles (Bruxelles), en octobre 1890[14]. Les plans prévoient la construction d'une galerie couverte au Nord, avec accès depuis la rue de Marchienne, et d'une Bourse de commerce au Sud, donnant sur la rue Léopold. Le projet intègre également des locaux devant servir à des bureaux d'arbitrage et de conciliation, aux opérations de tirage au sort pour le service militaire, des salles de réunions, un bureau de police, une remise de pompes à incendie, un corps de garde, etc[15]. La galerie couverte est prévue pour accueillir des commerces. Chaque maison, composés d'un rez-de-chaussée commercial et pourvu de trois étages, est prévue pour être vendue séparément[16], la Ville restant propriétaire de la voirie couverte. Le nom de « Passage de la Bourse » est donné en novembre 1890 par le Collège communal[17]. L'ensemble sera inauguré le 10 avril 1892[12].

Le Passage de la Bourse devient vite un lieu privilégié des amateurs d'art, de musique et autres divertissements où s'installent boutiques, music-hall, cinéma, librairie, imprimerie…[4],[18]

Après la Seconde Guerre mondiale, la galerie perd de son lustre, et la Bourse de commerce de 1892 sera remplacée en 1963 par un établissement moderne, œuvre des architectes A. Daloze et R. Baeyens. Il héberge entre 1974 et 2011 le centre de production de Charleroi de la RTBF[19].

Au fil du temps, diverses transformations, réalisées sans soucis de l'harmonie d'ensemble, détériorent la qualité architecturale du passage[20]. La restauration réalisée courant 2003, travaux d'envergures concernant notamment les façades classées et la verrière, rend son éclat à l'ensemble[21].

Dans le cadre du projet de centre commercial « Rive-Gauche », le passage et l'ensemble du quartier subissent depuis fin 2013 d'importantes transformations qui prévoient, entre-autres, la démolition du bâtiment de 1963[22],[23].

Architecture[modifier | modifier le code]

Du côté de la rue de Marchienne, à gauche de l'entrée de la galerie, se situe un bâtiment longtemps occupé par le café « Aux Mille Colonnes ». Il comporte une vaste rotonde de quatre niveaux couronnée d'un dôme se terminant par un clocheton. Du côté droit de l'entrée se situent deux magasins qui disposent de fenêtres à front de la rue du Collège et dans le passage. Dans la rue du Collège se trouve un alignement de cinq magasins, dont un à fait l'objet de transformation brisant l'harmonie d'ensemble[24]. Les sept pignons du côté rue du Collège sont dans l'esprit du style néo-Renaissance flamand[25].

L'entrée principale du passage est cantonnée au rez-de-chaussée de colonnes en pierre et couronnée d'un fronton avec horloge (aujourd'hui disparue) et d'un cartouche en pierre portant le millésime « anno 1891 ». Un linteau métallique portant l'appellation « Passage de la Bourse » est surmonté d'un balcon en ferronnerie reposant sur deux consoles en métal ouvragé. Une entrée semblable donnait accès à l'autre extrémité du passage, côté rue Léopold, à la Bourse de Commerce[26].

Le passage est conçu comme une voie d'accès monumentale à la Bourse de commerce. C'est une véritable rue piétonne desservant ses propres immeubles. La configuration du terrain ainsi que la présence de l'église Saint-Antoine impose un tracé courbe, fait exceptionnel dans l'histoire des passages couverts. Ce tracé courbe rompt la monotonie d'une trop grande ligne droite[27]. Sous le long berceau en verre blanc transparent de la verrière les immeubles s'alignent le long d'un couloir de 6 mètres de large[28].

Les façades intérieures présentent une élévation de trois registres néo-classiques. Sur des rez-de-chaussées commerciaux à devantures en bois, les étages enduits scandés par des pilastres colossaux marquant les travées. Au premier étage se situent des fenêtres quadrangulaires à montants en piles derrière une balustrade. Les fenêtres du second étage sont en plein cintre à clé sur colonnes engagées. Les faces terminales internes de la galerie sont traitées dans le même esprit[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert André, « L'implantation humaine », dans Caroloregium valde concelebratur, Charleroi,‎ 1966, 548 p., p. 26-28
  2. Bioul 2010, p. 111
  3. a et b Delaet, Margos et Lemal-Mengeot 1995, p. 40
  4. a et b Everard 1959, p. 44-45
  5. Bioul, Dauchot et Pouleur 1992, p. 26-27
  6. Everard 1959, p. 65
  7. Fichefet 1935, p. 102
  8. Fichefet 1935, p. 115
  9. Bioul 2010, p. 112-113
  10. Fichefet 1935, p. 113
  11. Bioul 2010, p. 112
  12. a et b Bioul 2010, p. 113
  13. Everard 1959, p. 45
  14. Cet architecte avait déjà construit une série d'immeubles publics à Charleroi. L'athénée des garçons (1881-1887), le lycée des filles (1882), et les casernes d'infanterie (1881) et de gendarmerie (1887) (Buyssens et Delaunay 1998, p. 89)
  15. Bioul 2010, p. 117
  16. Bioul 2010, p. 120
  17. Bioul 2010, p. 118
  18. Bioul 2010, p. 115-116
  19. Daniel Barbieux, « RTBF Charleroi : l'adieu au Passage de la Bourse »,‎ 26 mai 2011 (consulté le 1er mars 2014)
  20. Bioul 2010, p. 125
  21. Bioul 2010, p. 125-132
  22. G.V., « La ville de Charleroi vend les bâtiments de la RTBF », La Dernière Heure,‎ 21 janvier 2014 (lire en ligne)
  23. « Démolition du bâtiment de la RTBF au Passage de la Bourse », sur Télésambre,‎ 25 juin 2014 (consulté le 6 juillet 2014)
  24. Bioul 2010, p. 120-122
  25. Bioul 2010, p. 121
  26. Bioul 2010, p. 122
  27. Bioul 2010, p. 114-115
  28. Bioul 2010, p. 122-123
  29. Patrimoine monumental de Belgique, tome 20, p. 83

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20 : Wallonie, Hainaut, Arrondissement de Charleroi, Liège, Pierre Mardaga, éditeur,‎ 1994, 602 p. (ISBN 2-87009-588-0)
  • Anne-Catherine Bioul, Alain Dauchot et Jean Alexandre Pouleur, Charleroi, ville d'architectures : Du Temps des Forteresses aux Années Folles 1666-1940, Bruxelles, Atelier Ledoux, Espace Environnement,‎ 1992, 104 p.
  • Anne-Catherine Bioul, « A Charleroi : le Passage de la Bourse, joyau d'architecture urbain de la Ville Basse », Bulletin de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles, Commission royale des Monuments et des Sites, t. 22,‎ 2010, p. 109-134 (lire en ligne)
  • Brigitte Buyssens et Dominique Delaunay (Photographe), « Architectures de la ville haute », dans Charleroi. La ville haute, Paris, Institut français d'architecture/Éditions Norma,‎ 1998, 127 p. (ISBN 2-909283-41-0 et 978-2-9092-8341-8), p. 86-123
  • Jean-Louis Delaet, Rina Margos et Chantal Lemal-Mengeot, Hôtels de Ville et Maisons communales de Charleroi, Ministère de la Région wallonne et Ville de Charleroi, coll. « Carnets du patrimoine » (no 11),‎ 1995, 64 p., p. 39-47
  • Jean Everard, Monographie des rues de Charleroi, Charleroi, Collins,‎ 1959, In-12, 223 p.
  • Jean Fichefet, Charleroi - Étude de Géographie urbaine, Charleroi, Librairie de la Bourse,‎ 1935, 218 p.