Diane de Poitiers

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Diane de Poitiers
Diane de Poitiers (vers 1555), atelier de François Clouet, Chantilly, musée Condé.
Diane de Poitiers (vers 1555), atelier de François Clouet, Chantilly, musée Condé.

Titre Duchesse de Valentinois et de Diois
Duchesse d'Étampes
(1553 – 1566)
Autre titre Comtesse d'Albon[réf. à confirmer][1]
Dame de Saint-Vallier
Biographie
Dynastie Famille de Poitiers
Famille de Brézé
Naissance 9 janvier 1500
Dauphiné
Décès 26 avril 1566 (à 66 ans)
Anet
Père Jean de Poitiers
Mère Jeanne de Batarnay
Conjoint Louis de Brézé
Enfants Françoise de Brézé
Louise de Brézé

Blason comte fr Valentinois.svg
Diane de Poitiers, anonyme, avant 1525, pierre noire et sanguine, 258 x 178 mm, Paris, bibliothèque nationale de France.

Diane de Poitiers (9 janvier 1500 en Dauphiné - 26 avril 1566 à Anet), comtesse de Saint-Vallier, duchesse de Valentinois, fut pendant plus de vingt ans la favorite d'Henri II, roi de France.

Dotée d’un sens aigu du pouvoir et de ses intérêts financiers, elle exerça une grande influence sur le roi, qui l'aima sincèrement, bien qu'elle fût de vingt ans plus âgée que lui. Sous son règne (1547-1559), elle bénéficia d'un grand nombre de dons et d'honneurs.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses origines (1500-1515)[modifier | modifier le code]

Diane est la fille unique de Jean de Poitiers, vicomte d'Estoile, seigneur de Saint-Vallier et de Jeanne de Batarnay. Ses parents appartiennent au premier cercle des intimes du pouvoir royal. Son grand-père Aymar de Poitiers avait épousé en premières noces, Marie, la fille naturelle du roi Louis XI et son grand-père maternel Imbert de Batarnay avait été un ami intime de ce même roi[2].

Contrairement à ce qui a longtemps été dit, la famille de Poitiers est d'origine provençale et n'a aucun lien de parenté avec les comtes de Poitou[3]. Diane est née dans le Dauphiné où son père possède ses fiefs. Son lieu de naissance reste incertain ; elle serait née à Saint-Vallier-sur-Rhône ou à Étoile, le 9 janvier 1500[4].

Elle hérite de la baronnie de Sérignan-du-Comtat de son père Jean de Poitiers. Il reste dans cette commune un château qui porte son nom[5].

Orpheline de mère à six ans, Diane passa ses jeunes années auprès d’Anne de Beaujeu, fille du roi Louis XI, austère femme de tête qui avait su tenir en respect la noblesse durant la régence qu’elle assura pour son frère Charles VIII.

Épouse de Louis de Brézé (1515-1531)[modifier | modifier le code]

Sur l'entremise d'Anne de Beaujeu, le 16 avril 1515, âgée de quinze ans, elle épouse à Paris en l'hôtel de Bourbon Louis de Brézé, petit-fils de Charles VII et d'Agnès Sorel, comte de Maulévrier, grand-sénéchal de Normandie et Grand veneur de France. Il est son aîné de près de quarante ans. Elle lui donnera deux filles :

En 1524, son père est accusé de complicité dans la trahison du Connétable de Bourbon, gendre d’Anne de Beaujeu. Devenu le principal bouc émissaire de l’affaire, c’est in extremis, sur l’échafaud, qu’il apprend sa grâce, accordée par le roi en reconnaissance des bons et loyaux services de Louis de Brézé qui l’avait d’ailleurs alerté sur le complot. Jean de Poitiers finira ses jours enfermé (avec un certain confort) dans la forteresse de Loches.

Diane est appointée dame d’honneur de la reine Claude, puis de la mère du roi, Louise de Savoie, et enfin de la reine Éléonore. Aucune preuve ne permet de penser qu’elle ait été la maîtresse de François Ier, malgré les rumeurs répandues par ses détracteurs parfois reprises dans certaines biographies.

Louis de Brézé meurt le 23 juillet 1531 à Anet et Diane adopte définitivement pour sa tenue les couleurs d'une veuve, dont Henri II s’inspirera plus tard pour sa livrée ordinaire (noir et blanc rayée d’or). Son sens aigu des intérêts financiers se manifeste dès ce moment. Elle obtient de se faire verser les gages que son mari recevait au titre de gouverneur de Normandie et de grand-sénéchal, prenant elle-même le titre de « sénéchale de Normandie ». Elle obtient d’administrer les biens de ses filles et d’en percevoir les revenus. « Férue en procédure et entourée d'hommes de loi », elle va jusqu’au procès pour tenter de conserver les terres que son mari détenait en apanage. François Ier l’aide à tergiverser grâce à des lettres patentes statuant qu’elle peut conserver les revenus et profits de ces terres jusqu'à ce que la propriété en soit établie. Diane saura toute sa vie faire prospérer sa fortune.

L'amie du prince Henri d'Orléans (1531-1547)[modifier | modifier le code]

À la suite de la défaite de Pavie (1525), le dauphin François et son cadet Henri, duc d'Orléans (et futur Henri II), sont remis en otage à Charles Quint en échange de leur père. Ils ont respectivement 8 et 7 ans. Diane fait partie du cortège de Louise de Savoie qui accompagne les deux enfants à la frontière. Au moment où les petits princes font leurs adieux à leur grand-mère et à ses dames, Diane aurait posé sur le front d'Henri un baiser maternel.

Du fait de la reprise de la guerre, les deux princes sont bientôt soumis à une détention sévère et passent presque quatre années (1526-1530) très isolés, dans l’incertitude quant à leur avenir. Henri se plonge dans la lecture d’Amadis de Gaule, roman de chevalerie. Cette expérience a pu contribuer à lui faire voir « la Dame par excellence » dans celle que son père charge de faire son éducation de cour lorsqu’il revient en France. Il a alors 11 ans et elle 31. Lors du tournoi organisé en 1531 pour le couronnement d’Éléonore de Habsbourg, alors que le dauphin François salue comme il se doit sa nouvelle belle-mère, c’est devant Diane de Poitiers qu’Henri abaisse sa lance.

Henri d'Orléans épouse Catherine de Médicis en 1533. Diane avait appuyé le choix de l’arrière-petite-fille de Laurent le Magnifique, considérée comme une « fille de marchands » par les opposants à l’union. Catherine et Diane sont en effet cousines : le grand-père maternel de Catherine (fille de Madeleine de la Tour d'Auvergne) est le frère de la grand-mère paternelle de Diane. Lorsque les rumeurs de répudiation s’élèvent devant la stérilité prolongée du couple, Diane apporte son soutien et ses conseils à Catherine. Elle pousse Henri à multiplier les visites nocturnes à sa femme.

On estime généralement, d’après leur correspondance, que ce serait vers 1538 que Diane serait devenue la maîtresse d’Henri.

La favorite royale (1547-1559)[modifier | modifier le code]

Les marques de la faveur[modifier | modifier le code]

Portrait de Diane de Poitiers
Diane chasseresse, tableau d'un artiste de la première école de Fontainebleau, dont le modèle est réputé être Diane de Poitiers, entre 1550 et 1560, 192 × 133 cm, Paris, musée du Louvre.
Emblème de Henri II, accompagné de sa devise « Donec totum impleat orbem »[6] souvent représenté dans les demeures de Diane.
Catherine de Médicis arborant le monogramme de son mari sur une miniature des années 1570
Monogramme du roi au palais du Louvre
Diane de Poitiers au bain

L'avènement d'Henri II au trône marque le triomphe de Diane de Poitiers. De toutes les femmes qui sont dans l'entourage du roi, Diane est celle qui est la plus avantagée dans la redistribution des faveurs royales[7].

Après plusieurs années d'humiliation, l'heure est venue pour elle de prendre sa revanche sur sa rivale : l'ancienne favorite Anne de Pisseleu est chassée sans ménagement de la cour ; Diane occupe aussitôt sa place. Le roi lui fait cadeaux des biens qu'Anne de Pisseleu avait obtenus de François Ier : les bijoux de la couronne, un hôtel parisien et enfin beaucoup plus tard, du duché d’Étampes (1553). Diane reçoit également divers cadeaux en terre, dont la propriété royale de Chenonceau[8] (1547) et divers cadeaux en argent, dont le produit de l'impôt sur les charges, qui lui procure une somme extraordinaire de 100 000 écus (1553). Elle se voit enfin confirmée dans la propriété de ses terres de Nogent, d'Anet et de Breval.

Pour asseoir sa position à la cour, elle est titrée, en 1548, duchesse de Valentinois (les duchesses ont le privilège d'avoir une place assise dans la chambre de la reine). Sa fille Françoise, duchesse de Bouillon est nommée dame d'honneur de la reine et prend à ce titre les commandes de la maison de Catherine de Médicis. Lors du sacre de la reine en 1549, c'est Françoise qui préside la cérémonie. Diane participe elle-même au cortège des grandes dames, princesses et duchesses qui escortent et assistent la reine durant le sacre[9].

Sa faveur apparaît également dans la proximité de ses appartements avec ceux du roi. Au château de Saint-Germain-en-Laye, ses appartements sont situés juste en dessous de ceux de la reine ; ils comportent une salle et une chapelle, privilège ordinairement réservé aux princesses de la famille royale[10].

Maîtresse du roi[modifier | modifier le code]

Faute de sources, il a toujours été difficile pour les historiens de définir la nature des relations que le roi entretenait avec Diane[11]. Contrairement à son père, Henri se montrait très secret dans ses relations intimes. Un ambassadeur vénitien le décrivait ainsi :

« Il est d'une certaine tempérance, car pour les plaisirs charnels, si nous le comparons au roi son père ou à quelques rois défunts, on le peut dire très chaste, et il a cela de plus qu'il fait des affaires de façon que personne ne puisse trop parler[12].... »

De fait, Henri II eut peu d'incartades notoires. Les mieux connues sont celles qu'il eut avec Jane Stuart, gouvernante de Marie Stuart et avec Nicole de Savigny, toutes d'assez courte durée. De caractère discret et prudent, Henri cherchait à éviter le scandale et à ménager l’amour-propre de son épouse. Si l’une de ses maîtresses venait à vouloir tirer parti de sa liaison avec lui et à s'en vanter, il s’en défaisait[13].

Officiellement, rien ne transparaît des relations entre Diane et le roi ; un autre ambassadeur vénitien écrivait : « qu’en public, il ne s’est jamais vu aucun acte déshonnête[14] ». Le roi a pourtant pris pour emblème le croissant, symbole de Diane, la déesse grecque de la chasse. Il le fait afficher sur ses portraits, ses bâtiments, dans la pierre, en vitrail, sur les carreaux de céramique pour le revêtement du sol et aussi sur les livrées de ses gardes au palais.

Sur la nature de ses relations avec Diane, les contemporains étaient partagés. Pour certains, la liaison était simplement platonique. Pour d’autres, Diane aurait été effectivement la maîtresse du roi, mais qu'avec le temps et avec l'âge, le roi s'en serait lassé, ce qui expliquerait ses incartades avec Jane Stuart et Nicole de Savigny. Diane serait alors redevenue la confidente et l’amie des débuts[15].

De façon certaine, Diane était la dame d'Henri, dame dans le sens des romans de chevalerie. A la cour de France, c'était la coutume qu'un jeune homme fasse le service à une dame avec l'accord de son mari, en retour, celle-ci devait l'édifier dans ses mœurs, lui apprendre la galanterie et l'obliger à ses devoirs. C'est le rôle attribué à Diane par le roi François Ier lui-même, conformément à la tradition qui veut que ce soit un parent qui choisisse la maîtresse. Une lettre datée de 1552, montre qu'à trente ans passés, Henri est toujours dans ce rôle de chevalier servant et moins dans celui d'un amant :

« Cependant, je vous supplie d'avoir souvenir de celui que n'a jamais connu qu'un Dieu et une amie, et je vous assure que vous n'aurez point de honte de m'avoir donné le nom de serviteur, lequel je vous supplie de conserver pour jamais[16]... »

Dame de compagnie de la reine[modifier | modifier le code]

Pour la reine Catherine de Médicis, il n’y avait aucun doute[17], Diane était la maîtresse du roi. Pendant vingt ans, Catherine dissimula sa rancœur, acceptant la présence de sa rivale comme dame de compagnie, par amour pour son mari, mais aussi dans la crainte de lui déplaire. Quand le roi s’éloignait à la guerre, elle souffrait de ne pas recevoir assez de nouvelles de lui, alors que Diane en recevait tous les jours[18].

Diane s’efforçait de garder de bons rapports avec la reine. En tant que dame de compagnie de la reine, elle avait le rôle de la servir dans la vie quotidienne et d’être présente à ses côtés. Diane lui servait de garde-malade et l'assistait dans tous ses accouchements.

Elle se rendait utile auprès d'elle en servant d'intermédiaire avec le gouverneur des enfants royaux, Jean d'Humières qui était l'un de ses parents. Par correspondance, elle veillait à la santé des enfants, se préoccupait de leur nourriture, du choix de la nourrice et du lieu de leur repos[19]. C'est pour ces services et les conseils matrimoniaux prodigués autrefois qu'officiellement le roi gratifie Diane de tant de dons. Un ambassadeur prétendait que la reine lui veut du bien parce qu'elle est la cause que le roi couche avec elle plus souvent qu'il ne ferait[19]. Il est vrai que la reine enchaîne les maternités ; en douze ans, elle met au monde dix enfants.

De nombreux commentaires ont été faits sur l’ambiguïté du monogramme du roi, composé de la double initiale de sa femme (C) et de sa propre initiale (H). Les deux C entrelacés dos à dos avec le H peuvent aussi bien s’interpréter comme deux D, initiale de Diane de Poitiers. Après la mort du roi, Catherine de Médicis devait reprendre ce monogramme mais en faisant que les extrémités des C dépassent des deux grandes barres du H, pour bien marquer qu'il s'agissait de son initiale. C'est le cas des monogrammes du cabinet de Catherine à Blois ou ceux de la colonne de l'hôtel de la reine à Paris.

Une femme d’influence[modifier | modifier le code]

Un rôle politique ?[modifier | modifier le code]

Par son ascendant sur le roi, Diane de Poitiers a-t-elle joué un rôle politique dans le gouvernement du royaume ? Les ambassadeurs étrangers semblent s’accorder sur l’emploi du temps de la journée d'Henri II, au début de son règne : après chacun de ses repas, le roi rendrait visite à sa favorite pour s’entretenir avec elle et lui rendre compte des affaires débattues le matin au conseil[20]. Si le fait est plausible, rien ne permet aux historiens de savoir si Diane donnait son avis et si elle influençait la politique royale.

Selon l'historiographie traditionnelle, elle aurait poussé le roi à réprimer les protestants, mais là encore, aucune source ne permet de le confirmer. Catholique convaincue, Diane fait partie des personnalités de l’entourage royal hostile au protestantisme[21]. Mais si elle fut vilipendée par la propagande protestante, c’est d’abord sur le plan moral qu’elle est attaquée. Diane est accusée d’avoir entretenu Henri dans le vice, c’est-à-dire d’avoir entretenu avec lui une relation adultère. La mort violente du roi ne serait que le juste châtiment de Dieu irrité de sa paillardise[22].

L'influence de Diane sur la politique royale est en revanche plus saisissable dans la distribution des charges de la cour. Ses protégés accèdent à des postes importants comme André Blondel nommé trésorier de l’Épargne et Jean de Bertrand, nommé garde des sceaux. Son gendre, Robert de La Marck est élevé au rang de maréchal de France et devient duc de Bouillon[23].

Une faveur partagée[modifier | modifier le code]

À l'avènement du roi, Diane partage la faveur royale avec plusieurs favoris, le principal étant Anne de Montmorency, connétable de France. Il est le seul à pouvoir s'opposer à l'influence de la favorite. Les contemporains jugent sa faveur égale à celle de Diane[24].

Pour lui faire contre-pièce, Diane favorise l’ascension de la famille des Guise. François d'Aumale (duc de Guise à la mort de son père en 1550) et son frère le cardinal Charles de Lorraine font partie de ses protégés. Son alliance avec cette famille a été soudée par le mariage de sa fille Louise avec Claude, marquis de Mayenne, leur frère cadet. Ils sont les oncles de la petite Marie Stuart, reine d’Écosse, âgée de cinq ans en 1550.

De son côté, Anne de Montmorency aurait tenté d'écarter Diane en encourageant la liaison du roi avec Jane Fleming, la gouvernante de Marie Stuart. Absente momentanément de la cour pour se soigner d'une fracture causée par une chute de cheval, Diane est avertie par les Guise que le roi s'entretient régulièrement avec lady Fleming et qu'Anne de Montmorency sert souvent d'intermédiaire. Venue constater par elle-même au château de Saint-Germain et ayant surpris le roi et le connétable en flagrant délit de sortir des appartements de l'Écossaise, elle se serait mise en colère, reprochant au connétable de contribuer à l'inconduite du roi et de porter préjudice à la réputation de la reine, à celle de la reine d’Écosse et du coup à celle des Guise[25].

Diane et Montmorency se réconcilièrent, mais restèrent rivaux pendant la plus grande partie du règne. Un changement intervient avec la capture du connétable à la bataille de Saint-Quentin en 1557. Face à une maison de Guise de plus en plus puissante, Diane devait se rapprocher du connétable, une fois de retour de captivité en 1558.

Action artistique[modifier | modifier le code]

Le château d'Anet, par Jacques Rigaud, dessin à la plume, XVIIIe siècle.

Mécène comme tous les grands de son époque, Diane de Poitiers a fait travailler plusieurs peintres et sculpteurs, comme Le Primatice ou Benvenuto Cellini. Ils l’ont parfois représentée sous les traits de la déesse chasseresse comme sur le tableau Diane de Poitiers en Diane (École de Fontainebleau - Musée de la vénerie de Senlis).

Sa contribution à l’architecture est bien connue, en particulier par les œuvres de Philibert de l'Orme qu’elle fit nommer surintendant des bâtiments royaux. Son œuvre la plus emblématique est le château d'Anet, aujourd'hui en grande partie détruit.

Elle protégea aussi différents hommes de lettres comme Ronsard.

Elle-même s'est exercée à la poésie ; on trouve au moins cette odelette ; et ces Vers adressés à Henri II[réf. à confirmer].

Chute et fin de vie (1559-1566)[modifier | modifier le code]

Lorsque le roi est mortellement blessé le 30 juin 1559, Diane s'abstient de rendre visite au blessé, consciente qu'elle n'a pas sa place dans la chambre royale et qu'à juste titre, elle peut en être chassée[26]. Après la mort d'Henri II, survenue le 10 juillet, aucune sanction n'est prise à son encontre par le nouveau roi, hormis l'interdiction de paraître à la cour, pour elle et sa fille, la duchesse de Bouillon. Selon l'usage, elle restitue au roi les bijoux de la couronne assortis d’un inventaire. Comme elle n’est pas admise aux funérailles, c'est depuis la fenêtre de son hôtel qu'elle assiste au passage du convoi funéraire.

Malgré les rancunes du passé, la reine Catherine ne semble guère manifester à son égard de volonté de vengeance. Elle décide de la laisser profiter des innombrables dons, biens et terres que son mari lui avait donnés bien qu'à la fin de l'année 1559, elle la force à rendre le château de Chenonceau que Diane s'était accaparé par malversation et à l'échanger contre celui de Chaumont. Non seulement Diane n'est pas poursuivie en justice, mais cet échange constitue pour elle un important gain financier[27].

Diane se retire à Anet où elle meurt à l'âge de 66 ans[28].

La dépouille de Diane après sa mort (1566-2010)[modifier | modifier le code]

Monument funéraire de Diane de Poitiers au château d'Anet
Diane représentée debout, devant la dépouille de son mari Louis de Brézé, sur son mausolée dans la chapelle de la Vierge de la cathédrale de Rouen.

Louise de Brézé, seconde fille de Diane de Poitiers, fait ériger un monument avec sa statue dans l'église du village, qui sera transféré dans la chapelle sépulcrale du château en 1576.

Le 18 juin 1795 lors de la Révolution, son sarcophage de marbre noir est profané. Deux commissaires de la Sûreté générale de Dreux, à la tête d'un groupe de patriotes, font état de son corps parfaitement conservé ainsi que deux cadavres correspondant à deux de ses petites-filles mortes en bas âge (âgées l'une de 5 à 6 ans et l'autre d'environ 2 ans). Leurs corps exposés à l'air libre se dégradent rapidement si bien qu'ils sont déplacés dans une fosse creusée à côté de l'église, à l’exception de la chevelure de Diane qui se détache de sa tête lorsque deux membres du comité révolutionnaire la basculent dans la fosse (l'un la tenant par la tête, l'autre par les pieds). Ils se partagent alors ses mèches en souvenir, l'une étant par la suite donnée au propriétaire du château d'Anet où elle est conservée depuis dans un médaillon. Son sarcophage est converti en auge, et le socle en plomb utilisé par les révolutionnaires pour fabriquer des « balles patriotes »[29].

De 1959 à 1967, la chapelle est entièrement rétablie dans son état d'origine et le tombeau remis en place.

En 2008, une équipe multidisciplinaire retrouve le squelette de la favorite (l'identification est fondée, notamment sur une fracture de jambe) et découvre que les os ont une concentration en or beaucoup plus élevée[30] que la normale[31]. Ils l'expliquent par le fait que Diane, obsédée par le désir de l'éternelle jeunesse et l'éclat d'une beauté surnaturelle, aurait bu chaque jour comme élixir de longue vie une solution « d'or potable » qui lui aurait donné son teint extrêmement pâle, comme l'a rapporté Brantôme[31],[32].

Le 29 mai 2010, après 213 ans passés au cimetière communal, les restes de Diane de Poitiers sont de retour dans son tombeau au cours d'une cérémonie célébrée par une grande fête de style Renaissance[33].

Culture[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • Diane de Poitiers est le titre d'une chanson de Thomas Fersen[34]. Bien loin de parler de la duchesse, la chanson compare avec humour l'apparence d'une jeune femme débauchée à celle de Diane de Poitiers.

Botanique[modifier | modifier le code]

La rose Diane de Poitiers (obtenteur Vibert)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arnaud Bunel, « Armorial des rues de Paris », Allée Diane-de-Poitiers (19e arrondissement de Paris) (consulté le 8 février 2012)
  2. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 12-13.
  3. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 11.
  4. Sa date de naissance est inscrite sur son tombeau à Anet. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 370, note 11. Mais en l'absence d'autres sources historiques, la date reste incertaine.
  5. Baronnie de Sérignan du Comtat : grande et petite histoire de Sérignan. Auteur Francis Raymond
  6. Devises héroïques, Claude Paradin, Jean de Tournes and Guillaume Gazeau, Lyon, 1557. Donec totum impleat orbem : jusqu'à ce qu'il (le croissant de lune) remplisse l'orbe tout entière (la gloire du roi irait en croissant jusqu'à ce qu'elle remplisse le monde)
  7. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 156-157 et Didier Lefur, Henri II, Tallandier, 2009, p. 184-185.
  8. Balzac affirme dans l'introduction à Sur Catherine de Médicis (p. 500) que ce château fut offert à Diane pour lui faire oublier un pamphlet publié contre elle en 1537 par le poète champenois Jean Voûté.
  9. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 187-190.
  10. Monique Chatenet, La cour de France au XVIe siècle. Vie sociale et architecture, Picard, 2002, p. 80.
  11. Didier Lefur, Henri II, Tallandier, 2009, p. 12 ; L'auteur dit : « Il faut le dire une bonne fois pour toutes, l'intimité d'un homme ou d'une femme de cette époque est presque impossible à recomposer, même si le personnage en question est le roi de France et peut-être même à cause de cela...»
  12. Cité par Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 205.
  13. Jean Hippolyte Mariéjol, Catherine de Médicis, Tallandier, 1979, p. 69.
  14. Jean Hippolyte Mariéjol, Catherine de Médicis, Tallandier, 1979, p. 68.
  15. Jean Hippolyte Mariéjol, Catherine de Médicis, Tallandier, 1979, p. 70. Voir également Didier Lefur, Henri II, Tallandier, 2009, p. 184.
  16. Édouard Bourciez, Les Mœurs polies et la littérature de cour sous Henri II, Genève, Slatkine, 1967, p. 99.
  17. Jean Hippolyte Mariéjol, Catherine de Médicis, Tallandier, 1979, p. 70.
  18. Jean Hippolyte Mariéjol, Catherine de Médicis, Tallandier, 1979, p. 72-77.
  19. a et b Ivan Cloulas, Henri II, Fayard, Paris, 1997, p. 173-174 et 200.
  20. L'information vient principalement de l’ambassadeur impérial. Ivan Cloulas, Henri II, Fayard, Paris, 1997, p. 169.
  21. Son testament écrit pendant les guerres de religion, exige que ses filles restent dans la religion catholique. Si ses petits-enfants adhèrent au protestantisme, ils seront déshérités. Ivan Cloulas, Henri II, Fayard, Paris, 1997, p. 319-320.
  22. Didier Lefur, Henri II, Tallandier, 2009, p. 534-535.
  23. Arlette Jouanna (dir.), La France de la Renaissance, Histoire et Dictionnaire, Paris, Robert Laffont, 2001, p. 763.
  24. Ivan Cloulas, Henri II, Fayard, Paris, 1997, p. 155.
  25. van Cloulas, Henri II, Fayard, Paris, 1997, p. 195-197
  26. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 302.
  27. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, 1997, p. 308. Voir également Alphonse de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, suite de Le mariage de Jeanne d'Albret, Tome second, Paris, Adolphe Labitte, 1881-1886, p. 19-21.
  28. Elle pourrait être morte en chutant de cheval ou suite à l'absorption d'une boisson à base d'or qui l'aurait empoisonnée.
  29. Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard,‎ 1997, 434 p.
  30. Le toxicologue Joël Poupon met en évidence dans sa mèche de cheveux un taux 500 fois supérieur à la normale
  31. a et b (en) Charlier P, Poupon J, Huynh-Charlier I, Saliège JF, Favier D, Keyser C, Ludes B., « A gold elixir of youth in the 16th century French court », BMJ., no 339,‎ 2009, b5311. (PMID 20015897, DOI 10.1136/bmj.b5311)
  32. http://pathographie.blogspot.com/2010/02/diane-de-poitiers.html
  33. http://www.dianeensademeure.com
  34. Premier titre de l'album Pièce montée des grands jours

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Lettres inédites de Diane de Poitiers, publiées par G. Guiffrey, Paris, 1866

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, Paris, février 1997, 500 p., (ISBN 2-213-59813-4)
  • F. Bardon, Diane de Poitiers et le mythe de Diane, Paris, 1963

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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