Marie Lacoste-Gérin-Lajoie

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Marie Gérin-Lajoie, née Lacoste, en 1920

Marie Lacoste Gérin-Lajoie (Montréal, 19 octobre 1867 - Montréal, 1er novembre 1945 à l'âge de 78 ans) est une pionnière du mouvement féministe au Québec, une juriste autodidacte et une activiste sociale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une formation juridique autodidacte[modifier | modifier le code]

Sir Alexandre Lacoste (1842-1923), père de Marie Gérin-Lajoie, en 1884. C'est dans la bibliothèque de cet éminent juriste que sa fille s'initie, en autodidacte, au droit civil.

Née à Montréal le 19 octobre 1867, Marie Gérin-Lajoie, née Lacoste, vient d'une famille de la bonne bourgeoisie francophone. Son père, sir Alexandre Lacoste, avocat, professeur de droit à l'Université Laval à Montréal (1880-1923), sénateur (1884-1891), puis juge en chef de la province de Québec (1891-1907), est un éminent juriste et une personnalité influente du parti conservateur[1]. Sa mère, Lady Lacoste, née Marie-Louise Globensky, est une figure importante des milieux philanthropiques montréalais.

Parmi les sœurs de Marie, Justine Lacoste-Beaubien (1877-1967) est la fondatrice, avec Irma Levasseur, de l'hôpital pour enfants Sainte-Justine[2], alors que Thaïs Lacoste-Frémont (1886-1963), active militante des droits de la femme mariée, fonde en 1926 l’Association des femmes conservatrices de Québec et est en 1932 déléguée à la 13e assemblée de la Société des Nations, à Genève, devenant ainsi la première Canadienne française à occuper un poste officiel au Canada[3].

Une fois terminée, au couvent d'Hochelaga, les courtes études auxquelles une jeune fille de bonne famille a alors accès, Marie Lacoste complète sa formation par elle-même en se plongeant dans les livres de son père, à une époque où les Québécoises n’ont pas accès à l’enseignement supérieur dans la province. Elle s'initie ainsi au droit en autodidacte au moyen des ouvrages juridiques paternels. Elle peut aussi bénéficier de la bibliothèque de son mari qu'elle épouse en 1887, l'avocat montréalais Henri Gérin-Lajoie, fils du poète Antoine Gérin-Lajoie, petit-fils du journaliste Étienne Parent et frère du sociologue Léon Gérin.

Ses lectures lui font prendre conscience de la situation juridique de la femme mariée au Québec, le code civil alors en vigueur dans cette province en faisant une perpétuelle mineure aux yeux de la loi. Afin d’informer les femmes sur leur condition légale, elle publie en 1902 un Traité de droit usuel [4], manuel de droit civil et constitutionnel s'adressant en particulier aux femmes. Réédité à deux reprises (1910, 1922)[5], traduit en anglais[6], utilisé dans les institutions d’enseignement et inscrit en 1914 sur la liste des ouvrages recommandés pour les bibliothèques scolaires[7], cet ouvrage devient une référence pour les militantes souhaitant améliorer le statut juridique des femmes.

L'action au sein du Montreal Local Council of Women[modifier | modifier le code]

Le 30 novembre 1893, elle est parmi les rares femmes francophones, avec entre autres sa mère, à participer à la fondation du Montreal Local Council of Women (MLCW) (l'actuel Conseil des femmes de Montréal) sous l'égide de Ishbel Aberdeen, l'épouse du gouverneur général du Canada de l'époque, Lord Aberdeen. Le MLCW, affilié au Conseil national des femmes du Canada, et, à travers lui, au Conseil international des femmes, est une organisation rassemblant alors majoritairement des femmes anglophones et destinée à coordonner les efforts et les actions des multiples associations féminines œuvrant alors dans le domaine social, avec pour objectif d’améliorer la société en général, en particulier la condition des femmes et des enfants[8]. Cette association est l’un des premiers groupements féministes au Québec. Marie Gérin-Lajoie, qui y milite activement, siège au sein de son conseil d'administration de 1900 à 1906[9].

La fondation de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste[modifier | modifier le code]

Portrait officiel du premier conseil d’administration de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste élu à l’automne 1907. Marie Lacoste Gérin-Lajoie (en haut à droite) y occupe les fonctions de secrétaire, avant d’en devenir présidente en 1913.

En 1907, partageant le malaise d'autres femmes francophones à militer au sein d'un mouvement laïc et majoritairement anglophone, elle se dissocie du MLCW pour fonder, avec Caroline Dessaulles-Béique et les femmes issues de la section des Dames patronnesses de l'Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (FNSJB), destinée selon l'intention de ses fondatrices, à « grouper les Canadiennes françaises catholiques en vue de fortifier par l'union leur action dans la famille et dans la société »[10].

La FNSJB, jusqu'au milieu des années 1920, va notamment jouer un rôle important dans les débuts du mouvement féministe québécois et la lutte pour l'obtention du suffrage féminin au Québec[11]. Marie Gérin-Lajoie a profondément marqué la FNSJB de son empreinte personnelle, y occupant les fonctions de secrétaire (1907-1913), puis de présidente (1913-1933).

Les débuts de la lutte pour l'obtention du suffrage féminin au Québec[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1921, après l'obtention au niveau fédéral du droit de vote des femmes en 1918 et la démobilisation du mouvement suffragiste qui suivit, elle relance la lutte au niveau provincial en fondant en 1922 le Comité provincial pour le suffrage féminin (CPSF) qui rassemble militantes anglophones et francophones. Le 9 février 1922, elle conduit à Québec une délégation de 400 femmes pour tenter de convaincre, en vain, le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau. La délégation doit faire face à un très fort mouvement d'opposition provenant à la fois du clergé catholique, des journalistes (notamment Henri Bourassa), des politiciens et de femmes. Le projet de loi déposé à l'Assemblée législative par un député libéral sympathique à la cause est défait.

En mai de la même année, Marie Gérin-Lajoie se rend à Rome pour assister au congrès de l’Union internationale des ligues féminines catholiques[12] afin de recevoir l’assentiment du pape concernant le suffrage des femmes au Québec, espérant ainsi contourner la forte opposition de la hiérarchie catholique québécoise. L’Union se prononce en faveur du mouvement suffragiste, mais déclare, à l'instigation du représentant du pape, que les démarches doivent se faire avec l'accord de l’épiscopat local.

Marie Gérin-Lajoie, à la suite de fortes pressions du clergé qui souhaite dissocier la FNSJB de toute implication du mouvement suffragiste, démissionne de la présidence de la section francophone du CPSF en novembre 1922, tout en demeurant membre du conseil d'administration jusqu'en 1928. Le CPSF va demeurer virtuellement inactif jusqu'à sa reprise en main, en 1927, par Thérèse Casgrain.

L'amélioration de la situation juridique de la femme mariée[modifier | modifier le code]

En novembre 1929, pendant les audiences de la commission Dorion, le Montreal Herald (l’un des rares journaux sympathiques à la cause féministe) publie une série de caricatures savoureuses critiquant l’archaïsme du code civil québécois qui bloque l’évolution de la condition féminine. (Montreal Herald, 22 novembre 1929)

Multipliant depuis 1896 les conférences, les écrits et les démarches en faveur de l'amélioration juridique de la femme mariée au Québec, elle obtient en août 1929 la tenue d'une Commission d'enquête sur les droits civiques des femmes au Québec (Commission Dorion), devant laquelle elle témoigne en novembre 1929 au nom de la FNSJB, en compagnie notamment de Thérèse Casgrain et d'Idola Saint-Jean.

À la suite du dépôt du rapport de cette commission, le 15 février 1930, les premières véritables mesures destinées à l'amélioration de la condition juridique de la femme mariée au Québec vont être adoptées : libre disposition de son salaire (et des biens ainsi acquis) par la femme mariée, libre disposition de ses biens par la femme séparée de son mari sans besoin de l'accord de celui-ci.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Elle démissionne de la présidence de la FNSJB en 1933. Après la mort accidentelle de son époux, le 7 mai 1936, elle se retire auprès de sa fille et homonyme, l'activiste sociale Marie Gérin-Lajoie, à l'Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil fondé par cette dernière, où elle meurt en 1945.

L'un de ses petit-fils, Paul Gérin-Lajoie, ministre de l'Éducation du Québec de 1964 à 1966, a joué un rôle clé dans la réforme du système éducatif québécois au cours de la Révolution tranquille.

Le fonds d'archives de Marie Gérin-Lajoie est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[13].

Commémoration[modifier | modifier le code]

La salle Marie-Gérin-Lajoie du pavillon Judith-Jasmin de l'Université du Québec à Montréal a été nommée en son honneur en 1979, à la suite d'une consultation auprès de la communauté universitaire[14] .

Les villes de Québec et de Montréal ont, chacune, nommé un parc pour rappeler sa mémoire, respectivement en 1992 et 1994[15].

En 1998, Marie Lacoste Gérin-Lajoie a été désignée comme « personnage historique d'importance nationale » par le ministère du Patrimoine canadien[16].

À l’occasion du 70e anniversaire du droit de vote des femmes au provincial, le centre de documentation Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie du Conseil du statut de la femme du Québec a été désigné en son honneur en 2010.

Principaux écrits[modifier | modifier le code]

  • Traité de droit usuel. Montréal : Beauchemin, 1902.
  • La Communauté légale : sauvons nos lois françaises !. [s.l.]: [s.n.], 1927.
  • La Femme et le code civil : plaidoirie de Mme Marie Gérin-Lajoie devant le Comité des bills publics, en faveur de certains amendements au Code civil de la province de Québec. [s.l.]: [s.n.], 1929.

Principales références de l'article[modifier | modifier le code]

  • Marie Lavigne, Yolande Pinard et Jennifer Stoddart. « La Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et les revendications féministes au début du 20e siècle » dans Marie Lavigne et Yolande Pinard, dir. Travailleuses et féministes. Montréal: Boréal Express, 1983, p. 199-216.
  • Yolande Pinard. « Les débuts du mouvement des femmes à Montréal, 1893-1902 », dans Marie Lavigne et Yolande Pinard, dir. Travailleuses et féministes. Montréal : Boréal Express, 1983, p. 177-198.
  • Jennifer Stoddart. « Quand des gens de robe se penchent sur les droits des femmes : le cas de la commission Dorion, 1929-1931 », dans Marie Lavigne et Yolande Pinard, dir. Travailleuses et féministes. Montréal : Boréal Express, 1983, p. 307-335.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Écrits en ligne de Marie Lacoste Gérin-Lajoie
Vulgarisation
Études en ligne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sylvio Normand, « Sir Alexandre Lacoste », dans Dictionnaire biographique du Canada [en ligne].
  2. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Justine Lacoste Beaubien et l’hôpital Sainte-Justine : l’histoire d’une passion [exposition virtuelle], 2007.
  3. Musée de la civilisation, collection du Séminaire de Québec, Fonds Thaïs Lacoste-Frémont, P41
  4. Marie Gérin-Lajoie. Traité de droit usuel. Montréal : Beauchemin, 1902.
  5. Montréal : Beauchemin, 1910 et 1922.
  6. Marie Gérin-Lajoie. A Treatise on everyday law. Montréal : John Lovell & Son, Printers and Publishers, 1902.
  7. Paul Aubin, « Marie Gérin-Lajoie », dans Les Manuels scolaires québécois [catalogue en ligne], Université Laval, dernière mise à jour : 25 juillet 2007 (page consultée le 6 août 2007). Marie Gérin-Lajoie.
  8. Conseil des femmes de Montréal / Montreal Council of Women, « About us » [en ligne] (page consultée les 21 mars 2007 et 17 décembre 2009); Sabine Hilairet, « Présentation du Montreal Local Council of Women », Montreal Local Council of Women, 2002 [en ligne] (page consultée le 21 mars 2007)
  9. Sabine Hilairet. « Marie Lacoste Gérin-Lajoie (1867-1945) », Montreal Local Council of Women, 2002 [en ligne] (page consultée le 21 mars 2007)
  10. « La Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste veut avoir sa maison », La Bonne parole, 11, 12 (décembre 1923), p. 4, cité dans Karine Hébert. « Une organisation maternaliste au Québec la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et la bataille pour le vote des femmes », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 52, n° 3 (hiver 1999) [en ligne], note 2.
  11. Marie Lavigne, Yolande Pinard et Jennifer Stoddart. « La Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et les revendications féministes au début du XXe siècle » dans Marie Lavigne et Yolande Pinard, dir. Travailleuses et féministes. Montréal: Boréal Express, 1983, p. 199-216.
  12. Historique de l'UMOFM
  13. Fonds Marie Gérin-Lajoie(P578) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  14. UQAM - Service des archives et de gestion des documents, Historique du pavillon Judith-Jasmin, page consultée le 15 septembre 2007.
  15. Ville de Québec, Répertoire des toponymes de la ville de Québec, Marie-Gérin-Lajoie, page consultée le 21 juillet 2007, lien mis à jour le 24 septembre 2013; Ville de Montréal, Parc Marie-Gérin-Lajoie, page consultée le 21 juillet 2007.
  16. Ministère du Patrimoine canadien. Annonce de désignations d'importance historique nationale à l'occasion de la journée des parcs, 18 juillet 1998 (communiqué de presse) et Fiche d'information - Marie Gérin-Lajoie, née Lacoste, pages consultées les 16 juin 2007 et 17 décembre 2009.