Manuel Abramowicz

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Manuel Abramowicz (né à Bruxelles en 1967) est un auteur d'essais politiques sur l'extrême droite et un journaliste indépendant engagé à gauche[1],[2]. Il coordonne également depuis 1997 RésistanceS, le « web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite[3] ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Premiers engagements politiques[modifier | modifier le code]

Dans sa jeunesse au milieu des années 1980, il milite au syndicat étudiant affilié à la Fédération générale du travail de Belgique, syndicat socialiste belge, puis est sympathisant des Jeunes Gardes Socialistes[4], mouvement de jeunesse du Parti ouvrier socialiste (POS), une organisation communiste trotskiste anti-stalinienne (plusieurs de ses militants se rendaient clandestinement dans des pays de l'ex-Bloc soviétique pour y apporter un soutien à des groupes de dissidents). Il a ensuite participé à la fondation de La Gauche Maintenant[4], du MRAX-Jeunes en 1987, de la branche belge de SOS Racisme en 1989[5], puis, dès sa fondation en mars 1994, de Gauches unies[4], un cartel politique réunissant des déçus du PS, du PC et du POS[6],[7]. Membre du PS en 1993, Manuel Abramowicz déclare n'avoir depuis lors plus aucune appartenance politique[8].

Création de RésistanceS[modifier | modifier le code]

Depuis 1997, il dirige RésistanceS.be, le webzine de l'« Observatoire belge de l'extrême droite » et a participé à la constitution de la « Coordination antifasciste de Belgique ». L'association RésistanceS, qui diffuse un bulletin éponyme sur internet, a pris le statut d'asbl en 2002, se définissant alors comme un « Centre d'études et de formation pour l'action démocratique ». En 2005, cette asbl recevra le « Prix Condorcet-Aron pour la Démocratie » dans la catégorie « association ». L'année suivante, le livre de Manuel Abramowicz Guide des résistances à l'extrême droite, publié aux éditions Labor, obtient le prix dans la catégorie « meilleur livre francophone 2006 ». Ce prix est décerné par un jury indépendant à l'initiative du Centre de recherche et d'études politiques (CREP), un think tank qui consacre ses études à la réflexion sur la démocratie et à la « lutte contre l'extrême droite » et dont il est lui-même membre[9].

Parcours[modifier | modifier le code]

Après un passage à la RTBF, Manuel Abramowicz a ensuite été, en 1993, membre de l'équipe du cabinet de la ministre fédérale de l'Intégration sociale, Magda De Galan (PS). Il rejoindra les Éditions vie ouvrière (EVO), une maison d'éditions fondée par le Mouvement ouvrier chrétien (MOC), avant d'être engagé au Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), un service public dépendant du gouvernement fédéral belge. Il y a été attaché de presse jusqu'à la fin 2008[10].

Il a participé à la réalisation de « documentaires pédagogiques », notamment, « Un jour ou l'autre, on pourrait tous être victime de l'extrême droite » et aux reportages de Jean-Claude Defossé (RTBF) sur le Front national belge et le Vlaams Belang. Il collabore à diverses publication comme Télémoustique, Le Journal des Juristes démocrates, L'Instant, Golias, Le Journal du Mardi, La Revue Nouvelle, etc.

En 2007, Manuel Abramowicz a participé à la réalisation d'un site consacré à la mémoire du journaliste « antifasciste » belge Hugo Gijsels[11]. Au même moment, il a lancé CheQuotidien, un blog pour étudier le « phénomène Che Guevara », notamment au niveau de la récupération par la publicité de l'image de l'ex-guérilleros emblématique[12].

En novembre 2008, il est l'un des signataires avec plusieurs personnalités belges d'un appel intitulé « Jetons le bébé avec l'eau du bain libéral[8] ».

Ayant repris ses études, il soutient avec succès, puis publie en 2004, un mémoire de fin d'études à l'Université catholique de Louvain sur la « gauche radicale[13] ».

Manuel Abramowicz est également enseignant à la Haute École Libre de Bruxelles-Ilya Prigogine (HELB), dans les catégories sociale et économique[14]. Il y donne notamment des cours de communication de crise, sur les institutions nationales et internationales, les techniques d'édition et la presse écrite.

Suspension du prononcé[modifier | modifier le code]

Suite à la plainte de Georges-Pierre Tonnelier, un dirigeant du Front national (Belgique) depuis les années 1990 qui fut condamné pour racisme en 2006 avec le docteur Daniel Féret, président-fondateur du FN en Belgique[15], Manuel Abramowicz a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Bruxelles par une ordonnance de la chambre du conseil du tribunal de première instance de juin 2012 pour « port public de faux nom, faux et usage de faux informatique, ainsi que violation du respect de la vie privée et harcèlement »[16],[17]. Cette ordonnance a été confirmée par un arrêt de la chambre des mises en accusation de la cour d'appel de Bruxelles au mois de mars 2013[18],[19] malgré l'appel des inculpés[20] et le fait que le parquet de Bruxelles ait à deux reprises demandé le non lieu car il estimait « que ni Manuel Abramowicz ni Julien Maquestiau n’avaient commis d’infractions en prenant un profil imaginaire sur Facebook pour y mener une enquête journalistique d’investigation sur l’utilisation par l’extrême droite des réseaux sociaux numériques » [21]. Les prévenus se sont pourvus en cassation contre cette décision[22] mais la Cour de cassation a rejeté celui-ci[23].

Les faits reprochés sont liés à la création et la mise en ligne, dans le cadre d'une enquête journalistique "undercover" sur Facebook, d'un profil néonazi, avec une photo et une identité imaginaire, entre le 22 juin et le 4 juillet 2009[24]. Le plaignant, Georges-Pierre Tonnelier avait pris l'initiative du premier contact avec le profil imaginaire et, au cours des discussions, avait révélé spontanément les fonctions qu'il occupait toujours au sein du Front National[25].

Le 1er octobre 2013, La Libre Belgique publie un appel signé par de nombreuses personnalités, dont notamment Günter Wallraff, en soutien aux deux inculpés. L'appel souligne que la procédure judiciaire en cours pourrait menacer la liberté de la presse et ses signataires expliquent « que Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau ont scrupuleusement respecté la déontologie journalistique en matière de journalisme d’investigation, d’immersion et d’"undercover" »[21].

Par son jugement rendu le 20 mai 2014, la 61ème chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a reconnu Manuel Abramowicz coupable de port public de faux nom. Toutefois, en raison de l'absence d’antécédents judiciaires du prévenu, il lui a accordé le bénéfice de la suspension simple du prononcé de la condamnation pour une durée de 5 ans. Le tribunal a par ailleurs considéré que l'infraction à la loi sur la protection de la vie privée n'était pas établie[26].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Extrême droite et antisémitisme en Belgique de 1945 à nos jours, éditions EVO, Bruxelles, 1993 ;
  • Les Rats noirs. L'extrême droite en Belgique francophone, éditions Luc Pire, Bruxelles, 1996 ;
  • La Représentation électorale des partis d'extrême droite (avec Wim Haelsterman), CRISP, 1997 ;
  • Nakam (roman, avec Pierre Guyaut-Genon, journaliste RTBF), Ancre rouge, 1998 ;
  • Guide des résistances à l'extrême droite, préfacé par Xavier Mabille, éditions Labor, 2005 ;
  • Presse communiste, presse radicale, 1919-2000 : passé, présent, avenir (coauteur), sous la direction de José Gotovitch et d'Anne Morelli, éditions Aden, Bruxelles, 2007 ;
  • La Belgique sauvage - Les gauches radicales en Belgique francophone de 1945 à nos jours (coauteur), Éditions au Bord de l'eau, 2009, Lormont [2] ;
  • Rebelles et subversifs de nos régions - Des Gaulois jusqu'à nos jours (coauteur), sous la direction d'Anne Morelli, Éditions Couleurs livre, Charleroi, 2011.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. José Gotovitch et Anne Morelli, Presse communiste, presse radicale, 1919-2000 : passé, présent, avenir, éd. Aden, 2007
  2. Brèves Belgique : Entre nous, Le Soir, 28 avril 2001
  3. RésistanceS.be
  4. a, b et c Portrait de Manuel Abramowicz, dans le n° 0-bis de la revue RésistanceS (juillet-août 1997), p. 4
  5. « Pourquoi ce blog ? », blog de Manuel Abramowicz, 18 janvier 2009.
  6. Pascal Delwit, Jean-Michel de Waele, Les partis politiques en Belgique, Bruxelles, ULB, coll. « Institut de Sociologie »,‎ 1996 (ISBN 978-2-8004-1152-1, LCCN 97182234), p. 227-229
  7. Guy Hermet, Les partis politiques en Europe de l'Ouest, Paris, Economica,‎ 1998, 519 p. (ISBN 978-2-7178-3530-4, LCCN 99510944), p. 92
  8. a et b « La Gauche : “Jeter le bébé avec l'eau du bain libéral” », RTL-info, 02/11/2008, article en ligne
  9. http://crep.be/conseilscientifique.php
  10. Frédéric Loore, Jean-Yves Tistaert, Belgique en sous-sol, Bruxelles, Lannoo Uitgeverij,‎ 2007, poche, 164 p. (ISBN 978-2-87386-514-6, LCCN 2008456718), p. 164
  11. Site en ligne
  12. Site en ligne
  13. La Gauche radicale en Belgique francophone – Impact électoral, social et politique (1965-2004), Louvain, 2004.
  14. Haute École Libre de Bruxelles-Ilya Prigogine (HELB)
  15. « Daniel Féret condamné pour racisme : confirmation de la Cour de Cassation » : communiqué de presse du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (organisme fédéral public belge de lutte contres les discriminations), du 4 octobre 2006 [1]
  16. RésistanceS en correctionnelle, Le Soir, 30 juin 2012
  17. « RésistanceS en correctionnelle » : précisions Le Soir, 7 juillet 2012
  18. Manuel Abramovicz renvoyé en correctionnelle Le Vif/L'Express, 27 mars 2013
  19. Manuel Abramowicz en correctionnelle La Libre Belgique, 28 mars 2013
  20. Faux profil sur Facebook : RésistanceS.be renvoyé en correctionnelle fait appel, RTBF, 6 juillet 2012
  21. a et b Pourquoi soutenir M. Abramowicz et J. Maquestiau ?, La libre Belgique en ligne, 1er octobre 2013
  22. RésistanceS.be introduit un recours en cassation contre l'arrêt "Facebook" RTBF, 29 mars 2013
  23. Cass. (2ème ch.), 25 septembre 2013, 25 septembre 2013
  24. Diable qu’il est drôle de traquer le diable Le Soir, 6 juillet 2009
  25. Tonnelier dévoile son appartenance politique sur Facebook, RésistanceS.be
  26. Suspension du prononcé pour les deux journalistes de l'asbl RésistanceS Le Vif, 20 mai 2014