Litière (forestière)

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La litière qui se décompose le moins bien est constituée d'aiguilles de résineux, sur sol sableux et acide. Peu de plantes peuvent y vivre

La litière désigne de manière générale l'ensemble de feuilles mortes et débris végétaux en décomposition qui recouvrent le sol (des forêts, jardins, sols plantés de haies, etc.).

En pédologie la litière est la couche superficielle qui couvre le sol et fait partie des horizons dits « holorganiques ». Elle est constituée de matière organique ; résidus végétaux (feuilles, rameaux, brindilles, pollens), fongiques (spores, mycéliums) et animaux (excréments et cadavres d'invertébrés essentiellement) qui se déposent au sol tout au long de l'année, encore inaltérés ou peu altérés. On ne parle généralement de litière qu'en surface d’un profil de sol non travaillé, le plus souvent forestier. Pour désigner les strates du sol, le pédologue parle d'horizons : la litière est au-dessus et à l'origine de l'horizon humifère.

Écologie des litières[modifier | modifier le code]

la litière abrite et nourrit de nombreuses espèces, dont des hôtes occasionnels (ici :Sphinx du pissenlit), tout en protégeant les sols de l'érosion et du soleil

La litière est un habitat essentiel pour de nombreuses espèces qui participent au cycle sylvigénétique et préparent la bonne germination de nombreuses graines et la régénération naturelle des forêts. La litière contribue à la résilience des milieux : elle protège notamment le sol de l'érosion, de la dessication, des ultraviolets solaires, de la lumière (nombre des espèces de la litière sont lucifuges), et des chocs thermiques[réf. nécessaire].

Sous l'action de la micro faune aérobie (collemboles, acariens, lombrics, cloportes), de certains champignons et bactéries, la litière se transforme peu à peu en humus ; en quelques mois (sous les feuillus sur un sol à pH basique à neutre) à plusieurs années (sous les résineux ou sur sol à pH acide).

Dans le réseau trophique, la litière est une source essentielle de nourriture pour les détritivores, qui eux-mêmes sont des proies pour de nombreux insectes, oiseaux, reptiles et micromammifères. La litière est l'un des lieux où les champignons et les invertébrés détritivores jouent un rôle important en matière de transformation de l'énergie solaire accumulée sous forme de matière organique par les plantes, et de transformation de la nécromasse animale, plus ou moins selon l'abondance des animaux de la litière[1] et selon la température[2] qui régule le métabolisme de ces animaux.

La litière la plus superficielle est ainsi sans cesse fouillée par les oiseaux et micromammifères qui facilitent ainsi sa décomposition aérobique.
Elle est peu à peu décomposée et mélangée avec les particules minérales en un sol généralement noir ou foncé et à structure grumeleuse, peu soluble dans l'eau, et riche en boulettes fécales juxtaposées aux particules minérales. Ces particules subissent des mouvements horizontaux et verticaux (bioturbation), notamment grâce aux vers de terre (qui ne supportent pas les sols très acides) et aux bousiers.

Diversité génétique[modifier | modifier le code]

Grâce à la métagénomique, il est devenu possible à la fin du XXe siècle d'estimer la diversité des organismes vivant d'environnements complexes comme la litière[3]. Cette méthode permet la cartographie de la diversité bactérienne ou fongique[4], mais sans identifier les rôles écologiques des espèces ni la part des espèces éventuellement invasives ou bioindicatrices d'une perturbation édaphique ou écologique. Ces techniques permettent potentiellement de mieux évaluer et donc éventuellement corriger ou modérer l'impact de l'anthropisation, de l’acidification, de certaines techniques sylvicoles sur les communautés microbiennes des sols en forêt ou dans le bocage[5].

Litière et agriculture[modifier | modifier le code]

Dans les agrosystèmes où le labour est pratiqué, le labour va enfouir l'équivalent agricole de la litière (pailles, résidus végétaux) qui sera alors décomposés par d'autres types organismes, en anaérobiose.

Stades d'évolution et décomposition de feuilles de platanes dans une litière, de janvier à mars (sous des platanes, dans le nord de la France)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mangenot, F. (1980). Les litières forestières: signification écologique et pédologique http://hdl.handle.net/2042/21417 ; DOI:10.4267/2042/21417 , PDF, 17 p.(Résumé INIST)
  • Grayston, S. J., Wang, S. Q., Campbell, C. D. & Edwards, A. C. (1998) Selective influence of plant species on microbial diversity in the rhizosphere. Soil Biology & Biochemistry, 30, 369-378
  • Hättenschwiler, S., Tiunov, A. V. & Scheu, S. (2005) Biodiversity and litter decomposition interrestrial ecosystems. Annual Review of Ecology Evolution and Systematics, 36, 191-218
  • Hättenschwiler, S., Aeschlimann, B., Coûteaux, M.M., Roy, J., Bonal, D. Hight variation in foliage and leaf litter chemistry among 45 tree species of a neotropical rainforest community. New Phytologist, in pres
  • Loreau, M. (2001) Microbial diversity, producer-decomposer interactions and ecosystem processes: a theoretical model. Proceedings of the Royal Society of London Series B-Biological Sciences, 268, 303-309

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Meehan TD (2006) Energy use and animal abundance in litter and soil communities. Ecology, 87, 1650–1658
  2. (en) Meehan TD (2006) Mass and temperature dependence of metabolic rate in litter and soil invertebrates. Physiological and Biochemical Zoology, 79, 878–884
  3. (en) Frankland, JC, Dighton, J, Boddy, L (1990) Methods for studying fungi in soil and forest litter. Methods Microbiol 22: 343–404
  4. (en) Gams, W (1992) The analysis of communities of saprophytic microfungi with special reference to soil fungi. In: Winterhoff, W (Ed.) Fungi in Vegetation Science. Kluwer Academic, Boston
  5. (en) Donnison, LM, Griffith, GS, Hedger, J, Hobbs, PJ, Bardgett, RD (2000) Management influences on soil microbial communities and their function in botanically diverse haymeadows of northern England and Wales. Soil Biol Biochem 32: 253–263

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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