Chico Mendes

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Chico Mendes

Nom de naissance Francisco Mendès Alves Filho
Naissance 15 décembre 1944
Drapeau du Brésil Brésil, Xapurí
Décès 22 décembre 1988 (à 44 ans)
Drapeau du Brésil Brésil, Xapurí
Nationalité brésilien
Conjoint

Francisco Mendès Alves Filho dit Chico Mendes (né le 15 décembre 1944 à Xapurí au Brésil, assassiné le 22 décembre 1988 dans cette même ville) était le leader militant syndicaliste brésilien le plus connu parmi ceux qui ont défendu les droits des seringueiros, ouvriers chargés de recueillir le latex dans les plantations d’hévéa d’Amazonie. Après de nombreux combats syndicaux et personnels pour la défense de la kkfke

amazonienne et de ceux qui en vivent, il fut assassiné pour ses idéaux sur ordre d'un riche propriétaire de terres.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de seringueros de l'État brésilien de l'Acre, il a commencé à travailler à l'âge de 11 ans et est lui-même devenu seringueiro. Dans les années 1960(1963-1965 plus précisément), à cause de la concurrence des cultures d'hévéa développées en Asie et du caoutchouc synthétique, les prix du latex naturel se sont effondrés plongeant de nombreux ouvriers dans la misère. Les petits propriétaires fonciers ont alors vendu, nombreux, leurs propriétés aux plus offrants. Dans la plupart des cas, ce sont de gros éleveurs de bétail (destiné à produire de la viande bon marché pour l'Amérique du nord) qui ont racheté les terres, souvent en spoliant les petits propriétaires et les Amérindiens, et en chassant les seringueiros, ou les privant de travail en coupant les arbres de la forêt - y compris les hévéas.

Chico Mendes a d'abord mené une lutte sociale et environnementale. Pour agir politiquement et être mieux entendu, il s'est présenté aux élections municipales de sa commune (Xapuri). Il a été élu et y fut l'un des principaux membres locaux de l'équipe socialiste Parti des travailleurs (PT).

Il a préconisé que soient créées des réserves forestières, gérées par les communautés traditionnelles, et produisant de façon durable des produits tels que le latex et la noix du Brésil. Les seringueiros ont proposé[1] que dans ces forêts-réserves, ils limitent à moins de 5 % de la superficie de la réserve la surface autorisée au défrichement (pour le pâturage et les cultures)

Voyant que la forêt reculait de plus en plus rapidement, et combien le lobby des propriétaires terriens en était responsable, détruisant une richesse peu renouvelable au profit de pâturages rapidement dégradés par le climat tropical, il a cherché à réunir les seringueiros et a fondé un syndicat national brésilien (l’Union des travailleurs ruraux de Xapuri) défendant notamment les droits des ouvriers récoltant le caoutchouc. Il en est devenu le président. Lors de manifestations non violentes, le syndicat, aidé d'une partie de la population, tentait de désarmer pacifiquement les gardes payés par les grands propriétaires, tout en manifestant pour la protection de la forêt, souvent avec succès, mais non sans résistances, parfois violentes des propriétaires (En 1980, Wilson Pinheiro, ami de Chico Mendes a été assassiné). L'Union des nations indiennes est alors créée au début des années 80 pour obtenir des droits fonciers statutairement et légalement reconnus. Cette union rassemble environ 200 000 Indiens. Autour du chef Raoni Metuktire, ils demandent également une démarcation physique des réserves et terres tribales, qui a aussi pour vocation la conservation et la mise en valeur durable et soutenable des ressources forestières par et pour les peuples de la forêt.

Ainsi, d'une lutte locale pour la sauvegarde des hévéas, Chico Mendes a élargi son intérêt et ceux de son syndicat aux grandes causes environnementales et sociales (« Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas ; puis j'ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l'humanité »).

Création du syndicat[modifier | modifier le code]

La première réunion de ce nouveau syndicat a pris la forme d'un Conseil national des récolteurs de caoutchouc, qui s'est tenu en 1985, dans la capitale Brasilia où ont afflué des seringueiros venus de tout le pays, dont beaucoup n'avaient jamais quitté la forêt ou leur localité. Il a réussi à convaincre la plupart d'entre eux des risques induits par la déforestation, l'ouverture de nouvelles routes, le développement de l'élevage, montrant les menaces qui pesaient sur les moyens de subsistance des peuples et populations vivant en forêt et de la forêt. Cette réunion a attiré l'attention des grandes ONG environnementales internationales et du grand public, mettant en lumière la détresse des gens défendus par le syndicat. Chico Mendes a choisi de baser ses propres actes et ceux de l'Union syndicale qu'il a contribué à créer sur des lignes environnementales plutôt que marxistes. En novembre cette même année, le cinéaste anglais Adrian Cowell tournait un documentaire sur Mendes, qui le fera connaître dans le monde entier.

Militantisme personnel[modifier | modifier le code]

En 1987, après avoir été contacté par diverses ONG (Environmental Defense et National Wildlife Federation, C. Mendes a pris l’avion pour Washington afin de convaincre la Banque interaméricaine de développement que ses projets routiers seraient cause d’un désastre environnemental, à moins de prendre en compte la préservation de la forêt et les moyens de subsistance de ses habitants. Il a réussi à bloquer les projets en obtenant un moratoire et parvint à être associé aux nouveaux projets, ce qui lui a valu deux récompenses internationales en matière d'environnement.
À son retour, il a pu être reçu par le général Bayma Denys, ministre de la Commission militaire du Cabinet de la Présidence, et a profité de l'occasion pour à nouveau mettre en avant sa proposition de création de réserves, laquelle nécessitait que des forces de l’ordre puissent protéger la forêt et ses usagers traditionnels contre les éleveurs qui payaient et armaient des milices ou mercenaires pour faire avancer leurs projets.

Représentants des peuples de la forêt, des seringueros, des Amérindiens lors de la seconde convention nationale réunie au brésil (Ulysses Guimarães), poursuivant l'œuvre de Chico Mendes

En 1988, Chico Mendes a lancé une campagne pour stopper la déforestation d’une zone où était planifiée une réserve forestière, entamée par un grand éleveur brésilien Darly Alves da Silva. Chico Mendes a non seulement réussi à bloquer la déforestation et à créer la réserve prévue, mais il a aussi réussi à ce qu’un mandat d’arrêt soit émis contre l’éleveur Darly, à la suite d'un meurtre commis dans un autre État. La police fédérale a bien émis le mandat d'arrêt, mais n’y a jamais donné suite.

De plus en plus connu pour ses appels à la résistance pacifique lors de ses actions en faveur de la sauvegarde de la forêt amazonienne contre les grands propriétaires terriens qui défrichaient la forêt pour y faire paître leurs troupeaux de bovins, au détriment des milieux de vie des amérindiens, des noirs marrons (descendants des anciens esclaves enfuis dans la jungle) et des seringueiros, il semble que Chico Mendes ait excédé les éleveurs, et tout particulièrement Darcy.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Chico Mendes a été assassiné à l’âge de 44 ans le 22 décembre 1988 chez lui à Xapurí, devant sa famille, par des tueurs à gages payés par un riche propriétaire terrien, éleveur de bétail.
Deux ans plus tard, en décembre 1990, l’éleveur Darcy Alves Pereira et son fils Darly Alves ont été condamnés à 19 ans de prison pour avoir fomenté l’assassinat de Mendes.
En février 1994, ils ont obtenu un nouveau procès, mais sont restés emprisonnés.
En 1993, ils ont organisé une évasion, mais Darcy a été repris et en 2004, il était toujours en prison.

Le meurtre de Chico Mendes a ému le monde entier. Il a fait la une des manchettes dans presque tous les pays, et la page de couverture du New York Times. En partie grâce à l'attention des médias internationaux à la suite de son assassinat, des réserves forestières ont réellement été créées dans la région où il vivait. Il en existe aujourd’hui plus de 20, couvrant plus de 8 millions d'hectares (80 000 km²).

Personnalité-symbole et suites[modifier | modifier le code]

Chico Mendes est devenu et est resté l’un des symboles de la défense de l'Amazonie et plus généralement de l’environnement et du développement durable. À ce titre, son nom a été donné à de nombreux collèges, lycées et à certaines ONG. Après sa mort, plusieurs millions d'hectares de forêt amazonienne ont été déclarés « réserves d'extraction » (= > défrichement interdit) au Brésil. D’autres réserves de ce type (visant l'intérêt des populations locales via la protection de la forêt), ont été créées au Pérou et en Bolivie et ont inspiré plusieurs réserves du programme Man and Biosphere de l’UNESCO[2].

De nombreux auteurs, documentaristes et journalistes l'ont évoqué ou lui ont consacré un travail approfondi. Alex Shoumatoff (écrivain et journaliste au New-Yorker) lui a consacré un livre intitulé « Qui a tué Chico Mendes ? »[3]

Luis Sepulveda, ami de Chico Mendes lui a rendu un hommage posthume dans sa dédicace au Vieux qui lisait des romans d'amour, où il déplore son assassinat. Paul McCartney (membre, entre autres, de Greenpeace) lui rendit également hommage sur son album Flowers in the Dirt avec la chanson How Many People écrite en 1989 à sa mémoire.

Philippe Val lui a rendu hommage avec Chanson pour Chico Mendès.

Michel Delpech a également écrit une chanson hommage intitulée Chico Mendes. Rockin' Squat du groupe Assassin mentionne Chico Mendes dans la chanson "shoota babylon 2" dans l'album "confession d'un enfant du siecle vol.3". La chanson du groupe Maná "Cuando los angeles lloran" a aussi été composé pour Chico Mendes.

Le combat et la mort de Chico Mendes ont été adaptés dans le téléfilm The Burning Season avec Raùl Julià.

L'Ouzom, groupe mythique de chansons béarnaises lui rend hommage dans son sixième album l'Array de l'estéle (composition Bernard BOUE)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Document FAO sur la valorisation de la forêt amazonienne brésilienne par les produits non ligneux (en)
  2. Source : voir document FAO cité ci-dessus
  3. « Qui a tué Chico Mendes ? », Collection Documents Payot, en anglais, traduit en français par Anne Barbé

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]