L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat
L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat
| Réalisation | Auguste et Louis Lumière |
|---|---|
| Pays d’origine | |
| Durée | 50 secondes |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution
L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat, ou L'Arrivée d'un train à La Ciotat, est un court métrage français, réalisé par les frères Lumière en 1895 et présenté pour la première fois en janvier 1896.
La tradition veut que lors de la projection, l'image d'un train qui se dirige vers lui ait terrifié le public, criant et se précipitant vers l'arrière de la salle. Le journaliste Hellmuth Karasek a rapporté dans Der Spiegel : « Ce court métrage a eu un impact particulièrement durable ; oui, il a provoqué la crainte, la terreur, et même la panique ... ».
Contrairement à une idée reçue, le film n'était pas au programme des 10 films composant la projection du 28 décembre 1895, dans le Salon indien du Grand Café, place de l'Opéra à Paris[1].
Sommaire |
Description du film [modifier]
Le film montre un train arrivant en gare de La Ciotat, ville proche de Marseille. La famille Lumière possédait une résidence à La Ciotat, ce qui explique le choix de cette gare plutôt que d'une autre.
Dans la "diagonale du champ", une voie ferrée, sur le quai, des voyageurs en habit du dimanche attendent. Un bagagiste s'approche de la caméra. Au fond, dans la "profondeur de champ", une locomotive à vapeur apparaît, son image grossit. Ralentissant, elle dépasse la caméra sur sa gauche, sortant du champ de l'objectif, les wagons s'immobilisent. Des voyageurs descendent, d'autres s'apprêtent à monter, les curieux regardent par les fenêtres des wagons[2]
Certains historiens ont pensé que ce très court métrage de 50 secondes, dont il existe plusieurs versions (liées à l'usure prématurée du négatif originel utilisé pour le tirage des copies) contient (à lui tout seul) un florilège des différents cadrages du cinéma : plan d'ensemble, plan américain, plan rapproché, gros plan, et même un très gros plan. Mais il faut préciser que cette étonnante variété découle d'un concours de circonstances et non d'une recherche esthétique voulue par les frères Lumière. Les voyageurs qui descendent du train s'approchent par curiosité de ce drôle d'appareil photographique dont l'opérateur - bien connu des gens de La Ciotat - active une manivelle. Ils passent devant l'objectif et modifient obligatoirement la variété des cadres. Pourtant, il faut bien reconnaître que cette prise de vues est riche d'émotion, malgré son caractère non intentionnel, car elle est, sans le savoir, précurseur du plan subjectif, tel que l'Anglais George Albert Smith en découvrira le principe en 1900, avec son film La Loupe de grand-maman[2].
Louis Lumière, photographe talentueux, a positionné sa caméra telle qu'elle puisse renforcer le côté spectaculaire de l'entrée d'un train en gare. Il aurait pu, plus pauvrement, filmer sur le côté, latéralement, à 90° de la voie. Mais il a préféré, par expérience de photographe, utiliser la diagonale du champ et la profondeur de champ (il était le premier à le faire), une expérience qu'il renouvellera pour d'autres sujets (La promenade des autruches par exemple), et que retiendront les cinéastes anglais et américains.
Séquelles du film et hommages [modifier]
- En mai 1935, les frères Lumière présentent eux-mêmes une nouvelle version tournée en relief stéréoscopique de ce film avec le procédé anaglyphique, dans le cadre de la réunion annuelle de l'Académie des sciences.
- En 1995, Patrice Leconte réalise un remake parodique du film des frères Lumières. Pour le film Lumière et Compagnie, il revient, armé d'une authentique caméra d'époque comme l'impose le film, en gare de La Ciotat. Cent ans après, plus aucun train ne s'y arrête. Seul un TGV traverse l'écran, tel un projectile.
- En 2005, le compositeur Baudime Jam a composé une partition originale pour l'accompagnement en direct de ce film.
- En 2010, Philippe Starck utilise une image du film pour le design de l'entrée de la salle de cinéma numérique du palace parisien Le Royal Monceau, « Le Cinéma des Lumières ».
Notes et références [modifier]
- Fac similé du programme de ce jour, sur le site de l'Institut Lumière
- Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde éditions, 2010 (ISBN 978-2-84736-458-3)