Khitans

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Cavaliers khitan chassant avec des aigles (dynastie Song)

Les Khitan (Qidan 契丹 en chinois) sont un peuple voisin des Mongols et des Toungouses, fondateur en 907 de la dynastie des Grands Khitan (dynastie Liao 遼 en chinois, 907-1125). La variante Khitai de leur nom a donné Cathay, le nom par lequel l'Europe désigna la Chine au Moyen Âge. Aujourd'hui encore certaines langues comme le russe appellent la Chine "Kitaï".


Histoire[modifier | modifier le code]

Les Khitan sont mentionnés pour la première fois par les chroniques chinoises en 405-406. Ils nomadisent alors dans le secteur du Xilamulun en Mongolie Intérieure.

Ils effectuent des raids à la frontière chinoise à partir de 695. L'année suivante, ils menacent Pékin. L'empereur Tang demande de l'aide au khan des Tujue Kapaghan qui les écrase.

Abaoji[modifier | modifier le code]

L'empire des Khitan vers l'an mille

De 907 à 926, le fondateur de l'empire des Grands Khitan (dynastie Liao 遼 en chinois), Yelü Abaoji 耶律阿保機 (873-926) unifie les tribus de la steppe voisines des Khitan, conquiert à l'ouest le sud de la Mongolie jusqu'à l'Orkhon et à l'est le royaume de Bohai (Pal-hae 渤海).

La veuve d'Abaoji accède au pouvoir. Elle favorise l’élection par les nobles de son fils puîné, Yelü Deguang. Souveraine rusée et cruelle, elle condamne à mort ses adversaires en leur disant qu’elle les envoie en ambassade chez son mari défunt.

Yelü Deguang[modifier | modifier le code]

Après la conquête du royaume de Bohai (931), Deguang participe au renversement de la dynastie Tang en Chine (936). Le nouvel empereur Jin lui donne le nord du Hebei (Pékin) et du Shanxi (Datong).

Le 25 janvier 947, il entre dans Kaifeng, pille la ville et rentre à Pékin avec la cour chinoise prisonnière. Il fonde officiellement la dynastie Liao qui règne sur la Chine du Nord jusqu'en 1122.

Les Kara-Khitaï (Xi Liao 西遼, 1124-1218)[modifier | modifier le code]

Menacé par les Jurchen (tribus toungouses) établis en Mandchourie (deuxième dynastie Jin, 1115), les Khitan sont expulsés de Chine par les Jurchen en 1125-1126. Ils s’enfuient vers l’Ouest. Le dernier empereur Liao meurt en captivité.

Menés par Yelü Dashi (1130-1142) une partie d'entre eux retournent au nomadisme pour fonder l’État bouddhique des Kara-Khitan (Khitan noirs) dans l’est du Turkestan occidental. Cet État se maintiendra de 1130 à 1218. Ils soumettent les régions de Tourfan et de Koutcha puis se présentent aux frontières des Karakhanides, aux prises avec les Karluk de l’Ili et les Kangli du nord de la mer d'Aral. Yelü Dashi entre à Balasaghun (sur le Tchou), en dépose le prince Karakhanide et s’installe à sa place. En 1144, ils atteignent l’Amou-Daria.

Djebé, général de Gengis Khan, prend possession de l’État des Kara-Khitan à la faveur d'une révolte de la population turque de l'empire en 1218. À la mort de Gengis Khan en 1227, le territoire des Kara-Khitan devient l'apanage de son fils Djaghataï (khanat de Djaghataï).

Société[modifier | modifier le code]

Ils étaient initialement organisés en une confédération de huit tribus dirigées par un khan élu pour une durée déterminée dans une des tribus. Son successeur est systématiquement élu dans une autre tribu. Ce système commence à se désintégrer au VIe siècle, chaque khan s'efforçant de faire reconnaître sa propre tribu comme dominante afin que le khan soit désormais toujours désigné dans celle-ci.

Au début du Xe siècle, l'ancien système tribal est progressivement remplacé par un féodalisme nomade, implanté définitivement à l'époque de la dynastie Liao. Le pouvoir du khan devient héréditaire, comme la propriété foncière et le titre des nobles soutenant le khan.

La société féodale nomade des Khitan est complexe. La couche inférieure est composée d'esclaves privés de droits, prisonniers de guerre ou criminels condamnés à l'esclavage. Les peuples soumis doivent payer un impôt aux seigneurs sur la terre desquels ils vivent. Les pâtres libres khitan, plus favorisés, sont de plus en plus dépendant de leur seigneur au fur et à mesure que la féodalité évolue. La classe supérieure est composée de seigneurs féodaux laïques et ecclésiastiques et de la famille du khan ou de l'empereur[1].

La population opprimée par le renforcement de la féodalité se révolte de plus en plus à partir du Xe siècle, mais ces luttes, canalisées par les seigneurs, se confondent avec les querelles dynastiques et la société n'évolue pas.

L'administration du pays est divisée en deux : l'Office de la horde du Nord s'occupe des affaires de la région nomade et l'Office de la horde du Sud administre la population agricole.

Économie[modifier | modifier le code]

Au VIIe siècle, l’élevage occupe la plus grande place dans leur économie, le pillage apportant l'appoint indispensable en temps difficile. L’agriculture et l’artisanat se développent dans les siècles suivants, surtout dans les régions en contact avec la Chine.

Dans l’empire khitan du Xe siècle, les pâtres libres sont exemptés d’impôts, mais doivent assurer le service postal. Seul les peuples soumis sont assujettis à l’impôt. Au contact des Chinois, les populations du sud de l’empire khitan se sédentarisent et l’agriculture domine. Les Khitan construisent des villes fortifiées, des palais, des routes et creusent des canaux d’irrigation[1].

Il existe deux sortes de propriétés foncière dans l’empire Liao : la propriété d’État, où vivent au Nord des soldats-pâtres et au Sud des agriculteurs et la propriété privée des aristocrates et le domaine concédé aux monastères bouddhistes. Cette propriété privée, affermée à des pâtres et des agriculteurs, est donnée en fief par le khan aux seigneurs féodaux qui en disposent sans restriction. Les moines bouddhistes sont déjà 50 000 dans l’empire Khitan en 942. En 1078, ils sont 360 000. Ils vivent des produits des domaines concédés par le khan et de dons accordés généralement sous contrainte. Les domaines des monastères sont cultivés par des serfs attachés à la terre ou parfois donnés à bail à des fermiers[1].

Le commerce, avec les barbares du Nord et les sédentaires de Chine du Sud occupe une place importante, sous forme généralement de troc. Vers le XIe siècle, une monnaie de bronze apparaît.

Culture[modifier | modifier le code]

L'écriture existe sous deux formes : la grande écriture khitan, tirée de l'écriture chinoise et utilisée pour les inscriptions officielles, et la petite écriture khitan, peut-être une variante de l'écriture ouïghoure.

Les chroniques chinoises rapportent que la vie littéraire est importante à Pékin à l'époque de la dynastie Liao. Les empereurs eux-mêmes s'adonnent à la littérature et à la poésie, des savants khitan rédigent des ouvrages historiques. Sculpture, peinture et musique sont appréciées.

Le chamanisme reste la religion des Khitan du Nord. Dans l'empire Liao, le confucianisme deviendra la religion d'État. Le bouddhisme, très populaire, détient le plus grand pouvoir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c László Lőrincz Histoire de la Mongolie : des origines à nos jours Akadémiai Kiadó, 1984 (ISBN 9630533812 et 9789630533812)


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Marsone , La Steppe et l’Empire : la formation de la dynastie Khitan (Liao) Paris, Les Belles Lettres, 2011, 322 p.
  • Karl August Wittfogel et Fêng Chia-Shêng [馮家昇], History of Chinese Society : Liao (907-1125), Philadelphie, The American Philosophical Society, 1949.

Articles connexes[modifier | modifier le code]