Jean-Pierre Lemaire

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Jean-Pierre Lemaire

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Jean-Pierre Lemaire (2007)

Activités poète, professeur de lettres
Naissance 18 août 1948
Genres poésie lyrique
Distinctions Grand prix de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre

Jean-Pierre Lemaire, né le 18 août 1948 à Sallanches, en Haute-Savoie, est un poète français.

Parcours[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Fils d'un ingénieur de la SNCF, il a passé son enfance dans le Nord de la France, près de la frontière belge, dont il garde un vif souvenir, alors même qu'il n'y est presque jamais retourné. Mais le Nord, pour lui, constitue la pierre de touche de ce qu'était une certaine vie authentique qu'il n'aurait, en réalité, « pas su vivre ». C'était un faubourg ouvrier, où il se souvient du grouillement des hommes et des femmes dans les rues pavées, des locomotives qu'on réparait dans les ateliers que dirigeait son père. La grande maison avec pelouse, qu'ils habitaient alors, était séparée des ateliers par un mur que son père, chaque soir et chaque matin, franchissait.

« Il m'arrive aujourd'hui de me dire que là était, d'une certaine manière, la vraie vie, que je n'ai pas su reconnaître au moment où elle m'était donnée, mais où je reviens périodiquement par la mémoire... un peu comme un diapason. [...] Au fond, c'est comme si le vrai monde, le monde ordinaire, avait été de l'autre côté du mur[1]. »

Premières lectures[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Lemaire n'a pas souvenir d'avoir été, enfant, un très grand lecteur. La lecture, et toute forme de littérature, sont d'abord pour lui relativement secondaires. Il vénère alors Beethoven, apprend le piano, et veut devenir musicien. S'il lit, c'est sans l'idée de se faire une culture littéraire, de façon disparate, aussi bien des récits dans Sélection du Reader's Digest, des histoires de sous-marins allemands, que certains textes plus classiques. Corneille l'a beaucoup marqué quand il était en troisième et en seconde. A peu près à la même époque, sa mère lui fait découvrir le théâtre de Claudel ; il est ébloui par la version pour la scène du Soulier de satin. Le verset claudélien, libéré de la rime et fondé sur la respiration, paradoxalement, le réconcilie avec l'idée du vers, en ce qu'il lui offre des possibilités, non pas analogues, mais voisines à celles qu'offre la musique.

« On aurait bien déçu l'enfant, l'adolescent que j'étais et qui rêvait d'être musicien, en lui prédisant qu'il écrirait des poèmes. Quand il fallut choisir, ou plutôt s'apercevoir que le choix était déjà fait, la poésie me semblait un pis-aller. [...] J'ai pris la poésie comme une façon de faire de la musique avec ces notes pesantes, volumineuses, avec les choses, presque, avec cette vie que le chant des mots soulève si difficilement[2]. »

Débuts en littérature[modifier | modifier le code]

Après son bac, il décide de suivre une hypokhâgne et une khâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris, entre à l'École normale supérieure, et obtient l'agrégation de lettres classiques. Il fait ensuite son service militaire dans la Marine. À vingt-quatre ans, à la suite d'une crise spirituelle, il prend définitivement conscience de sa foi catholique et commence à écrire ses premiers vrais poèmes, qu'il publie chez Gallimard en 1980 sous le parrainage de Jean Grosjean, dans le troisième Cahier de poésie. Cependant, le manuscrit de son premier recueil, Les Marges du jour, refusé par Gallimard et par le Seuil, est transmis par Pierre Oster au jeune directeur genevois de la revue Belles-Lettres, Florian Rodari, qui cherche alors à fonder une maison d'édition, La Dogana, dont Les Marges du jour est ainsi le premier titre. L'écriture de Jean-Pierre Lemaire, d'inspiration chrétienne, mais toujours soucieuse de refaire le pas baudelairien de l'amour des choses mortelles, a été aussitôt saluée dans la NRF par Philippe Jaccottet comme un événement : « J'entends là une voix totalement dépourvue de vibrato, miraculeusement accordée au monde simple, proche et difficile dont elle parle et qu'elle essaie calmement, patiemment de rendre encore une fois un peu plus poreux à la lumière. Avec une modestie de ton, une justesse, mais aussi une tendresse (sans ombre de sentimentalisme ni de mièvrerie) que je n'avais plus entendues dans la poésie française depuis Supervielle, qui eût aimé infiniment ce livre. »

Dès lors, la plupart de ses recueils ont paru chez Gallimard.

Il est considéré comme « un de ces poètes-promontoires en qui vient sonner l'écho d'une double appartenance au profane et au sacré"[3] ».

Marié à Fanchon, une Bordelaise, il a trois filles. Il est actuellement professeur de lettres en khâgne au lycée Henri-IV à Paris, ainsi qu'au lycée Sainte-Marie de Neuilly.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Poésie

Essai sur l'expérience poétique :

  • Marcher dans la neige, Bayard, 2008

Préfaces ou postfaces :

Récompenses[modifier | modifier le code]

Sur Jean-Pierre Lemaire[modifier | modifier le code]

Préface :

  • Jean Grosjean, préface à Jean-Pierre Lemaire, « La rivière et la route », Cahiers de poésie, n°3, 1980.

Notes :

  • Philippe Jaccottet, « Jean-Pierre Lemaire : Les Marges du jour », NRF, décembre 1981.
  • Lionel Ray, « Jean-Pierre Lemaire : Les Marges du jour », Incendits, n°7, 1982 ; « Jean-Pierre Lemaire : L'Exode et la Nuée suivi de La Pierre à voix », NRF, octobre 1982.
  • Jean-Michel Maulpoix, « Une Écriture de perce-neige », la Quinzaine littéraire, 16-30 juin 1982.
  • Alain Bosquet, « Un Retour à la simplicité : Jean-Pierre Lemaire », Le Monde, 11 avril 1986.
  • Pierre Chappuis, « Une Innocence imaginative » (2001), repris dans Tracés d'incertitude, José Corti, 2003.

Études :

  • Jean-Louis Backès, « Mythe et identification dans la poésie de Jean-Pierre Lemaire », La Licorne, n° 55, 2000.
  • Marie-Claire Bancquart, « Jean-Pierre Lemaire », La Poésie en France du surréalisme à nos jours, Ellipses, 1996.
  • Michel Collot, « Lyrisme et réalité », Littérature, n° 110, 1998.
  • Philippe Delaveau, « D’un nouveau sermo pedretis : Jean-Pierre Lemaire et Paul de Roux », La Poésie française au tournant des années 80, José Corti, 1988.
  • Pierre Oster, « Une Souche chrétienne », Les Cahiers du sens, n° 8, 1998.
  • Marie-Ange Sebasti, « Études bio-bibliographiques de Laudes. XCV. Jean-Pierre Lemaire », Laudes, n° 134, juin 1999.
  • Amaury Nauroy, « Tu as trouvé la distance », Revue de Belles-Lettres, N°1, 2011.

Collectif :

  • revue Tra-jectoires, n° 2, Dossier Jean-Pierre Lemaire (textes de Guy Goffette, Paul de Roux, Gérard Noiret, Gérard Pfister, Pierre Oster, Philippe Jaccottet, Philippe Delaveau, Pierre Chappuis, Pierre-Alain Tâche, Philippe Mac Leod, Aude Préta de Beaufort, Pascal Riou, Marie-Claire Bancquart, Paul Demont, Jean-Marc Sourdillon, Lorand Gaspar ; entretien avec Olivier Gallet), novembre 2004.

Entretiens :

  • « La voix des choses silencieuses », entretien avec Jean-Pierre Lemaire, réalisé par Lise Favard et Irène Gayraud, Ricochets-Poésie, n°2, mars 2009.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Entretien avec Olivier Gallet, 10 septembre 2004
  2. La musique humaine, Recueil, septembre 1986, p. 161-162.
  3. Jean-Michel Maulpoix, La Quinzaine littéraire, juin 1982.