Italie 13

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48° 49′ 42.35″ N 2° 21′ 18.51″ E / 48.8284306, 2.3551417 ()

Le quartier Masséna.
Vue général d'Italie 13, depuis le cimetière de Gentilly.

Italie 13 (ou Italie XIII) est le nom d'une vaste opération d'urbanisme engagée à Paris dans les années 1960 et interrompue au milieu des années 1970. Son objectif était de transformer en profondeur certains quartiers du 13e arrondissement, autour de l'avenue d'Italie dont elle a tiré son nom. De cette opération, partiellement mise en œuvre, datent les nombreuses tours du sud de l'arrondissement et en particulier le quartier des Olympiades.

La politique de la table rase[modifier | modifier le code]

Les tours des Olympiades derrière le seul bâtiment restant des usines Panhard.

L'opération Italie 13 est l'une des réponses proposées par les urbanistes à un diagnostic souvent formulé par les architectes et les politiques depuis le début du XXe siècle : les arrondissements périphériques de Paris et plus particulièrement le XIIIe arrondissement comprennent de nombreux ilôts jugés insalubres ou simplement « mal construits ». La rénovation de ces îlots, soigneusement répertoriés par Raymond Lopez (architecte-conseil pour la ville de Paris) et son assistant Michel Holley, doit se faire non par un simple assainissement des immeubles mais par une réorganisation d'ensemble de ces quartiers dans l'esprit de la Charte d'Athènes de Le Corbusier :

  • construction en hauteur afin de libérer des espaces libres au sol et d'assurer aux appartements une meilleure luminosité
  • séparation des fonctions : les voies destinées à une circulation automobile importante doivent être distinctes de celles qui sont consacrées à la desserte locale ou aux trajets piétonniers.

D'autres principes de Le Corbusier, comme celui des parcs entourant les tours, sont toutefois mis de côté.

Le Plan d'urbanisme directeur (PUD), rédigé en 1959 et appliqué dès 1961, résume en quelques mots la nouvelle conception de la ville : « La trame urbaine n'est plus définie par les rues, mais par l'ordonnance des constructions, elles-mêmes guidées par des considérations fonctionnelles ». Le quartier des Olympiades illustrera ce programme à la perfection.

Grâce au soutien d'un pouvoir politique fort instauré par l'avènement de la Cinquième République, l'opération Italie 13 peut être lancée. Le Conseil de Paris l'approuve le 13 janvier 1966 et la confie au secteur privé. Elle doit couvrir un secteur de 87 hectares entre la place d'Italie, l'avenue de Choisy, les rues de Tolbiac et Nationale, les boulevards des Maréchaux et une partie des quartiers de Maison-Blanche et de la Butte-aux-Cailles de part et d'autre de l'avenue d'Italie. Il s'agit de construire 16 400 logements et 150 000 mètres carrés de surfaces commerciales et de bureaux, ainsi que des écoles et de petits jardins.

Les nombreux intervenants sont réunis au sein de l'Atelier de rénovation urbaine d'Italie 13 sous l'impulsion d'Albert Ascher et Michel Holley. Les tours doivent toutes avoir à peu près la même hauteur : une trentaine d'étages. Holley estime en effet que l'urbanisme de tours, loin d'opérer une rupture traumatique avec le passé, prolonge la vieille tradition parisienne de l'unité de hauteur des bâtiments. De la place des Vosges aux grandes avenues haussmanniennes, l'uniformité des gabarits est en effet un élément essentiel du paysage parisien.

Un puzzle inachevé...

Sur les 55 tours initialement programmées, une trentaine sortent de terre entre 1969 et 1977. Première construite dans le secteur, la tour Le Périscope (1965-69, Maurice Novarina architecte) est un coup parti avant même le lancement de l'opération. Les treize tours de l'ensemble Masséna sont construites sur les terrains de l'ancienne usine de construction Panhard & Levassor, dont l'unique bâtiment sauvegardé abrite désormais le siège social de Gares & connexions (SNCF) et l'agence d'architecture AREP. Les huit tours des Olympiades le sont sur l'ancienne gare de marchandises des Olympiades. Tandis que la tour de bureau Apogée verra son permis de construire annulé, l'îlot Galaxie à proximité de la place d'Italie comprend quatre tours de logement privé. Les tours Antoine & Cléopâtre, Super-Italie et Chambord resteront quant à elle isolées, contrairement aux projets conçus à l'origine.

Vue des trois principaux quartiers de tours depuis la tour Super-Italie, annotée avec le nom des tours.

Les Olympiades[modifier | modifier le code]

La dalle des Olympiades (1969-77) est l'opération immobilière la plus emblématique des théories urbanistiques appliquées à la rénovation urbaine du secteur Italie. Conçu par l'architecte en chef Michel Holley, ce "village dans la ville" comprend six tours de logement privé (Sapporo, Mexico, Athènes, Helsinki, Cortina et Tokyo), deux tours de logement ILN (Londres et Anvers) et trois immeubles HLM en forme de barres (Rome, Grenoble et Squaw Valley). En sept ans, trois mille quatre cent logements ont été construits, ainsi que des commerces (galerie Mercure et centre commercial Oslo) et des bureaux. Tous les immeubles portent le nom d'anciennes villes, hôtes des Jeux olympiques d'hiver ou d'été. Le stadium, un complexe omnisport devant permettre la pratique d'une vingtaine de disciplines, a en effet tenu lieu d'argument marketing choc lors de la vente des appartements des tours de logement privé, comme en témoigne les plaquettes publicitaires.

L'ensemble immobilier a été édifié sur les terrains de l'ancienne gare de marchandises des Gobelins (1903), raccordée à la petite ceinture ferroviaire de Paris. En échange de la livraison d'une nouvelle gare enterrée sur deux niveaux, la SNCF a cédé les droits à construire en sursol et en périphérie à l'Office public HLM de Paris et à la Société de Nationale de Construction (SNC). Rachetée par la banque Rothschild, cette entreprise de gros oeuvre a ensuite revendu l'ensemble des droits à construire correspondant au volet privé de l'opération à la SAGO (Société d'aménagement de l'îlot Gobelins Nord), entité juridique dédiée à l'opération et contrôlée par la banque Rothschild. Seul le niveau supérieur de la nouvelle gare était desservi par le rail, celui inférieur faisant office d'entrepôt. Cédée par la SNCF à RFF en 2005, la gare, dont l'activité ferroviaire a cessé en 1992, a été reconvertie en plateforme logistique du commerce asiatique. Aux deux niveaux de sous-sol de la gare, se superpose un niveau de voirie souterraine (rues du Disque et du Javelot) livrant accès aux différents immeubles et aux parkings.

La fortune cinématographique des Olympiades doit beaucoup à l'originalité de l'architecture et à l'insertion de ce grand ensemble dans le quartier chinois du triangle de Choisy. L'originalité des Olympiades réside également dans une mixité sociale exemplaire, inhérente au montage financier de l'opération. Appartements en accession libre ou aidée, appartements en location privée, logements sociaux de type HLM ou ILN, ateliers d'artistes en duplex... La diversité de l'offre résidentielle a engendré cette mixité, rare dans des ensembles de taille comparable. Contrairement aux idées reçues, le poids démographique de la population d'origine asiatique est bien moindre que celui économique.

L'excellente desserte de la dalle des Olympiades par les transports en commun (ligne 14 du métro au nord et tramway des Maréchaux au sud) dope son attractivité résidentielle. La dalle tire désormais parti de liens resserrés avec le nouveau quartier latin de Paris Rive Gauche. Quarante ans après sa mise en service, son vieillissement nécessitera cependant, comme au Front de Seine, d'importants travaux de réfection. Bien que très fréquentée et assumant de fait une fonction d'espace public, la dalle des Olympiades demeure un espace de droit privé, contrairement aux dalles publiques du Front de Seine et de la Défense. Son statut de "voie privée ouverte à la circulation publique" ouvre néanmoins droit à Paris au versement annuel d'une subvention municipale, diminuant d'autant les coûts d'entretien. L'avenir de ce quartier, que convoque l'inachèvement de l'opération au sud, se joue à l'échelle du Grand Paris, étant donné sa valeur de centralité et son fort potentiel d'attractivité. Mais il dépend de l'évolution du statut juridique de la dalle et de regards sans doute plus audacieux[1].

L'îlot Galaxie en façade de la place d'Italie[modifier | modifier le code]

De droite à gauche : le Périscope (M. Novarina), Antoine-et-Cléopâtre (M. Holley) et les quatre tours du centre Galaxie.

Première opération lancée dans le cadre de la rénovation du secteur Italie, "l'ensemble Galaxie" comprend 1100 logements répartis dans les tours Onyx, Jade, Rubis et Béryl (Ascher, Brown-Sarda, Mikol, architectes / 1970-77), portant le nom flatteur de pierres semi-précieuses. Inclus dans l'opération, le centre commercial Italie 2 (45000 M2) a été inauguré en 1976 avant le Forum des Halles. Devant initialement être construite porte d'Italie, la tour de bureau Apogée, feuilleton à rebondissements dans l'histoire urbaine de la capitale, a quant à elle connu plusieurs versions, dont celle de l'agence américaine Skidmore, Owings & Merril culminant à 230 mètres de hauteur. L'annulation de son permis de construire au lendemain de l'élection de Valéry Giscard d'Estaing s'est soldée par un jugement du tribunal condamnant l'État français à verser une indemnité de quatre cent soixante dix millions de francs au promoteur immobilier. Il aura fallu quinze ans pour que le trou laissé béant suite à l'abandon du projet Apogée soit comblé. Le bâtiment de Kenzo Tange (Grand Écran), abritant un cinéma et servant d'entrée au centre commercial, n'a en effet ouvert ses portes qu'en 1992.


L'ensemble Masséna (Italie 1)[modifier | modifier le code]

Ce quartier, qui occupe l'ancien emplacement des usines Panhard-Levassor de la porte d'Ivry à la rue Gandon, comprend d'est en ouest :

Les tours de ce quartier donnent de plain-pied sur la rue et sont mieux intégrées dans le tissu urbain. Elles portent des noms de compositeurs ou de villes italiennes : Puccini, Palerme, Rimini...

Autres constructions[modifier | modifier le code]

Il faut rajouter à cette liste quelques bâtiments et opérations isolés :

La fin d'Italie 13 et le retour à une conception de la ville plus traditionnelle[modifier | modifier le code]

La sortie de terre des tours s'est accompagnée d'un changement d'état d'esprit de la population, qui a trouvé un écho chez les professionnels (enquêtes de l'Atelier parisien d'urbanisme) et les politiques. En 1974, le nouveau président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, marque le point d'arrêt des grandes opérations d'urbanisme de tours. L'opération Italie 13 n'aura donc été que très partiellement mise en œuvre.

Il est difficile de nier que la construction des tours, vue autrefois comme un progrès décisif, n'a guère profité à l'image du XIIIe arrondissement, d'autant plus que, construites sur une hauteur, elles sont beaucoup plus visibles depuis le reste de Paris que les tours du Front-de-Seine. Sur le plan esthétique, l'uniformité des parallélépipèdes parisiens séduit certainement moins les Parisiens que l'exubérance de Manhattan pour les New-Yorkais. Les habitants, eux, portent un jugement très contrasté selon la tour dans laquelle ils résident, car la situation varie considérablement d'un immeuble à l'autre au niveau des équipements fournis, de l'état d'entretien et du standing général.

Toutefois, la dalle des Olympiades a conservé ses commerces et ne présente pas l'aspect d'esplanade semi-déserte du Front-de-Seine. L'arrivée de populations asiatiques a probablement permis de sauvegarder le dynamisme du quartier.

À cause du semi-échec de ce type d'opération, l'urbanisme s'est lancé en France, et en particulier à Paris, dans une direction beaucoup plus modeste. L'opération Paris Rive Gauche, à quelques centaines de mètres des Olympiades, seule opération urbaine de grande envergure menée à Paris depuis Italie 13, marque sur l'avenue Pierre-Mendès-France le retour à l'alignement sur rue et au gabarit uniforme : la pierre de taille de l'époque haussmanienne a simplement laissé la place à la paroi de verre. Et le patrimoine urbain, que le PUD croyait pouvoir négliger en dehors du « périmètre sacré » des six premiers arrondissements, fait désormais l'objet de toutes les attentions : alors que les architectes des années 1960 prévoyaient de détruire une gare d'Orsay devenue inutile, leurs successeurs des années 2000 intègrent la plupart des derniers vestiges du passé industriel (Grands Moulins de Paris, SUDAC et Les Frigos) dans les nouveaux quartiers du XXIe siècle.

Au cinéma, à la radio et à la télévision[modifier | modifier le code]

Les Olympiades au cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision et radio[modifier | modifier le code]

  • Navarro, série télévisée, l'appartement du commissaire Navarro.
  • Publicité pour la freebox, la tour Super Italie.
  • La Gare engloutie, documentaire radiophonique de Christophe Havard et Olivier Toulemonde, produit par Arte radio, sur les dessous des Olympiades[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les Olympiades, un village dans la ville », documentaire de Séverine Liatard et Séverine Cassar sur France Culture, 9 juillet 2013
  2. Diffusé en ligne depuis novembre 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paris contemporain, Simon Texier, Parigramme (2005)
  • Urbanisme vertical & autres souvenirs, Michel Holley, SOMOGY éditions d'art, Mai 2012.
  • "Les Olympiades, une ville nouvelle sur une gare de marchandises", Françoise Moiroux, revue AMC n°217, Rubrique Référence, Septembre 2012.
  • "Les Olympiades Paris XIIIe, une modernité contemporaine », Françoise Moiroux, numero hors-serie de Connaissance des arts, coedition Pavillon de l'Arsenal, Février 2013