Horloge astronomique de Strasbourg

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48° 34′ 55.22″ N 7° 45′ 05.18″ E / 48.5820056, 7.7514389 ()

Vue générale

L'Horloge astronomique de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, dont le buffet richement décoré date du XVIe siècle, est classée monument historique depuis le 15 avril 1987[1].

La première horloge[modifier | modifier le code]

Coq-automate de la première horloge (vers 1350)

Une première horloge avait été construite entre 1352 et 1354 dite des Trois Rois, mais elle a dû cesser de fonctionner au début du XVIe siècle.

Aujourd'hui exposé dans la salle d'horlogerie du Musée des Arts décoratifs de Strasbourg, un coq-automate en bois et fer forgé polychrome est l'un des rares vestiges de cette première horloge. Réalisé vers 1350, c'est le plus ancien automate conservé en Occident[2].

La deuxième horloge de Dasypodius[modifier | modifier le code]

Construction d'une horloge astronomique[modifier | modifier le code]

Tableau des éclipses de soleil et de lune

En deux phases, entre 1547 et 1574, une seconde horloge a été construite par les mathématiciens Christian Herlin et Conrad Dasypodius, les frères horlogers Habrecht et le peintre Tobias Stimmer. Cette horloge était une horloge astronomique planétaire et indiquait donc le déplacement des planètes sur un astrolabe. Un calendrier perpétuel indiquait les fêtes mobiles sur une durée de 100 ans. Enfin, les éclipses à venir étaient peintes sur des panneaux.

L’horloge de Dasypodius cessa de fonctionner peu avant la Révolution française et resta dans cet état jusqu’en 1838.

Transformation de l'Horloge par Schwilgué[modifier | modifier le code]

Le temps apparent

De 1838 à 1843[3], l’horloge fut transformée par Jean-Baptiste Schwilgué (1776-1856), un Alsacien autodidacte qui après avoir été apprenti horloger, devint professeur de mathématiques, vérificateur des poids et mesures, et enfin entrepreneur. Schwilgué avait souhaité réparer l’horloge dès son plus jeune âge et cela resta une force directrice toute sa vie.

L'annonce de l'achèvement du globe en 1843

Les fonctions de la troisième horloge[modifier | modifier le code]

La troisième et actuelle horloge consiste globalement en de nouveaux mécanismes placés dans le buffet de la seconde horloge, datant du XVIe siècle. Tous les cadrans sont aussi nouveaux, mais l’horloge est dans son ensemble conservatrice, dans le sens où les fonctions de l’horloge de Schwilgué diffèrent peu de celles de l’ancienne horloge, sauf pour ce qui est du défilé des Apôtres qui n’existait pas auparavant. Pour le reste, il y a toujours un équivalent.

Le comput ecclésiastique[modifier | modifier le code]

Un détail du comput ecclésiastique

L’horloge de Schwilgué fait la même chose que l’horloge de Dasypodius mais différemment voire mieux : alors que l’ancienne horloge indiquait les fêtes mobiles par avance sur une période de cent ans, la nouvelle horloge détermine les fêtes mobiles de l’année à venir à la fin de chaque année. Moyennant un remontage et un entretien régulier, on peut considérer ce mécanisme — le comput ecclésiastique — comme un calendrier perpétuel. La règle pascale est assez simple à énoncer et la définition de la date de Pâques a été adoptée au concile de Nicée, en 325. Selon ce concile, Pâques tombe « le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui tombe le 21 mars ou immédiatement après ».

Toutefois, les choses sont devenues plus compliquées lors de l’introduction du calendrier grégorien en 1582, lequel calendrier a modifié les dates des pleines lunes pascales et leurs règles de calcul. Dans l’état actuel de nos connaissances, Schwilgué a été le premier à avoir traduit le calcul de Pâques grégorien sous forme mécanique dès 1821 avec un prototype conçu en 1816[4]. C’est ce même mécanisme qui figure, en plus grand, en bas à gauche de l’horloge actuelle.

Contrairement à ce qui est souvent dit, ce mécanisme n’est pas un ordinateur, bien que « comput » soit la racine de computer (ordinateur). Le « comput ecclésiastique » est en fait le « calcul de l’Église ».

Il existe un modèle réduit du comput de Schwilgué construit dans les années 1970 par Frédéric Klinghammer.

Certaines horloges astronomiques comportent un comput inspiré plus ou moins directement de celui de Schwilgué. C'est le cas notamment pour l'horloge astronomique de Jens Olsen à Copenhague et pour l'horloge astronomique de Daniel Vachey. L'horloge astronomique de Chauvin comporte aussi un comput inspiré de celui de Strasbourg, mais il s'agit d'un comput simplifié, sans la détermination de la date de Pâques. Les horloges astronomiques de Besançon et de Beauvais comportent des computs, mais ceux-ci ne sont pas perpétuels.

Les automates[modifier | modifier le code]

Ce qui attire le plus les touristes, ce sont les automates. Ceux-ci se mettent en mouvement aux quarts d'heures, aux heures et à midi (par rapport à l'heure de l'horloge qui est quasiment[5] le temps moyen de Strasbourg). L'horloge est réglée sur le temps civil moins 30 minutes, ce qui est quasiment (à une minute près) le temps moyen de Strasbourg en hiver, et le temps moyen plus une heure en été.

À chaque quart d'heure, un ange sonne sur une cloche tandis que le second retourne un sablier. Un personnage parmi quatre défile devant la Mort. Ces quatre personnages représentent les âges de la vie : un enfant au 1er quart d'heure, un jeune homme à la demi, un adulte au 3e quart d'heure et un vieillard à l'heure juste.

Une fois par jour, à midi heure locale, soit 12h 30 en heure d'hiver, au dernier étage, ce sont les douze Apôtres qui passent devant le Christ. Au passage des 4e, 8e et 12e apotres, un coq situé en haut et à gauche de l'horloge chante et bat des ailes. Contrairement à ce qui est souvent écrit, ce coq ne rappelle pas l'épisode du Christ annonçant à Pierre qu'il le renierait trois fois avant que le coq chante, puisque les deux premières horloges comportaient déjà un coq, sans pour autant qu'il y ait des apôtres.

L’horloge indique bien plus que l’heure officielle puisqu’elle permet aussi de connaître le temps moyen, le jour[6], le mois, l’année, le signe du zodiaque, la phase lunaire et la position des planètes jusqu'à Saturne.

Propriété de l'horloge astronomique[modifier | modifier le code]

L'horloge astronomique appartient à l'État, tout comme la cathédrale[7]. La question de la propriété avait notamment été soulevée vers 1910 lorsque l'accès à l'horloge astronomique a été rendu payant à midi. Après de nombreuses contestations, notamment de la part du conseil municipal de Strasbourg (voir délibérations), Ignaz Fahrner, docteur en droit canonique, a étudié la question et a conclu que la fabrique pouvait légitimement percevoir une taxe sur l'horloge. Dans son raisonnement, Fahrner a considéré (de manière peut-être un peu inattendue) que l'horloge était propriété de l'État, et non de la fabrique.

Gestion de l'horloge astronomique[modifier | modifier le code]

De 1858 jusqu'en 1989, l'entretien de l'horloge astronomique a été assuré par l'entreprise Ungerer. De 1989 à 2001, c'est Alfred Faullimmel (ancien employé d'Ungerer) qui a officiellement été en charge de l'entretien. Depuis 2001, c'est son fils Ludovic qui a la charge de l'entretien. L'entretien est payé depuis 1946 par la fabrique de la cathédrale de Strasbourg, bien que celle-ci ne soit pas propriétaire de l'horloge. Avant 1946, l'horloge astronomique était entretenue par l'Œuvre Notre Dame (avec laquelle Schwilgué avait conclu le contrat). La prise en charge de l'entretien est passée de l'Œuvre Notre Dame à la fabrique car la fabrique faisait payer les visites de midi et l'Œuvre Notre Dame se retrouvait lésée en devant payer pour l'entretien.

Depuis 2006, l'horloge est supervisée par un comité dépendant de la fabrique de la cathédrale. Ce comité est composé des personnes suivantes :

  • M. le chanoine Michel Wackenheim
  • M. Patrice Schieber, membre du conseil de fabrique, et ancien président du directoire de l'entreprise Vedette
  • M. Francis Spitzer, ancien préfet
  • M. Patrick Fuchs, intendant de la cathédrale
  • M. Alfred Faullimmel, ancien responsable de l'entretien de l'horloge astronomique
  • M. Jean-Pierre Rieb, coauteur (avec Henri Bach) d'un livre sur l'horloge astronomique
  • M. Denis Kleinknecht, coauteur d'un livre sur le comput de Klinghammer

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PM67000355 », base Palissy, ministère français de la Culture.
  2. Musée des Arts décoratifs de Strasbourg
  3. et non 1842 comme on le lit souvent, notamment sur l'horloge elle-même. En fait, l'horloge a été inaugurée le 31 décembre 1842, mais seulement achevée le 24 juin 1843. La mention de l'achèvement de l'horloge par le globe céleste figure dans le "Courrier du Bas-Rhin" du 2 juillet 1843, page 2.
  4. Ce prototype a disparu pendant la seconde guerre mondiale.
  5. L'horloge est réglée sur le temps civil moins 30 minutes, ce qui est quasiment (à une minute près) le temps moyen de Strasbourg en hiver, et le temps moyen plus une heure en été.
  6. représenté par les dieux de la mythologie, un dieu par jour de la semaine
  7. Ignaz Fahrner: Das Eigentums- und Nutzniessungsrecht am Strassburger Münster unter besonderer Berücksichtigung der astronomischen Uhr, 1911.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ouvrages de référence :
    • Alfred Ungerer, Théodore Ungerer: L'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, 1922.
    • Henri Bach, Jean-Pierre Rieb, Robert Wilhelm: Les trois horloges astronomiques de la cathédrale de Strasbourg, 1992.
  • Autres ouvrages d'intérêt historique :
    • Charles Schwilgué: Description abrégée de l'horloge de la cathédrale de Strasbourg. Strasbourg 1843.
    • Charles Schwilgué: Notice sur la vie, les travaux et les ouvrages de mon père J. B. Schwilgué, ingénieur-mécanicien, officier de la Légion d'honneur, créateur de l'horloge astronomique de la Cathédrale de Strasbourg, etc., 1857.
  • Ouvrages sur des sujets périphériques :
    • Hervé Staub, Les Horloges silencieuses d'Alsace, Éditions COPUR, Strasbourg, 1997, 159 pages (ISBN 2-84208-025-4) (une petite partie sur les cadrans solaires de l'horloge de Dasypodius, la méridienne de Schwilgué et les autres cadrans de la cathédrale)
  • Brochures introductives :
    • Roger Lehni, L'Horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, Savoir Découvrir, Éditions la goélette, 1997 (ISBN 2-906880-18-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]