Fernand Belot

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Fernand Belot

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Fernand Belot

Naissance 9 juillet 1917
Besançon
Décès 9 juin 1944 (à 26 ans)
Communay
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Médecin

Raymonde Vallat-Belot

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Raymonde Belot

Naissance 16 janvier 1921
Lyon
Décès 2006
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Médecin

Fernand Belot, médecin et résistant, est né à Besançon dans une famille d’instituteurs d’Ornans dans le Doubs le 9 juillet 1917. Il a été fusillé par les Allemands le 9 juin 1944 à Communay, Rhône.

Son épouse Raymonde Belot, née Vallat, médecin et résistante, est née le 16 janvier 1921 à Lyon (Rhône) et décédée en 2006.

Biographie[modifier | modifier le code]

La rencontre[modifier | modifier le code]

Après avoir passé son bac au lycée Victor Hugo de Besançon, Fernand Belot part en 1935 faire ses études de médecine à Nancy. Parallèlement à ses études, il milite à la Jeunesse étudiante chrétienne.

Il est mobilisé comme médecin auxiliaire dans les Chasseurs Alpins. Il est fait prisonnier une première fois le 16 juin 1940, mais il s’évade, tout comme la deuxième fois d’ailleurs. C’est après cette dernière évasion qu’il rejoint Lyon et s’inscrit à la Faculté de médecine. Il rencontre François de Menthon, qui lançait alors la publication résistante « Liberté », dont Fernand devint diffuseur clandestin.

En 1940, il rencontre Raymonde Vallat lors d’une réunion de la JEC. Étudiante en histoire-géographie à Lyon, elle s’est engagée dès la rentrée universitaire à la JEC, où elle milite sans ménager son temps et sa peine. Là se retrouvent des étudiants d’origines diverses : ils viennent de l’Est, de Besançon, Belfort, Strasbourg. Il y rencontre les amis du Père Jean Flory, Pierre Bockel, un séminariste, André Mandouze, et tant d’autres. Tous souhaitent, encouragés par le Cardinal Gerlier, créer un nouveau journal d’inspiration chrétienne, en remplacement du « Temps présent » qui ne paraît plus depuis le mois de juin. Raymonde Vallat est pleine d’admiration pour ce jeune étudiant en médecine. Ce sont les prémices de la Résistance spirituelle.

Les « Cahiers du témoignage chrétien »[modifier | modifier le code]

Le Cahier « Alsace et Lorraine terres françaises », rédigé clandestinement par l’abbé Pierre Bockel en 1943.
L’abbé Bockel en 1944.

Très vite Raymonde va aider Fernand à rédiger, imprimer, diffuser. Ils font maintenant partie des principaux responsables de l’organisation des « Cahiers du Témoignage chrétien », le journal créé en 1941 par le Père Jésuite Pierre Chaillet. L’appartement des parents de Raymonde va servir de « point de chute ».

Raymonde aide alors son mari à trouver une nouvelle imprimerie clandestine. Celles de la région parisienne et de Lyon, ont été neutralisées par les nazis. Ce sera Antoine Vernier un imprimeur de Pont-de-Roide qui va prendre la relève. Au total 550 000 Cahiers et 1 255 000 Courriers sont imprimés, dont plus de 100 000 dans cette imprimerie.

Durant des mois, Fernand et Raymonde ont transporté dans leurs valises, ces fameux Cahiers clandestins, qu’il apportaient aux distributeurs. Ils diffuseront les Cahiers dans un réseau qui s’étendra de Lyon à Limoges, Brive, Avignon, Toulouse, puis dès 1942 en zone occupée.

Dans le certificat de Résistance qu’il délivrera à Raymonde Belot, le Père Pierre Chaillet écrit : « Mlle Raymonde Vallat a été, dès 1941, l’une de nos plus actives propagandistes de presse clandestine dans la région lyonnaise. Responsable des Facultés, en liaison avec son fiancé, Fernand Belot, elle a assumé les tâches de liaison les plus délicates, avec un courage et une discrétion exemplaires ».

En 1942, Fernand est lieutenant dans l’armée secrète. Il met sur pied des filières d’évasion. Aidé de Raymonde, il fait passer des Juifs en Suisse.

Le mariage de
Fernand et Raymonde Belot
en juillet 1943.

Le 22 juin 1943, Fernand Belot soutient sa thèse de doctorat en médecine quelques jours avant son mariage civil.

Le 29 juin 1943, Fernand et Raymonde se marient civilement puis religieusement le 1er juillet. Les parents de Fernand ne souhaitaient pas que ce mariage se fasse si tôt. Les jeunes mariés décident alors de prendre un repos sabbatique en Franche-Comté. Raymonde veut connaître sa belle-famille. Ils seront ainsi plus proches de l’imprimerie de Pont-de-Roide.

L’abbé Pierre Bockel[1] rendra hommage au couple dans l’envoi de la réédition du Cahier « Alsace et Lorraine, terres françaises » ainsi que dans sa préface : « La bienveillance un peu craintive des charmantes personnes qui m’hébergeaient et dont je transformais provisoirement le domicile en centrale de rédaction, la précieuse collaboration de Fernand et Raymonde Belot […] me rendirent possible ce travail de forcené[2].

Dénonciation, arrestations, assassinats et déportations[modifier | modifier le code]

Après trois années d’activité dans la Résistance, Fernand Belot est dénoncé par un traître, un italien nommé Ferrarèse, membre de la Gestapo, qui s’est infiltré dans le groupe.

Il est arrêté à Lyon le 27 mars 1944 avec Raymonde, son père, le Colonel Belot, et ses beaux-parents.

Malgré les tortures et les sévices de Klaus Barbie à la prison Montluc à Lyon, ils ne dévoileront jamais les secrets du réseau « Témoignage Chrétien ». La conduite de Raymonde fut aussi admirable que celle de son époux.

Fernand a été fusillé par les Allemands le 9 juin 1944 avec dix-huit autres prisonniers au bord d’une route, à Communay dans l’Isère, non loin de Lyon. Il avait vingt-six ans. Apprenant que son mari a quitté sa cellule, Raymonde pense qu’il a été déporté et qu’il s’évadera comme il en avait pris l’habitude. Elle n’a que vingt-trois ans et ils sont mariés depuis à peine onze mois.

Femmes de Ravensbrück attendant d'être évacués par la Croix-Rouge suédoise. La croix blanche indique qu'elles sont des prisonniers[3].

Le 1er juillet, Raymonde est envoyée à Romainville. Le 10 juillet, c’est le départ en train vers l’Allemagne. Après un arrêt à Neuenbrem, elle est envoyée au camp de concentration de Ravensbrück.

Elle aura cinq amies : Lucienne, Michelle, Agnès, Geneviève, Simone. Dans ses mémoires, Le sel de la mine, elle se fait appeler Jacqueline. « Nous formions une entité, tout au long de notre déportation, nos camarades considérant notre groupe comme une individualité » écrit-elle. Elles restèrent d’ailleurs soudées jusqu’à la fin de leurs jours.

Raymonde raconte l’horreur concentrationnaire, ce qu’on leur propose aussi pour y échapper : accepter de partir sur le front russe dans les bordels pour soldats. Elles mangeraient à leur faim, auraient de jolies robes, coucheraient dans un lit. « Nous n’aurions jamais plus de dix clients par jour, mais une balle dans la tête à la première maladie » écrit-elle. Le chef de camp avait dit : « je veux des Françaises. » Les six amies se séparent alors pour se fondre au maximum dans les rangs.

Le 5 août 1944, elles arrivent au camp de travail de Beendorf près de Magdebourg. Durant huit mois, elles travaillent dans une usine souterraine creusée dans une immense mine de sel jusqu’à 800 mètres sous terre : douze heures par jour, une semaine de jour, une semaine de nuit, six jours sur sept, tel est le rythme de travail des déportées. Trois kilomètres les séparent du camp.

Un jour, on lui annonce qu’elle a saboté son travail. 4 000 pièces sont fausses. On va la fusiller. Elle n’avait plus assez de force pour tourner le volant du tour, si bien que le pas de vis qu’elle fabriquait était trop grand pour la vis. Finalement « l’ingénieur » lui dit : « Après tout, ce n’est pas votre travail qui nous intéresse. Ce qu’on veut, c’est vous faire crever ! » « À l’heure de ma mort je m’en souviendrai encore » écrit-elle.

Elles avaient, certes, toutes perdu au moins vingt kilos, leurs ongles et leurs cheveux ne poussaient plus, mais les Françaises gardaient toujours la tête haute, ce qui énervait les surveillantes.

Enfin ce fut Hambourg en avril 1945. Elles creusent des tranchées antichars. Pour la première fois, Raymonde avoue qu’elle a bien failli flancher. Elle pèse trente cinq kilos. Les forces lui manquent, elle n’en peut plus. C’est alors que le 2 mai, on les fait monter dans un train qui les emmène dans une petite gare. Là des camions blancs de la Croix-Rouge Danoise les attendent. Elles sont conduites en Suède, car le Danemark est occupé. Elles sont accueillies par le Comte Bernadotte qui les fera soigner et retrouver figure humaine. Elles rentrent à Paris le 9 juillet 1945.

Raymonde Belot apprend alors l’assassinat de son mari. En fait, ses amies connaissaient la vérité, mais elles ne l’ont jamais dévoilée à Raymonde qui a toujours gardé espoir de retrouver Fernand vivant. Pendant onze mois elle a recherché vainement sa trace. Finalement il a été reconnu sur une photo de fusillés non identifiés.

À son retour à Lyon par fidélité à la mémoire de son mari, Raymonde entreprend des études de médecine et se spécialise en radiologie. Elle ouvre un cabinet à Aix-les-Bains.

26 mai 1987, au procès de Klaus Barbie[modifier | modifier le code]

Jusqu’en 1987, Raymonde Belot qui a pris sa retraite de médecin n’évoque jamais son passé. Elle s‘est remariée après-guerre et s’appelle désormais Raymonde Guyon.

Tout va changer avec le procès de Klaus Barbie.

Raymonde Belot fait partie avec, Lucien Margaine, Mario Blardone, Robert Clor, Vincent Planque, Charles Fralent, des témoins appelés à identifier le bourreau des « Enfants d’Izieu ».

Le 26 mai 1987[4], Klaus Barbie qui se soustrait à son procès depuis deux semaines, est contraint de comparaître à la demande du Président de la Cour d’assises, lors de la douzième audience. Il est jugé pour crimes contre l’humanité, arrestations de Résistants et déportation de Juifs : 4 342 meurtres, 7 591 Juifs déportés, 14 311 arrestations et déportations. Près de 8000 prisonniers de la prison Montluc ont disparu sans laisser de traces.

Lors de son arrestation, quand Barbie annonce à Raymonde qu’il allait faire fusiller son mari qui refusait de parler, elle rit en répondant : « Pourquoi, nous ne sommes ni juifs, ni terroristes, ni communistes ? » Ce à quoi il lui a répliqué : » Vous êtes pire, car avec vos écrits, vous armez les terroristes » [5].

Après Lucien Margaine, Mario Blardonne reconnaît à son tour formellement Klaus Barbie, « je veux le regarder dans les yeux, ces yeux glacials, cette bouche, voyez il a fermé les yeux, sa lâcheté on la voit ». Comme Robert Clor : « Oui, c'est lui, il a toujours le même air faux jeton », Vincent Planque : « En mon âme et conscience, je le reconnais sans le moindre doute », et Raymonde Bellot : « Je suis transportée à 43 ans en arrière. C'est lui qui m’a interrogé, m’a promis de faire fusiller mon mari et m’a fait déporter » puis elle témoigne à son tour de la déportation, du manque d'hygiène, surtout pour les femmes, de la déshumanisation. Elle ne cache aucun détail. Elle explique à la Cour et au public nombreux qui se trouve dans la salle d’audience, que jusqu’alors les anciens déportés avaient honte de parler de ce qu’ils avaient vécu dans les camps. Quarante-quatre ans après, elle a décidé de rompre le silence.

À aucun moment, Barbie ne regardera ses accusateurs dans les yeux, et au bout de quelques minutes, il quitte une nouvelle fois l’audience.

L’hommage de la ville de Besançon.[modifier | modifier le code]

En octobre 2007, une plaque a été apposée en l’honneur de Fernand Belot sur le gymnase du collège Victor-Hugo de Besançon, qui porte désormais le nom du Résistant. Fernand et Raymonde Belot reposent au cimetière de Saint-Ferjeux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « L’Enfant du rire », Pierre Bockel, p. 53, Grasset, Paris 1973. Réédité en 1991. (ISBN 9782246003526). Le Témoignage Chrétien eut évidemment ses martyrs. L’un deux me fut particulièrement proche : Fernand Belot, jeune médecin belfortain, ancien de la JEC, et tombé sous les balles de la Gestapo et sa jeune épouse Raymonde, envoyée à Ravensbrück, pour avoir collaboré à la rédaction du cahier spécial « Alsace et Lorraine, terres françaises » que le Père Chaillet m’avait demandé de rédiger en 1943.
  2. À la mémoire de Fernand Belot et des martyrs du Témoignage Chrétien, à mon amie Raymonde Belot
  3. Margarete Buber-Neumann write in her book Under Two Dictators. Prisoner of Stalin and Hitler (Prisonnière de Staline et d'Hitler - Volume 2. Déportée à Ravensbrück): « SS had no fabric for the production of new prison clothing. Instead they drove truckloads of coats, dresses, underwear and shoes that had once belonged to those gassed in the east, to Ravensbrück. / ... / The clothes of the murded people were sorted, and at first crosses were cut out, and fabric of another color sewn underneath. The prisoners walked around like sheeps marked for slaughter. The crosses would impede escape. Later they spared themselves this cumbersome procedure and painted with oil paint broad, white crosses on the coats. » (translated from the Swedish edition: Margarete Buber-Neumann Fånge hos Hitler och Stalin, Stockholm, Natur & kultur, 1948. Page 176)
  4. Procès de Klaus Barbie, Lyon 1987. Enregistrement audiovisuel et transcriptions des audiences. Archives nationales, Paris BB301891-1987
  5. Raymonde Guyon-Belot, Le Sel de la mine, Paris, France-Empire,‎ 1991, 290 p. (ISBN 9782704806560)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Cahiers du Témoignage chrétien - Pierre Chaillet - Pierre Bockel

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bockel, L’Enfant du rire, préface d’André Malraux, Paris, Grasset,‎ 1973 - 1991, 204 p. (ISBN 9782246003526)
  • Pierre Bockel, Alsace et Lorraine, terres françaises, Paris, Réédition Dernières Nouvelles d’Alsace, coll. « Cahiers du Témoignage Chrétien »,‎ 1943 - 1991, 96 p. (ISBN 9782716500104)
  • Raymonde Guyon-Belot, Le Sel de la mine, Paris, France-Empire,‎ 1991, 290 p. (ISBN 9782704806560)
  • Daniel Mangotti, Paul Robaux, Fernand Belot (1917-1944), un Résistant chrétien à l’occupation nazie, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, coll. « Annales de l’Est - n° 3, 5e Série - 45e année »,‎ 1993, 36 p.
  • Collectif, Avec les F.F.I. de Belfort, par une équipe d’entre eux, préface du colonel Belot, Mulhouse, Alsatia, coll. « Annales de l’Est - n° 3, 5e Série - 45e année »,‎ non daté, 120 p.
  • Renée Bédarida, Pierre Chaillet : La genèse d’une résistance spirituelle, Paris, Assas Éditions,‎ 2000 (ISSN 0014-1941) INIST-CNRS, Cote INIST : 24437, 35400008857519.0070.
  • Renée et François Bédarida, « La Résistance spirituelle, 1941-1944 : Les cahiers clandestins du « Témoignage Chrétien », Paris, Albin Michel,‎ 2001 (ISBN 2226117113)
  • Fernand Belot, héros de la Résistance spirituelle, Paris, Témoignage Chrétien n° 3269,‎ 4 octobre 2007