Camille Laurens (écrivain)

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Camille Laurens

Nom de naissance Laurence Ruel
Activités Écrivain
Naissance
Dijon, Drapeau de la France France
Langue d'écriture français
Genres Roman
Autofiction
Distinctions Prix Femina 2000 et Prix Renaudot des lycéens 2000 pour Dans ces bras-là
Prix Bourgogne de littérature 2008 pour Tissé par mille

Camille Laurens, de son vrai nom Laurence Ruel[1], est un écrivain français, née le [2] à Dijon (Côte-d'Or). Elle fait partie du jury du Prix Femina.

Biographie[modifier | modifier le code]

Agrégée de lettres modernes, Camille Laurens a enseigné à Rouen en Normandie, puis à partir de 1984 au Maroc, où elle a passé douze ans. Depuis septembre 2011, elle enseigne à l'Institut d'Études Politiques de Paris[3].

Les premiers romans[modifier | modifier le code]

Dès son entrée en littérature, Laurence Ruel choisit le pseudonyme de Camille Laurens :

« Pour une raison objective. La structure de mon premier roman, Index, est une mise en abyme. Un personnage achète un livre qui porte le même titre et le même nom d'auteur que celui que le lecteur a entre les mains. Si j'avais signé de mon vrai nom, Laurence Ruel, il n'y avait plus de mystère sur l'identité sexuelle de l'auteur. J'ai donc choisi Camille, prénom épicène. »

— Camille Laurens[4]

Après Index, publié chez P.O.L., paraissent successivement : Romance (1992), Les Travaux d'Hercule (1994) et L'Avenir (1998). Ces quatre romans, bien qu'ils puissent se lire séparément, forment une tétralogie : en effet, leurs chapitres suivent l'ordre alphabétique, depuis Abri, qui ouvre Index jusqu'à Zygote, qui clôt L'Avenir, et tissent des motifs récurrents autour de la figure borgèsienne du labyrinthe. L'œuvre de Camille Laurens se distingue alors par sa fantaisie imaginative et « une réflexion constante autour du rapport entre la fiction et la réalité, l'illusion et la vérité[5]. »

L'autofiction[modifier | modifier le code]

Entre le troisième et le quatrième volet, survient le drame personnel qu'elle a vécu en 1994 : la perte d'un enfant. Cette douleur sera à l'origine de Philippe (1995). Elle reviendra sur ce décès dans Cet absent-là.

Alors que Camille Laurens avait commencé son travail littéraire par la fiction, ce choc existentiel et l'écriture inhérente à son traitement littéraire l'ont conduite à un travail d'écriture dans lequel elle renonce, pour une part, à la fiction au sens classique, pour s'approcher de l'autofiction. Après 1996 elle entame donc une forme de travail introspectif sur le sujet humain, son rapport à lui-même et ses désirs. C'est ainsi qu'elle publie successivement : Dans ces bras-là, L'Amour, roman, Ni toi ni moi et Romance nerveuse.

En 2000, avec Dans ces bras-là, elle obtient le prix Femina et le prix Renaudot des lycéens.

En 2003, à la suite de la publication de L'Amour, roman, son mari l'assigne en justice pour atteinte à la privée[6]. Il est débouté : « Camille Laurens n'a pas porté atteinte à la vie privée de son mari », a déclaré la vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris le vendredi 4 avril 2003, mettant en avant que l'utilisation des vrais prénoms ne suffit pas « à ôter à cette œuvre le caractère fictif que confère à toute œuvre d’art sa dimension esthétique, certes, nécessairement empruntée au vécu de l’auteur mais également passée au prisme déformant de la mémoire et, en matière littéraire, de l’écriture » [7]. En 2009, il publie Mosaïque de seuil, livre dans lequel il revient sur cette affaire[8]. En septembre 2007, lors de la publication de Tom est mort de Marie Darrieussecq (elle aussi auteure de la maison P.O.L.) Camille Laurens, à travers un texte publié dans La Revue littéraire « Marie Darrieussecq ou le syndrome du coucou », accuse cette dernière de « plagiat psychique[9] ». Elle fait référence à Philippe qui raconte la mort de son bébé dont Marie Darrieussecq se serait plus qu'inspiré pour rédiger son roman. Camille Laurens lui reproche en outre d'avoir rédigé un « livre sur le deuil » et non un « livre de deuil », singeant ainsi une expérience qu'elle n'a pas personnellement éprouvée.Marie Darrieussecq estime que cette polémique est un « ignoble concours de douleurs, et que, quel qu'en soit le sujet, un roman n'a pas à se légitimer d'une expérience vécue ». Elle est soutenue par leur éditeur commun POL, qui a choisi de ne plus publier Camille Laurens[10]. Elle a répondu en affirmant qu'elle ne souhaitait plus de toute façon être publiée par POL[11].

Camille Laurens est revenue, en partie, sur cette polémique dans Romance nerveuse (Gallimard, 2010), sur un mode autofictif. Elle souligne par ailleurs la sur-médiatisation et la déformation de ses propos qui ont accompagné cette polémique[12].

Elle est traduite dans une trentaine de langues.

L'étude de la langue[modifier | modifier le code]

Parallèlement à son entreprise romanesque, Camille Laurens poursuit un travail littéraire qui se veut avant tout textuel, s’intéressant à « la matière vivante des textes ». C'est ainsi qu'elle publie d'abord Quelques-uns (1999), titre emprunté à Beckett : "Les mots ont été mes seules amours - quelques-uns". Puis elle rassemble dans Le grain des mots (2003) les textes de la chronique qu'elle a tenue pendant deux ans dans le journal L'Humanité. Enfin, Tissé par mille (2008) reprend l'ensemble des émissions qu'elle a produites sur France Culture entre janvier 2005 et juillet 2006[13]. Dans ces trois ouvrages, l'auteure tente de déchiffrer, de manière souvent ludique, la part cachée des mots, ce qui se trame sous leurs sens. De sa chronique radiophonique naît aussi un CD, Tissé par mille, dans lequel le compositeur expérimental Philippe Mion mêle sa partition électro-acoustique à la voix de Camille Laurens, qui lit ses propres textes.

Autres activités[modifier | modifier le code]

Elle participe, de manière aléatoire, à de nombreuses revues telles La Licorne, Théodore Balmoral, Quai Voltaire, La Revue littéraire, La Faute à Rousseau ou encore Les Moments littéraires[13].

Elle a prêté sa voix pour un documentaire autobiographique réalisé par Paul Otchakovsky-Laurens : Sablé-sur-Sarthe, sorti en 2009.

En novembre 2010, elle participe au huitième meeting « Franchir la frontière », organisé par la maison des écrivains étrangers et des traducteurs[14].

En juin 2011, Léo Scheer publie, dans la collection « Écrivains d'aujourd'hui », Camille Laurens, premier ouvrage entièrement consacré à l'auteur, constitué d'un long entretien, de notes de lectures et d'articles, ainsi que de textes inédits[15].

En janvier 2012, elle participe au « Paris des femmes. Festival d'auteures de théâtre » qui propose à plusieurs écrivaines de rédiger une pièce de théâtre originale d'une durée de 30 minutes, sur un thème imposé et commun. Camille Laurens écrit Eurydice ou l'homme de dos, jouée à cette occasion au théâtre des Mathurins[16].

En avril 2012, elle coorganise avec Tom Bishop le premier colloque franco-américain[17] sur l'autofiction à l'Université de New York (NYU), avec notamment Siri Hustvedt, Daniel Mendelsohn, Rick Moody, Serge Doubrovsky, Catherine Millet, Philippe Forest.

En mai 2012, elle participe aux Assises internationales du roman[18], organisées à Lyon et en région Rhône-Alpes.

En juin 2012, elle démissionne de la Maison des écrivains et de la littérature dont elle était l'une des vice-présidentes et, à ce titre, membre du conseil d'administration[19].

En septembre 2012, elle s'associe à une tribune publiée par Annie Ernaux dans Le Monde : « Le pamphlet fasciste de Richard Millet déshonore la littérature[20] ».

En novembre 2012, elle participe au Forum Philo organisé par Le Monde au Mans sur le thème de l'amour[21]

En septembre 2013, elle participe au colloque international "Re-thinking literature" ("Repenser la littérature") organisé par Tom Bishop et Donatien Grau à l' Université de New York (NYU)[22]

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Index, roman, P.O.L, 1991. - rééd. Gallimard, 2014
  • Romance, roman, P.O.L, 1992. - rééd. Gallimard, 2012
  • Les Travaux d'Hercule, roman, P.O.L, 1994. - rééd. Gallimard, 2012
  • Philippe, récit, P.O.L, 1995
  • L'Avenir, roman, P.O.L, 1998.
  • Quelques-uns, recueil de textes, P.O.L, 1999. - rééd. Gallimard, 2012
  • Dans ces bras-là, roman, P.O.L, 2000.
  • L'Amour, roman, roman, P.O.L, 2003.
  • Le Grain des mots, recueil de textes, P.O.L, 2003. - rééd. Gallimard, 2012
  • Cet absent-là, récit, Léo Scheer, 2004.
  • Ni toi ni moi, roman, P.O.L, 2006. - rééd. Gallimard, 2014
  • Tissé par mille, recueil de textes, Gallimard, 2008.
  • Romance nerveuse, roman, Gallimard, 2010.
  • Les fiancées du diable, enquête sur les femmes terrifiantes, beau-livre, éditions du Toucan, 2011.
  • Le Syndrome du coucou, essai, Stock, 2011[24].
  • Encore et jamais, variations, Gallimard, 2013

Participations[modifier | modifier le code]

  • 1998 : Mourir avant de n'être ?, collectif, sous la direction de René Frydman et Muriel Flis-Trève, éditions Odile Jacob.
  • 1999 : (d'après photo) de Sandrine Jousseaume, Méréal.
  • 1999 : Une bibliothèque d'écrivains, collectif, éditions du Rocher.
  • 2002 : Les Femmes et l'amour de Jérôme Clément, Stock[25].
  • 2002 : Bests Regards, éditions du Regard.
  • 2006 : Lettres à Marguerite Duras, collectif, sous la direction de Danielle Laurin, Québec, éditions Varia.
  • 2006 : Le pouce, dans Les Cinq doigts de la main, théâtre, collectif, Actes Sud.
  • 2007 : Genèse et autofiction, sous le direction de Jean-Louis Jeannelle et Catherine Viollet, Academia-Bruylant.
  • 2008 : Familles, explosion ou évolution ?, sous la direction de Joyce Aïn, Érès.
  • 2008 : Le premier homme de ma vie, d'Olivia Benamou, Laffont
  • 2009 : Lettres à un adolescent. Les plus beaux messages des grands auteurs à leurs enfants, anthologie, Bayard.
  • 2010 : Petit pan de mur jaune. 22 écrivains du côté du Louvre, collectif, Skira.
  • 2010 : Autofiction(s), actes du colloque de Cerisy 2008, sous la direction de Claude Burgelin et Isabelle Grell, Presses universitaires de Lyon.
  • 2012 : Euridyce ou L'homme de dos, théâtre, dans Guerres et Paix, 8 pièces courtes, L'Avant-scène/Théâtre.

Articles, préfaces[modifier | modifier le code]

  • 1996 : « À quoi bon ? Bon à quoi ? », La Licorne, Université de Poitiers.
  • 1997 : « Le sel de la littérature », La Licorne, Université de Poitiers.
  • 1997 : « Le livre auquel je pense... », Théodore Balmoral, printemps/été.
  • 2000 : « La ponctuation », La Licorne, Université de Poitiers.
  • 2004 : « L'amour, cinéma », La Revue littéraire, no 8, novembre.
  • 2005 : « Jour de foire », La Revue littéraire, no 9, octobre.
  • 2005 : « Abandon-née », Naissances, collectif, L'Iconoclaste.
  • 2007 : « Marie Darrieussecq ou le syndrome du coucou », La Revue littéraire, no 32, automne.
  • 2010 : « Duras, "que cette inconnue entre et gêne" », Le Magazine littéraire, no 493, janvier.
  • 2010 : Préface à Nuit et jour de Virginia Woolf.
  • 2010 : « Encore », Psychologies magazine.
  • 2012 : « Rousseau et l'autofiction », Le Nouvel Observateur, 25 juin.
  • 2013 : Préface à La Beauté de Dominique Paquet

Collaborations[modifier | modifier le code]

  • 2000 : écriture d'un texte sur une chorégraphie de Luis Ayat, Festival « Corps et graphie », Chai du Terral (Saint-Jean-de-Védas).
  • 2000 : écriture d'un texte, « Attente / Temps », pour l'exposition « Le temps vite », Centre Pompidou.
  • 2002 : écriture d'une chanson, Comateen I sur l'album Paradize du groupe Indochine.
  • 2008 : écriture d'un texte, « Le bout de la langue » pour le spectacle théâtral Corpus Eroticus, mis en scène par Virginie Deville, Maison des Métallos.
  • 2008 - 2010 : lectures-concerts avec Philippe Mion. Enregistrement d'un CD en duo, Tissé par mille, Gallimard[19]
  • 2010 : collaboration avec la compagnie Vendaval et la chorégraphe Carmela Acuyo pour le spectacle La mer dans un verre.

Adaptations théâtrales[modifier | modifier le code]

Critique[modifier | modifier le code]

Œuvre exigeante tant dans son traitement du sujet que par la rapidité et la scansion de son style (mélange de gravité et d'humour)[réf. nécessaire] il lui est cependant parfois reproché une certaine forme de conformisme littéraire à l'époque, notamment celle de l'autofiction, comme le note Pierre Jourde, dans La Littérature sans estomac. Camille Laurens lui répond dans un article parodique de La Revue littéraire en appliquant la méthode critique de Jourde à l'un de ses romans, Festins secrets[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "mon vrai nom, Laurence Ruel", Le Matricule des anges, n°43, p.18.
  2. (notice BnF no FRBNF121986482), consultée le 6 septembre 2012.
  3. Formation Sciences Po
  4. Camille Laurens, « "La peau et le masque" », Le Matricule des anges, no 43,‎ mars 2003
  5. Philippe Savary, « Camille Laurens, un secret sous la langue », Le Matricule des anges n° 43, mars 2003.
  6. Histoire d'ex : « ce livre est une revanche », Le Nouvel Observateur, 7 octobre 2011.
  7. Agnès Tricoire,La liberté de création littéraire et l'exception de fiction, 15 mars 2009
  8. Delphine Peras, « Ils se sont connus dans un roman », L'Express, 2 juin 2011.
  9. « À partir de là, j'ai lu Tom est mort dans un vertige de douleur, le sentiment d'une usurpation d'identité, la nausée d'assister par moment à une sorte de plagiat psychique », La Revue littéraire, n°32, septembre 2007, le texte en ligne
  10. « "Tom est mort", la polémique », cahier livre du Monde daté du vendredi 24 août 2007, n°19465, page 2.
  11. Camille Laurens, « On ne fabrique pas un suspense avec la mort d'un enfant », cahier livre du Monde daté du vendredi 7 septembre 2007, n°19477, page 2.
  12. Camille Laurens : Critique ou spectacle ?, Université Panthéon-Assas, 3 mai 2011.
  13. a et b Fiche de l'auteur sur le site de la Maison des écrivains et de la littérature
  14. 2010/Franchir la frontière, maisonecrivainsetrangers.com, novembre 2010.
  15. Camille Laurens sur LéoScheer.com.
  16. Le Paris des femmes, theatredesmathurins.com, consulté le 16 décembre 2012.
  17. [1] sur le site Autofiction.org
  18. Laurens Camille, air.villagillet.net, consulté le 16 septembre 2012.
  19. a et b Fiche de l'auteur sur le site de la Maison des écrivains et de la littérature.
  20. Annie Ernaux, « [ Le pamphlet fasciste de Richard Millet déshonore la littérature] », Le Monde, 10 septembre 2012.
  21. Programme du Forum
  22. http://french.as.nyu.edu/object/re-thinking.html
  23. Nominations dans l'ordre des Arts et Lettres de janvier 2006, Culture.gouv.fr, janvier 2006.
  24. Livre offert pour l'achat de la réédition de Philippe, chez Stock
  25. Texte en ligne
  26. Camille Laurens, « Jour de foire », texte repris dans l'ouvrage collectif Camille Laurens, coll. « Écrivains d'aujourd'hui », éditions Léo Scheer, 2011, p.207.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur Camille Laurens[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Camille Laurens, Léo Scheer, 2011.
  • Martine Delvaux, « Le parapluie de Camille Laurens », Tessera, Montréal[réf. nécessaire]
  • Tania Feix-Hupé, « Camille Laurens : émergences de l'intime », L'Intimité, Presses universitaires Blaise Pascal, 2005[1].
  • Arnaud Genon, « Ce que dit l’autofiction : les écrivains et leurs fractures », sur Camille Laurens, Hervé Guibert et Serge Doubrovsky, Raison publique, n° 14 « L’art de l’intime », 2011[2].
  • Catherine Mavrikakis, « Ceci n'est pas une histoire d'amour », Spirale, n° 198, 2004[3].
  • Annie Richard, « Plagiat psychique, colloque « Autofiction(s) » de Cerisy-la-Salle, Presses universitaires de Lyon, 2008[4].
Références

Liens externes[modifier | modifier le code]