Arlette de Falaise

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Représentation de ses trois fils (de gauche à droite : Odon, Guillaume, Robert) sur la Tapisserie de Bayeux

Arlette de Falaise (ou Herleva, Erlève, Herlève, Herlotte) (vers 1010 – vers 1050[1]), fut la « frilla » (épouse à la manière danoise) du duc de Normandie Robert le Magnifique. Elle est la mère de Guillaume le Conquérant puis, de son époux Herluin de Conteville, de deux autres fils : Odon de Bayeux et Robert de Mortain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Arlette était la fille d'un embaumeur ou préparateur mortuaire[2] nommé Fulbert et de Doda[3], de la petite ville normande de Falaise, alors capitale du duché de Normandie, où vivait la famille. Orderic Vital écrivant 80 ans après la rencontre de Robert et d'Arlette mentionne ce métier, qui signifie aussi peaussier ou fourrier, mais Elisabeth van Houts écarte ces possibilités au profit du métier de préparateur de corps. Dans ses interpolations à la chronique de Guillaume de Jumièges, Orderic Vital relate qu'ensuite Fulbert rentre au service du duc et devient son valet de chambre. Une légende locale[1],[4] relate qu'elle serait née à Huy en Belgique.

La fontaine d'Arlette à Falaise

Nous savons peu de choses des circonstances de sa rencontre avec le duc Robert le Magnifique et de la naissance de Guillaume le Conquérant. Les traces écrites datent d'une ou de deux générations plus tard et ne sont pas sans erreurs.

La légende veut que la relation commence lorsque le jeune duc Robert vit Arlette laver son linge dans la rivière au lieu dit : « La Fontaine d'Arlette », près du Château de Falaise. Il ne put résister à sa séduction et la prit pour concubine. Elle lui donna un fils, Guillaume, né en 1027. Une variante de la légende raconte qu'Arlette chantait et dansait dans les champs avec d'autres jeunes filles, quand le futur duc la remarqua de sa fenêtre.

Arlette se maria ensuite à Herluin de Conteville, la date de leur mariage est restée inconnue. Il existe deux théories opposées sur ce point. La première émet l'hypothèse que le duc, s'étant désintéressé de sa maîtresse, la donna à marier à Herluin. Leur mariage et la naissance de leur deux fils se faisant entre 1029 et 1032. La seconde théorie s'appuie sur le récit de Guillaume de Jumièges : « Mais après que le duc pèlerin de Jérusalem fut mort, un certain Herluin, brave chevalier, prit Herlève pour femme, et en eut deux fils, Eudes et Robert, qui dans la suite parvinrent à une grande illustration »[3].

Trois enfants (ou quatre voire cinq selon D. Bates) sont nés de cette union : Odon de Bayeux, Robert de Mortain, et Muriel[5]. Odon et Robert deviennent tous deux des piliers du régime de Guillaume, devenu duc puis roi d'Angleterre en 1066. Muriel épouse Eudes « au chapel », vicomte du Cotentin, que Wace liste parmi les conseillers du duc en 1066[5]. Adélaïde, une demi-sœur de Guillaume, est peut-être la fille issue d'une autre maîtresse de Robert de Normandie, mais il est peut-être plus probable qu'elle soit la fille d'Arlette[1]. Pour l'historien britannique David Bates[6], elle est la fille d'Arlette et Herluin. Pour l'historien français Pierre Bauduin, Adélaïde est la fille du duc Robert et d'une maîtresse inconnue qui n'est pas Arlette[7].

En 1035, le duc Robert le Magnifique meurt. Bien que Guillaume fût illégitime, il hérita donc du titre de son père, et Gilbert de Brionne devint son tuteur. Plusieurs barons normands, qui n'avaient pas accepté un enfant illégitime comme duc, tentèrent d'assassiner Guillaume en 1040, ils échouèrent, mais Gilbert de Brionne perdit la vie.

Lorsque Guillaume le Conquérant, devenu duc de Normandie, décida d'envahir l'Angleterre en 1066, il demanda à ses demi-frères Odon de Bayeux et Robert de Mortain de se joindre à lui.

Elle profita de sa position privilégiée pour favoriser les membres de sa famille[1] Son père entra certainement au service du duc grâce à elle. Deux de ses frères sont connus, Gaultier et Osbern. Gaultier aurait été l'un des gardes du corps de son neveu, le duc Guillaume le Bâtard, durant les troubles de son enfance. Orderic Vital relate qu'une nuit Gaultier dut lui sauver la vie en se réfugiant dans la « retraite [...] du pauvre[8] ». L'une des filles de Gaultier, Mathilde, épousa Raoul II Tesson, dont la famille était éminente en moyenne Normandie[1].

Elle décède aux environs de 1050[1].

Familles et descendance[modifier | modifier le code]

Avec le duc de Normandie Robert le Magnifique :

Avec Herluin de Conteville († v. 1066) :

Il y a débat entre historiens sur d'autres possibles enfants :

  • Adelaïde (v. 1026-v. 1090), comtesse d'Aumale[6] ;
  • Muriel, qui épouse Eudes « au chapeau », vicomte du Cotentin, que Wace liste parmi les conseillers du duc en 1066[5] ;
  • Une fille non nommée qui épouse Guillaume, seigneur de La Ferté-Macé[6], mais qui pourrait être aussi une fille d'Herluin et de sa seconde épouse.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f David C. Douglas, William the Conqueror, University of California Press, 1964, p. 380-383.
  2. Elisabeth M. C. van Houts, « The Origins of Herleva, Mother of William the Conqueror », dans The English Historical Review, vol. 101, n°399 (avril 1986), p. 399-404.
  3. a et b Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum ducum, Éd. Guizot, Paris, Brière, 1826, livre VII, chapitre III, p. 169.
  4. Voir le roman légendaire Arlette par Freddy Van Daele (2004), basé sur des annotations de Maurice de Neufmoustier au XIIIe siècle.
  5. a, b et c Elisabeth M. C. Van Houts, « Wace as Historian », The History of the Norman people: Wace's Roman de Rou, collaborateurs : Glyn Sheridan Burgess, Elisabeth M. C. Van Houts, publié par Boydell Press, 2004, p. xxxv.
  6. a, b et c David Bates, « Odo, earl of Kent (d. 1097) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.
  7. Pierre Bauduin, La première Normandie (Xe-XIe siècles), Presses Universitaires de Caen, 2006 (2e édition) p. 306 (note).
  8. Orderic Vital, Histoire de Normandie, Éd. Guizot, Paris, 1826, tome III, p. 198.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Elisabeth M. C. van Houts, « The Origins of Herleva, Mother of William the Conqueror », dans The English Historical Review, vol. 101, n°399 (avril 1986), p. 399-404.
  • David C. Douglas, William the Conqueror, University of California Press, 1964, p. 380-383.