Anglais basic

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L'anglais basic (pour British American Scientific International Commercial) est un sous-ensemble très restreint (850 mots) de la langue anglaise qui forme en soi une nouvelle langue. Cet anglais simplifié est le fruit d'une stratégie explicite de diffusion de la langue anglaise sur le plan international. Les qualificatifs de Business English ou Basic English se répandent réellement après la Seconde Guerre mondiale.

Contexte d'émergence et diffusion du Basic english[modifier | modifier le code]

L'un des objectifs premiers de ce projet était de donner une langue aisément et rapidement assimilable par les peuples issus de la colonisation. Selon B. Lecherbonnier[1] :

« Cet anglais élémentaire a été mis au point en 1940 à destination des populations nombreuses, souvent issues d'anciennes colonies, de faible niveau intellectuel, parfois illettrées, qui allaient être appelées à servir dans les armées américaine et britannique pendant la Seconde guerre mondiale. Le Basic English a permis notamment de former au plus vite les recrues ignorantes de l'anglais en provenance de l'Inde. »

Dès sa création en 1940, le Basic English reçut le soutien actif de Winston Churchill ; dans un entretien radiophonique accordé à la BBC en 1941, il déclara que le Basic English deviendrait après la guerre « the English speaking world »[2]. Le Basic English repose sur une simplification volontaire de la langue sur le plan du lexique — réduit à 850 mots — ainsi que sur le plan syntaxique (les difficultés syntaxiques inhérentes à l'anglais moderne ont été simplifiées). Le succès de cet anglais simplifié, considéré d'ailleurs comme « l'arme la plus terrifiante de l'ère moderne »[3], a par ailleurs justifié l'existence d'une tentative similaire pour la langue française ; mais ce projet fut abandonné[4], la seule tentative de français simplifié concrétisée étant le français tirailleur.

Cette langue est le fruit du travail, entamé en 1934[5], d'Ogden assisté par Richards et Graham. Une partie des travaux sur le basic fut réalisée à l'université Harvard qui publia d'importants ouvrages (livres, films, enregistrements sonores, etc.) pour sa diffusion.

Cet anglais simplifié reste entièrement compatible avec l'anglais normal ; il ne suit que des règles provenant sans modification de la langue anglaise ; il est adaptable au point qu'il fut possible de traduire intégralement et fidèlement la Bible (outre de nombreux autres ouvrages) en Basic English.

Cependant, l'émergence du Basic English a également été rapidement décriée. L'écrivain et intellectuel George Orwell fut de ses détracteurs. L'écrivain, qui nourrissait une passion notoire « pour la langue anglaise et [avait] un souci militant pour la clarté de style »[6], s'était d'abord montré intéressé par le Basic English. En effet, dans un premier temps de sa réflexion, Orwell concevait le Basic English comme prometteur d'une plus grande transparence de la langue ; comme l'écrit Jean-Jacques Courtine[7] :

« Orwell avait à plusieurs reprises manifesté son intérêt pour cette tentative. Il semblait avoir accepté que la « traduction » d'une phrase anglaise en Basic, en vertu de la simplicité de ce dernier, la débarrasserait de l'excès qui pouvait l'encombrer : dans sa transparence ascétique, le Basic English dégonflerait la rhétorique mensongère et dissiperait l'obscurité des figures de style. Un contrôle du sens et de la vérité des énoncés serait enfin possible. »

Si l'invention par Orwell de la novlangue dans 1984 repose bel et bien sur les principes linguistiques qu'il a pu observer dans les discours totalitaires des années 1940, l'intention de l'écrivain est de rendre compte des processus qu'il observait effectivement déjà dans sa propre langue. D'après Jean-Jacques Courtine en effet, l'idée de la novlangue est venue à Orwell avec la diffusion du Basic English. La novlangue constituerait donc pour Orwell une satire du Basic English[7] au moyen de laquelle, selon Jean-Jacques Courtine, il « montre à quel point le désir d'une langue transparente peut s'achever dans la pire des obscurités » [8].

Principes du Basic english[modifier | modifier le code]

Les bases du basic sont :

  • Le General Basic English Dictionary, fournissant plus de 40 000 définitions de plus de 20 000 mots anglais (normaux) totalement redéfinis en n'utilisant que des mots du basic (publication sous la direction de Charles Kay Ogden).
  • The Basic Dictionary of Science, édité également (en n'utilisant que les 850 mots du basic pour définir 25 000 termes et expressions scientifiques) par E. C. Graham.
  • The Pocket Book of Basic English, équivalent du titre English through Pictures de Richards et Christine M. Gibson. Les deux ouvrages sont pratiquement identiques. Le premier titre fit l'objet de plusieurs publications, avec ou sans aides multilingues (recommandations d'utilisation, listes de vocabulaire avec translittération de la prononciation langue par langue), en livre de poche et traite environ les 500 mots majeurs du basic et la méthode linguistique en ne se servant que de l'image. Le second titre est la même publication dans le contexte des travaux à l'université de Harvard. Il est alors accompagné de cahiers de travaux d'application et de disques.
  • Divers ouvrages didactiques expliquant la grammaire facile, l'usage du vocabulaire intentionnellement restreint (Ogden pensait initialement à 500 mots) pour donner des possibilités d'expression quasi illimitées, les extensions standardisées (doublant, en les prenant toutes, le vocabulaire) pour des usages spéciaux, par exemple termes religieux, etc.

Certains de ces ouvrages sont épuisés et peuvent être consultés dans des bibliothèques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. B. Lecherbonnier, 2005, p. 38, in Pourquoi veulent-ils tuer le français ?, Albin Michel).
  2. Cité par Bernard Lecherbonnier (op. cit. p. 37).
  3. Propos que B. Lecherbonnier (op. cit. p. 38) attribue à Winston Churchill.
  4. Ainsi que le relate B. Lecherbonnier (op. cit. p. 38) : […] juste après la guerre, la commission nationale française de l'Unesco a mis à l'étude un projet identique pour la langue française en vue de l'enseigner au plus grand nombre en Afrique et en confia l'instruction à Léopold Sédar Senghor et à Paul Rivet, directeur du musée de l'Homme ; ce projet fut rapidement abandonné tant il souleva une marée de protestations portées, dans une coalition contre nature, par toutes sortes d'alliés issus d'horizons idéologiques divergents […].
  5. C. K. Ogden, The system of Basic English, Harcourt Brace and Co, New York, 1934.
  6. Jean-Jacques Courtine, 1984, « Georges Orwell et la question de la langue », in Georges Orwell L'ARC, n° 94, pp. 54-60.
  7. a et b Jean-Jacques Courtine, op. cit. p. 58.
  8. Jean-Jacques Courtine, op. cit., p. 59.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]