Abbaye de Dieleghem

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ancienne abbaye de Dieleghem
Image illustrative de l'article Abbaye de Dieleghem
Palais abbatial de l'abbaye
Présentation
Culte Catholicisme
Type Abbaye
Rattachement Ordre des Prémontrés
Début de la construction 1095
Fin des travaux Désaffectée en 1796
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale Région de Bruxelles-Capitale
Commune Jette
Coordonnées 50° 53′ 02″ N 4° 19′ 10″ E / 50.8839, 4.31944 ()50° 53′ 02″ Nord 4° 19′ 10″ Est / 50.8839, 4.31944 ()  

Géolocalisation sur la carte : Bruxelles

(Voir situation sur carte : Bruxelles)
Ancienne abbaye de Dieleghem

Géolocalisation sur la carte : Belgique

(Voir situation sur carte : Belgique)
Ancienne abbaye de Dieleghem

L'abbaye de Dieleghem était une abbaye de chanoines prémontrés, fondée en 1095 et située sur ce qui est aujourd’hui la commune de Jette, à Bruxelles (Belgique). Elle disparut, comme abbaye, lorsque les chanoines furent expulsés en 1796 par le régime révolutionnaire français.


Origine incertaine[modifier | modifier le code]

L’origine de l'abbaye demeure assez mystérieuse. La fondation officielle de la communauté de chanoines réguliers de saint Augustin remonte à 1095. Elle est attestée par une charte de l’évêque de Cambrai, Gaucher, appuyée par Onulphe, seigneur de Wolvertem, qui fit don des terrains nécessaires, d’une brasserie, de l’alleu du moulin à eau, de la dîme de Melsbroek et de la moitié de celle de Wolvertem. Mais il n’est pas exclu que des moines aient séjourné plus tôt à l’abri de la ferme Auwderheyden – ou 't hof Taleghem – située entre les actuelles rues Léopold Ier et Léon Théodor. La guerre de Grimbergen les aurait contraint de quitter la ferme, qui figure toutefois dans le patrimoine de l’abbaye jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

Le choix du nouveau site présentait de nombreux avantages : la proximité d’une route importante reliant Bruxelles à Wemmel et Merchtem, des terres alluvionnaires à cultiver, l’abondance de pierres de carrière, la garantie d’une certaine sécurité. Lors de son déménagement, la communauté adopte la réforme de saint Norbert, archevêque de Magdebourg, à l’origine de l’ordre des Chanoines réguliers de Prémontré. Sa doctrine a été propagée en Belgique par Hugues de Fosses. Fidèle à la règle de vie communautaire prônée par saint Augustin, l’abbaye attache une importance particulière à la pauvreté volontaire de ses membres, en rupture avec les pratiques ecclésiastiques de l’époque. Elle se consacre à l’accueil des pauvres et des pèlerins, à la prédication et à la liturgie.

Vers 1210, Henri, seigneur de Zottegem, cède ses terres jettoises, connues sous le nom de Dieleghem, à l’abbaye qui en adopte désormais le nom. Celle-ci détient alors près de la moitié du territoire de Jette, situé entre la chaussée Romaine et le Molenbeek. Cette situation va perdurer jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

Dès le XIVe siècle, l’abbé de Dieleghem est membre des États de Brabant et son abbé est 'mitré' en 1532 : il reçoit certains privilèges épiscopaux (sans être évêque).

La petite communauté grandit rapidement et gagne son autonomie d’abbaye (1217), qui se choisit Diligam te Domine pour devise et le pélican pour armoiries. S’ouvrant le flanc droit à coups de bec pour abreuver ses petits de son sang, le pélican est devenu un symbole religieux du sacrifice du Christ pour la rédemption de l’humanité. La nouvelle entité reçoit le patronage de plusieurs églises – dont Jette et sa dépendance, Ganshoren, Denderleeuw, Wolvertem, Meise, Wemmel, Rossem, Neder-Over-Heembeek, etc. - et bénéfice de nombreuses donations de biens fonciers dans ces villages et aux alentours.

Le rayonnement de l’abbaye de Dieleghem, qui fluctue selon les époques, est important : elle ne dessert pas moins de neuf paroisses, contribue à la vie économique, sociale et culturelle de la localité. Saisonniers et ouvriers sont employés à la construction et à l’entretien de l’important patrimoine immobilier, à l’exploitation agricole et forestière et aux tâches domestiques. Les marécages autour de l’abbaye sont soit assainis, soit convertis en viviers dont les excédents piscicoles sont vendus au marché, les terres sont défrichées et mises en culture, les gisements de pierre calcaire et de terre à briques des alentours sont exploités. D’un gris légèrement brunâtre, le calcaire lédien était connu sous le nom de pierre de Baelegem. Une petite dizaine de ces carrières de pierre à ciel ouvert ont pu être recensées. Au terme de leur exploitation, à la fin du XVIIIe siècle, elles ont été boisées.

Des artistes de renom travaillent à l’embellissement des lieux tandis que la ferveur de la communauté fluctue en fonction des circonstances historiques et de la personnalité de ses abbés. À l’aube du XIVe siècle, elle accueille les reliques de saint Blaise, offerte par Marguerite d'York, épouse du duc Jean II de Brabant, et attire les pèlerins. Ancien médecin, devenu évêque de Sébaste en Cappadoce, ce martyr des débuts de l’Église est très populaire au Moyen Âge. Patron de nombreuses institutions hospitalières, il est invoqué contre la peste et les infections cutanées. La nouvelle vocation de l’abbaye attirent échoppes de marchands et auberges qui forment une petite bourgade autour d’elle.

Les vicissitudes de l’histoire[modifier | modifier le code]

À plusieurs reprises, l’abbaye de Dieleghem est victime innocente des conflits qui opposent les seigneurs du duché de Brabant à leurs ennemis. La proximité de la ville en fait un poste avancé pour toutes les troupes de passage. À chaque fois, après un exode forcé dans le refuge qu’elle possède dans le quartier Saint-Géry, la communauté monastique se met courageusement à l’ouvrage pour relever les bâtiments de leurs cendres.

La guerre de Grimbergen qui oppose pendant plus de trente ans – de 1142 à 1179 - les ducs de Brabant aux Berthout sème régulièrement la désolation dans les campagnes autour de Bruxelles. Jette et son abbaye sont prises à partie dans un conflit qui ne les concernent pas, semant destructions et famines récurrentes.

Victime de l’indiscipline et de la cruauté gratuite des troupes du seigneur de Ravenstein, le monastère et ses dépendances sont la proie des flammes en février 1489. Soutenues par Philippe de Clèves, les villes brabançonnes tentaient de résister à la volonté centralisatrice du régent des Pays-Bas bourguignons, Maximilien Ier de Habsbourg, qui finit par les reprendre en main après leur défaite à la léproserie de Danenbrück, près de Tirlemont. Tout est à reconstruire six ans plus tard, lorsque les moines dispersés reviennent sur leur terre. À peine relevée, la communauté doit affronter les conséquences de la mauvaise gestion et des dépenses somptuaires d’un de ses abbés mondains, Arnold Mahieu (1540-1574), nommé avec le concours du représentant du gouvernement central.

En 1578, en pleine guerre de religions, l’abbaye est investie par les Brabançons en révolte contre la politique répressive du roi d’Espagne, Philippe II. Ils veulent éviter que les troupes de don Juan d’Autriche ne s’en servent comme base avancée. Le prétexte est d’ailleurs le même pour investir toutes les abbayes autour de la capitale. Après avoir ruiné son patrimoine artistique, ils la transforment donc en citadelle. Ils y resteront sept ans avant d’en être chassés suite à la capitulation de Bruxelles obtenue par Alexandre Farnèse. L’abbaye met toutefois longtemps avant de se relever. Après la restauration de la vie communautaire, l’apurement des dettes et la reconstruction de la ferme toute proche et de la cure de Wolvertem, elle se lance dans de nouveaux travaux somptuaires : la transformation des bâtiments principaux dans le style baroque, si prisé à l’époque. Pour faire vite, on décide de changer la façade des bâtiments de la cour d’honneur, l’église, la demeure abbatiale et le quartier des hôtes. La reconstruction de l’église est ensuite entreprise en commençant par le chœur mais est brusquement interrompue en raison d’un scandale de moralité. L’entrepreneur responsable, le carrier et tailleur de pierre Henri Faye, a en effet été surpris en étrange posture par ses ouvriers qui logeaient sur place. Il est immédiatement démis mais tarde à être remplacé. Finalement, le nouvel édifice baroque, symbole de la Contre-Réforme, ne sera achevé qu’en 1721. Entretemps, sa façade, jugée trop simple, aura été rehaussée et dotée d’une tour à carillon octogonale.

Ce sont alors les guerres d’expansion incessantes que mène le roi Soleil vers ses voisins qui causent troubles et désolation dans nos contrées. Pendant le mois d’août 1695, le bombardement tactique de Bruxelles par les troupes françaises du maréchal de Villeroy dans l’espoir de desserrer l’étau de la ligue d'Augsbourg autour de Namur fait d’importants dégâts collatéraux. L’abbaye de Dieleghem est ravagée, au même titre que son refuge bruxellois, où le mobilier, les objets précieux et les archives avaient été mises en sécurité.

Période de fastes et de mondanités pour nombre d’abbayes dans nos contrées, le XVIIIe siècle sonne rétrospectivement comme un chant du cygne. Comme ses voisins, les abbés de Dieleghem se lancent dans d’importants travaux d’agrandissement et d’embellissement de leurs bâtiments sous la houlette de l’architecte des palais royaux et bâtiments publics, Laurent-Benoît Dewez (1731-1812), dont les interventions s’étalent de 1775 à 1791. Il dispose de nouveaux bâtiments autour d’une vaste cour d’honneur, légèrement trapézoïdale pour en augmenter artificiellement l’ampleur, à laquelle on accède par un vaste porche pourvue d’une porterie-conciergerie. À droite de l’église baroque, l’hôtel abbatial (1783-1791) est plus somptueux que jamais. À gauche, le nouveau quartier des hôtes est relié aux dépendances par une galerie à arcades qui fait le tour du quadrilatère.

Ces travaux ostentatoires autant que ruineux sont réduits à néant par l’annexion des Pays-Bas autrichiens à la France Républicaine le 1er octobre 1795. La suppression des ordres religieux est promulguée dans une loi du 1er septembre 1796 et, le 10 novembre, la trentaine de moines de Dileghem sont chassés avec quelques vêtements et un maigre pécule pour tout viatique. Décrétés biens nationaux, les modestes propriétés de l’abbaye – 760 hectares de terres, 14 fermes, 5 moulins - sont mises en vente publique, assortie de l’obligation de démolir les édifices religieux : église abbatiale, cloître, bâtiments conventuels, bibliothèque. Ne subsistent alors que le porche d’entrée, une partie de la clôture et la demeure abbatiale.

La demeure abbatiale, seule survivante[modifier | modifier le code]

Seule survivante, la demeure abbatiale, qui pouvait facilement être transformée en luxueuse demeure, est actuellement située au no 14 de la rue Tiebackx. Ce bâtiment de style néo-classique servira successivement de maison de campagne, de refuge à des jésuites portugais en exil, d’hospice de la Ville de Bruxelles et de paroisse provisoire avant d’être racheté par la commune de Jette à l’état de ruine, suite à une délibération du conseil communal du 17 janvier 1950, pour y abriter le musée communal. Dans l'attente de la construction de la nouvelle paroisse Saint-Joseph située à proximité, ses locaux servent de paroisse temporaire entre 1929 et 1954, desservie par des chanoines prémontrés de Grimbergen.

Après bien des hésitations sur son opportunité, la restauration du presbytère, protégé comme monument historique (1953), est entreprise entre 1967 et 1972 sous l’égide de l’architecte Simon Brigode pour abriter le musée communal de Jette. Entretemps, le vaste parc qui l’entourait a été loti dès les années trente par la société immobilière de Jette, constituée conjointement par la famille Capart, propriétaire de 1898 à 1929, et la société immobilière Bernheim. La création des nouvelles rues du quartier Saint-Joseph a entraîné la disparition des derniers vestiges de l’abbaye encore debout. Toute la toponymie du quartier rappelle l’ancienne abbaye : rue de l'abbaye de Dieleghem, drève de Dieleghem, chaussée de Dieleghem, bois de Dieleghem…

Sources[modifier | modifier le code]

  • Th. Demey, Bruxelles en vert, Bruxelles, Badeaux, 2003, 550 p.
  • G. Paulus, Jette, Coll. Guides des communes de la Région bruxelloise, Bruxelles, C.F.C.-Éditions, 2000, 83 p.
  • G. Paulus, L’abbaye de Dieleghem, Coll. Bruxelles, ville d’art et d’histoire, no 41, Bruxelles, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, Direction des monuments et sites, 2005, 48 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]