Étienne Polverel

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Étienne de Polverel (1740-1795) fut, avec Léger-Félicité Sonthonax, un des premiers abolitionnistes de l'esclavage en France. En tant que commissaires civils de la République à Saint-Domingue, les deux hommes prirent cette décision de façon unilatérale en août 1793 face à la révolution des esclaves de la colonie. C'est en l'avalisant que la Convention décida l'abolition générale le 4 février 1794.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1740 dans le Béarn, écuyer de vieille noblesse, il fut avocat à Bayonne. En 1771, il fut initié Franc-maçon dans la loge L'Amitié de Bordeaux[1]. En 1789, il devint membre, puis syndic des États de Navarre dans l'ordre de la noblesse. Il partit donc pour Paris où il exerça comme avocat au Parlement de Paris. À la Révolution française, il entra en 1790 au club des Jacobins et en devint secrétaire. Il s'y associa aux ennemis des colons, notamment Brissot et Sonthonax. Début 1791, il devint accusateur public au tribunal du 1er arrondissement de Paris; en juin 1792, membre du conseil général de la Commune de Paris. Le 25 septembre 1791 après la révocation la veille du décret du 15 mai 1791 en faveur de l'égalité des Blancs et des Noirs, il demanda et obtint la radiation définitive de ses instigateurs : Barnave, Alexandre et Charles Lameth, Goupil de Préfeln et Adrien Duport.

Devant la révolte des esclaves du Nord de Saint-Domingue, les Brissotins — ou Gironde ; Girondins — convainquirent l'Assemblée législative de voter la loi du 4 avril 1792 qui reconnaissait l'égalité des libres de couleur (mulâtres et affranchis) et des blancs. Pour la faire appliquer auprès des colons récalcitrants, elle décida l'envoi d'une troupe de 6000 hommes et d'une commission civile aux très importants pouvoirs. Polverel et Sonthonax en furent membres[2].

Les commissaires imposèrent l'égalité en ayant recours à la force. Ils dissolurent les assemblées coloniales composées exclusivement de blancs et créèrent des commissions et des municipalités mixtes. Les colons se révoltèrent. Ils furent d'abord matés, mais s'allièrent à l'Angleterre et l'Espagne qui, après l'exécution de Louis XVI en 1793, étaient entrées en guerre contre la France. Avec l'appui de nombreux blancs, anglais et espagnols occupèrent en quelques mois la plus grande partie de la colonie. Le 21 juin, face à une révolte au Cap-Français à laquelle prenait même part le gouverneur Galbaud, royaliste, Sonthonax et Polverel promirent la liberté à tous les esclaves qui combattraient pour la République française. La situation se renversa. La ville fut pillée et incendiée et dix mille colons prirent la fuite.

Responsable de la province de l'Ouest, Polverel vint à envisager l'émancipation de tous les esclaves. Face à la nécessité de remettre en marche l'économie, il proclama le 26 août 1793 l'affranchissement de tous les esclaves "à la seule condition de s'engager à continuer de travailler à l'exploitation des habitations".

Dans la province du Nord, Sonthonax décréta l'abolition générale, le 29 août 1793. En septembre et octobre, les deux commissaires généralisaient cette décision à toute la colonie.

Ils firent porter leurs décrets à Paris par trois hommes : un blanc, un mulâtre et un noir. Devant leur présentation le 4 février 1794, la Convention, enthousiaste, vota l'Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises.

Cette décision ne permit pas dans un premier temps de rallier à la République l'ensemble des esclaves révoltés. Ce ne sera qu'en mai 1794 que Toussaint Louverture et ses troupes qui combattaient au côté des Espagnols, fera volte-face et refoulera en quelques mois les Espagnols.


Les partisans des colons à Paris avaient profité de la situation militaire désastreuse pour plaider contre l'arbitraire des commissaires civils auprès de la Convention. Le comité de salut public soupçonnant Polverel et Sonthonax de travailler pour la Gironde, les deux hommes furent mis en accusation en juillet 1793. Le décret partit finalement en avril 1794, mais conditionné sur demande des trois députés de Saint-Domingue (Dufay, Mills, Belley) par la nomination de commissaires antiesclavagistes et l'éviction de la commission d'un créole esclavagiste, Simondes. Il arriva dans la ville de Jacmeloù se repliait l'armée républicaine face à l'avancée des troupes britanniques. Les deux commissaires durent quitter l'île le 14 juin 1794. Ils accostèrent au Havre deux jours après l'exécution de Robespierre et furent ainsi sauvés de la guillotine.

Polverel était tombé malade à Saint-Domingue. Il ne vit pas la fin de son procès (que Sonthonax gagna) et décéda à Paris le 6 avril 1795 dans le dénuement.

Source[modifier | modifier le code]

  • Jacques de Cauna, Haïti, l'éternelle Révolution, Port-au-Prince, Ed. Deschamps, 1997
  • François Blancpain, Etienne de Polverel, Libérateur des esclaves de Saint-Domingue, Rennes, Ed. Les Perséides, 2010
  • Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002.
  • Réveillère, Polvérel et Sonthonax, Paris, Librairie militaire de L. Baudoin,‎ 1891, 28 p. (lire en ligne)
  • Henri Castonnet Des Fosses, Le perte d’une colonie : La révolution de Saint-Domingue, Paris, A. Faivre,‎ 1893, 380 p. (lire en ligne), p. 111-132

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bordeaux au XVIII siècle : Le commerce atlantique et l'esclavage Édition Le Festin Musée d'Aquitaine juin 2010 ISBN 978-2-36062-009-8
  2. "Ce colloque, qui a vu pendant deux jours communications et débats d'un très haut niveau, a ceci d'assez paradoxal qu'il ne fut jamais tant parlé d'un homme dont,à part la période dominguoise, on sait finalement peu de choses, le nom de Sonthonax ayant même totalement disparu des encyclopédies et autres dictionnaires, le plus surprenant étant son absence des parutions engendrées par le bicentenaire de la Révolution. Son action et l'importance de son geste lors de sa première mission ne peuvent être dissociées de celles d'un autre homme qui en est peut-être le véritable animateur : il s'agit d'Etienne de Polverel." Pierre Bardin, « À propos du colloque sur Léger-Félicité Sonthonax : la mort de Polverel », sur ghcaraibe.org, G.H.C., Bulletin 20, page 205,‎ Octobre 1990 (consulté en 18 mars 2001). "Généalogie et Histoire de la Caraïbe" jouit de la protection légale sur les droits d'auteur en étant déposé au dépôt légal de la bibliothèque nationale. (notice BnF no FRBNF12148/cb34416154g), (ISSN 0997-3923)