Zakaria Moumni

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Zakaria Moumni
Fiche d’identité
Nationalité Drapeau de la France France
Date de naissance (37 ans)
Lieu de naissance Rabat (Maroc)
Taille 1,86 m (6 1)
Catégorie Poids mi-lourds
Palmarès
  Professionnel
Combats 63
Victoires 58
Victoires par KO 28
Défaites 3
Matchs nuls 2
Titres professionnels Champion du monde poids moyen de kick-boxing en 1999
Vainqueur du championnat international d'ultimate fighting catégorie -81 kg en 2008
Vainqueur de gala international de boxe-tahi catégorie 75 kg en 2013

Zakaria Moumni (en arabe : زكرياء مومني) est un boxeur né le 4 février 1980 à Rabat (Maroc), sacré en 1999 à Malte champion du monde de Kick-boxing (light-contact), une discipline de la boxe thaïlandaise.

À partir de 2010, il est au centre d'une affaire juridique contestée. Il est appréhendé à l’aéroport de Rabat pour escroquerie selon la version du gouvernement marocain, enlevé et torturé pendant 4 jours au centre de Témara selon sa propre version[1]. À l’issue d’un procès dénoncé par lui-même et la FIDH, il est condamné à 30 mois de prison ferme. Il bénéficie d’une grâce royale au bout de 18 mois[2]. Dès lors, il n'a qu'une idée en tête : sa réhabilitation et la condamnation de ceux qu'il accuse de l'avoir torturé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1980, Zakaria Moumni grandit dans le quartier populaire de Takaddoum à Rabat[3]. Il s'illustre en 1999 en remportant à Malte, sous les couleurs marocaines le championnat du monde WKA de Kick-boxing (Light-Contact) senior -68 kg. Il est alors le seul marocain et le seul ressortissant du monde arabe et africain à se hisser à ce niveau dans ce championnat du monde senior, comme en témoigne le classement mondial[4].

En 2007, Zakaria Moumni quitte le Maroc pour la France.

Parcours professionnel[modifier | modifier le code]

Zakaria Moumni a participé à divers galas nationaux et internationaux amateurs et pro dans différentes catégories −57 kg -63 kg -67 kg -68 kg -71 kg -75 kg et -81 kg, et disciplines : semi-contact, Light-Contact, Full-Contact, Kick-boxing, et Muay Thai ("Boxe Thaïlandaise"). À 19 ans (catégorie -68 kg), il est médaillé d'or lors du championnat du monde de Kick-boxing (light contact) organisé par la WKA en 1999 à Malte[5]. Ce titre est toutefois contesté dans un communiqué par la Fédération Royale marocaine, qui affirme que Zakaria Moumni ne dispose d’aucun certificat lui conférant la qualité de champion du monde professionnel, en se référant au champion d'une autre fédération, la WAKO[6]. Au championnat du monde de Kick-boxing en 2000, en République tchèque, il finit 4e. Il est 4e au championnat du monde de Kick-boxing en 2000, en République tchèque (à la suite d'une blessure au coude).La Fédération marocaine l'empêche ensuite de participer au championnats mondiaux[réf. nécessaire].

Il est vainqueur d'un championnat international pro de ultimate fighting (combat libre dans les cages) en 2008 à Amsterdam, et d'un gala international la même année à Prague. Il devait ensuite représenter le Maroc au championnat du monde de boxe thaïlandaise à Édimbourg en Écosse, avant que ne survienne sa détention[réf. nécessaire]. En avril 2013, un an après sa libération, il est vainqueur d'un Gala international de boxe thaïlandaise le organisé par "Olimpboxe" Muay Thaï Belgium Team (Namur & Andenne), en Belgique[7], combat du gala international de boxe thailandaise . Zakaria Moumni s'entraîne avec son coach, Jean-Charles Skarbowsky, ex-champion du monde de muay-thaï.

L'affaire Zakaria Moumni[modifier | modifier le code]

En tant que Champion du monde, Zakaria Moumni tente de faire valoir son droit à accéder au poste de conseiller sportif auprès du Ministère de la jeunesse et des sports marocain, en se basant sur le dahir royal no 1194-66 du . Le Dahir en question dispose en effet que les ressortissants marocains ayant remporté un titre de champion du monde pourraient prétendre à ce poste. Ce poste lui est refusé mais, devant son insistance, en 2006, le roi lui fait octroyer deux licences de taxi, l’une à son nom, l’autre à celui de son père. Zakaria Moumni continue toutefois à réclamer son poste de fonctionnaire : en janvier 2010, il manifeste devant la résidence royale de Betz, en région parisienne, avant de se faire interpeller par la police[8].


Le , Zakaria Moumni est appréhendé par la Police à l’aéroport de Rabat à la suite d’une plainte pour "escroquerie" et "usurpation de titre" déposée contre lui par deux citoyens marocains[8]. Selon sa version, il a été enlevé et séquestré au centre de torture de Témara pour y être torturé puis condamné à 36 mois de prison en première instance lors d'un procès jugé « inique » et « monté de toutes pièces » par plusieurs ONG[12].

Son procès a lieu le . À l'issue de ce "procès", le boxeur est condamné en octobre 2010 pour escroquerie pour des faits contestés par la défense[13] et par diverses associations de défense des droits de l'homme au Maroc[14], et internationales.

Le au matin, Zakaria Moumni est libéré. Il sort de la prison Zaki de Salé après 18 mois de détention, gracié par le roi [15].

Démarches en vue d'une réhabilitation[modifier | modifier le code]

Accusations et plaintes[modifier | modifier le code]

Le , lors de la conférence de presse donnée au siège de la FIDH (Fédération Internationale de la Ligue des Droits de l'Homme), à Paris, Zakaria Moumni accuse directement Mounir Majidi, le secrétaire particulier du roi Mohammed VI, du traitement qui lui a été administré et demande ouvertement audience au roi, afin de « lui raconter directement ce qu'il a subi »[16].

Le 21 février 2014, Zakaria Moumni dépose une plainte auprès du procureur du pôle spécialisé Crimes contre l’Humanité / Crimes de Guerre et Génocide du tribunal de grande instance de Paris pour torture visant Abdellatif Hammouchi[17], le directeur général de la DGST, la police politique marocaine, et Mounir Majidi[18], secrétaire particulier du roi Mohammed VI comme commanditaire. Cette plainte participe avec d'autres à la convocation de l'ambassadeur du Maroc en France, ce qui entraîne un incident diplomatique entre les deux pays[8].

En avril 2014, l'ex-ministre marocain de l'Intérieur Mohand Laenser reconnaît, dans le quotidien marocain Akhbar Elyaoum, avoir bien eu plusieurs contacts téléphoniques avec le boxeur, et il a ajouté que Moumni était filmé par des membres du renseignement marocain durant les négociations à Rabat[19]. Le 9 avril 2014 un rapport de la CIA de 6 600 pages confirme l'existence du centre de torture de Temara où Zakaria dit avoir été torturé[20].

Le , le ministère de l'Intérieur marocain annonce abandonner la plainte en France pour allégations mensongères contre Zakaria Moumni au profit d'une plainte déposée au Maroc[21].

Par la suite, Zakaria Moumni se plaint d'être l'objet de diverses menaces de mort et de chantage[22],[23],[24].

Le Zakaria Moumni dépose une main courante pour menaces et intimidation à la suite du chantage qui aurait été exercé contre lui pour le retrait de ses plaintes (un montage photographique pornographique et la visite d'un inconnu se présentant à son domicile). Ses avocats, Maître Patrick Baudouin et Maître Clémence Bectarte[25], déposent plainte le au Parquet de Nanterre pour « menace, intimidation et atteinte à l'intimité de la vie privée »[26],[24]. En juin 2016, Zakaria Moumni dépose une nouvelle plainte pour tentative d'assassinat, à Nancy[27].

Le procès finalement tenu au Maroc en 2016 se solde par une condamnation de Zakaria Moumnir pour diffamation envers Mounir El Majidi[28].

Alertes auprès de politiques et témoignages[modifier | modifier le code]

En 2013 et 2014, Zakaria Moumni interpelle plusieurs personnalités pour les alerter sur son cas et demander justice : Barack Obama, John Kerry, Ban Ki-moon[29], Navanethem Pillay (haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme)[30]. Le 29 juin, Zakaria Moumni témoigne à l'Assemblée générale d'Amnesty International devant 450 militants, à Saint-Brieuc[31]. Le , dans le cadre de la campagne StopTorture d'Amnesty International, Zakaria Moumni, témoigne à une conférence à la faculté de Lettres et Sciences Humaines de Nancy[32].

Le à l'occasion du grand rassemblement place de la République qui s'est tenu à Paris en soutien aux victimes des attentats terroristes, Zakaria Moumni exprime sa solidarité avec les familles des victimes, son soutien à la liberté d'expression et à la liberté de la presse. Il condamne aussi fermement une nouvelle fois, sur I-Télé et BFM TV [33],[34], les pratiques visant à réprimer au Maroc les libertés et l'hypocrisie de la présence annoncée (finalement annulée[35]) du ministre marocain des Affaires étrangères au côté des dirigeants internationaux. Le Maroc, rappelle le boxeur, est un pays qui censure, enlève, et torture ses propres citoyens et n'a donc pas sa place dans la marche[style à revoir][36]. Les autorités marocaines contestent ces accusations, et parlent de manipulations et chantages qui auraient été menés par Zakaria Moumni en vue d’obtenir le poste de conseiller qu’il convoite ; elles portent plainte pour diffamation auprès de la justice française[37],[38]

Le , le ministre marocain des affaires étrangères, Salaheddine Mezouar s'apprête à se rendre à Paris pour rencontrer son homologue français Laurent Fabius en vue d'un éventuel rapprochement. Mais la connaissance d'un débat télévisé au même moment sur France 24 entre Tarek Atlati, le président du Centre marocain des études stratégiques de Rabat, et Zakaria Moumni[39], le convainc d'annuler sa venue[40].

En 2015, Zakaria Moumni retrace sa version des différents points dans un livre, l’Homme qui voulait parler au roi [41].

Enquête du Parquet de Paris[modifier | modifier le code]

Le parquet de Paris a dénoncé le à la justice marocaine des faits de torture présumés qui auraient été commis au Maroc à l'encontre de Zakaria Moumni, sur ordre du patron du renseignement marocain Abdellatif Hammouchi. Selon les avocats du Maroc, la dénonciation officielle du parquet « ne signifie en rien une quelconque confirmation du bien-fondé des allégations de Zakaria Moumni ». Il ressort des investigations "qu'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de présumer" que des infractions relevant de la torture "ont été commises et peuvent être retenues", écrivent de leur côté les enquêteurs, dans la synthèse de leurs investigations consultée par l'AFP. À leurs yeux, les expertises médicales et psychologiques sur Zakaria Moumni « indiquent que les propos rapportés par la victime sont en cohérence avec la plainte déposée ». Lors de son audition le , Zakaria Moumni a affirmé « que ses tortionnaires obéissaient aux ordres donnés par Abdellatif Hammouchi lui-même agissant sur directives » d'un haut responsable de l'entourage du roi, qu'il cite, selon les conclusions des enquêteurs. Le parquet a donc renvoyé la balle aux Marocains. Sa dénonciation officielle vise, selon le Quai, « à solliciter une autorité judiciaire étrangère pour poursuivre l'instruction d'une affaire, sans que le juge français ne soit pour autant dessaisi ». Faute de réponse marocaine, la justice française peut donc décider de reprendre la main[42],[43].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un boxeur déplait au secrétaire du roi finit en prison, Nouvelobs, le 04/01/2012 http://rue89.nouvelobs.com/rue89-sport/2012/01/04/maroc-un-boxeur-deplait-au-secretaire-du-roi-il-finit-en-prison-228051
  2. Maroc : le boxeur Zakaria Moumni gracié par le roi et libéré, Jeune Afrique le 04/02/2012
  3. Abdelhak Najib, « Zakaria Moumni, triste sort pour un champion du monde », Maroc Hebdo, ?
  4. http://www.kainath.onlinehome.de/wka/wm99lk.htm#Top Le classement mondial du championnat du monde de Light Contact, Kick Boxing, Malta 1999
  5. France inter: Boxeur pour la justice le 25/12/2014 http://www.franceinter.fr/emission-la-fabrique-du-nouveau-monde-boxeur-pour-la-justice
  6. « Zakaria Moumni n’a pas remporté le titre de champion du monde de light contact en 1999 », libe.ma, 29 janvier 2015
  7. Combat du Gala de Boxe Thai le 27/04/2013 https://www.youtube.com/watch?v=1lq3IVrkVPk
  8. a, b et c « France – Maroc : la gifle de Neuilly », jeuneafrique.com, 6 mars 2014]
  9. http://www.hrw.org/fr/news/2011/04/25/maroc-les-autorit-s-devraient-lib-rer-ou-rejuger-le-champion-de-boxe-sidi-zakaria-mo
  10. http://www.amnestyinternational.be/doc/s-informer/actualites-2/article/les-autorites-marocaines-doivent
  11. https://www.fidh.org/La-Federation-internationale-des-ligues-des-droits-de-l-homme/maghreb-moyen-orient/maroc/Zakaria-Moumni-condamne-a-20-mois
  12. les ONG de droits de l'Homme, comme l'AMDH ou l'ASDHOM, HRW[9] (Human Rights Watch), Amnesty International[10] et la FIDH[11] (Fédération Internationale des Ligues des Droits de L'Homme)
  13. Zakaria Moumni dans l'enfer des geôles marocaines, Florence Beaugé, Le Monde, 14 décembre 2010]
  14. la FIDH demande au roi de faire libérer l'ancien boxeur Zakaria Moumni, Jeune Afrique+AFP, 8 décembre 2011
  15. L’ex-boxeur Moumni gracié par le roi du Maroc, Libération, 4 février 2012
  16. Zakaria Moumni demande ouvertement audience au roi
  17. France-Maroc : torture, plaintes et crispations, TV5MONDE, le 26/02/2014
  18. Hammouchi et Majidi accusés de torture en direct sur bfmtv et i-télé, le 11/01/2015
  19. Zakaria Moumni balance des enregistrement audio avec des hauts responsables, le 18/12/2014
  20. Un rapport de la CIA confirme l’existence de centres de torture au Maroc, TelQuel, 9 avril 2014]
  21. Zakaria Moumni : « Abdellatif Hammouchi craint la justice française », 16 juin 2014, Demain online
  22. Zakaria Moumni accuse Mounir Majidi de l’avoir « menacé de mort », Demain, 30/06/14
  23. un ancien champion se dit menacé, le point le 03/12/2014 http://www.lepoint.fr/sport/kickboxing-un-ancien-champion-se-dit-menace-03-12-2014-1886488_26.php
  24. a et b Le boxeur franco-marocain Zakaria Moumni victime de chantage, RFI le 19/12/2014 http://www.rfi.fr/afrique/20141219-boxeur-franco-marocain-zakaria-moumni-victime-chantage-hammouchi-majidi/
  25. Plainte contre un officiel marocain pour torture, le Figaro le 03/12/2014
  26. Le Canard enchainé, le 31/12/2014 http://www.demainonline.com/2014/12/31/le-canard-enchaine-traite-mounir-majidi-de-personnage-sulfureux/
  27. Moumni échappe à une tentative d'assassinat sur lessentiel.lu, 16 juin 2016.
  28. Mounir El Majidi gagne son procès contre Zakaria Moumni sur le360.ma, 5 octobre 2016.
  29. Affaire Zakaria Moumni : l’athlète marocain saisit Ban Ki-moon, Le Courrier d'Algérie
  30. Torture au Maroc : Zakaria Moumni écrit à Navanethem Pillay, Demain online, 28 mai 2014.
  31. Amnesty International France à Saint-Brieuc les 28 et 29 juin 2014 pour son Assemblée générale, site d'Amnesty International
  32. http://factuel.univ-lorraine.fr/node/2102 Faculté de Lettres et Sciences de Nancy le 08/12/2014
  33. [vidéo] Zakaria Moumni BFMTV le 11/01/2015 https://www.youtube.com/watch?v=b4ynLfrDwbw
  34. [vidéo] Zakaria Moumni I-télé le 11/01/2015 https://www.youtube.com/watch?v=xVpIp3VWPMY
  35. Le Maroc absent de la marche républicaine à Paris, RFI le 11/01/2015 http://www.rfi.fr/afrique/20150111-le-maroc-absent-marche-republicaine-paris/
  36. Zakaria Moumni cracks in the unity after Paris attacks, Reuters le 11/01/2015 http://uk.reuters.com/article/2015/01/12/uk-france-shooting-dissent-idUKKBN0KK0I820150112
  37. Le dénommé Zakaria Moumni devant la justice française pour diffamation, lematin.ma, 28 février 2015
  38. Le Maroc assigne en justice le boxeur Zakaria Moumni, Le Monde.
  39. Zakaria Moumni émission face à face, France 24 arabe le 21/01/2015 http://www.france24.com/ar/20150121-وجها-لوجه-المغرب-فرنسا-قضاء-تعاون-أمني-حصانة-مسؤولين-فرنسا/
  40. Zakaria Moumni, Le débat télévisé qui a obligé Mezouar à annuler son voyage à Paris le 23/01/2015 http://www.demainonline.com/2015/01/23/la-video-qui-a-oblige-mezouar-a-annuler-son-voyage-a-paris/
  41. "Tu peux demander au roi ce que tu veux" : la nouvelle affaire marocaine sur nouvelobs.com, 2 octobre 2015.
  42. http://www.lexpress.fr/actualites/1/societe/des-enquetes-qui-menacent-la-reconciliation-franco-marocaine_1683786.html
  43. http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN0O423R20150519

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]