Whataboutism

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Le Whataboutism, parfois francisé whataboutisme, également trouvé sous la forme whataboutery est un sophisme visant à dévier une critique par des références à d'autres griefs réels ou présumés.

Historiquement lié à la rhétorique de l'Union soviétique ou au conflit nord-irlandais, il connaît un regain d'utilisation dans les années 2010 par Vladimir Poutine et par Donald Trump.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme whataboutism vient de l'anglais "What about...?", une expression employée pour suggérer un nouveau sujet, équivalente à "Mais alors, que dites-vous de...?".

Procédé rhétorique[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une attaque de type « Tu quoque », qui vise à attaquer l'orateur sans répondre à son argument. C'est un argument de type argumentum ad hominem. Par exemple, lorsque l'URSS recevait une critique, elle répondait de cette manière en dénonçant un problème du monde occidental, typiquement la ségrégation raciale aux États-Unis.

Histoire[modifier | modifier le code]

Une des plus anciennes utilisations du whataboutisme a lieu en 1947 lorsque William Averell Harriman critique l'impérialisme soviétique dans un de ses discours. La réponse d'Ilya Ehrenbourg dans la Pravda critique la politique américaine sur ses minorités, notamment raciales. Elle considère que cela est une insulte à la dignité humaine, mais qu'elle ne l'utilise pas comme prétexte pour la guerre. La Guerre froide verra ainsi de nombreuses occurrences du whataboutism.

Le terme whataboutery a également été utilisé lors de l'époque des Troubles : le conflit en Irlande du Nord, lorsque les tenants d'un camp, républicains ou unionistes, pointaient les massacres ou les exactions de l'autre afin de minimiser la gravité des leurs[1],[2],[3].

Époque actuelle[modifier | modifier le code]

Cette tactique a resurgi dans la Russie post-soviétique, notamment en ce qui concerne les droits de l'homme, les critiques du gouvernement ou la situation en Crimée. Le whataboutism a été utilisé par le président Vladimir Poutine et son porte-parole Dmitri Peskov.

Pour le journal The Guardian, le whataboutism est « pratiquement une idéologie nationale »[4]. Pour la  journaliste Julia Ioffe, « quiconque a déjà étudié l'Union soviétique » connaît cette technique, et son classique « vous pendez les noirs » adressé aux États-Unis. 

Le président Donald Trump a fait régulièrement usage de whataboutism[5],[6] et pour certains analystes, il semble imiter Vladimir Poutine[7]. L'usage de cette technique rhétorique s'est répandue au-delà de la seule sphère soviétique, dont il n'est plus l'apanage particulier.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ben Zimmer, « The Roots of the ‘What About?’ Ploy », The Wall Street Journal,‎ (lire en ligne)
  2. (en) « whataboutery »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Oxford Living Dictionaries, Oxford University Press, (consulté le 26 juillet 2017)
  3. https://www.irishtimes.com/culture/in-a-word-whataboutism-1.3129364
  4. (en) Luke Harding, « Edward Snowden asylum case is a gift for Vladimir Putin », sur The Guardian, (consulté le 3 juillet 2017)
  5. (en) Claire Fallon, « What Is ‘Whataboutism,’ And Why Is It Suddenly Everywhere? », sur Huffington Post,
  6. Par exemple : (en) Donald Trump, « ...New Donna B book says she paid for and stole the Dem Primary. What about the deleted E-mails, Uranium, Podesta, the Server, plus, plus... », sur Twitter, ou (en) Donald Trump, « Keep hearing about "tiny" amount of money spent on Facebook ads. What about the billions of dollars of Fake News on CNN, ABC, NBC & CBS? », sur Twitter,
  7. (en) Ben Zimmer, « The Roots of the ‘What About?’ Ploy », The Wall Street Journal,‎ (lire en ligne) :

    « "Whataboutism" is another name for the logical fallacy of "tu quoque" (Latin for "you also"), in which an accusation is met with a counter-accusation, pivoting away from the original criticism. The strategy has been a hallmark of Soviet and post-Soviet propaganda, and some commentators have accused President Donald Trump of mimicking Mr. Putin's use of the technique. »