Argumentum ad personam

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Ne doit pas être confondu avec Argumentum ad hominem.

Dans une argumentation, l'argumentum ad personam désigne une attaque personnelle portée par l'une des parties à la partie adverse sans rapport avec le fond du débat.

Origine[modifier | modifier le code]

Dans son opuscule L'art d'avoir toujours raison, le philosophe allemand Arthur Schopenhauer recense cette technique sous le titre d'Ultime stratagème (à la fois dernier recensé et dernier recours)[1] :

« Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers. Être désobligeant, cela consiste à quitter l’objet de la querelle (puisqu’on a perdu la partie) pour passer à l’adversaire, et à l’attaquer d’une manière ou d’une autre dans ce qu’il est : on pourrait appeler cela argumentum ad personam pour faire la différence avec l’argumentum ad hominem. Ce dernier s’écarte de l’objet purement objectif pour s’attacher à ce que l’adversaire en a dit ou concédé. Mais quand on passe aux attaques personnelles, on délaisse complètement l’objet et on dirige ses attaques sur la personne de l’adversaire. On devient donc vexant, méchant, blessant, grossier. C’est un appel des facultés de l’esprit à celles du corps ou à l’animalité. Cette règle est très appréciée car chacun est capable de l’appliquer, et elle est donc souvent utilisée. La question se pose maintenant de savoir quelle parade peut être utilisée par l’adversaire. Car s’il procède de la même façon, on débouche sur une bagarre, un duel ou un procès en diffamation. »

Il convient donc de faire une distinction entre attaque ad personam (attaques personnelles, sans rapport avec l'objet du débat) et les attaques ad hominem (portant sur l'argumentation, le raisonnement ou le comportement de l'adversaire en relation avec l'objet du débat ; plutôt que directement sur l'objet même du débat).

Exemple[modifier | modifier le code]

« Hannah Arendt n'est pas une philosophe à laquelle on puisse faire référence parce qu'elle a eu une relation avec un nazi en la personne de Martin Heidegger »

Personnage et personne[modifier | modifier le code]

Dans le Manuel de Polémique, Muras fait la distinction entre argument sur le personnage et argument sur la personne. L'argument « sur le personnage » porte « sur ce qu'a bien voulu montrer de lui l'adversaire : on déniche une incompatibilité entre la thèse que l'adversaire défend présentement et une thèse qu'il a pu défendre précédemment, soit dans ses propos, soit dans ses actes concrets et avérés[2] ». C'est le personnage public qui est convoqué. En revanche l'argument sur la personne « invoque cette fois l'identité même de l'adversaire, ce qui chez lui ne relève pas d'une décision à proprement parler (...) : son rang dans la famille, dans une hiérarchie de fait, son âge, ses caractéristiques physiques, sa provenance géographiques, voire son signe zodiacal, etc.[3] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Schopenhauer, l'Art d'avoir toujours raison — La dialectique éristique, traduit de l'allemand par Dominique Miermont, éd. Mille et une nuits, février 1998, (ISBN 2-84205-301-X)
  2. Stéphane Muras, Manuel de Polémique, Paris, Editions du Relief, , 579 p., p. 314.
  3. Stéphane Muras, Manuel de Polémique, Paris, Editions du Relief, , 579 p., p. 315-316.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]